Merci
à vous d'avoir pris la peine de télécharger cet
oeuvre. Je vous demande ici mes excuses pour les très
nombreuses fautes d'orthographe, de construction de phrase, de
conjugaison et autres, car le français n'est pas ma langue
maternelle et loin à être parfait. Je sais que, malgré
mes efforts et aidés par des logiciels spécialisés,
ces textes contiennent, statistiquement parlant, plusieurs centaines
de fautes au moins. Vous allez sûrement me demander :
« Pourquoi ne prenez-vous pas un correcteur ? »
Sachez que cela est plutôt coûteux et hors de la portée
pour un RMI'ste près de la retraite, que je suis, car une
correction prend entre 80 et 160 heures de travail aux tarifs allant
jusqu'à 90,- € de l'heure. Je ne suis, d'autre part, pas
un adepte de faire travailler des gens gratuitement sous la
couverture “volontaires”,
comme cela se fait malheureusement un peu trop souvent dans
l'édition. (Tout travail mérite une récompense !)
Je sais de part de certains de mes amis et amies que ce livre
est, malgré ses erreurs, parfaitement lisible, veuillez donc
accepter mes excuses, j'ai fait ce que j'ai pu.
Maintenant l'origine de cette histoire. Comme
vous devez avoir deviné, je suis un passionné de
l'Atlantide. C'est à après avoir écrit
“Était-elle
l'Atlantide”, que j'avais envie de continuer avec ce
sujet. J'ai fait donc le tour de mes visions et rêves à
ce sujet, que j'ai combinés avec d'autres informations,
néanmoins celles de Edgar Cayce. Vous allez d'ailleurs
constater qu'un grand nombre des noms de gens, des lieux, de pays et
autres viennent de ses lectures. (Pour en savoir plus,
connectez-vous sur le site de : Association for Research and
Enlightenment, Inc. A.R.E. ® ou www.edgarcayce.org) Mes
propres visions et rêves avaient curieusement une chose en
commun ; un mode de vie assez moderne et très proche de
notre “belle époque”.
La plupart de mes flashes vécus ont d'ailleurs eu lieu dans
une même ville qui ressemble beaucoup à celle décrite
dans ce livre. La seule différence était que la mienne
était au bord de la mer, de côté Est du pays. Ce
n'était pas la ville principale, Poseidia, car elle n'y
ressemblait pas du tout. Pour avoir une idée de son allure ;
c'est plutôt comme Lausanne au bord du lac Léman.
Certains de nos équipements, ils ne les connaissaient pas,
parmi eux par exemple : le vélo et le moteur à
combustion interne. Ils ne connaissaient, malgré le fait
qu'ils sont devenus très matérialistes vers la fin, pas
non plus ce phénomène de société que nous
connaissons actuellement ; celui de tout jeter et de cumuler
d'objets ne servant que le confort personnel. Pour avoir une idée
de leur richesse, il faut s'orienter vers le comportement des nobles
et riches de la fin du dix-neuvième siècle. Autre
chose que je n'ai pas pu voir ; c'est que les ragots d'Internet
racontent sur ce que Egar Cayce appelle “les choses”
Il y en a ceux qui veulent voir là une allusion aux
croisements animaux-humains. Ce que j'ai pu visionner, par contre,
c'est qu'un certain groupe de gens étaient traités
comme des animaux, ou plutôt comme les Indiens (habitants de
l'Inde !) traitent actuellement encore les basses classes, les
Intouchables. Ce n'étaient pas des esclaves, mais c'était
tout comme. (Il suffit de voir comment nous traitons aujourd'hui
encore les travailleurs du tiers-mode !)
L'histoire
lui-même commence un peu avant que le jeune Leith trouve son
vieux mentor, philosophe et astronome assassiné. Il sait
alors qu'il doit partir avec sa compagne et amie d'enfance, la
princesse Ussa, à la recherche du coupable. C'est alors
qu'ils trouvent au cours d'un parcours chaotique, mettant leur vie et
celle des autres en danger, le terrible secret que les autorités
tentent de cacher à la population. Il est aidé pour
cela par une jeune personne, une être, qui vient régulièrement
dans ses rêves. Celle qu'il croyait d'abord être un
ange, s'avère en réalité être une fille de
son âge vivant 11 800 ans dans son avenir, notre présent.
C'est elle qui lui narre l'histoire de Platon relatant la
disparition de son pays. Il se rend, par contre, très vite
compte qu'il ne reste presque aucune information, ni trace de son
pays à l'époque que vit sa petite copine de ses rêves.
C'est alors qu'il fait la relation entre le vieux mythe narrant la
destruction de l'Atlantide suivie d'un déluge et les
disparitions et assassinats mystérieux frappant les astronomes
et scientifiques travaillant au sujet d'Arcturus, une comète
qui a une tendance à venir un peu trop près de la
Terre. Ce que les deux amis n'ont pas prévu, c'est qu'ils
tombent amoureux de cette fille et son frère. Vont-ils se
trouver physiquement ?
Je vous souhaite, en espérant
que vous arrivez quand même lire ce texte, bonne lecture.
Elle
court, court. Hors de souffle elle ralentit un peu son allure pour
regarder derrière elle. Elle constate avec soulagement
qu'elle n'a pas été poursuivie. Mais le temps presse
et il y a le dernier train en direction du port à prendre. Il
y a peu de véhicules qui circulent à cette heure
tardive et elle se sent bien seule et mal à l'aise sur cette
route quasiment déserte qui rejoint la gare. Au loin elle
voit venir un véhicule en sa direction qui passe pour
s'arrêter plus loin et faire demi-tour. Son coeur lui cogne à
la poitrine et elle se dit : « Merde, ils
reviennent et il n'y a pas endroit pour me cacher ! »
— Mademoiselle,
Mademoiselle ! S'écrie l'homme. Arrêtez-vous, ne
craignez rien et montez !
C'est
alors qu'elle reconnaît le détective qui avait déjà
travaillé pour son père.
— Bonsoir
à vous et merci d'être venu. Vous vous trouvez par
hasard sur cette route, ou y a-t-il une raison ?
— Bonsoir,
je venais justement à votre secours, mais je suis ravi de vous
voir libérée.
— Mais
ce ne sont pas eux qui m'ont libérée, je me suis
enfuie. Je suis parvenue à ouvrir la serrure, vous savez un
modèle assez ancien, avec une épingle à cheveux.
Heureusement que j'étais déjà venu visiter
l'endroit avec mon père et je me souvenais qu'il y avait une
sortie secrète réalisée par les moines dans les
temps reculés. C'est par là que j'ai pu sortir sur la
route par une chapelle dédiée à Zeus. Mais
comment saviez-vous qu'ils me retenaient par ici.
— C'est
trop long pour vous l'expliquer maintenant, il faut se dépêcher
et rejoindre la gare.
— Il
est peut-être déjà trop tard, le train est
sûrement parti. Les places ? Reste-t-il nous en avec ce
plan d'évacuation ?
— Ne
craignez rien, j'ai fait le nécessaire. J'ai fait les
démarches à la gare et le train vous attendra. Puis,
en ce qui concerne la place, vous savez très bien, qu'il y a
toujours une cabine réservée pour votre famille.
En
arrivant à la gare, ils constatent que le train n'est pas
encore prêt à partir. Il s'y trouve une cohue de gens
divers : hommes, femmes, enfants, bagages, valises, bahuts et même
des bêtes qui vont faire le voyage dans un wagon spécialement
prévu pour eux. La plupart des wagons sont déjà
pleins à craquer et çà et là les voix
s'élèvent pour disputer une place pour s'asseoir ou
un endroit pour déposer ses bagages. Le chef de gare les
guide à travers toute cette foule vers l'avant du train, où
se trouvent les compartiments réservés. Une fois à
bord, elle est navrée de constater que ce compartiment sert
également en tant que cellule de prison et est, malgré
les efforts de la compagnie des chemins de fer de la doter de tout
confort, peu accueillante.
— Mais
c'est dégueulasse, s'écrie-t-elle, vous voulez me faire
voyager dans une cellule de prison ?
Le
chef de gare, un peu gêné par sa réaction, lui
dit :
— Veuillez
nous excuser votre altesse, mais nous ignorions que vous avez
souhaité vous rendre au port par le train, car nous aurions
ajouté un wagon à votre intention. Mais rassurez vous
ce compartiment est très confortable car prévu pour
cette double fonction. S'il vous manque quelque chose, mademoiselle,
n'hésitez pas à sonner le contrôleur, il vous
apportera ce que vous désirez. Nous avons embarqué des
boissons chaudes, froides et de la nourriture.
— Merci,
je crois que ça va aller, cette cellule n'est pas très
gaie, mais confortable quand même. Je n'aime pas trop les
barreaux à la fenêtre, ils me rappellent trop le lieu de
ma détention de tout à l'heure.
— Avez-vous
des bagages à faire monter ? Monsieur vous accompagne ?
Elle
avait envie de dire : « Mes
bagages ? Ça ne va pas non ! Depuis quand est-ce
que les ravisseurs se préoccupent des bagages de ceux qu'ils
prennent en otages ? » Mais c'est le détective,
monté à bord avec elle pour s'assurer de sa bonne
installation, qui répond à sa place :
— Non, je ne crois pas
que mademoiselle a des bagages, car des ravisseurs l'ont pris en
otage d'où elle vient de s'échapper et je crains qu'ils
n'aient pas eu la délicatesse de s'occuper des bagages de
mademoiselle. Je n'accompagne d'ailleurs pas mademoiselle, car j'ai
encore des choses à terminer. J'attends que la police vient
pour aller à l'endroit où elle était retenue, en
espérant qu'ils n'ont pas encore constaté l'absence de
mademoiselle. Merci beaucoup.
Elle regarde autour d'elle et
constate qu'ils ont mis de la lecture à son intention, ainsi
que quelques boissons et des choses à manger dans l'armoire
prévue à cet effet. Elle s'assoit dans un fauteuil en
direction du voyage et demande :
— Vous ne
m'accompagnez donc pas ?
— Hélas, comme
je le disais, j'ai encore à faire ici. J'informerai votre
père que vous êtes en route pour le port d'Amaki. Votre
père n'est d'ailleurs plus au palais, mais a déjà
gagné son vaisseau. Les marins vous attendront pour vous
prendre en navette rapide servant de transbordeur dès que vous
arriverez à la gare maritime.
— Vous ne figurez pas
au plan d'évacuation ? Vous n'allez pas joindre le
continent Européen ?
— Peut-être, si
je parviens à joindre la barge de pêche avec l'équipe
de Leith et Pénélope qui m'attendront jusqu'au petit
matin.
— Prenez bien soin de
vous et bonne chance.
— Faites un bon
voyage.
— Vous aussi.
Elle
a dû s'assoupir, car elle n'a pas remarqué le départ
du convoi, puis c'est l'arrêt du train dans cette gare de
campagne qui l'a réveillée. Sur le quai il y a des
femmes qui jacassent, des enfants qui pleurent, des hommes qui se
disputent, des cris d'animaux qui refusent de monter à bord,
le bruit des chariots de bagages, tout cela mélangé
avec les bruits de manoeuvre de wagons et le crissement des roues sur
les rails. Elle voit un employé des chemins de fer. Elle
l'interpelle et demande :
— Que
ce passe-t-il ? Pourquoi s'arrête-t-on ici aussi
longtemps ?
L'employé,
visiblement pressé et sans se rendre compte de l'identité
de la jeune voyageuse, lui répond :
— Il
y a plus de gens que prévu et on ajoute des wagons au convoi,
puis il continue sans attendre de réponse.
Elle prend une des revues qu'on
lui a offerte à la gare de départ, mais elle n'arrive
pas à se concentrer sur le texte. Les lettres, les mots et
les phrases commencent à danser et s'entremêler. Elle
ne parvient pas à lire longtemps. Bien calfeutré dans
son fauteuil de voyage elle ne se rend pas compte qu'elle s'endort
avec sa lecture dans les mains.
Quelque
chose lui l'a réveillé, sans qu'elle puisse en donner
la raison. Le voyage a duré plus longtemps que prévu.
Le jour commence à se lever et on voit au loin les premiers
rayons du soleil percer l'horizon. Elle commence à apercevoir
la zone portuaire de la ville qu'on approche rapidement. Tandis que
le train longe le port en direction de la gare maritime, elle voit
par-ci les bateaux à quai pour être chargés ou
déchargés, par là des bateaux en état
avancé d'épave qui n'attendent que le coup de grâce
d'un chalumeau et plus loin des rangées des bateaux de pêche
et de plaisance. Soudainement elle sent une secousse sismique, puis
une autre plus violente. Le mécanicien de train tente de
freiner le convoi, mais le sol semble se dérober dessous et
malgré ses tentatives désespérées de le
stopper, le convoi accélère et déraille. La
jeune fille se cramponne aux structures de la cabine pendant le
déraillement et crie désespérément aux
secours. La dernière chose qu'elle voit avant de perdre
conscience, c'est que l'eau monte et quelqu'un la prend par le bras
pour tenter de la tirer hors de là.
Julien, qui a
du mal à dormir et s'apprête à aller boire
quelque chose à la cuisine, entend des cris et des appels au
secours en provenance de la chambre de sa soeur Angélique.
Croyant qu'elle ait fait un malaise, il entre dans sa chambre où
elle continue de crier et d'appeler au secours comme une naufragée.
Il la prend par le bras et la secoue pour la réveiller.
— Angélique,
que se passe-t-il ? Tu as fait un cauchemar ? Angélique,
incapable de lui répondre de suite, essoufflée comme si
elle avait fait un marathon, reprend son souffle et se frotte les
yeux.
— C'est
affreux, je rêvais que je me noyais dans un compartiment de
train qui s'abîmait dans la mer lors d'un tremblement de terre.
Elle raconte ensuite toute
l'histoire, sa prise en otage, l'ouverture de la porte avec une
épingle à cheveux, la fuite, la rencontre sur la route
avec le détective, le voyage en train dans un compartiment
muni de barreaux, jusqu'au déraillement. Puis elle finit son
récit avec :
— Dans
ce rêve j'étais une princesse de l'Atlantide, mais
j'ignore comment je m'appelais.
— Viens,
on va boire quelque chose à la cuisine, je voulais justement y
aller. J'ai du mal à dormir ces temps-ci.
— Oui
je sais. Depuis que la petite Mélissa t'as quitté ;
tu fais des nuits blanches, tu noies ton chagrin dans l'alcool et tu
te réveilles avec du mal aux cheveux. Mais mon pauvre frère,
il y d'autres filles ; oublie la !
— C'est
plus facile à dire qu'à faire. Bon bref ce n'est pas
ton problème. Pas encore en tout cas.
Amilius, pensif, regarde
attentivement son élève, surpris par sa réaction
inattendue et sa réflexion assez dure, et réfléchit
un moment avant de répondre :
— Vous avez
parfaitement raison mon ami, par contre, méfiez-vous, même
des murs ici dedans pourraient bien avoir des oreilles. Vous devez
vous retenir, car il suffit de le critiquer pour passer dans les
mains de la BSI. Connaissez-vous d'ailleurs la signification de cet
acronyme ?
— Oui maître,
c'est la Brigade de la Sécurité Intérieure. Ce
sont eux qui interviennent quand il y a des émeutes et des
soulèvements populaires. Je crois qu'ils s'occupent également
de l'espionnage et du contre-espionnage.
— C'est
juste, mais parlerons politique un autre jour. Je vais vous lire la
strophe suivante du mythe, celle qui contient la
raison pour laquelle Zeus,
elle parle de Zeus même si notre divinité est Ra,
voudrait détruire le monde actuel.
— Oui je sais, ce sont
les Bélials4
qui l'ont comme divinité suprême, tandis que le nôtre
est le dieu soleil, Ra, qui est notre unique divinité. Je
crois savoir qu'ils ont également un dieu soleil, qu'ils
appellent Hélios.
Amilius cherche ses repères
dans le vieux livre à la reliure de cuir, ajuste machinalement
ses lunettes et continue de lire comme il a l'habitude de faire ;
lentement en mettant l'accent sur les mots les plus importants :
— Quand la portion
divine qui est en eux s'altérera par son fréquent
mélange avec un élément mortel considérable
et que le caractère humain prédominera, incapables dès
lors de supporter la prospérité, ils se conduiront
indécemment, et à ceux qui savent voir, ils
apparaîtront laids, parce qu'ils perdront les plus beaux de
leurs biens les plus précieux, tandis que ceux qui ne savent
pas discerner ce qu'est la vraie vie heureuse les trouveront
justement alors parfaitement beaux et heureux, tout infectés
qu'ils sont d'injustes convoitises et d'orgueil de dominer. Alors,
le dieu des dieux, Zeus, qui règne suivant les lois et qui
peut discerner ces sortes de choses, s'apercevant du malheureux état
d'une race qui avait été vertueuse, décidera de
les châtier pour les rendre plus modérés et plus
sages. À cet effet, il
réunira tous les dieux dans leur demeure, la plus précieuse,
celle qui, située au centre de tout l'univers, voit tout ce
qui participe à la génération, et, les ayant
rassemblés.....
Il lève la tête,
regarde son élève, qui ne semble pas remarquer qu'il
manque une page dans le prestigieux livre et que c'est pour cette
raison que son maître arrête de lire. Constatant que
Leith écoute toujours et attend ce qui va suivre, il lui dit :
— Désolé
mon garçon, le reste a été perdu il y a déjà
très longtemps. Je ne m'y fait toujours pas, car j'aimerais,
comme vous, bien savoir la suite. Il est cependant possible que la
bibliothèque ait encore de vieilles archives qui contiennent
le reste de ce récit, mais il faudra investir du temps et de
la volonté pour les chercher. Vous revenez cet après-midi
pour continuer ? On pourrait discuter un petit peu de ce qu'on
a lu et lire les sept signes, n'est-ce pas ?
— Désolé
maître, cet après-midi je comptais réviser mes
leçons de mathématique, mais je vais d'abord dîner
chez Abdubu, à l'estaminet “Les Jardines”,
tout près d'ici.
— Vous mangez les plats
Perse à présent ?
— Non maître, pas
spécialement, il a aussi des mets d'ici, on y est bien et mes
copains s'y trouvent pour discuter un petit peu.
— Bon appétit et
à demain mon enfant.
— Vous de même et
à demain maître.
Mon marque-page
La
ville d'Osuo est nommée d'après la rivière
alimentant le lac Parfa et rejoignant depuis l'autre côté
du lac le Saad, le fleuve qui, venant depuis les montagnes, rejoint
la mer près de la ville et le port d'Amaki. La ville
elle-même se situe au bord du lac là où la
rivière le quitte pour joindre la Saad. La rivière
Osuo coupe, en sortant du lac, la partie basse de la ville du même
nom en deux, laissant ainsi les quartiers les plus modestes à
sa droite dont les habitations s'espacent de plus en plus en
direction de la mer pour graduellement se transformer en campagne
avec des fermes de tailles diverses et maisons d'artisans. Sur la
berge rive gauche il y a un boulevard qui prend, venant près
du lac, une courbe pour longer le petit port de pêche et de
plaisance. On pourrait s'étonner de trouver un port de pêche
dans un pays où la majorité de la population est
végétarienne par conviction5,
mais ce n'est pas tout le monde qui est strictement pratiquant et il
ne faut pas oublier les autres croyances n'ayant pas la restriction
de respect pour tout ce qui vit. Entre la rive gauche de
l'embouchure de l'Osuo et le port en demi cercle, il y a un parc
d'une dizaine de stades6
de long sur une demie douzaine de stades de large, en principe
réservé pour les promenades. On peut également
y trouver des vendeurs à la sauvette, tolérés à
condition qu'ils restent discrets. On y a dressé des statuts
des différents héros locaux, des musiciens, deux
écrivains, un compositeur, des rois, des reines et même
quelques militaires. On trouve de l'autre côté du
boulevard, c'est-à dire la partie de la ville entre le port et
la ville-haute, la partie commerçante en forte pente. C'est
là qu'on trouve les boutiques de tout genre, cordonniers,
fleuristes, épiceries, boulangeries, quincailleries,
coiffeurs, boutiques de meubles, des petits bistros de toute
provenance et même un salon d'esthétique appartenant à
une jeune femme dénommée Pénélope. Mais
les bâtiments n'hébergent pas que des commerces, il y a
également des ateliers d'artistes, des avocats et autres
représentants. C'est dans cette partie de la ville qu'on peut
trouver la résidence d'Amilius, astrologue, astronome et
enseignant en physique. La plupart des bâtiments ont au moins
un étage sinon plusieurs et c'est dans un de ces appartements
qu'habite Leith, l'élève d'Amilius. C'est au coin
d'une de ces ruelles que se trouve l'estaminet de Abdubu, “Les
Jardines”, qui tient son nom du précédant
propriétaire, originaire de l'état du même nom.
Même qu'Abdubu a voulu en faire un petit restaurant Perse,
comme il a eu dans son pays d'origine, il a dû tenir compte de
la clientèle existante et surtout des habitués qui
n'ont pas tous les mêmes goûts. C'est ici que se
trouvent régulièrement Leith, les deux Macs, Celtes du
nord et fidèles à leurs habitudes, un client que tout
le monde connaît du nom de Jou-el dont personne ne le connaît
par son vrai patronyme, Pénélope l'esthéticienne,
et puis les commerçants du quartier. Les deux Celtes,
Macdonald7
et Macintosh8,
dont personne ne connaît le prénom et qu'on appelle en
conséquence Macdo et Maci ou simplement les Macs, car on n'a
jamais vu l'un sans l'autre, sont originaires du nord de l'île.
Beaucoup de clients pensent d'ailleurs qu'ils sont frères ou
même frères-jumeaux et ignorent qu'ils n'appartiennent
même pas au même clan. (Les Celtes préfèrent
utiliser le mot clan à la place de tribu, comme les gens de
Mayra le font.) Quand Pénélope entre avec le journal
sous le bras, les Macs ont déjà commandé leurs
plats et consomment leurs premières chopes en les attendant.
Pénélope les rejoint à leur table et écrie
à Abdubu :
— Dubu, Dubu, un thé
avec des glaçons en vitesse s'il te plaît, j'ai encore
deux vieilles sous le masque.
Abdubu, habitué à ce
comportement, car il sait qu'elle a à peu près vingt
minutes devant elle, cherche quelque chose dans la glacière et
le lui sert de suite.
— Salut ma grande,
voilà ton Thé-Machin et fait attention de ne pas geler
tes lèvres.
— Eh !
S'écrie-t-elle, t'as oublié les glaçons !
— Bois seulement, tu
verras, ce thé n'est plus très chaud.
— Bèèh !
S'écrie-t-elle, il est tout froid, même gelé !
Que est-ce que tu as fait ?
— Simple, je savais que
tu allais venir et j'ai préparé ton thé ce
matin, que j'ai laissé à la glacière pour
refroidir. Tu viens tous les midis comme un courant d'air boire ton
thé en vitesse en réclamant des glaçons pour le
refroidir. Veux-tu tes thés dans l'avenir comme ça ou
les préfère-tu comme d'habitude ?
— Non ça va. Je
le prends comme d'habitude.
Elle commence à ouvrir son
journal, le replier dans un autre sens tel, qu'un article, qu'elle
avait entouré d'un trait rouge, apparaisse bien visiblement et
continue :
— Eh ! Vous avez
vu ça ! Ils ont trouvé l'astronome-physicien
Ar-Arart assassiné chez lui à son domicile à
Poseidia.
— Ce
n'était pas celui qui dirigeait les recherches sur l'anomalie
d'Arcturus qui semble revenir avec une avance de dix-sept ans,
demande Abdubu.
— Je ne m'occupe pas
trop d'étoiles et leurs consorts, répond Macdo, mais je
crois bien qu'elle ne soit pas la première disparition
suspecte. La semaine passée, il y avait déjà
une disparition du même genre et si mes souvenirs sont bons, il
en avait d'autres auparavant.
— Je
ne me souviens pas de détails,
dit Maci, mais je crois bien qu'ils aient tous un point commun :
ils travaillèrent tous de près ou de loin au même
projet. Il me semble qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond.
— Oui,
dit Pénélope, c'est ce que je crois, mais il faudrait
peut-être demander à Leith, s'il vient tout à
l'heure.
— Tu sais ce qu'il
fait, demande Maci.
— Non, dit Macdo, il
est gentil, discret et on le voit rarement le soir dans les
estaminets, mais je ne sais pas exactement ce qu'il fait. Il me
semble qu'il fait des études chez Maître Amilius, mais
de quoi. C'est le mystère !
— Mais il n'a que seize
ans, dit Pénélope. L'enseignement qu'il suit chez le
maître est de l'ordre général, mais je ne connais
pas non plus ses projets d'avenir. Dubu, Dubu, s'écrie-t-elle
en direction de l'arrière salle.
— Eh ! Dubu,
s'écrie-t-elle encore, est-ce que tu sais ce qu'il fait le
Leith ?
Abdubu, qui a autre chose à
faire que d'écouter les clients, se retourne étonné,
car il n'a compris que partiellement la question et demande à
son tour :
— Qu'est-ce qu'il y a
avec Leith.
— On aimerait savoir ce
qu'il fait ou plutôt ce qu'il voudrait devenir, demande
Pénélope.
— Il m'a dit qu'il
voudrait devenir enseignant-accompagnateur agréé chez
les sauvages du continent Européen.
— Agréé,
agréé, comment agréé demande Macdo.
— Tu sais bien, que
l'éducation des Européens est un programme à
long terme et n'est autorisé que les contacts par des
personnes qualifiées9,
dit Abdubu.
C'est pendant qu'ils continuent la
discussion que Leith entre et se met à table avec les Macs et
Pénélope.
— Salut tout le monde,
ça va ?
— Salut, dit Maci, on
parlait justement de toi, tu prends tes leçons chez le Maître
Amilius ?
— Oui c'est juste, on
parlait aujourd'hui du mythe de la fin du monde. Je me demandais
justement si l'apparence dix-sept ans avant son calendrier de
l'Arcturus n'a pas un lien avec lui.
— Tu n'as pas lu le
journal, demande Pénélope.
— Non, dit Leith,
est-ce qu'il y a quelque chose de grave ?
— Ils ont tué
l'astronome Ar-Arart, lui dit Macdo.
— Bon sang, dit Leith,
il travaillait justement à ce projet, je crains qu'il faille
tout recommencer à présent. Il me semble qu'il y a
quelque chose de bizarre, un centre de recherche et un observatoire
astronomique ont été incendié et plusieurs
physiciens et astronomes ont été tués ou
disparus. Il se cache décidément quelque chose
là-dessous.
— Eh bien ! Dit
Leith, il avait la tendance à travailler seul et il est à
craindre que ces notes aient été détruites. Tu
as le journal sur toi. Regarde le bien. Je parie que son atelier a
été mis en sac. C'est sûr qu'ils aient voulu
faire croire à un cambriolage qui a mal tourné.
Pénélope commence à
lire l'article un peu plus attentivement que soudainement elle lève
la tête et s'écrie :
— Merde, j'oublie
l'heure, j'ai encore mes deux vieilles à débarbouiller.
Leith, je crois que tu as raison, lis le reste du journal, je le
laisse ici, je reviendrai plus tard le reprendre.
Du
mur de défense extérieur ne subsiste que des morceaux
çà et là où ils ont pu trouver leur
intégration dans les constructions et ruelles assez denses.
Seules restent visibles de ce mur les structures de la porte
maritime10,
laquelle servait jadis à bloquer l'accès de ville par
le canal aux bateaux et nageurs. En ce qui concerne le centre-ville,
là il n'y a plus d'habitants depuis longtemps. Le centre
lui-même ne sert que de résidence royale, les services
du roi, les bâtiments religieux ainsi que l'arène
servant au combat de taureaux destinés aux sacrifices rituels.
Ensuite on y trouve quelques résidences de nobles, les champs
de course, les services d'état, la police d'état et
fédérale et le commandement de l'armée. Le
troisième anneau ne sert essentiellement que d'espace abritant
des bureaux et surfaces commerciales. C'est dans le deuxième
anneau, la zone où résident les services d'état,
qu'on trouve entre autres cette redoutable BSI ainsi que la BOS, la
Brigade des Opérations Secrètes.
L'homme,
connu uniquement par son nom de code “Ach”,
grimpe les ruelles étroites de la cité administrative
et s'arrête devant un bâtiment qui a été
jadis le palais du consul. Une porte immense, vert-de-gris, se
dresse devant lui, haute d'au moins douze pieds et large de plus de
dix. Les battants semblent très lourds, en métal
semblant de l'airain, dans lesquels sont enfoncés d'énormes
clous. Il sonne. Les vantaux s'ouvrent de
l'intérieur et il entre dans la cour en suivant les colonnades
d'un pas vif. Parvenu à l'autre côté de la cour,
il monte l'escalier qui se trouve là et pénètre
dans une pièce aux dimensions démesurées. Le
sol de marbre est légèrement veiné de rose. Il
fait très doux ce troisième jour Lion11,
presque chaud. Un silence épais l'enveloppe, parfois coupé
par des pas feutrés d'autres employés sous les arcades
du palais. Ses pas résonnent dans la grande
salle. Il passe entre les rangées des trente et un
piédestaux, colonnes coupées à trois pieds de
hauteur, sur lesquels reposent des bustes de la dynastie Ra-Ta qui
règne depuis les quarante derniers siècles. Il prend
une chaise et s'assoit, sans le demander, à une table mariant
parfaitement le décor fastueux exprimant une richesse
excessive et salue son interlocuteur.
— Bonjour Aker.
— Bonjour Ach, vous
allez bien ? Vous vous êtes assuré de ne pas être
suivi ?
— Non, seul le portier
m'a vu, mais il est des nôtres.
— Avez-vous du
nouveau ? Votre part de l'opération “Silence”
se déroule comme prévu ?
— Bien
sûr, cher collège, il est bien attendu que je n'ai pas
effectué les démarches moi-même, mais j'ai dû
les déléguer à un membre de la BOS.
— En
effet, je viens de m'en apercevoir en lisant le journal en vous
attendant. Y a-t-il d'autres personnes dans votre secteur à
s'en occuper ?
— Non, il n'y a pas de
danger tout de suite, Alpha avait bien des élèves, mais
j'ai pris des dispositions de surveillance pour ces derniers.
— Bon, passons au sujet
suivant. La ville d'Osuo, capitale du pays de Mayra, vous la
connaissez ?
— Oui et non, c'est à
l'est, mais je ne suis jamais allé par là.
— Bon, vous le savez
donc bien et si vous ne le savez pas encore, vous le saurez
maintenant. L'opération “Silence” a été
mis au point pour faciliter l'évacuation d'une part des
habitants choisi par notre roi. Le but est d'évacuer le
maximum de gens sans créer de mouvement de panique au sein de
la population. La nouvelle de ce qui va arriver, telle qu'elle avait
été calculée par Alpha, ne doit sous aucun
prétexte être divulguée. Est-ce clair ?
— Oui !
— Comptez-vous aller
vous-même à Osuo, ou est-ce que vous avez des contacts
là-bas ?
— Non, je vais me
servir des agents placés là-bas, ils sauront mener
l'opération. Vous avez des suspects, mise à part Zeta,
dans cette ville ?
— Il
convient peut-être de surveiller ses élèves, dont
parmi eux il y a un garçon de seize ans qui est très
doué. Une autre chose qu'il faut s'occuper c'est la
bibliothèque là-bas. Ils ont, à ce qui paraît,
encore une très impressionnante archive d'anciens textes en
sous-sol. Vous ne prendrez pas d'action dans l'immédiat,
surveille-la et si un suspect y entre pour les consulter, n'hésitez
pas à faire le nécessaire.
— Il me semble que je
connais le garçon. Il est venu ici à Poseidia prendre
des leçons chez Alpha. On l'a signalé accompagné
d'une fille d'à peu près son âge. Une fort jolie
fille d'ailleurs avec des cheveux jais luisant et des yeux bruns en
amande, tout comme la fille du roi Bel-Ra.
— C'est
ça. Mais ce n'était pas une ressemblance. C'était
bien elle ! Nous ne savons pratiquement rien sur elle, à
part qu'elle à dix-huit ans, qu'elle s'appelle Ussa et des
sottises que les journaux racontent. Ils ont d'ailleurs bien noirci
des pages pendant qu'elle s'affichait ici avec un garçon de
son pays ! Les sbires de Bel-Ra ont fait un bon boulot,
impossible de rapprocher ces deux-là à moins d'un
stade. Ne la touchez surtout pas, notre roi, aussi dominant qu'il
soit, ne connaît aucun pardon et ce sera le châtiment
suprême : une mort lente s'étalant sur cinq ans et
excessivement douloureuse !12
— Mais,
ça pourrait être un accident. C'est vite arrivé
un accident, n'est-ce pas ?
— Vous n'avez pas ma
bénédiction et en cas de problème.... Je ne
vous connaîtrais plus. En ce qui concerne le garçon ;
je ne crois pas qu'il soit dangereux, mais je ne vais pas pleurer sur
son cadavre s'il lui arrive quelque chose. Puis, la fille, oubliez
la. Je ne pourrai plus vous protéger avec un nom de code. Je
serai obligé de vous dénoncer. La mort lente et
douloureuse ne m'intéresse pas ! J'espère avoir
été clair, n'est-ce pas !
— Une dernière
chose, le temple. Qu'est-ce qu'on fait ?
— Vous faites allusion
au temple d'Ozin, qu'on utilise pour communiquer avec des morts et
les ancêtres ?
— Oui c'est ça.
— C'est une bonne
idée, mais on ne pourrait enregistrer que les propos exprimés
dans ce temple. Comme vous devez le savoir, les communications
télépathiques utilisées par ce procédé
ne peuvent jamais être interceptées et ce sont justement
celles là qui nous intéressent le plus. Mais je crois
que l'enregistrement des paroles exprimées sera suffisant. Ça
nous donnera une idée de quoi dont ils parlent et il suffit
ensuite d'intervenir ou de suivre les suspects si le sujet de leur
conversation entre dans le cadre de l'opération “Silence”.
— Je vous tiendrai au
courant de la suite des opérations.
— Vous pouvez disposer.
L'homme
portant le nom de code “Ach” sort lentement de
l'immense salle de réunion, marche pensivement, passant sous
les arcs, descend l'escalier, traverse la cour et se
fait accompagner par le gardien jusqu'à la grande porte
d'entrée.
Amilius,
qui se levait de bonne heure ce matin du quatrième jour Lion
pour observer le ciel avant qu'il ne devienne trop clair, descend
l'escalier, menant à son observatoire en forme de dôme
aménagé dans une partie du grenier, pour rejoindre son
atelier pour y attendre son élève. Il pose ses notes
sur la table faisant à la fois office de bureau et de table à
dessin. Dans la pièce on trouve également des tables
de rangement long de certains murs avec des objets divers et
hétéroclites, un astrolabe par ci, un télescope
à moitié démonté attendant la réparation
par là, un globe représentant la Terre, un livre avec
des tables logarithmiques, ouvert à une page de chiffres
allant de 10 000 à 10 200, une carte du ciel et même
un dictionnaire de formules mathématiques. Il se rend, après
avoir déposé ses observations de ce matin sur la table,
à l'étagère-bibliothèque de l'autre côté
de la pièce et y prend un livre de référence
d'objets célestes. Il commence à le feuilleter et se
rend compte que les références qu'il cherche ne s'y
trouvent pas. Il se lève de nouveau pour prendre un autre
livre et c'est à ce moment que son élève, Leith,
fait son entrée.
— Bonjour maître, je vous
surprends en plein travail ?
— Non mon garçon, je venais
justement vérifier les coordonnées des étoiles
que j'ai pu observer ce matin.
— Vous avez fait à nouveau
des calculs concernant Arcturus ?
— Oui, c'était bien mon
intention en tout cas, mais je n'ai pas pu voir tout ce que je
voulais.
— Sans
être indiscret, qu'est-ce que vous comptez voir
exactement ?
— Il
n'y a rien d'indiscret dans votre question, mon garçon. Je
voulais prendre les coordonnées exactes de grandes planètes
pour pouvoir calculer la trajectoire d'Arcturus, mais j'aurais dû
veiller toute la nuit pour les avoir. Je me suis donc levé
trop tard ce matin. Certaines d'entre elles n'étaient déjà
plus visibles à l'heure où je gagnais l'observatoire.
— Est-ce
que Ar-Arart ne les avait pas déjà
calculées ?
— C'est
juste mon garçon, mais comme vous devez l'avoir appris dans
les journaux, son atelier-bureau a été entièrement
mis à sac et les documents les plus précieux ont
disparus. Malheureusement il ne me les avait pas encore fait
parvenir.
— J'ai confiance en vous, maître,
que vous arriviez à refaire ses calculs. Vous allez
certainement faire d'autres observations cette nuit n'est-ce pas ?
— Bien sûr mon enfant,
j'espère bien avoir tous les renseignements dès demain
et pouvoir compléter mes calculs. À propos de vos
leçons de mathématiques, vous avancez bien ?
— Oui maître. J'apprends
comment me servir des tables logarithmiques et des tables de
conversion d'angle pour pouvoir calculer les positions et distances
d'objets célestes.
— C'est bien, mais sachez qu'il vous
faudra beaucoup d'expérience et d'exercices avant de maîtriser
parfaitement cette matière. En ce qui concerne les leçons
d'hier, avez-vous encore des questions les concernant ?
— Oui maître, une toute
petite. La phrase : « Quand la portion divine qui
est en eux s'altéra par son fréquent mélange
avec un élément mortel. »
S'adresse-t-elle aux fréquents mélanges de sang royal
avec la population ?
— De toute évidence !
Même s'il y a des rumeurs persistantes concernant des mariages
frère-soeur dans le passé, la vérité
là-dessus n'a jamais pu être prouvée. C'est sûr
que les mariages nièce-neveu, cousine-cousin étaient et
sont toujours fréquents. Mais depuis les derniers siècles,
les mariages entre les familles royales et des enfants du peuple sont
devenus de plus en plus fréquents. Vous pouvez d'ailleurs
prendre comme exemple la dynastie de Ra-Ta, ces ancêtres
régnèrent presque millénaire, mais à
l'heure qu'il est, ils n'atteignent un âge à peine plus
que les mortels.
— Ne trouvez-vous pas que ça
correspond bien à la prédiction des textes sacrés
maître ?
— Malheureusement oui, mon garçon.
C'est pour cette raison que je me suis intéressé à
la trajectoire d'Arcturus. Je crains, comme vous l'avez déjà
dit pendant vos leçons d'hier, que c'est bien elle l'étoile
tombant de la prédiction.
— Ce n'est pas seulement ça
maître, mais il y a d'autres signes qui semblent correspondre.
— Je vais vous lire d'abord les sept
signes avant que nous continuions à discuter. Il y a d'abord
les deux premiers qui parlent tous les deux d'un chevalier barbu.
Avez-vous une idée de quoi il s'agit ?
— C'est certainement une comète,
parce que c'est ainsi qu'on les appelait depuis la nuit des temps.
Il signifiait pour les gens jadis, maintenant pour des superstitieux,
le messager de malheur.
— Oui c'est ça. Continuons
avec la lecture des sept signes.
Amilius se lève, va vers
l'étagère-bibliothèque, mais constate que le
livre qu'il cherche se trouve toujours sur la table avec une
marque-page à l'endroit où il avait arrêté
la lecture la veille. Il prend le livre, l'ouvre à la page
marquée, ajuste avec un geste machinal ses lunettes et
poursuit la lecture en faisant une petite pause entre chaque signe :
— Premier signe : quand les
petites se partageront Poissons et Bélier et leurs grandes
soeurs la Vierge et Balance, le chevalier barbu rejoindra Arès13
en Verseau. Deuxième signe : le chevalier barbu
reviendra plutôt que prévu dans le signe du Bélier.
Troisième signe : une étoile bleue apparaîtra
et deviendra visible pendant la journée. Quatrième
signe : les gens se révolteront et s'opposeront aux
classes dirigeantes. Cinquième signe : la population se
détournera des vertus divines et commencera à vénérer
le veau d'or et les jeux. Sixième signe : on découpera
le pays des rubans de la pierre coulée14,
telle une toile d'araignée. Septième signe :
l'eau des rivières tournera en sang.
— Maître, puis-je conclure, si
j'ai bien suivi la lecture, que le chevalier barbu n'est d'autre que
l'Arcturus ? Il me semble bien qu'il ne soit attendu que dans
dix-sept ans ?
— Oui, c'est bien ça que je
comptais vérifier mon garçon. C'est pour cela que j'ai
besoin des coordonnées exactes des étoiles et d'établir
une position astrologique il y a cent-trois ans. C'est ainsi que je
peux comparer la carte astrologique de l'époque avec le
premier signe de la prédiction. En ce qui concerne le
deuxième signe, Arcturus est bien apparue dans le signe du
Bélier.
— Le troisième signe, maître,
l'étoile bleue, l'avez-vous repérée ?
— Oui, je le crois. Ce n'est
sûrement pas une planète qui devient visible le jour,
tel que Aphrodite15
qu'on peut parfois observer tôt le matin ou juste avant le
coucher du soleil, mais une étoile qui explose16.
Vous devez savoir, si vous avez bien retenu vos leçons
précédentes, que certaines étoiles très
brillantes explosent parfois et disparaissent ensuite. Une telle
étoile devient visible le jour pendant une semaine environ,
parfois plus, parfois moins. Il y a, en effet, en ce moment une
étoile qui devient de plus en plus brillante de jour en jour
dans la constellation de la Lyre.
— Bien
compris maître, en ce qui concerne le quatrième et le
cinquième signe, l'observation du comportement populaire
suffit à me convaincre que c'est bien ça qu'elles aient
voulu dire. Pour les révoltes, ce sont surtout les jeunes qui
s'opposent aux guerres que le pays mène aux quatre coins du
globe, car ils n'acceptent plus l'attitude dominante de la classe
dirigeante. Pour les jeux, pas de commentaire, il suffit de voir
comment les joueurs de pelote17
de la dernière compétition ont été
vénérés. En ce qui concerne le veau d'or, c'est
bien le matérialisme de la population, son attitude
d'accumuler des objets divers, représentant la richesse qui
symbolise à mes yeux le veau d'or. Le sixième signe,
ce sont peut-être les routes, qu'on ait construites à
tort et à travers dans tout le pays, ou est-ce que je me
trompe ?
— Je suis tout à fait
d'accord avec vous, mon enfant. En ce qui concerne les rivières
tournant en sang, il faut peut-être dire qu'elles se colorent
en rouge. Il arrive en fait que des mouvements telluriques et des
petits tremblements libèrent certaines matières qui
pourraient bien provoquer cette coloration des sources et de ce fait
l'eau des rivières. Ce n'est pas nouveau, c'est déjà
arrivé, mais n'est absolument pas prévisible. Vous
pouvez, en ce qui concerne la vénération du veau d'or,
d'ailleurs constater, si vous vous souvenez bien, que les Hébreux
vénèrent effectivement un veau d'or et même si
cela est contraire à leur dogme religieux.
— Que est-ce que tu écoutes ?
Encore un de tes vieux trucs ringards, je parie !
— Oui, c'est sûrement Miles
machin ou Sidney truc, dit André.
— Ce machin s'appelle Miles Davis,
un trompettiste de jazz et le truc s'appelle Sidney Bechet, que tu
devrais sûrement connaître, sinon tu manques sérieusement
d'éducation culturelle, lui répond Julien.
— Angélique, dit Alice,
Angélique passe-moi tes écouteurs, je veux savoir ce
que tu écoutes.
Angélique, qui avait enlevé les
écouteurs entre temps, remet l'album qu'elle venait d'écouter
au début et les lui passe. Alice met les écouteurs à
son tour et entend les Pogues entamant justement le premier numéro
de l'album, également le titre, “If I Should Fall
From Grace With God”. Elle se lève en esquissant
des petits pas de danse sur la plage de galets en se tordant presque
une cheville et crie :
— C'EST QUOI, CETTE MUSIQUE ?
— Arrête de crier, on n'est
pas sourd !
— QUOI ?
— Arrête de crier et enlève
tes écouteurs avant de répondre, dit Julien.
— QUOI ?
Alice qui continue à écouter,
n'entend pas ce que ces amis lui disent et continue ses pas de danse
pendant que les Pogues continuent avec “Turkish Song Of The
Damned”. Elle demande de nouveau :
— C'EST PAS MAL, C'EST QUI ?
C'est alors André qui se lève et
lui arrache les écouteurs et lui dit :
— Mais enlève ces trucs quand
tu parles, tu ne comprends rien de ce qu'on te dit et tu gueules.
— Meunon, je ne gueulais pas. C’est
qui ce groupe ?
— Mais
si tu gueulais, c'est toujours comme ça si on parle avec un
baladeur en marche, lui dit Julien.
— Ce sont les Pogues, un groupe
irlandais des années quatre-vingts, répond Angélique.
J'ai trouvé ce disque dans la collection de mon père.
Je lui ai piqué ses deux CD de ce groupe ainsi qu'un de
Celtica19.
Il ne doit pas souvent les écouter, parce que ça fait
un an que je les ai. Je ne me souviens plus du titre, il y a quelque
chose avec Grace et God, mais c'est tout ce que je me souviens.
— Angélique, ton frère
m'a dit que tu as fait un rêve assez bizarre, demande André
qui a visiblement envie de changer de sujet. Tu étais, à
ce qui paraît, une princesse de l'Atlantide qui se noyait
n'est-ce pas ?
C'est
ainsi qu'Angélique ira narrer son rêve, précisant
qu'elle n'a pas retenu tous les détails, à ses amis.
Son frère, Julien, lui assiste. Il se souvient mieux de
certains détails de ce qu'elle lui ait raconté pendant
la nuit.
— Tu crois que l'Atlantide a
vraiment existé, demande Alice.
— Je
ne sais pas, répond Angélique, mais certains détails
étaient trop nets. Il y avait par exemple les bateaux dans le
port. Ils avaient tous des ailes en guise de voiles, tel que le
deuxième bateau de Cousteau les avait. Les seuls bateaux avec
voiles ordinaires étaient des petites embarcations de pêche.
Il y avait aussi la voiturette du détective, il n'y en a pas
de semblable en France en ce moment. Elle ressemblait un peu à
ces tricycles d'après-guerre fabriqués par les Italiens
et les Allemands, mais je ne les ai jamais vus en réalité,
seulement dans un livre traitant de l'après-guerre.
— Mais
l'Atlantide, n'était-elle pas une île grecque, demande
Alice.
— Je n'en sais rien, répond
Julien à la place d'Angélique, mais je crois que
c'était Platon qui l'avait mentionné.
— Je me doute un petit peu que ce
soit une île qui tient dans la Méditerranée, dit
Angélique, car dans mon rêve il fallait faire un voyage
assez long pour arriver au port. Quelque chose comme d'ici à
Paris et une île d'une telle taille prend tout de même de
la place !
— Tu m'avais raconté cette
nuit qu'il y avait un plan d’évacuation vers le
continent de l'Europe. On peut donc supposer qu'il s'agit d'une île
dans l'atlantique, dit Julien.
— Tu devrais peut-être aller à
la bibliothèque, lui dit Alice, pour consulter de la
documentation ou voir sur Internet.
— C'est une bonne idée,
répond Angélique, j'y vais cet après-midi. Je
crois bien, que c'est ouvert.
— Il y avait un type au salon du
livre d'Andé, lui dit Alice, qui vendait des posters et des
livres sur l'Atlantide, mais je n'ai aucune idée d'où
il vient ni où il habite. Tu pourrais peut-être
contacter les organisateurs ou la mairie de là-bas pour le
savoir.
— C'est où, Andé ?
— Dans le département de
l'Eure, au bord de la Seine, pas loin de la cité nouvelle de
Val de Reuil et Louviers, sinon prends une carte routière et
regardes !
— Mais, c'est loin !
— Tu ne sais pas te servir d'un
téléphone ou quoi ?
André, las d'écouter la
discussion, saisit le baladeur numérique d'Angélique,
met les écouteurs, les enlève aussitôt et s'écrie
écoeuré :
— Bèèèh, tu
écoutes des trucs pareils ? C'est vieux, c'est pour
papys, c'est ringard, c'est nul, comment peut-on écouter ça ?
— Tu parles de musique, répond
Angélique, les trucs que tu écoutes sont comme tu vides
un conteneur de recyclage de verre en bas par l'escalier. Moi, je
n'aime pas tes trucs à toi, chacun ses goûts mon pote.
Et rends moi mon baladeur s'il te plaît.
— C’est
ça dit Alice, et puis n’oublie pas les gueulés du
concierge un bas de l'escalier qui ramasse la marchandise
à la figure.
— Elle n'aime pas trop le RAP non
plus, dit Julien, un ou deux numéros ça va, mais
après....
— Oui, dit Angélique, ce
n'est pas de la musique, c'est de la lecture de journaux évoquant
les problèmes de banlieue en accéléré sur
un fond sonore.
— Ou des insultes, du sexe et de la
violence, si tu écoutes cet américain M ou N quelque
chose, ajoute Alice.
— On
s'en va, demande Julien en regardant sa montre. Est-ce
que quelqu'un vient avec nous se taper une
petite bouffe ? On pourrait se revoir cet après-midi.
— Sans moi, répond Angélique,
je prends quelque chose à la maison et je vais ensuite à
la bibliothèque comme t'avais suggéré pour
vérifier les trucs que j'ai rêvés cette nuit.
— C'est ça, lui dit Leith, la
religion d'ici interdit en principe la consommation de la chair, mais
la plupart des gens ne la pratique qu'aux occasions spéciales
telles que naissances, mariages et enterrements.
— Y a-t-il des exceptions, lui
demande Jou-el, qui n'est pas pratiquant.
— Il y en a, lui répond
Leith, c'est en cas de nécessité, mais on doit une
prière à l'intention de l'âme de la bête
tuée pour s'excuser de lui avoir pris sa chair21.
Leith, qui venait de terminer ses leçons,
a visiblement envie de changer de sujet et demande :
— A-t-on
des nouvelles concernant d'Arcturus et l'assassinat de Ar-Arart ?
Car, il me semble, continue-t-il, qu'elle se rapproche de jour en
jour. Elle viendra bientôt visible de jour et il
sera trop tard pour faire quelque chose en cas de problèmes.
C'est
Jou-el qui lui donne un coup de pied sous la table et désigne
discrètement l'étranger assis
à la table dans le coin en mettant son doigt sur les lèvres.
C'est en ce moment que les deux faux jumeaux et vrai Celtes font
leur entrée. Ils s'assoient à la même table que
Leith et Jou-el et c'est Maci qui demande :
— Salut
Leith, salut Jou-el. Eh ! Abdubu porte nous une tournée,
et continue en s'adressant à Leith, alors, tombera-t-elle ou
tombera-t-elle pas ?.
C'est alors que Jou-el se voit obligé de
répéter le même geste de tout à l'heure
aux deux Macs pour désigner l'étrange visiteur assis
seul à la table du coin pour leur signaler de changer le sujet
de la conversation.
— Alors, dit Macdo qui a compris le
geste Jou-el, elle vient, la Pénélope ?
— Je ne sais pas, dit Leith, je suis
passé devant sa boutique tout à l'heure et elle
avait une cliente, mais je pense qu'elle ne tardera pas à
venir.
Les hommes continuent la discussion sur les
fréquentations de Pénélope, une fille
célibataire qui ne semble pas trouver chaussure à ses
pieds, et ils ne remarquent pas que l'homme, l'étranger un peu
trop banal, s’est levé de sa chaise et a demandé
une communication dans la cabine d'où vient un monologue à
peine audible :
— Allo ?
— Bonjour, c'est Ach, passez-moi
Aker s'il vous plaît.
— Oui.
— Oui.
— Non.
— Oui, suspect IV en sait déjà
trop et le mot commence à se répandre parmi la
population.
— Oui.
— Non.
— Certainement, je prendrai les
démarches de suite.
— Non.
— Bien sûr, je ne l'exécuterai
pas moi-même. Je prendrai également des mesures de
surveillance pour son élève, il ne sais pas encore
trop, mais une surveillance ne sera pas un luxe.
— Oui bien sûr.
— Bien sûr, s'il va fouiner
dans le sous-sol, je ferai le nécessaire.
— Pardon ?
— Non, je serai prudent, ici
personne ne me connaît de toute façon.
— Oui, je vous contacterai dès
que j'ai du nouveau.
— Oui, à bientôt.
L'homme sort de la cabine, paye la
communication ainsi ses consommations, puis sort de l'établissement
en butant sur Pénélope qui vient d'entrer. Elle suit
des yeux l'homme qui vient de sortir sans s'excuser d'un regard
interrogatif et lance à ses copains pendant qu'elle s'assoit :
— C'est
qui, ce type-là ? Il traîne dans la rue devant
chez moi à longueur de journée.
Leith,
Pénélope, Jou-el, les Macs et Abdubu se trouvent
toujours à table en plein discussion. Les clients, habitués
à venir manger le plat du jour à midi, commencent à
venir un à un ou à plusieurs. Abdubu se lève et
s'excuse auprès de ces amis et commence à servir les
apéritifs à ceux qui le désirent. Les cinq amis
continuent leur babillage habituel en passant en revu les différents
personnages du quartier, quand soudainement, Pénélope,
se rappelant le client qui venait de sortir, demande :
— Éh ! Vous avez vu ce
type de tout à l'heure ? Je suis sûr que c'est un
espion. Il ne fait d'autre que des allers retours dans la rue devant
chez moi et la rue à côté, là où il
habite Maître Amilius. Je suis sûr qu'il le surveille.
Qu'est-ce que t’en pense Jou-el, toi qui connaît tout et
qui sait tout sur tout le monde ?
— Oui, dit Maci qui répond à
la place de Jou-el, j'ai remarqué d'autres comme lui par
ailleurs, on dirait qu'il se trame quelque chose. Ce ne sont
peut-être pas d'espions, mais sûrement des agents de la
BSI.
— Je suis d'accord avec toi, lui dit
Macdo, il me semble bien qu'ils tiennent Amilius à l'oeil.
— Désolé pour le coup
de pied de tout à l'heure, dit Jou-el à Leith, mais je
ne pouvais pas le faire autrement. C'est Abdubu qui l'a reconnu en
premier. C'est probablement un agent de la BSI. Il me semble que je
le connais. Puis, il n'est pas un de leurs meilleurs agents, si
c'est bien lui.
— Oui, dit Abdubu qui venait tout
juste remettre une autre tournée, il a bien pris une
communication avec Poseidia. Ce qu'il est en soi déjà
suspect, mais il me semble l'avoir entendu parler de suspect et
d'exécuter ou d'une exécution.
— Mais tu voulais parler de quoi
tout à l'heure, demande Jou-el à Leith.
— Oh ! C'est juste à
propos de l'assassinat d'Ar-Arart. J'ai voulu savoir si quelqu'un
d'entre vous a des nouvelles entre temps.
— Non, dit Pénélope,
mais je crois avoir entendu parler de cette comète qui
s'approche de jour en jour. Mais l'observatoire de Poseidia affirme
qu'il n'y a aucun danger. Elle, cette comète donc, passera
comme d'habitude très loin de la Terre. Regarde le journal de
ce matin, il y a une demi-page sur cet événement.
— Je sais, lui dit Leith, j'ai
entendu parler. Mais je ne suis pas trop sûr que ces articles
parus dernièrement dans les journaux viennent vraiment de
l'observatoire. Normalement cette comète, elle s'appelle
Arcturus, a une trajectoire telle qu'elle vient entre Verseau et
Poissons et repart entre Scorpion et Sagittaire et ne croise pas
celle de la Terre. Mais le problème suivant se pose ;
elle est revenue trop tôt et on ne sait pas pourquoi.
— Mais, dit Maci, n'est-elle censé
revenir que dans dix-sept ans ?
— C’est ça, lui répond
Leith, Maître Amilius m'a affirmé également
qu'elle n'est devenue visible qu'en Bélier.
— Il me semble, dit Pénélope,
qu'on ne peut observer Verseau en ce moment et on ne peut en
conséquence pas pu observer l'arrivée d'une comète
par là.
— Tu as peut-être raison, lui
dit Leith, c'est pour cela qu'on l'a vu pour la première fois
en Bélier. Ce qui m'inquiète par contre, c'est le fait
que sa première apparence en Bélier correspond bien aux
prédictions faites dans les textes sacrés.
— Les textes ne disent-ils pas que
le pays sera détruite en une seule funeste jour et une
terrible nuit, demande Abdubu, revenu pour prendre la commande et
continue sans attendre une réponse :
— Tout
le monde prend le plat du jour ? Il te convient aussi Leith,
c'est un plat traditionnel du peuple Ibérique qui ne contient
que des oeufs, du fromage râpé, des pommes de terre et
des champignons, accompagné des légumes. Ça te
va ?
— Oui, lui répond Leith, je
l'en fais parfois moi-même, c'est une sorte d'omelette,
n'est-ce pas.
— Cinq plats du jour, demande
Abdubu, sans répondre à la question de Leith.
— Non, dit Maci, j'aimerais la même
chose qu'hier.
— Désolé, je n'ai
plus, je te passe la carte ?
— Non laisse, je prends le plat du
jour.
— Boisson ? Une bière
pour vous deux, dit-il en désignant de tête les deux
Macs et continue :
— Péléope,
un thé avec des glaçons, peut-être, lui
demande-t-il et continue sans attendre la réponse de sa part :
Leith, vin, cidre, un verre d'eau peut-être ?
— De l'eau, dit Leith, j'ai encore
des leçons cet après-midi et j'aimerais rester sérieux.
— Jou-el ? Comme d'habitude ?
— Non, dit Jou-el, je prendrai une
carafe de vin.
Les cinq amis continuent leur babillage et
ragots qu'on raconte sur les habitants et commerçants du
quartier jusqu'au moment qu'Abdubu revient avec les boissons. Il dit
sans s'adresser à quelqu'un particulier :
— Il me semble que vos textes ne
parlent pas seulement d'une destruction totale par une étoile
tombant sur la Terre, mais également des tremblements de terre
ainsi qu'un déluge.
— Oui, dit Leith, mais aussi qu'il y
a des survivants.
— Tous ceux qui ont fui dans les
montagnes, me semble-t-il, lui répond Pénélope.
— Tu es drôlement bien
informé, dit Leith, comment sais-tu tout cela ?
— Eh bien ! Je discute avec
mes clientes, il faut savoir parler de tout si on fait mon métier,
mon grand !
— Chez nous il y a une légende
similaire, dit Abdubu, mais il dit à la fin : « Après
l'inondation, une nouvelle race, moins pêcheuse émergera
pour repeupler la Terre ».
— Eh ! S'écrie
Pénélope, visiblement désireuse de changer le
sujet en s'adressant à Leith ; c'est quand, que tu te
maries ?
— Me marier ? Moi ?
Comment me marier ? Avec qui ?
— Mais avec notre petite Ussa !
La belle princesse de notre roi ! T'as la chance l'avoir comme
copine.
— Mais, lui répond Leith un
peu gêné par cette intrusion dans sa vie privée,
tu crois vraiment ce que racontent les journaux à ragots ?
— On te verra bien comme futur
prince, dit Macdo, un beau jeune homme comme toi, tu aurais autant de
succès que ta belle copine.
— Non, nous sommes amis, sans plus.
Je l'aime bien, mais pour me faire prince ? Je ne sais pas,
répond Leith.
— Mais elle, lui dit Pénélope,
elle est amoureuse de toi et n'a pas un caractère à
laisser filer un beau jeune homme comme toi.
Pendant ses amis continuent à lui
taquiner encore un moment, c'est Abdubu qui revient avec les plats et
le silence s'installe petit à petit pour ne laisser place qu'à
des bruits de couteaux et fourchettes sur les plats.
— Oui, je connais Charles Berliz,
mais Otto H Muck, je n'ai jamais entendu parler de lui. Oui,
mettez-le de côté également. Non je ne les
emprunte pas, je comptais les consulter sur place.
— Pardon ?
— Un livre sur la mythologie
grecque ? Oui mettez-le de côté également.
— Quoi ? Un atlas des légendes
et de l'astrologie ? Oui ce sera peut-être bien de
l'avoir sous la main.
— Oui merci et à tout à
l'heure.
Puis
elle ferme le clapet de son téléphone mobile. Elle
reste encore un moment songeur et commence à noter d'autres
rêves dont elle se souvient encore. Pendant qu'elle passe un
revu les rêves dont elle se rappelle le mieux, elle constate
que certains d'entre eux ont un point commun. Ce n'est même
pas un point commun, mais des points, car les rêves semblent
avoir lieu dans la même ville, au bord d'un lac avec des rues
étroites ayant des commerces de tout genre. Au milieu de ce
qui lui ressemble à un bazar de moyen orient, il y avait un
petit bistro fort sympathique au coin d'une ruelle en pente. Elle se
souvient surtout de clients, car le soir, elle se souvient que
c'était le soir, il y avait deux types à l'allure
d'écossais qui jouaient de la musique. Parmi les clients il y
avait aussi une fille d'une trentaine d'années, un homme d'un
âge indéterminé, un homme d'origine de moyen
orient qui était visiblement le patron du bistro et surtout,
le plus important, un beau jeune homme de son âge. Elle prend
un air songeur en pensant à ce jeune homme, dont elle ne se
souvient pas bien de nom, Le, Li ou quelque chose de ce genre. Elle
l'aimait bien, il était comme son frère, qui a deux ans
de plus qu'elle, mais plus mince et une allure moins athlétique.
Angélique
continue alors à prendre les notes de ces choses qu'elle juge
important et se réalise qu'elle avait fait un autre rêve
deux ans auparavant où il y avait également ce jeune
homme, cette fois accompagnée d'une noiraude, chevelure jais
luisant mi-long et aux yeux bruns en amande, dont elle se souvenait
le nom, Ussa. Cette fille suivait, tout comme le jeune homme, un
stage chez un type aux allures du sage dans la tourelle d'un jeu
télévisé : Fort Boyard.
C'est
maintenant qu'elle commence à noter sur une autre feuille les
éléments clef du rêve de la veille, puis elle se
demande si cette Ussa et la princesse, car Ussa en était une,
qu'elle était dans son rêve, n'étaient pas une et
la même personne. Pendant qu'elle note de ce qu'elle se
souvient de son rêve, elle se dit pour elle-même :
« Merde, comment s'appelait-il,
ce garçon. Ils se tutoyaient tout de même et c'était
quelque chose avec “Li” ou “Le”. Ah oui, j'y
suis, c'était Leith, il s'appelait Leith et il suivait le
stage pour devenir une sorte de sage. » Pensif, elle
continue : « Cette Ussa plairait bien à mon
frère. Elle était, est, peut-être, comme
Mélissa, mais mieux foutu, mieux proportionné, sais ce
qu'elle veut et ne souffre visiblement pas d'anorexie. »
C'est ainsi qu'elle se rend, en prenant une petite sacoche avec ses
notes, à la bibliothèque pendant qu'elle continue de
rêvasser sur ce jeune homme, Leith, qu'elle aimerait bien
rencontrer en chair et en os. En rentrant dans la bibliothèque,
elle salut la dame faisant l'accueil :
— Bonjour madame.
— Bonjour, c'est vous la jeune fille
qui me vient de téléphoner tout à l'heure ?
— Oui madame, c'est bien moi. Vous
avez pu trouver les livres ?
— Je vous les ai mis sur la table
là-bas. Consultez-les tranquillement, ce genre de lecture
n'est pas très courant pour un jour d'été.
Pourquoi faites-vous ces recherches ? À votre place, je
profiterai du beau temps d'aujourd'hui et je resterai à la
plage.
— Je suis curieuse, répond-elle,
et continue à raconter son rêve de la veille et les
autres qu'elle avait eus auparavant en mettant bien l'accent sur les
étranges similitudes entre les différents rêves.
Elle raconte ainsi le voyage en train, la soirée à
l'estaminet, la formation chez le vieux maître et le fait que
la princesse du stage et celle qu'elle était dans son rêve
pourrait bien être la même personne.
— Il ne me semble pas qu'ils avaient
une technologie aussi avancée que le nôtre, lui répond
la bibliothécaire. Quoi que. Quoi que. J'ai un beau-frère
qui est très porté sur les voyants et la voyance et il
m'a parlé une fois de ce sujet si mes souvenirs sont bons. Il
y avait un médium qui, à ce qui parait, fait mention de
l'Atlantide pendant qu'il était en transe. Je crois qu'il
était, il ne vit plus en ce moment, américain.
Elle se retourne vers son ordinateur, met le
moteur de recherche le plus populaire en marche et entre : « medium
american atlantis ».
— Vous avez oublié l'accent
sur médium et américain, lui dit Angélique, et
on écrit Atlantide non ?
— Non, lui dit-elle, « medium »,
« american » et « atlantis »
sont des mots anglais. Lui était américain et il vaut
mieux chercher les sites de langue anglaise.
— Mais mon anglais n'est pas aussi
bon, dit elle, même qu'elle ait eu envie de répondre :
je ne comprends que dalle.
— On se débrouille, sinon il
y aura bien de sites en français.
Après quelques minutes de navigation et
de visite de nombreuses pages internet, elles viennent de tomber sur
un site avec des résumés sans baratin inutile.
— Vous avez peut-être raison,
ils prétendent sur ce site que, selon ce médium, les
atlantes étaient techniquement aussi avancés que nous
le sommes aujourd'hui. Qu'ils avaient de la télévision,
de la radio et même des transports publics et privés.
Votre rêve avait peut-être raison, quand il faisait
mention d'un voyage en train.
Angélique note le nom du site et
s'assoie à la table avec ses livres. Elle restera là
jusqu'au moment que la bibliothécaire lui demande :
— Vous revenez demain ? Il est
l'heure je ferme.
— Non ça va, je viendrai un
autre jour, lui répond Angélique, merci beaucoup quand
même.
— Auriez-vous une idée pour
le troisième fléau, mon enfant.
— Vous faites, peut-être,
allusion au fait que le climat semble de se réchauffer,
n'est-ce pas maître.
— Oui
mon garçon. Il y a certains qui attribuent ce réchauffement
à l'utilisation intensive et excessive de l'énergie des
étoiles, mais il pourrait que, se soit autre chose. Les sages
et scientifiques ne le savent pas exactement. Les émeutes qui
se déroulent de temps à autre ayant ce sujet comme
raison, n'ont pas grande chose à voir avec ça, mais ils
sont organisés pour des raisons politiques, pour faire
opposition à la classe dirigeante.
— Oui
maître. Il me semble que vous avez déjà répondu
en ce qui concerne le quatrième fléau. Je crois
d'ailleurs qu'il y a cet après-midi une démonstration
de jeunes contre la guerre des Saneids.
— C'est
cela, mon garçon. Cette guerre inutilement menée, fait
bien trop de victimes parmi ces pauvres jeunes qui ont tiré le
mauvais lot et qui n'ont pas assez de moyens pour acheter leur
liberté.
— Oui maître, c'est bien cet
ignoble individu de Ra-Ta qui veut montrer au monde entier que c'est
lui qui commande. Mais cette guerre n'a à mes yeux aucun
intérêt, ni militaire, ni commercial.
— Vous avez fait une bonne analyse,
mon enfant. Vous vous montrez très sage pour votre jeune âge,
je suis content de vous.
Amilius jette un regard circulaire autour de
lui et voit qu'il avait mis le livre qu'il cherche juste devant lui.
Il le prend, toujours ouvert à la page avec les sept fléaux,
et en ajustant ses lunettes avec un geste machinale il continue la
lecture :
— Sixième
fléau : il y aura des tremblements d'une intensité
telle qu'ils changeront le cours du soleil dans le ciel, des
inondations extraordinaires, et, dans l'espace d'un seul jour et
d'une seule nuit néfastes, tout ce que vous aviez de
combattants, de richesses, de mortels tombés dans l'indécence,
sera englouti d'un seul coup dans la terre, et l'île s'abîmera
dans la mer, disparaîtra de même.
— Eh
bien, maître. Je crois que l'étoile du cinquième
fléau de la prédiction, n'est rien d'autre que
Arcturus. Concernant le sixième fléau, il n'est pas
très difficile à imaginer qu'une étoile, notre
comète dans ce cas, provoquera des terribles tremblements de
terre et des grosses pluies si elle tombe dans un océan. Il
m'est, par contre, difficile à croire qu'une aussi grande île,
comme la nôtre, peut s'enfoncer dans l'océan. Toute
cette terre et tous les montages prennent tout de même la
place. Comment sera-t-il cela possible ?
— Bien
mon garçon. Vous avez raison de penser que tout ce que nous
voyons aujourd'hui ne peut pas disparaître dans le neant, mais
je dois encore vérifier des choses. Non seulement la position
de certaines planètes et la dernière position de
Arcturus, mais également voir ce que je possède en
livres géologiques. Demain je vais vous remettre le double de
certains de mes documents et les résultats de mes calculs que
vous devez mettre en lieu sûr. Vous rentrez tout de suite chez
vous maintenant ?
— Non
maître. Je vais chez Abdubu, les Macs font une soirée
de musique. Mais je ne comptais pas rentrer tard, rassurez-vous.
Julien
qui s'est levé plus tôt ce matin pour se rendre au club
nautique où il joue le rôle de moniteur, non pas
seulement pour meubler son temps, mais surtout améliorer
l'état de son compte en banque, entend des petits bruits en
provenance de la chambre de sa soeur. Il pousse la porte, met la
tête dans entrebâillement et constate avec étonnement
que sa frangine, d'ordinaire pas très lève-tôt,
est déjà en plein travail.
— Salut
mon ange, tu es tombé du lit ?
— Non, dit-elle, je me suis réveillé
après avoir eu un nouveau rêve
où il se trouvait ce garçon de mon âge. C'est
sûrement sur l'Atlantide, puisque lui, il est un atlante et il
était chez lui.
— Tu
as fait un nouveau cauchemar alors ?
— Non,
mais c'était tellement réel qu'on s'y croyait. Il
habite, habitait peut-être, dans une sorte de studio aménagé
dans le grenier d'une maison de ville.
— Comment
sais-tu qu'il est atlante alors ?
— Il
m'a dit. Je ne t'ai peut-être pas dit, mais j'ai rêvé
auparavant de ce garçon. Je l'ai vu ensemble avec une fille
un peu plus âgée que lui, à peu près ton
âge donc, qui est, était peut-être, la fille
unique du roi de son pays et suivait le même stage chez un
vieux sage. Tu sais, un type comme celui du jeu télévisé
Fort Boyard dans sa tourelle.
— Tu
as parlé de quoi alors ? D'après que je te
connais, tu as essayé de le séduire.
— Séduire ?
Non. On a surtout parlé des dates et repères, car
notre calendrier se base sur la naissance de Jésus et cette
référence n'existait pas encore de leurs jours. Les
noms de la semaine et les noms des mois non plus d'ailleurs. Il
n'avait rien compris quand je lui disais qu'on était en mois
d'août. Alors, il m'a demandé le signe zodiaque, le
Lion donc, ce qu'il avait compris. Il me disait qu'ils, eux donc,
étaient au cinquième jour Lion et qu'ils aient fêté
leur solstice d'hiver il y a un peu plus de deux semaines.
— Ils
étaient le 26 juillet donc.
— Le
27 peut-être, car je crois que Lion commençait le 22 de
cette année, mais je ne suis pas sûr et il faut que je
le vérifie. Regardant l'heure, elle continue : allons
prendre le petit-déjeuner, sinon tu seras en retard pour le
club.
Une
fois seule dans la petite cuisine, car les parents, travaillant tous
les deux, sont déjà partis, ils continuent leur
discussion de tout à l'heure.
— Alors,
dit Julien, trempant son craquotte24
dans son chocolat chaud, le mangeant et continuant avec la bouche
pleine : tu crois qu'ils utilisent des dates bases sur
l'astrologie ?
— Non,
je n'ai pas dit ça. C'est ta conclusion, quoi que, ce n'est
pas bête comme idée.
— En
ce qui concerne nos noms de jours de la semaine et nos noms des mois,
il ne faut pas t'étonner qu'ils ne les connaissaient pas, ils
sont romains. C'est plus que probable qu'il va de même pour
les noms des planètes, car elles aussi, ont été
nommées d'après des divinités romaines. Il est
par exemple fort probable que Vénus s'appelle Aphrodite chez
eux.
— Mais,
Julien, t'en sais des choses, comment fais-tu ?
— Tu
sais, petite frangine, je lis aussi et pas seulement des journaux
sportifs. Le reste c'est de la pure logique, l'empire romain
n'existait pas encore à neuf mille ans avant notre ère.
— Il
faut que j'essaye de repérer le moment à lequel qu'ils
vivent et si ce moment correspond à la date de Platon ou celle
du zodiaque de Dendérah.
— Zodiaque
de Dendérah ? Où étais-tu chercher cela,
demande Julien, je n'ai jamais entendu parler autrement que c'était
un temple égyptien.
— Je
l'ai trouvé sur un site internet qui parlait des déluges25,
car ils, les mecs de ce site donc, étaient persuadés
qu'il y en avait eu plusieurs. Ce zodiaque avait, à ce qui
paraît, un lion dans une barque, dont la date a été
estimée en 9792 ans avant notre ère.
Julien,
désireux de changer le sujet, regarde l'heure et dit à
sa soeur :
— Alors,
ma petite soeur, je vais au club. Est-ce que tu viens aujourd'hui ?
— C'est
probable mon grand frère, dit elle en mettant l'accent sur
grand, je suis presque aussi grande que toi.
— C'est
ça. Mais sais-tu où il y a le détail qui
dérange ?
— Non ?
Répond-elle faisant une mine étonnée.
— C'est
dans le “presque”, ma petite soeur. À
tout à l'heure.
Pendant
qu'il se prépare, son gilet devenu obligatoire depuis quelques
années, sa combinaison de natation, son sac d'ustensiles et
des sandwiches qu'il avait préparés, sa soeur lui lance
:
— Fais
attention Julien, contre la noyade dans le bleu profond des yeux
d'une suédoise, aucun gilet te sera utile !
— Tu
ne risques pas grand-chose à ce point, ce sont surtout des
Anglaises qui viennent chez nous. Mis à part que je préfère,
tu le sais bien, des brunes et noiraudes. Mais toi, ne plonges pas
trop vers les eaux profondes de ton Atlantide, depuis que tu nous
rabattes les oreilles avec ton Leith.
— Meunon,
mon grand. De toute façon le pauvre croit dur comme fer que
je suis un ange blanc. En voyant que Julien a mis des sandwiches
dans son sac, elle continue : tu ne reviens pas à midi ?
Je vois que tu as préparé de la bouffe.
— Non,
je mange sur place. Il risque de faire beau et on attend du monde
aujourd'hui. Julien s'apprête à fermer la porte
derrière lui, puis se retourne une dernière fois et
dit : si ton Leith te croit ange, laisse le lui croire, il
trouvera la vérité assez vite.
Angélique
lui tire la langue pendant qu'il ferme la porte derrière lui.
Elle regagne, une fois son frère parti, sa chambre et se remet
à chercher et créer les documents qu'elle avait
commencé ce matin à la première heure.
« Voyons, » dit-elle pour elle-même,
« le printemps commence d'après ce site tous les
deux mille cent soixante ans dans un autre signe et, si je me le
rappelle bien, Leith avait fêté le solstice d'hiver au
beau milieu de Gémeaux. » Elle note ce fait et
constate qu'il y a une différence de cinq mois et demi. « Bon
sang, » dit-elle pour elle-même, « ça
fait une différence de onze mille huit cents ans et de la
poussière et correspond à peu près à la
date de Dendérah. Bon sang, comment puis-je l'avertir ? »
Elle continue, sans faire attention au temps qui passe, à
noter, pour se préparer à toute éventualité,
l'équivalence des noms Romains et Grecs. Au bout d'un moment,
c'est en regardant l'heure qu'elle se dit : « Héé
Angélique dépêche-toi, sinon ta matinée au
soleil s'en va sans toi. » Elle prend ses besoins de
plage et quitte la maison pour rejoindre son frère au club.
Une fois arrivé au club, sa copine Alice, qui y est également,
lui lance :
— Salut
Angélique. Ton amoureux t'a laissé partir ?
— Mon
amoureux ? Demande Angélique un peu étonné,
tu parles de qui ?
— Mais
ne fais pas l'innocente, ton frère m'a tout dit. D'après
lui, tu es amoureuse d'un garçon que tu ne vois que dans tes
rêves. Il est comment ? Prince charmant sur un cheval
blanc ?
— Non
pas à ce point-là, mais tu sais bien si je prends un
sujet à coeur, c'est complet. J'ai l'impression qu'il se
trame quelque chose pas trop nette dans son pays. Ils, ses
compatriotes donc, zigouillent fur à mesure les mecs qui en
savent trop sur un certain sujet, une comète dans ce cas.
— Et
comment comptes-tu aider ton Leith, car c'est comme ça qu'il
s'appelle, n'est-ce pas ?
— Justement,
je ne sais pas. C'est clair qu'on ne peut pas lui téléphoner.
— Faudra
essayer un médium ou un « OuiJa board »,
dit Julien, venu sur le lieu entre temps.
— C'est
quoi un « OuiJa board ? » Demande
Alice.
— Une
sorte de planche avec des lettres et chiffres et qu'on se sert pour
parler avec des défunts, répond Julien. Mais c'est
tout ce que je sais, mis à part qu'on doit être
plusieurs pour s'en servir. Vous venez avec moi faire de la planche,
demande-t-il aux deux filles.
— Non,
vais seulement avec Alice, lui répond sa soeur, je reste ici
profiter du soleil qu'il fait en ce moment.
— La
bataille des dragons, interroge Leith, ce n'est sûrement pas la
guerre en cours depuis les nombreuses années avec les Saneids,
car ce sont les asiatiques qu'on désigne avec le nom de peuple
dragon, n'est pas ?
— Non, effectivement c’est ni
un, ni l'autre, mon garçon, il s'agit d'une bataille contre
ces très gros animaux que le pays a dû mener il y a
quarante mille ans, juste avant la première destruction.
— Le deuxième, c'est celui
qui a eu lieu il y a douze mille ans, n'est-ce pas ?
— Effectivement mon garçon.
Douze mille deux cents huit ans pour être précis, car il
nous sert actuellement de référence pour notre système
de datation.
Amilius
lève la tête vers son élève, le
regarde et trouve qu'il reste un peu trop songeur et se demande s'il
est bien attentif au sujet abordé et continue :
— Que se passe-t-il Leith.
Avez-vous quelque chose qui vous préoccupe ? Une fille
peut-être ? Sachez que cela est normal pour votre âge.
C'est
alors que Leith raconte son rêve à son maître,
puis tous ceux qu'il ait eu auparavant. Il lui décrit la
fille qu'il croit d'être un ange blanc, ainsi que le lieu où
elle habite, une petite ville au bord de la mer entre les falaises.
Il raconte surtout certains détails que cette fille lui ait pu
communiquer. Maître Amilius regarde son jeune ami et se doute
bien qu'une partie manque à la conversation, mais ne dit rien
à ce sujet et préfère continuer celui en cours :
— Votre
admiratrice de vos songes Leith, car c'est bien une, a fait un
travail remarquable. Elle, une analyse rapide de ma part, est une
personne bien vivante en chair et en os, comme nous, qui vit quelque
part ailleurs. Dans temps ? Ailleurs sur Terre ? Je ne
le sais pas, il faut que j'analyse davantage vos données
géographiques. Je connais quelques lieux comme celui que vous
avez décrit, mais aucun d'entre eux n'est au bord de la mer.
Vous ne l'avez pas encore appris, mais d'après la texture, les
falaises de vos songes sont de la craie. La première chose,
très préoccupante, qui découle des informations
fournies par votre amie des songes, c'est que notre pays n'existe
plus chez elle. Deuxième point, aussi préoccupant que
le premier, c'est que l'année chez elle compte neufs jours de
plus. Troisième point, ça devient de plus en plus
préoccupant, c'est le fait qu'ils ne peuvent plus se permettre
deux récoltes par année. En ce qui concerne le
quatrième point, il faut dire que ses données, qu'elle
vous a fourni par rêve interposé, manquent de précision.
Ce qui est cependant préoccupant, c'est le fait que leur
solstice d'hiver soit au début du Capricorne. Une différence
de cinq mois et demi avec le nôtre ! Il faudra que je
vérifie les données tout à l'heure, pendant que
vous prendriez votre repas.
Pendant qu'il commence à mettre des
documents dans une porte-document de transport, il continue :
— J'aimerais que vous portiez un
certain nombre de mes dossiers importants chez une de mes
confidentes. Vous la connaissez sûrement, c'est
l'esthéticienne, je m'occupe du côté
administratif de sa boutique. Ainsi un document que vous lui
apportez ne sera pas suspect en cas de surveillance. Je l'ai déjà
mis au courant et elle vous expliquera le reste.
Amilius
regarde pensivement Leith qui ne répond pas et réfléchit
sur ce qu'il vient d'entendre. Puis il continue :
— Vous
allez rejoindre vos amis chez Abdubu dans son estaminet ?
— Oui maître, mais d'abord je
passerai voir Pénélope pour lui apporter vos dossiers,
comme vous l'avez demandé. C'est d'ailleurs plus que probable
qu'elle vient manger là aussi.
— Allez, bon appétit mon
garçon, je vais, en vous attendant, vérifier les
données que votre admiratrice de vos songes nous a fourni. À
plus tard mon enfant.
— Oui un petit peu, mais je ne suis
pas très forte. La plupart des membres du club sont masculins
et trop bons joueurs pour moi. Est-ce que toi tu le joues ? On
pourrait faire une partie si tu as le temps.
— Bien sûr, mais je t'avertis
que je ne suis pas une vedette sportive et je n'ai pas l'intention
d'en venir une. Je ne joue pas pour gagner non plus, juste pour
passer un bon moment.
— Eh ! Dit-elle en regardant
l'heure, n'oublions pas l'heure. Abdubu doit nous attendre pour les
apéritifs. Viens, on pose ces dossiers dans mon bureau et on
file.
Quand ils entrent dans leur estaminet de
quartier, ils ne trouvent à table que les Macs qui sont déjà
à leur deuxième tournée. Maci, les percevant en
premier, leur lance :
— Salut les amoureux ! On
fricote toujours, faisant ainsi allusion à la scène de
la veille au soir.
Leith, commençant à rougir
cherche désespérément une réponse, mais
Pélélope ne lui laisse pas le temps de réfléchir
et répond à sa place :
— Oui
je le sais, Maci, t'aimerais bien être à sa place, hé !
Leith est un gars formidable, le seul inconvénient qu'il a,
c'est qu'il lui manquent quinze ans au compteur. Oui je le sais,
j'ai bien des clientes qui aimeraient bien être à ma
place et qui ne se gêneraient pas pour la différence
d'âge. Je devrais peut-être remercier la belle Ussa
qu'elle m'a bien voulu céder sa place pour quelques instants.
N'est-ce pas Leith ?
— En
fait, Leith, demande Macdo qui finissait sa bière on
s'essuyant la bouche avec la manche de son veston, c'est depuis
combien de temps que tu la connais ?
— Je ne sais pas exactement, mais on
se connaît depuis notre enfance et on fait souvent les mêmes
stages. On est comme frère et soeur.
— Alors, c'est pour quand votre
mariage, demande Maci.
— Arrête de nous rabattre les
oreilles avec ce sujet, lui dit Pénélope, tu ne vois
pas qu'ils ne sont pas encore prêts ? Ni lui, ni elle !
Leith, lasse d'entendre le même sujet à
répétition, demande si quelqu'un sait où se
trouve une ville nommée Étretat. Apparemment niché
dans une falaise de craie. On voyant les visages interrogatifs, il
continue avec ses récits qu'il venait de raconter à son
maître deux heures plus tôt. C'est Pénélope
la première à réagir :
— T'es
sûr que tu parles d'un ange, car je pensais que te ne croyais
pas aux anges.
— Non, dit Leith, j'estime
effectivement que les anges ne sont à leur place que dans le
polythéisme. Elle a quelque chose avec ange et blanc dans son
nom et elle est tellement réelle et en même temps
étrange. Déjà ses habits, si elle porte une
sorte de toge, c'est pour aller dormir. Elle porte essentiellement
des pantalons, comme son frère, façonnés à
partir d'une sorte toile pour tentes ou voiles de couleur bleue pour
la plupart, mais aussi brun, noir et même rouge, renforcés
de clous çà et là. Une très belle fille
et gentil surtout. Mais ne me demandez pas où elle habite, ni
où elle est. En ce qui concerne l'ange et le blanc, c'est
elle qui me l'a dit.
— Mais, dit Macdo, “Blanc”
est peut-être son nom de tribu. Comme il en a des tribus d'ici
qui s'appellent Boulanger, Leboucher, Chevalier et j'en passe.
— Sûrement, dit Pénélope,
et Ange ou peut-être Angélique est son nom.
— C'est son truc de falaise qui me
chiffonne, dit Maci, notre terre de nos ancêtres a
effectivement ce genre de falaises un peu partout et il va de même
pour une bonne partie de la Gaule, la partie ouest de l'Europe donc.
Mais je ne connais, par contre, aucun endroit où les falaises
descendent jusqu'au niveau de la mer. En plus, je ne crois pas qu'il
y ait des villes là-bas, pas celle-là que tu venais
nous décrire en tout cas.
— Alors, dit Macdo, l'admiratrice de
tes songes est à coup sûr une celte ou une gauloise.
Mais comment es-tu tombé sur elle ?
— Je ne sais pas, j'ai commencé
à rêver d'elle il y a quelque temps déjà.
Je sais également qu'elle rêve de moi, ou qu'elle me
voit dans ses songes et elle m'a beaucoup aidé ces derniers
jours pour compléter mes données de stage chez Maître
Amilius. Elle a pu accéder aux informations qui sont
normalement réservées aux prêtres confirmés,
le roi et la princesse héritière. Ce qui me chiffonne,
c'est qu'elle ne connaît notre pays qu'en tant de mythe. Elle
n'a pas la moindre idée où se trouve notre pays, ni son
aspect géographique.
Abdubu
venu entre temps sur le lieu pour prendre la commande,
lance sans se soucier du sujet en cours :
— Leith, menu spécial je
présume, n'est pas. Trois plats du jour ? Et boisson ?
Un petit carafe de vin pour tout le monde ?
— Ça va pour moi, dit Leith.
— Moi aussi, dit Pénélope.
— Alors, Macdo, Maci, vous prenez
une autre chope ?
Les Macs lui font signe de tête pour le
confirmer et la conversation commence, comme d'habitude, à
tourner autour des gens du quartier et la démonstration de la
veille. C'est surtout la prouesse de l'asiatique qui est passée
longuement en revu. C'est quand Abdubu revient avec les plats et
boissons que la tablé porte un toast à l'admiratrice
des songes de Leith.
Le
grand palais sis dans le deuxième anneau de Poseidia avait
jadis abrité un consul ou un dignitaire religieux de haut rang
et est un des rares à s'offrir une spacieuse cour interne. Ce
superbe bâtiment sert actuellement à des fins moins
pacifiques, car c'est là qu'on trouve le centre décisionnel
de la BSI. Même la direction de la redoutable BOS, la brigade
des opérations secrètes, y a ses quartiers dans une
aile séparée du reste des bureaux. Il fait beau,
aucune tache au ciel fait présager de ce qui trame à
intérieur. Surtout que ce beau ciel cache un terrible et
dangereux secret qu'on tente de cacher coût que coût à
la population. C'est pour cette raison que le programme “silence”
a été mis au pied. Ce programme consiste à
convaincre, de gré ou de force, toute personne ayant une
connaissance astronomique et astrologique suffisant à pouvoir
calculer la trajectoire de l'objet céleste, de garder le
silence et de ne pas divulguer les informations que sur ordre du roi
au moment voulu. Malheureusement, il y a des récalcitrants et
des employés de bas niveau zélés. Ce sont
surtout ces derniers qui sont les plus dangereux, car le nombre de
morts violentes dont l'auteur n'a pas pu être identifié
se multiplient. Un accident par ci, un cambriolage qui a mal tourné
par là, un centre de recherche incendié et même
des observatoires saccagés par des inconnus. Parmi les
derniers crimes, il y a celui qui a été de trop, le
meurtre déguisé en cambriolage du Maître
Ar-Arart. L'erreur commise par les malfrats était tout
simple, lors un cambriolage on dérobe les objets de valeur,
or, il ne manquait chez lui que les documents de travail et des
calculs concernant une comète. C'est vrai que la presse
locale de Poseidia n'avait pas fait grand écho de cet
événement, car sous strict contrôle des organes
d'état. Même la presse nationale d'Alta, l'état
principal de la fédération et plus grand que les neuf
autres ensemble, n'a fait de cette affaire qu'un petit entre-filet
sous la rubrique des faits-divers. La presse des autres états,
par contre, avaient fait grand bruit de ce fait et avaient mis la
nouvelle à la Une. Les derniers jours, une certaine nervosité
s'est installé parmi la population de l'état principal
et justement à cause de l'absence de réaction de la
presse locale et nationale. Ils estiment, à juste titre, être
floués par leur gouvernement local obéissant
aveuglement au pouvoir central de l'état d’Alta. C'est
dans ce climat de révolte couvant qu'une réunion de
crise a lieu dans la grande salle de ce lieu mythique avec ses trente
et un statues de la dynastie Ra-Ta. Le roi n'a malheureusement pas
jugé utile d'inviter les autres rois et encore moins leurs
délégués et ministres. Il n'est d'ailleurs pas
venu lui-même mais s'est contenté à envoyer ses
directives à la direction de la BSI en précisant au
directeur de lui représenter. Les seuls représentants
de la fédération présents sont le chef de
l'armée de terre et l'amirauté ainsi que quelques
invités des autres états. La grande table est garnie
d'une grande carte mondiale avec des bateaux miniatures représentant
chacun la position d'un ou des navires de la marine. En plus de ces
navires miniatures, on trouve çà et là des
figurines, représentant les différents groupes
ethniques et leur destination. Le seul groupe qui n'y est pas
représenté est celui des Saneid, avec lesquels la
fédération mène depuis des années une
guerre meurtrière. Les seuls qui brillent par leur absence
sont l'armée de l'air et les autorités de l'aviation
civile. Les mauvaises langues veulent qu'eux soient déjà
réquisitionnés par Ra-Ta lui-même pour se servir
d'abord lui-même et les nobles et nantis ensuite. C'est le
directeur des opérations “silence”, connue
au nom de code Ptah, qui ouvre la réunion :
— Bonjour
messieurs, je vous remercie d'être venu. Vous connaissez
toutes la raison de cette réunion et celle de votre
convocation ici. Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui voudrait ajouter
un point sur l'agenda ?
— Oui,
lui répond le chef des armées de terre, j'aimerais
discuter de la répartition du nombre de personnes par état
et ethnie. Il ne me semble pas juste, qu'un quart de la population
se voit attribuer qu'un dixième des moyens de transport.
— Y
a-t-il d'autres points, demande Ptah.
— Ne faut-il pas mieux exclure les hébreux de la
sélection, demande le préfet de Poseidia.
— Pouvez-vous me donner la raison de votre proposition ?
Demande Ptah, en connaissant son opinion personnelle. Je sais que
vous ne les aimez pas particulièrement. Mais sachez que nous
nous ne sommes pas réunis ici pour discuter des rancunes de
chacun, mais pour élaborer un plan de crise.
— La
raison de ma demande, monsieur le directeur, c'est la suivante :
les hébreux de ma ville ont mis au pied depuis de nombreuses
années déjà eux-mêmes un plan
d'évacuation. Il faudra d'ailleurs mieux parler d'un exode,
car une légende de leurs rouleaux sacrés parle de
l'arrivée d'un guide spirituel qui naîtra au sein de
leur communauté en Égypte. Depuis que la rumeur s'est
répandu que l'événement sera pour bientôt,
ils s'expatrient tous vers là-bas en tant que travailleur
immigré.
— Avez-vous
des chiffres, lui demande Ptah.
— Hélas, je ne peux pas fournir des chiffres
exacts, mais d'après mes estimations il pourrait s'agir de
plus que la moitié de la population hébreux locale.
— Alors, avez-vous pu les compter ?
— Non monsieur. Ils viennent fur à mesure de tous
contés pour remplacer les partants en attendant le départ
à leur tour.
— Vous estimez donc qu'ils sont parfaitement capables
d'organiser leur propre départ ?
— Oui monsieur.
— Faites-moi donc parvenir une estimation des capacités
de transport terrestres et maritimes dont ils ont besoin.
Le directeur des opérations “silence” jette
un regard circulaire en fixant chaque membre de la réunion un
à un et poursuit :
— Messieurs, le point abordé précédemment
était le premier point de l'agenda. Nous allons donc
poursuivre ce qui avait été prévu il y a de
longue date et les modifications que nous devrons y porter. Nous
avons donc vu qu'une des douze communautés de notre fédération
se charge elle-même de l'organisation. Je charge le préfet
de Poseidia de leur accorder les moyens de transport qui leur
reviennent dans le cadre de l'opération. En ce qui concerne
les Celtes, je crois savoir qu'ils désirent presque tous
regagner la terre de leurs ancêtres. Est-ce que quelqu'un
présent dans l'assemblée peut me le confirmer ?
— En ce qui me concerne, dit le chef des polices de
Poseidia, ils ont commencé à déserter leurs
places de travail et leurs domiciles pour gagner leurs terres au
nord.
— Y a-t-il un représentant des états celtes
dans la salle, demande Ptah en jetant un regard circulaire et
constatant que personne ne répond.
— Monsieur le directeur, demande le représentant de
l'état Mayra, l'attribution des moyens de transport reste-t-il
tel que prévu ou a-t-il été modifiée ?
— Bonne question, notre roi a en effet décidé
que les capacités de transport seront distribuées selon
la quantité de population et non pas à cent vingts
navires par état et les dix personnes par communauté et
navire, comme le plan d'origine le prévoyait. De ce fait,
monsieur le ministre, votre état aura ces cent vingts navires,
car il représente un dixième de la population. De
plus, notre roi a décrété la réquisition
de tout navire pouvant transporter cinquante personnes ou plus et
invite ces confrères des autres états à faire de
même.
— Par quel moyen sélectionnons-nous les candidats à
l'exil, demande le chef de police.
— Le même que la sélection des recrues de
l'armée, répond Ptah, par tirage au sort.
— J'imagine que c'est à nous d'assurer la bonne
démarche, lui demande le chef des armées de terre.
— C'est exact, vous allez vous mettre à la
disposition des forces de police, car les échauffourées
sont à craindre. On ne peut malheureusement évacuer
qu'une personne sur vingt tout au plus. Pour les autres, nous
n'avons tout simplement pas la capacité de transport
suffisant.
C'est en invitant chacun présent à étudier la
maquette représentant le plan d'évacuation, que son
élaboration détaillée peut commencer.
Elle
grimpe lentement la rue en pente pour se diriger vers le carrefour où
la rue croise un grand boulevard. Elle continue ensuite de l'autre
côté jusqu'à la petite place arborisé à
gauche. Elle a un serrement de coeur une fois qu'elle s'approche de
la bibliothèque. Il y a une foule de gens, des policiers et
des pompiers. Les premières flammèches commencent à
sortir des fenêtres de l'entre-sol. Les larmes lui viennent
aux yeux et elle dit pour elle-même : « Oh !
Bon sang, notre belle bibliothèque. Toutes ces belles
oeuvres plusieurs fois millénaires. Quel drame. Comment
va-t-on reconstruire tout ça ? » À
sa droite, une vieille femme s'est effondrée en pleurs, le
choc a été trop grand pour elle. Sa fille et sa petite
fille se trouvent encore à l'intérieur. Ce sont elles
qui ont repris la gestion de la bibliothèque depuis qu'elle
les a passé la main. Sa famille s'en occupait depuis sa
arrière-arrière grand-mère. Tout au coup elle
entend dans la foule des voix qui disent qu'il y a encore des gens
dans le sous-sol. Une deuxième voix derrière elle
répond au premier et est certain que ce sont la princesse Ussa
et son ami de toujours Leith. Elle avance vers l'entrée et
cherche à descendre dans le sous-sol, mais un policier cherche
à l'empêcher d'y entrer. C'est là, qu'elle se
perçoit qu'elle n'est pas vraiment de ce monde, car elle
parvient, à l'étonnement de tous, à traverser le
policier de part en part. Elle commence à chercher à
gauche, à droite, monte un escalier, redescend, descend un
autre et avance dans cet entre-sol enfumé et en feu en
tâtonnant autour d'elle. Elle tombe sur une porte blindée,
qu'elle traverse comme elle l'a fait avec le policier et entend des
voix au fond de la salle. Elle semble reconnaître les voix
d'Ussa et Leith qui ne se sont pas encore rendu compte du danger.
Elle vérifie si la porte blindée est bien fermée
et espère qu'elle tient le coup. Elle les appelle, mais ils
ne semblent pas l'entendre. C’est alors qu’elle va vers
eux et les fait signe de le suivre. Ussa et Leith, étonné
de voir entrer quelqu'un en passant en travers d'une porte fermée,
le regardent un peu sidéré. C'est Leith qui la
reconnaît en premier et la salut. Elle les salue à son
tour et les fait signe de sortir vers la porte de secours.
Malheureusement, cette porte s'avère être bloquée
de l'extérieur. Entre temps, le local où se trouvent
les oeuvres les plus précieux est, malgré le fait
qu'elle est censée être ignifuge, petit à petit
envahi de la fumée. Elle se souvient d'un stage, fait au
lycée par les pompiers, qu'il faut ramper au sol en cas
d'incendie. Elle montre donc l'exemple à suivre aux deux amis
enfermés. Elle rampe vers le fond de la salle où se
trouve une armoire remplie d'objets divers et elle fait signe de
l'ouvrir et de la vider. Ussa pousse un grand cri, car dans un des
placards se trouvent des squelettes d'étude. Une fois
l'armoire vidée et les placards enlevés, une trappe
devient visible. Quand Leith l'ouvre, un air humide malodorante
remonte du couloir étroite, sombre et salle où on voit
un escalier descendant. Elle y descend et voit qu'Ussa la suit.
Leith cependant est retourné dans la salle enfumée en
tentant d'y chercher des oeuvres qu'il compte sauver à tout
prix. Ussa, pris de panique, l'appelle et lui dit de se presser,
mais Leith fait à son tour signe à son ami d'enfance de
faire pareil et prendre un maximum de livres avec elle. La porte
blindée semble tenir, mais pour combien de temps ? Il
est à espérer que les dégâts d'eau et de
la fumée ne seront pas trop importants et que les oeuvres
entreposés dans ce sous-sol pourraient être restaures.
Leith, qui ne veut pas prendre de risque, amène les livres les
plus précieux avec lui. C'est lui qui ferme la trappe
derrière lui et le verrouille de
l'intérieur. Ils avancent tous les trois à petits pas
dans ce couloir salubre où il fait nuit en tâtonnant les
murs. Soudainement, à l'étonnement des deux amis, elle
sort son téléphone mobile et appuie sur un bouton
quelconque. Ussa et Leith se regardent d'abord et le regardent un
peu étonné pour le voir s’amuser avec un gadget
dont ils ne connaissent ni le fonctionnement ni l'utilisation, avant
de se rendre compte qu'elle l'utilise, faut de mieux, en tant que
lampe de poche. La descente semble être interminable. Les
deux amis la suivent docilement dans ce dédale de couloirs et
d'escaliers. Soudainement elle s'assoit et attend devant une autre
trappe. Ni Ussa, ni Leith se souviennent combien de temps qu'ils ont
attendu là dans le noir assis sur un escalier dans ce couloir
humide, salubre et puant, mais c'est en entendant des petits bruits
au-dessus de la trappe qu'ils commencent à appeler au secours.
La trappe s'ouvre et aveuglé par la lumière elle
s'écrie :
— Enfin ! Sauvé.
— Comment sauvé, lui dit
Julien, ma petite soeur fait encore un cauchemar ?
— Mais non.
— Si ! Tu gesticulais,
gueulais des trucs du genre « par ici »,
« attention », « à
gauche », « à droite »
et encore. Tu rêvais de quoi cette fois ? Encore de ton
Leith, je parie.
— Je rêvais cette fois qu'il y
avait un incendie dans leur bibliothèque et que Leith était
coincé dans le sous-sol avec son ami d'enfance, la princesse
Ussa.
— Mais comment as-tu fait pour les
sortir ?
— Je
n'en sais rien. Je le savais simplement. Ce qui était
bizarre, c'est que je pouvais traverser des portes fermées.
Il y avait même un flic qui essayait de m'empêcher à
entrer dans la bibliothèque, mais je le traversais sans
résistance de sa part.
— Tu étais un fantôme
alors, ou tout comme.
— Oui, à peu près.
— Mais comment savais-tu où
aller ?
— Comme je te disais, je n'en sais
rien. Je le savais, c'est tout.
— Tu
les as emmenés où alors ?
— Je
ne le sais pas, car au moment que la trappe de sortie s'ouvrait,
c'est toi qui as allumé la lumière et je me suis
réveillé.
— Tu n'as pas pu voir le visage de
celui qui l'a ouvert alors ?
— Non, quand elle s'était
ouvert, un visage apparut, mais pour moi c'était le tien que
j'ai vu.
— Sais-tu quelque chose sur
l'origine de l'incendie ?
— Non, mais en s'approchant de la
bibliothèque, j'ai entendu de gens dire que certains avaient
vu un homme suspect sortir d'une porte de secours.
— Viens, on va prendre quelque chose
à la cuisine pendant que tu me racontes ce que tu avais rêvé.
Tu retournes au lit après ?
— Je
ne sais pas. On a quelle heure ? Elle regarde sa pendulette et
s'écrie : six heures et demie ! Il m'est trop tard
pour aller recoucher après. Je reste debout. Je crois que je
vais prendre un petit dèj et je continue mon dossier après.
Comme ça je serai bien avancé et je peux te rejoindre
au club.
— Tu
m'étonnes, d'ordinaire on te voit rarement avant dix heures et
à présent tu te mets au travail à des heures
pareilles. Qu'est-ce qu’il t'arrives ?
— Je ne sais pas. J'aimerais finir
cette énigme. J'aime bien ce Leith et je serai très
fâché s'il lui arrive quelque chose.
— Mais comment penses-tu de l'aider
alors.
— Je cherche les textes de Platon,
une traduction raisonnable et non pas ce baratin qu'on trouve çà
et là sur Internet.
— Puis ensuite ? Que
comptes-tu faire ?
— Sais pas. Les lire à haute
voix en espérant qu'il me voit et entend dans ses rêves.
Comme ça, il pourrait noter l'essentiel dès qu'il se
réveille. Mais je dois encore voir comment s'y prendre.
— Tu as pensé aller chez
Monique, la voyante qui travaille avec une boule de cristal ?
— Sais pas. Tu crois que ça
marcherait ?
— On peut toujours essayer. Surtout
la convaincre de te faire un prix d'ami.
— Peut-être. Mais j'ai envie
de boire mon café au lait maintenant et après je
verrais ce que je pourrais faire.
— Alors,
viens prendre le petit dèj. Ensuite je ferai un petit jogging
avant d'aller au club.
Àla
fin de ce mardi matin, Angélique et Julien retrouvent leurs
amis, les uns, comme eux, partent bientôt en vacances d'août,
tandis les autres, Rodolphe, Philippe et Audrey, sont déjà
de retour. Angélique, en train de ranger sa planche à
voile, lance à son frère :
— Je rentre me doucher et bouffer un
petit truc, est-ce que tu viens avec moi ?
— Attends, il faut que quelqu'un
garde la baraque. Il y a encore ces deux anglaises qui rentrent à
midi.
— Je reste ici avec Philippe et
Audrey, lui répond Rodolphe, on mange sur place. Je peux
garder la baraque si tu veux.
— Merci, je reviens vers une heure
et demie.
— Eh !
S'écrie Alice, venu sur les lieux entre
temps, c'est quand, que vous partez ?
— Samedi, lui dit Julien, mon père
a pris un jour RTT et va chercher le voilier la veille à
Chérbourg et l'amène à Fécamp.
— Voilier ? Qu'est-ce que
allez-vous foutre avec un voilier, demande Rodolphe.
— Eh bien, c'est un peu la faute à
Angélique, dit Julien, elle nous a tellement cassé les
oreilles avec son Leith, l'Alantide et les Açores, qu'on s'est
décidé de faire un aller-retour là-bas en
voilier. Seule maman n'était pas très chaude pour ce
voyage, elle préfère le B-B. Mais papa est ravi, ça
fait des années qu'il n'a pas navigué et il veut nous
l'apprendre. Nous, Angélique, papa et moi donc, devront tenir
la barre à tour de rôle.
— B-B, demande Rodolphe, c'est
quoi ?
— Oh ! Dit julien, on dit
Bronzer Bête. Maman est adepte de faire la saucisse à
griller sur une plage méditerranéenne. On a réussi
à la convaincre qu'elle pourrait faire le bronzage intégral
sur pont d'avant sans que personne ne la voit.
— Ce ne coûte pas trop cher,
la location d'un voilier, lui demande Alice.
— En effet, oui, lui répond
Julien, mais on a repoussé l'achat d'une autre voiture à
l'année prochaine. Une bagnole neuve n'est pas indispensable
pour le peu qu'on l'utilise.
— Il est grand ce voilier, lui
demande Alice.
— Oui assez. On a trois cabines, un
coin cuisine et assez d'espace pour être à l'aise tous
les quatre. On a même prévu une télé par
satellite. On a, par contre, pas de téléphone, mais
juste une liaison radio par ondes courtes ou VHF.
— Vous partez combien de temps, lui
demande Rodolphe.
— Deux semaines. On a loué
ce voilier pour deux semaines en tout cas, lui répond Julien.
Puis en regardant sa montre il leur dit : zut, il faut qu'on
aille à la maison. À tout à l'heure.
— À tout à l'heure,
dit Angélique.
— Bon appétit et à
tout à l'heure, répondent-ils.
C'est alors qu'Angélique et son frère
Julien se mettent en route pour la maison. Une fois arrivée à
la maison, Julien va à la cuisine et met en route une
casserole d'eau pour cuire des spaghettis. Il commence à
préparer une salade et fait chauffer le contenue d'une boîte
de sauce à spaghetti. Angélique, qui n'aime pas trop
le sel de l'eau de mer sur sa peau, va en attendant la préparation
du repas et la venue des parents, prendre une douche dans la salle de
bain.
— Tu veux dire, dit-elle en
regardant rêveusement le plafond, que Julien existe pour vrai
et n'est pas le fruit de mon imagination ?
— Oui ma chère, dit Leith,
tout comme Angélique.
— Oh ! Que c'est joli,
dit-elle en regardant en dehors, ta famille est en train de tailler
les arbres. C'est si joli, tous les arbres bien alignés et
taillés en boule. Ils doivent faire la pause de l’après-midi,
car je n’y vois personne. Il y a l'échelle contre un
des arbres, mais à part ça, personne. Tu ne voudrais
pas rependre le domaine plus tard ?
— Non, même si je suis enfant
unique, on est assez nombreux avec mes oncles, tantes, cousins et
cousines. Parfois même de trop. Le domaine appartient
d'ailleurs à mes grands-parents. C'est peut-être pour
ça que mes parents préfèrent me voir éducateur
et peut-être maître beaucoup plus tard. Mais dit-moi,
dit-il pour changer le sujet, tu as discuté de quoi avec
Julien ?
C'est alors qu'Ussa raconte sa causerie avec
Julien, sa déception que ni lui ni sa soeur étaient
végétariens, les drôles de fils en pâtes
qu'ils appelaient spaghetti, la sauce brûlée, la planche
à voile, le vélo et beaucoup d'autres choses.
— On va tout de suite à la
bibliothèque, demande Leith.
— Non, répond Ussa, je dois
passer au palais chercher les clefs du sous-sol. Comme ça, on
pourrait dire bonjour à papa et maman, ça leur fera
plaisir de te revoir.
Angélique
et son frère Julien ont encore discuté jusqu'à
tard la nuit. Tous les deux ont été très
impressionné par l'arrivée intempestive de leurs deux
amis atlantes. Angélique, elle, est très inquiète,
car elle se souvient très clairement son rêve de la nuit
précédente. Puis, elle se rappelle trop bien ce
qu'Ussa et Leith lui avaient dit à midi ; qu’ils
comptaient aller à la bibliothèque après leur
rencontre pour y consulter des livres anciens dans un local dont
seule Ussa et sa famille ont les clefs. Son frère, plus
pragmatique cette fois, essaye de lui conforter un petit peu en
disant :
— Mais tu m'as bien dit, que dans
ton rêve de la nuit passée, c'était toi qui a
pu les sortir. Non ?
— Oui, dit elle avec une petite
voix, mais j'ai peur, très peur qu'il leur arrive quelque
chose de terrible.
— Garde espoir, ma petite soeur, la
nuit te portera conseil. Bonne nuit et essaie de dormir. Ne te
tourmentes pas. Ça va aller. Tu verras demain matin ce que
te disent tes rêves. N'oublie surtout pas à mettre un
bout de papier et un crayon à côté de ton lit.
Comme ça tu pourrais noter tes rêves dès que tu
te réveilles. Mais essaye de penser maintenant à autre
chose et dors.
— Et toi, tu ne penses pas à
ta petite Ussa. Tu n'inquiètes pas pour elle ?
— Oui.
Bien sûr. Mais je ne suis pour rien. Je ne peux rien y
faire. Bien sûr que ça me chagrine, surtout le fait
qu'ils vivent derrière une barrière de onze mille huit
cents ans. J'aimerais bien croire, comme tu le fais, que nous allons
nous voir en chair et en os comme cette tzigane de foire leur avait
dit. Mais pour l'instant j'ignore par quel miracle qu'ils comptent
franchir cette barrière de temps. Mais, ma petite soeur,
concentre-toi peut-être sur les faits et des éléments
importants, car ils semblent pourvoir te voir d'une façon ou
une autre. Mais cherche à dormir maintenant et ne te
tracasses pas, sinon tu vas encore passer une nuit blanche et faire
des cauchemars.
— Bonne
nuit, mon grand frère, dit-elle en mettant l'accent sur le mot
“grand”.
— Bonne nuit, ma petite soeur. Dors
bien et à demain.
Mais bien dormir ne sera pas pour tout de
suite, pas pour Angélique en tout cas. Tourner à
gauche, tourner à droite, coucher sur dos, sur le ventre, de
nouveau sur dos, de côté droit, de côté
gauche, puis elle finit avec beaucoup de peine à s'endormir en
position “chien de chasse”. Aussitôt
endormi, elle commence un nouveau rêve. Angélique se
trouve soudainement dans une pièce joliment décorée,
visiblement le travail d'une femme avec goût, où se
trouvent Ussa et Leith assis autour d'une table en attendant un
repas. C'est Ussa qui la voit en premier et la salue. Mais c'est
pour elle pareil comme la nuit précédente, elle ne peut
rien dire. Ce qu'elle tente de dire, n'est pas perçu par les
autres. C'est à nouveau Ussa qui parle et dit à Leith
qui n'a pas encore perçu la présence d'Angélique :
— Tiens Leith. C'est Angélique
qui nous rend une petite visite.
— Ah. Bon, dit-il en regardant
autour de lui pour voir où elle est et lui dit : salut
mon amour. C'est gentil d'être venu nous voir. Est-ce que tu
nous entends ? Nous t'entendons pas.
— Eh, dit Ussa, je vais prévenir
Pénélope, sinon elle va croire qu'il y a des fantômes
dans sa maison.
Seul avec Angélique, Leith continue :
— C'est super que tu peux venir nous
voir, mais comment fais-tu ? Tu n'as pas de dispositifs de
communication comme nous avons le temple d'Ozin.
Il n'obtient comme réponse qu'un
haussement d'épaules et des lèvres qui se remuent, mais
sans le son. C'est là qu'il comprend que la présence
de sa copine n'est pas complète et qu'il doit poser des
questions sur lesquels elle peut répondre avec des gestes.
Quand il lui demande si elle l'entend, elle fait oui de la tête.
— Merci de nous avoir sauvé
la vie la nuit dernière, comment as-tu fait cela ?
Elle répond avec un haussement d'épaules
pour lui dire qu'elle ne le sait pas.
— Tu ne le sais pas toi-même,
lui demande Leith.
Elle fait oui de la tête.
— Alors,
je t'explique ce que je crois. Les sbires de Ra-Ta, le BSI donc,
cherchent à museler toute personne qui sait quelque chose sur
les événements à venir. Pour l'instant, nous
ignorons comment ils ont su qu'Ussa et moi allions visiter la
bibliothèque. Mais c'est clair qu'ils ne reculent même
pas quand il s'agit d'éliminer un membre de la famille royale.
Ils craignent sûrement de la panique quand la nouvelle d'une
catastrophe mondiale se répand. Je ne sais pas si tu avais
remarqué, mais les meurtres des maîtres Ar-Arart et
Amilius font partie de leurs plans. Puis c'est maintenant nous qui
savons trop selon eux et c'est pour cela qu'ils ont essayé de
nous brûler vifs. Je dois te dire que mettre ces deux
squelettes de l'autre côté de la porte n'était
pas une partie de plaisir et il me fallait beaucoup de courage pour
le faire. Mais je crois que c'était une bonne idée,
car tout le monde croit maintenant, à cause de ces quelques os
calcinés, que c'était nous. Je suis navré pour
la peine que j'ai causée au peuple, mais nous n'avons pas
d'autre solution. Ce ne sont que Pénélope et Ajax, qui
va venir dans un instant, à être au courant. Maintenant
je vais te demander quelque chose, Ussa, même si cela lui fait
de la peine, est entièrement d'accord. Tu ne dois rien dire à
personne, même pas au papa d'Ussa, le roi Bel-Ra donc. Dit-lui
que nous sommes en sécurité, puis c'est tout. Tu ne
dis rien d'autre à personne. J'espère que tu as
compris. Je suis d'ailleurs navré pour ce qu'il est passé
cette nuit, surtout que toi, et Ussa encore plus, très
inquiètes, craignaient pour ma vie. Tiens voilà, Ussa
et Pénélope qui reviennent avec les plats. Je ne peux
malheureusement pas t’en offrir, car tu n'es pas physiquement
là.
Pendant
que les trois amis s'installent autour de la table dans le coin à
manger, Pénélope dit à Leith :
— Elle
est belle ta gauloise, Leith. Elle a le même âge que toi
je crois, non ?
— Oui, dit-il, un peu plus, car elle
est du mois du Taureau et moi je suis celui du Gémeaux.
— Et toi Ussa, lui demande Pénélope,
ton Julien, car c'est comme ça qu'il s'appelle, n'est-ce pas.
Il a quel âge ?
— Dix-huit ans comme moi et pas
seulement ça, il est du mois de Balance tout comme moi. Deux
Balances ensemble, tu te rends compte ?
— Et toi, tu t'appelles Angélique,
n'est-ce pas, dit-elle en s'adressant à une Angélique
translucide.
Qu’elle confirme en faisant oui de la
tête.
— Tu
n'as pas un beau copain dans la trentaine pour moi ? Non ?
Si t'en connais un, je viendrai volontiers avec eux dans ton pays,
même si je ne sais pas trop comment-on peut y aller.
C'est alors qu'elle commence à
questionner Angélique sur les fréquentations de ses
parents, les parents de ses copains et copines en posant les
questions telles, qu'Angélique peut toujours répondre
avec oui, non ou je ne sais pas. C'est au même moment que la
sonnerie de la porte tonne, que l'image d'Angélique commence à
se dissoudre pour disparaître complètement. Pénélope
descend ouvrir et revient dans la pièce avec Ajax, car c'était
lui qui a sonné. Il ne peut que croire ses trois amis à
la parole qu'il y eut la belle gauloise là, juste avant qu'il
entre.
Angélique, réveillé par un
bruit de sonnerie, cherche fébrilement à noter ce
qu'elle ait rêvé et constate qu'elle a été
réveillée par la sonnerie de son téléphone
mobile qui lui avertit de l'arrivée d'un message texto.
« Merde, » dit-elle pour elle-même,
« un faux numéro ! » et
efface le message. Elle regarde furieusement son réveil,
montrant le chiffre “03:32”, et essaie de se ré-endormir.
Lorsqu'il
arrive au Jardines, Ajax voit qu'il y a déjà son
complice Jou-el en grande discussion avec Abdubu. Il se met à
la même table qu'eux, devine le sujet de leur conversation et
demande :
— C'est
au sujet de l'incendie de la bibliothèque ?
— Oui, lui dit Jou-el, il y a
plusieurs personnes qui ont vu notre “client” à
proximité quand l'incendie s'est déclaré.
— Oui, dit Ajax, c'est cela que
Pénélope m'a dit il y a juste un moment. Je viens de
chez elle, elle m'a offert le dîner. On a mangé tous
les deux et discuté de cet ignoble attentat. C'est elle qui a
également vu ce même individu qui traînait dans
les rues, juste avant le meurtre de Maître Amilius.
— Ce n'était pas elle qui
avait vu sortir notre bonhomme de l'escalier menant aux portes de
secours, lui demande Abdubu.
— Je crois, lui dit Jou-el, qu'elle
nous avait parlé de ça hier après-midi, quand on
dut l'amener chez elle.
— J'ai entendu dire, dit Abdubu, que
la sortie de secours du sous-sol a été bloqué
avec un manche à balai coupé à la bonne taille.
— C'est possible, lui répond
Ajax, mais je n'ai aucune confirmation de cette rumeur.
— Il n'y avait plus, lui demande
Jou-el.
— Non, quand la police est venue
inspecter les locaux et les environnements, ils n'ont rien trouvé
de suspect.
— C'est quand même curieux
qu'ils n'ont pas pu sortir par les sorties de secours. Ussa avait
les clefs du sous-sol et ils auraient pu descendre là et
attendre les secours, que pensez-vous ?
— C'est là le problème,
lui répond Ajax, la salle du sous-sol, même considéré
à être ignifuge, était envahie de la fumée.
Puis il y a quelque chose d'autre qui ne colle pas. C'est que
l'armoire au fond a été vidée, comme si
quelqu'un y cherchait quelque chose.
— La serrure de la porte de secours
du sous-sol, a-t-elle été inspecté, lui demande
Jou-el.
— Non, je ne crois pas, mais il faut
que je le vérifie auprès de la police scientifique.
— Les empreintes digitales, ont-ils
été pris dans le sous-sol ?
— Oui, mais ce sont ceux d'Ussa,
Leith et le personnel spécialisé de la bibliothèque,
qui est normal, car ce sont eux qui y ont accès et s'y rendent
régulièrement.
— Mais, je ne comprends pas pourquoi
Ussa et Leith ne se sont pas rendus au sous-sol s'ils avaient les
clefs, lui demande Jou-el.
— C'est là le problème,
lui répond Ajax, la porte a été fermée de
l'intérieur de telle sorte, qu'on ne pouvait pas l'ouvrir de
l'autre côté.
— Maintenant autre chose, que
ferons-nous de notre zozo flinguer ?
— Tu as vu les journaux de Muri, lui
demande Ajax.
— Non.
— Alors, lis, dit Ajax en jetant un
journal de provenance des états Celtes. Pas mal comme titre,
non ?
— On pourrait faire des affiches et
les distribuer sous la main, la population fera le reste.
— Oui, c'est ça, dit Ajax, je
souhaite les fourmis rousses bon appétit et qu'ils ne se
pressent pas trop les bouffer.
— Que
comtes-tu faire d'autre à présent, lui demande Abdubu,
qui écoutait silencieusement la conversation.
— Ce sera peut-être une bonne
chose si on se mettait à la chasse, répond Ajax. Tu
peux nous rejoindre Jou-el ?
— Bien sûr, mais il faut que
j'aille d'abord voir mes copains de la garde royale, si tu vois ce
que je veux dire.
— Alors, Abdubu, porte-nous une
autre tournée.
— La même chose ?
— Oui, ça va, dit Jou-el.
— Moi je prends une bière,
répond Ajax à Abdubu.
Quand Abdubu revient avec les consommations, il
demande, sans s'adresser à quelqu'un de particulier :
— J'ai entendu dire que plusieurs
personnes ont vu une apparition d'une fille blonde, dont la
description pourrait correspondre à celui que Leith a fait de
sa gauloise.
— Je l’ai entendu aussi, lui
dit Jou-el, on m'a dit qu'elle ait traversé un policier,
voulant l'arrêter, de part en part.
— Un pompier l'a vu également
traverser la porte de l'entre-sol en feu sans l'ouvrir, dit Ajax.
— Je sais que ni Leith ni Ussa
croient aux anges, mais ce phénomène y ressemble
beaucoup, dit Abdubu. C'est peut-être qu'elle qui était
venue les chercher. Non ?
— Je ne sais pas, lui répond
Jou-el, mais c'est l'air d'être son ectoplasme qui était
venu les secourir.
— Ectoplasme ? C'est quoi ça,
lui demande Abdubu.
— Son âme, si tu veux, lui
répond Jou-el, mais ce sont seuls les gens ayant un don de
médium qui en sont capables. La gauloise de Leith en est
peut-être une. C'est même possible, qu'elle ne le sait
même pas.
— Comment ?
Elle ne le sait pas ? Comment l'est-il possible, demande
Ajax ?
— C'est pour elle comme pour la
plupart d'entre nous, lui répond Jou-el, ça se passe
dans les rêves, c'est là que l'âme part pour aller
se balader ailleurs. Tu n'as jamais entendu parler de ce vieil homme
qui venait chaque jour s'asseoir sur un banc devant la salle des
fêtes ?
— Oui, vaguement, lui répond
Ajax, pourquoi.
— Alors, dit Jou-el, il avait
déclaré une fois à un gamin, qu'il venait en
rêve depuis une autre planète dont la lumière
mettait quatre cents-ans à venir vers nous. Un beau jour il
est parti plus tôt et on n'a plus revu depuis. Il est
peut-être mort.
— Mais, lui demande Abdubu, il
venait et partait comment ?
— On
ne l'a jamais vu venir, mais quand il partait,
il se dissolvait en air. Pffft, comme ça, lui répond
Jou-el en faisant un geste de sa main en air.
Une fois leurs boissons consommées, les
deux amis partent chacun dans une direction pour s'en occuper du
“client” et ses comparses.
— Bien sûr, répond
Leith, un impact sur le continent aurait le même effet que
celui qui a tué tous les dragons29
il y a soixante-cinq millions d'années. Le fait qu'Angélique
existe à onze mille huit cents ans signifie à mes yeux
que la comète tombera forcément dans la mer, créant
ainsi un déluge. Puis, si elle tombe dans la mer des
Bermudes, la croûte terrestre ne tiendra pas, trop fragile et
trop mince. L'impact de la comète va pousser la croûte
terrestre aux endroits les plus fragiles vers le bas et amène
notre pays avec.
— Bon, dit Pénélope
désireuse de changer le sujet, vous venez pour le souper dans
un instant. Je vais fermer les rideaux, ça fait plus discret.
Pendant que Pénélope descend
mettre la table et commence à préparer le souper, les
deux amis continuent à chercher et feuilleter les livres
anciens jusqu'à ce qu'elle les appelle que la table les
attend. Une fois à table elle leur demande :
— Vous comptez rester ici, ou
désirez-vous partir ailleurs ?
— Je pense qu'il vaut mieux, qu'on
part ailleurs, lui dit Ussa.
— Oui je le crois, dit Leith, que
c'est mieux pour ta sécurité et le nôtre. Je
sais que Maître Amilius a fait construire une pièce au
grenier, comme le tien. Cette pièce à une entrée
secrète, mais on peut y accéder depuis les toits. Il y
a tout confort et je suis sûr que les sbires de Ra-Ta n'ont pas
pu trouver l'accès.
— C'est bon, tu peux y aller en
passant par les toits depuis mon grenier, je laisserai la fenêtre
ouverte. Comme ça tu pourrais venir me voir, si nécessaire.
Mais il faudra mieux que Ajax vérifie si la voie est bonne.
— C’est ça, dit Ussa,
je ne crois pas que quelqu'un nous cherchera dans une maison supposée
vide.
— On verra ça demain,
n'est-ce pas, dit Pénélope.
— Oui,
dit Ussa, on peut rester là pour cette nuit et même pour
demain. Nous serons discrets, mais nous ne
pourrons pas faire de la lumière là haut. Ça
sera trop voyant.
Ce
beau matin du huitième jour Lion, nos deux comparses, Ajax et
Jou-el, se trouvent dans l’arrière salle de l'estaminet
“Les Jardines” en attendant d'autres clients. Ils
ont en effet préféré donner rendez-vous ici,
plutôt que dans un endroit plus voyant. Surtout maintenant,
que la chasse au voyous est ouverte. Un va-et-vient inhabituel d'un
commissariat sera forcément suspect, mais dans un troquet
comme celui de Abdubu, de telles allées et venues sont plutôt
normales. Sur une table se trouve une carte de la ville, marquée
de petits points comme des chiures de mouche. Ce sont des endroits
où les individus ont été vus par la population,
qui se montre très coopérative. Certains n'hésitent
pas à contacter Abdubu dans son café pour lui laisser
un message ou un indice, qu'il pose ensuite sur la table de la salle
de réunion improvisée.
— Moi un café avec du lait
chaud et quelques tartines-confiture si t'en as, lui dit Ajax, je
n'ai rien mangé ce matin.
— Comment peux-tu avaler cette
saloperie abyssinienne, lui demande Jou-el.
— Rien de mieux pour prendre la
forme le matin, lui répond Ajax.
— Et toi, demande Abdubu à
Jou-el, comme d'habitude ?
— Oui, ça va, lui répond-il.
Pendant qu'il cherche les boissons et quelques
petites choses à manger, les deux amis commencent à
faire un plan de stratégie. Il devient clair que certains de
ces individus qu'ils cherchent, se cachent en allant d'hôtel en
hôtel, où ils restent rarement plus que de deux à
trois jours. Ils ont décidé de prendre contact avec
des confrères à Ajax dans d'autres villes. Ajax est
persuadé qu'ils ne demandent même pas à être
énumérés si le travail est pour l'intérêt
du pays. En attendant que les contacts de la garde royale et de la
police scientifique viennent les rejoindre, ils dressent une liste
d'hôtels et auberges à surveiller, quitte de les payer
une petite prime de la caisse royale, car Ajax est persuadé
que le roi est tellement furieux qu'il n'hésitera pas à
payer des primes et des dessous la table. C'est à ce
moment-là que Abdubu revient avec les boissons et quelques
petits trucs à manger et s'assoit en moment avec eux.
— Si tu vois Pénélope,
lui dit Ajax, peux-tu lui dire de venir ici.
— Bien sûr, lui répond
Abdubu, elle va certainement venir comme elle le fait
habituellement ; comme un courant d'air.
— On veut lui demander quelque
chose, dit Jou-el, elle voit beaucoup de monde, vois-tu.
— J'aimerais vous signaler, dit
Abdubu, que je ferme cet après-midi. Demain, je suis de garde
sur le “Phénix30”
et je tiens à faire ce devoir.
— Tu as besoin d'aide pour
transporter le bois, lui demande Ajax, sinon on vient te donner un
coup de main.
— Non ça va aller, répond
Abdubu, il y a toujours assez de volontaires pour apporter le bois.
C'est le monter au sommet de la tour qui est le plus dur.
— Tu dois le porter à bras,
lui demande Jou-el.
— Non, on a un treuil manuel au
centre de la tour.
Pendant qu'ils discutent encore un moment, ils
n'ont pas remarqué que Pénélope venait d'entrer.
En ne voyant personne, elle appelle :
— Alors, les mecs, vous dormez dans
l'arrière salle ?
— Viens nous voir une minute, lui
dit Jou-el, on a quelque chose d'important à te demander.
Puis il continue en s'adressant à Abdubu :
— Apporte-lui à boire et
ferme la porte s'il te plaît.
— Mais, dit-elle étonné,
je ne voulais que chercher quelque chose pour moi et mes deux
clientes.
Abdubu, revenu entre temps avec un thé-glaçons,
lui demande :
— Je te prépare quelque chose
à emporter ?
— Oui, dit-elle, un chocolat et deux
thés.
Pendant que Abdubu part préparer les
boissons demandé par Pénélope en fermant la
porte derrière lui, elle demande ces deux amis :
— Qu'est-ce que vous voulez, c'est
au sujet d'Ussa et Leith ?
— Oui, lui répond Ajax, entre
autres. Tu peux parler ici, Jou-el est de notre côté.
Il sait également où se cachent les deux.
— Tu
l'as dit, lui demande Pénélope.
— Non.
Il l'a deviné. Il n'est pas né de la dernière
pluie tu sais.
— C'est grave, lui répond
Pénélope, cela veut dire qu'il y a d'autres qui ont pu
tirer la même conclusion. En fait, continue-t-elle, Leith est
d'avis qu'ils pourraient se cacher dans le grenier de Amilius. Pour
cela c'est vous qui devez vérifier si la voie est libre.
Leith m'a dit que personne ne chercherait quelqu'un dans une maison
supposée vide.
— Ce n'est pas aussi grave que tu
crois, lui répond Ajax, nous avons des informations que la
presse et des gens ordinaires n'ont pas. Nous savons par exemple que
des os calcinés retrouvés ne pouvaient dans aucun cas
être ceux d'Ussa et Leith. Nous savons également qu'ils
n'ont pas pu fuir par la porte de secours. Par où ils sont
passés, nous l'ignorons. En ce qui concerne le lieu où
ils se cachent, c'est un léger changement dans ton attitude
qui nous a mis la puce à l'oreille. Le jour de l'incendie tu
étais vraiment peiné, puis le lendemain, tu ne faisais
que semblant. Ce n'est pas visible pour d'autres, mais nous te
connaissons bien et nous l'avons bien vu. Tu te n'en fais pas,
l'idée de Leith est bonne et on va vérifier ça.
— J'ai des contacts avec la garde
royale, lui dit Jou-el, ils s'en occuperont. Viens nous trouver
demain au début de l'après-midi dans la maison du thé
dans le parc.
— Le parc, comment le parc, lui
demande Pénélope.
— Eh bien ! Abdubu ferme dans
l'après-midi et n'ouvre qu'après-demain à midi.
Penelope
connaît bien le salon de thé du parc, un bâtiment
octogonal vitré avec une terrasse sur le devant avec des
tables et chaises en fer, peint, comme l’édifice
lui-même, en blanc, tenu par Mélia, la fille d'une de
ses clientes. Elle ne s'y rend pas souvent, car un peu trop loin de
sa boutique. Mais pour aujourd'hui elle a prévu un peu de
temps. Elle y va avec sa cliente, la mère de Mélia.
Quand elles y arrivent, elles voient que Ajax, Jou-el ainsi que deux
autres hommes s'y trouvent autour d'une table et discutent, penchés
sur une carte de la région, une autre de la ville où
les points en chiures de mouche se sont multipliés et
également un tas de fiches munies de dessins. En se dirigeant
vers leur table, Pénélope dit à sa cliente :
— Va dire bonjour à ta fille
et commande un thé avec des glaçons pour moi. J'ai
deux mots à leur dire.
Pendant
sa cliente va voir sa fille, Pénélope s'assoit
à table avec les autres et les salut :
— Bonjour, tout va bien ? Ce
sont des copains à toi, Jou-el, dit-elle en désignant
les deux hommes qu'elle ne connaît que vaguement ?
— Oui, lui répond-il, ce sont
Midas et Laïos, deux membres de la garde royale. Le seul qu'on
attend encore est Jason, un confrère à Ajax. Il doit
venir de l'autre côté du lac.
— Tiens, dit Pénélope,
il y a un bateau qui vient d'arriver au port, c'est peut-être
lui.
— Ça se pourrait, lui répond
Ajax, il possède un bateau qu'il partage avec d'autres. Il
sait faire la traversée aussi vite que le contour du lac en
train ou voiture.
— Il y a du nouveau concernant nos
“clients”, lui demande Pénélope ?
— Oui, lui répond Jou-el, on
a repéré notre “client”. Il loge au
“Soleil Levant.”31
— Eh ! Bien ! Il ne
s'emmerde pas, lui dit Pénélope. Ce n'est pas
particulièrement bon marché. Il a dû toucher une
bonne prime je pense. Il y reste depuis longtemps ?
— Non, lui répond Jou-el,
depuis une semaine. Mais c'est déjà trop long pour
quelqu’un qui cherche à se cacher.
— Qu'est-ce qu'allez-vous faire
maintenant, lui demande Pénélope ?
— C'est nous qui s'en occuperons,
lui dit un des hommes présents, mais ne dis rien à
d'autres personnes. Demain il ne sera plus de ce monde. Nous
connaissons assez de volontaires pour s'en occuper. C'est même
possible qu'il ait déjà le cul sur une fourmilière
à l'heure qu'il est.
— Mais c'est dégueulasse de
mourir comme ça, dit Pénélope.
— Alors, lui répond Ajax,
tenter de faire mourir une princesse et son compagnon dans un
incendie ne l'est pas ? Poignarder et mutiler un vieux savant
qui n s'intéresse qu'aux étoiles, ne l'est pas ?
Ces deux physiciens brûlés vifs dans leur laboratoire,
ne l'est pas. Ne fais pas sentiments pour ces voyous ! S'il te
plaît.
— Bon, si tu le vois comme ça,
d'accord, lui répond Pénélope. Mais, une
question, peut-on cacher nos deux jeunes amis au grenier de Amilius,
ou doivent-ils rester encore un jour chez moi ?
— Nous allons visiter la maison du
maître tout à l'heure, lui dit Ajax. Nous allons faire
semblant de chercher des indices, pendant d'autres sécurisent
le bâtiment. On peut aller au grenier de Amilius par les toits
depuis ton grenier, je crois. Non ?
— Oui c'est ça, dit-elle.
C'est cela qu'on avait prévu faire à la tombée
de la nuit. Si c'est bon, viens faire un petit saut pour me le dire.
C'est en ce moment que Mélia vient avec
les boissons et sa mère et ils s'assoient en moment à
table avec eux. Le sujet de la conversation dérive vite au
sujet brûlant ; les événements à
venir. Il s'avère, en effet, qu'il y a beaucoup plus de gens
qui le savent et pensent comme les familles à Leith et
Pénélope. Ils voient en cette catastrophe annoncée
une punition divine et ne veulent pas partir. La mère de
Mèlia fait comme le reste de sa famille, elle ne part pas.
Mélia elle-même a prévu, tout comme Pénélope,
de prendre un bateau et de rejoindre des amis au nord dans deux
jours. Pénélope, elle, veut bien partir avec ses
cousins, cousines et Ajax, mais ils ne peuvent partir qu'en quatre
jours, qui est, elle le sait, très risqué. Leith lui a
bien dit de ne pas trop attendre et que la comète va heurter
la terre le treizième jour Lion au petit matin, soit en cinq
jours. C'est en ce moment que Pénélope voit venir un
homme qu'elle connaît vaguement et le salut :
— Salut ça fait une paye que
je te n'ai pas vu. Tu vas bien ?
— Oui, lui répond l'homme
répondant au nom de Jason, ça va, mais il y a mieux.
— Tu pourrais venir un peu plus
souvent, on te voit plus depuis que tu habites de l'autre côté
du lac, lui répond Ajax.
— Eh, les filles, dit Pénélope,
s'adressant à Mélia et sa mère, on s'en va et
laissons-nous ces messieurs entre eux. Ils ont des choses
importantes à discuter et n'ont pas besoin de nos oreilles.
Alors, dit-elle en s'adressant à Ajax, tu viens tout à
l'heure ?
— Oui, dit-il, tout à
l'heure.
— Alors, dit Ajax à Jason, tu
as progressé dans tes filatures ?
— Oui,
je crois. J'ai pu prendre des images de ce type-là, lui
répond Jason en désignant un dessin sur la table, il
logeait au “Bel Horizon32»
avec ceux là et sort deux clichés de sa poche.
— Tiens,
tu as un de ces nouveaux appareils qui
permettent de faire des clichés instantanés ?
— Oui,
la dépense fallait la chandelle, répond Jason à
Ajax, ça nous évite de devoir faire des dessins.
— Mais ! Je connais celui là,
dit Jou-el, c'est le parrain de la région des Belzebubs.
L'autre m'est familier, mais je n'arrive pas à mettre un nom
dessus.
— Je crois le connaître, dit
Laïos, je l'ai déjà vu, mais pas par ici, c'était
dans la région portuaire de Amaki.
— Oui, ajoute Midas, il pourrait
être le parrain local de là-bas. Il me semble bien, que
je l'ai vu là-bas aussi.
— Bien messieurs, dit Jou-el, il
faut s'en occuper. On a donc la preuve que ces soi-disant agents
secrets travaillent avec la pègre locale et ne sont rien
d'autre que d'anciens voyous.
— C’est ça, dit Ajax,
le préfet craint en effet qu'ils pouvaient essayer à
extorquer un sauf-conduit pour le plan d'évacuation en
capturant la princesse Ussa ou un autre membre de la famille royale.
Ils discutent encore un moment pour peaufiner
le plan d'identification et de la recherche des anciens agents de la
BSI avant de se quitter.
Ussa,
à moitié réveillée, ne se réalise
pas où elle se trouve ce matin très tôt du
neuvième jour Lion. Le jour commence à peine à
se percer et ce sont une lumière et des petits bruit qui l'ont
réveillé. En se croyant chez elle, elle appelle sa
mère :
— Maman !
Puisqu'elle n'obtient pas de réponse, elle l'appelle à
nouveau, mais plus fort : MAMAN !
Elle
se retourne dans son lit et essaye, sans succès, de se
ré-endormir. Mais elle n'arrive plus à s'endormir et
fâché de ne pas avoir obtenu une réponse, elle
s'écrie à nouveau :
— MAMAN, qu'est-ce que
vous faites dans ma chambre, vous fouillez dans mes affaires à
présent, vous n'avez plus confiance en moi ?
C'est à cet instant-là
que Leith, surpris par les appels d'Ussa, se réalise que sa
compagne se croit chez elle et lui dit :
— Ussa ! Ussa,
tu n'es pas chez toi ! Réveille-toi !
Ussa, qui n'est pas encore
revenue du pays de ses rêves, se frotte les yeux et regarde son
compagnon et lui demande :
— Qu'est-ce que tu
fous si tôt le matin ? Tu n'as pas pu me laisser dormir
un petit peu ? Je n'ai pas d'habitude de me réveiller si
tôt !
— Désole Ussa,
lui répond Leith, mais je dois absolument écrire ce
qu'Angélique m'a lu tout à l'heure, avant que mes
souvenirs de ce rêve s'évaporent.
Ussa, comprenant qu'elle ne
faille absolument pas déranger son ami pendant qu'il écrit,
se lève et va dans la salle d'eau pour se laver et s'habiller.
Leith continue entre temps à écrire et à
compléter les informations fournies par la copine de ses
rêves. Il ne se soucie guère de ce qu'il se passe
autour de lui, car il faut avoir écrit tout ce qu'il eut rêvé
dans les minutes qui suivent son réveil. Quand Ussa a fini de
se laver et de s'habiller, elle vient vers son compagnon et lit ce
qu'il écrit. Surprise par le contexte du récit, elle
va vers l'étagère avec les vieux livres de Amilius et
commence à chercher en prenant un, le feuilleter, le remettre
et ré-commerce avec un autre. Leith qui voit sa compagne
fouiner dans les vieux livres, le demande :
— Ussa, que
cherches-tu ?
— Eh bien ! Ce
que tu as écrit m'est familier. Même si une partie de
ce que tu as écrit figure dans les sept fléaux, il y a
une qui m'est familier. Je ne sais pas si tu as bien regardé,
mais ton récit parle d'une armée équipée
de chevaux, de chevaliers, des frondeurs et autres, tandis celle de
maintenant a bien d'autres armes. Il me semble que les anciens
avaient déjà enterré dans les temples des
informations concernant notre société, comme les
scientifiques et sages l'ont fait il y a quelques années.
— Oui, lui répond
Leith, je m'en souviens. Il me semble qu'ils ont fait pareil que les
anciens : dans les pays de Yuk, dans un temple d'Égypte
et dans la pyramide de Sus.
— C’est ça,
dit Ussa, la situation décrite dans les récits que tu
viens d'écrire correspondent à la vie de quelques
centaines d'années en arrière. Je dirais de trois à
cinq cents ans, car l'évolution technique a été
assez fulgurante ces deux derniers siècles.
— Je pense, lui dit
Leith, que le récit de la fin du monde dû être
transmis oralement, car il fait mention d'une guerre avec le peuple
Hellénique, que l'on aurait perdu, mais pas celui avec le
peuple Saneid, qui mobilise pourtant tous nos efforts en ce moment.
— Tu as peut-être
raison, car nous avons à répétition des
problèmes avec les Helléniques et spécialement
avec ceux du conté de Athènes. Les survivants ont
sûrement dû transmettre le récit de la disparition
oralement et ont fait un plus un égal deux quand ils ont
retrouvé les écrits des anciens dans le temple
Égyptien.
— Oui, lui répond
Leith, cela signifie également que les informations et objets
cachés il y a quelques années, n'ont pas encore été
retrouvés par les contemporains d’Angélique.
— Ce que je trouve
bizarre, lui dit Ussa, que la société, dans laquelle
Angélique et Julien vivent, n'a pas pu trouver nos
informations ni nos traces. Ce que je ne comprends pas, c'est que le
peuple de Yuk n'ait pas pu transmettre le moindre indice. Ne
l'ont-ils pas trouvés ? L'ont-ils été
détruits, peut-être.
— Je crois, lui répond
Leith, que tu as raison de croire que certaines traces et indices ont
été détruits. Tu sais, toute nouvelle religion
considère les anciens qu'il remplace comme hérétique
et les récits les concernant sont souvent détruits.
C'est ce qui est probablement arrivé aux textes anciens cachés
au pays de Yuk. Il est à espérer que la pyramide de
Sus a résisté et que les informations là dedans
sont restées intactes.
— Pourquoi dis-tu ça ?
Lui demande Ussa.
— Parce qu'une société
capable de plonger et chercher à une profondeur au-delà
mille cinq cents pieds, est forcément aussi avancée que
la nôtre actuellement et a sûrement la sagesse de ne pas
piller et détruire le savoir des anciens.
— J'espère que
tu as raison.
— Comment ?
— Une société
techniquement avancée n'a pas forcément développé
son niveau culturel et spirituel. Il est même possible que le
développement technique et industriel les a conduits à
un appauvrissement de celle-ci.
— Sais-tu, lui demande
Leith, quel genre de religion Angélique et Julien ont ?
Angélique ne m'a pas parlé de cela quand on a discuté
ensemble, mais elle ne me semble pas très pieuse. Ce qui me
chagrine un peu, c'est qu'elle n'est pas végétarienne.
Son frère non plus je crois.
— Je crois, lui répond
Ussa, qu'ils vénèrent un seul dieu et que leur religion
est issue de celle des Hébreux.
— Je crois que tu as
raison, dit Leith. Ils ont un calendrier dont ils comptent les
années depuis la naissance de leur
guide spirituel. Puis ce qui est curieux, c'est qu'ils utilisent
l'astrologie non pas comme calendrier, comme nous le font, mais comme
moyen de prédire l'avenir. De plus, ils n'ont plus adapté
depuis longtemps les positions des signes de sorte qu'ils ont un
décalage de deux mille cent soixante ans à l'heure qui
vivent. Je m'en suis aperçu quand j'ai essayé de
ré-calculer des données. Les données
qu'Angélique a déjà pu fournir sont par contre
bonnes. Ce sont positions astrologiques qui ne collent pas. Elle a
donc dû se servir d'une autre base que l'astrologie.
— Comment, décalage ?
Lui demande Ussa.
— Tu devrais te
souvenir que le rapport entre l'équinoxe de printemps et le
calendrier astrologique décale un jour toutes les soixante et
onze années. Chez Angélique, ils n'ont plus fait ce
décalage depuis deux millénaires et ils se trouvent
ainsi avec un peu moins qu'un mois de différence. De sorte
que le signe Cancer se trouve à leur position Lion,
Lion à Vierge, Vierge à Balance, ainsi de suite.
Ce qui veut dire qu'une personne née sous le signe de
Balance, comme toi, est en réalité Vierge.
— Mais ce n'est pas
sérieux, dit Ussa, ils ne se sont pas aperçus de
l'erreur ?
— Sûrement, mais
cela n'a plus aucune importance depuis qu'ils ne l'utilisent plus en
tant que calendrier, mais seulement pour raconter des babars.
Pendant que Leith continue à
étudier ses notes qu'il venait de faire, Ussa se met à
fouiner dans les armoires de Amilius sans
chercher quelque chose de spécifique. Elle désire
seulement satisfaire sa curiosité.
Ajax
et Jou-el se trouvent, après avoir quitté
leur compagnie chez Abdubu et avoir fait le voyage jusqu'à la
ville de Ozin, au “Au Bon Accueil” où ils
attendent les techniciens et autres membres de la garde royale. Ils
viennent de terminer un plat léger, car ils n'ont pas pu
manger avant qu'ils partent en voyage. Ils sont accompagnés
de deux prêtres du temple qui ont pris le soin de le fermer au
public avec la mention : “Fermé pour entretien
technique.” Les deux dignitaires religieux n'ont pas du
tout compris pourquoi cette inspection soit nécessaire, ni
pourquoi quelqu'un souhaitera connaître les propos et gestes
des visiteurs. Pour eux c'est clair ; Ra a décidé
de détruire le pays et la population, car devenu trop
pêcheuse. Ils pensent qu'on n'échappe pas à son
destin, inutile de paniquer, il fallait y
penser plutôt et continuer de respecter l'ordre divin. C'est
quand ils finirent leurs boissons que les personnes attendues
viennent entrer et se mettent à leur table.
— Vous prenez quelque
chose, leur demande Ajax.
— Oui, lui répond
Laïos, la même chose que vous.
— Quel même
chose, lui demande Jou-el, une bière, un pichet de vin ou un
thé ?
— Non pas du thé,
on prend une bière, lui dit Laïos, et continue :
mais que cherchons-nous là-bas ?
— Il y a, semble-t-il,
des équipements d'écoute installés par les
sbires de Ra-Ta, et puis pour des raisons de sécurité
du roi, il faut débrancher l'alimentation électrique et
le mettre sur un générateur autonome. Vous avez pris
un avec vous ?
— Ah ! C'était
pour ça ! On n'avait pas compris pourquoi on devait
prendre un avec nous.
— On y va maintenant ?
Dit Ajax après avoir fini la tournée qu'il avait
commandé et sans avoir oublié de faire le point sur les
démarches à suivre.
En entrant dans l'ensemble du
terrain entourant le temple, Laïos dit
aux prêtres : « Regardez très bien
autour de vous et signalez-nous tout ce qui vous parait
in-habituel. » C'est un des prêtres, intrigué
par une pierre d'allure bizarre, qui les appelle :
— Dit-moi, c'est
normal ce truc-là ? Je ne l'ai pas vu auparavant.
— Non, ce n'est pas
normal, lui répond Ajax, il faudra mieux voir cela de près.
Vous pouvez-vous en occuper ? Dit-il à un des
techniciens présents et continue en direction du temple sans
attendre une réponse de sa part.
— Par où
peut-on amener le générateur, demande un technicien, il
est peut-être trop lourd pour le passer sur ces dalles de
verre.
— Vous prenez la
première à gauche et ensuite la deuxième, lui
dit le prêtre, ainsi vous tombez sur une grille de service. On
va là-bas pour vous l'ouvrir.
— Laïos, Midas,
dit Ajax, vous pouvez accompagner monsieur le prêtre et faire
un tour dans le jardin, car j'aperçois encore un de ces
boîtiers, là-bas. Regardez, il y a sûrement des
fils qui mènent dans le sous-sol du
temple.
— Je viens avec vous
pour inspecter le temple, lui demande Jou-el.
— Oui. On va d'abord
inspecter la salle de contact et ensuite on continue dans les
sous-sols et au local technique.
Après une inspection
laborieuse, ils trouvaient une douzaine de points de prise de son et
deux points de prise d'image, le tout relié à un
boîtier dans le sous-sol. Ce boîtier se trouve connecté
au système d'alimentation électrique en provenance
directe de Poseidia. Le boîtier a été débranché
et enlevé, puis l'alimentation électrique a été
déconnectée du réseau et branché au
dispositif autonome.
— Ça marche
avec quoi cet engin, demande un des prêtres auxquelles on fait
un petit stage de manipulation : comment le démarrer,
l'arrêter et l'alimenter en carburant.
— C'est de l'huile,
lui répond Jou-el, la plupart des bateaux en sont équipés.
La majorité de ces machines viennent du pays des Saneids, ce
sont eux qui ont inventé cette technologie. Il fonctionne
toujours, partout, à condition d'y mettre de l'huile bien sûr,
et ne dépend pas de la proximité d'une centrale
énergétique.
— On peut rouvrir à
présent, lui demande l'autre prêtre, il y a des gens à
l'entrée qui veulent venir prier et parler à leurs
ancêtres.
— Pour moi c'est bon,
lui dit Ajax, que penses-tu Jou-el ?
— Pour moi aussi, on
va finir à éliminer tous ces fils et après on
rentre. Les techniciens peuvent s'occuper du reste. Ils ont
nullement besoin de nous ni de vous. Je pense qu'on doit peut-être
passer au palais pour informer le roi. Qu'en crois-tu Ajax ?
— Oui, c'est peut-être
mieux de lui informer personnellement, mais il faut qu'on parte tout
de suite. On ne peut pas se présenter trop tard là-bas.
Puis continue en s'adressant au chef d'équipe des
techniciens : « Il faut qu'on parte, vous pouvez
vous en occuper tout seuls, n'est-ce pas. Déposez les
équipements enlevés peut-être chez la police
scientifique pour qu'ils les analysent. »
— Alors, Ajax, on y
va ?
— Oui, c'est comme si
on était déjà parti.
C'est en saluant les prêtres
et les techniciens qu'ils partent en direction de leur voiture
pour prendre le chemin de retour.
— Oh ! On a un
bateau de pêche conçu pour supporter des tempêtes,
il marche avec un engin des Saneids ou à la voile.
Jou-el qui avait écouté
la conversation silencieusement ajoute :
— J'avais prévu
de rejoindre Jason, le confrère à Ajax. Lui aussi, a
un grand bateau, anciennement militaire, mais il est sur le lac. Il
avait prévu de se mettre au milieu du lac et attendre là
que la terre s'enfonce. Il lui suffit ensuite de partir.
— Tu pars où,
lui demande Pénélope.
— On va suivre le
vaisseau royal, mais il se peut qu'on aille vers le nord, comme vous.
— Si tu vas vers le
nord, lance-nous un appel, on te dira où il faut aller.
— Toi, tu viens avec
nous, n'est-ce pas Ajax, lui demande Pénélope.
— Oui, c'est que
j'avais prévu, mais il se peut que je n'arrive pas à
l'heure au port. Je partirai avec Jou-el dans ce cas-là.
Les amis discutent encore un
moment de qui fait quoi et comment, puis les Macs donnent à
tous ceux qui s'y intéressent les cordonnées du port
aménagé dans un fjord de leurs terres. Ils disent y
être à l'abri des tempêtes et qu'on n'y risque
rien. C'est après que Ajax et Pénélope partent
pour soi-disant prendre encore un verre chez elle et de sortir après.
Ce qu'ils ne disent pas, c'est qu'ils comptent visiter les deux amis
cachés au grenier de Amilius.
— Alors, m'écoutes
bien, dit Angélique, la montagne s'appelle “Mont
Pino34
” et se trouve à 28 degrés 13 minutes Ouest et à
38 degrés 25 minutes Nord. Le détroit, que nous
appelons “Détroit de
Gibraltar”, se trouve 6 degrés 20 minutes Est et à
35 degrés 55 minutes Nord. Mais dit-moi comment peux-tu tout
calculer avec ces seules deux informations ?
— Mais, lui répond
Julien, c'est de la triangulation, tu as oublié tes leçons
de math, ou quoi ?
C'est après quelques
explications et l'étonnement des amis atlantes qu'on apprend
les mêmes leçons aux filles et garçons, que la
conversation devient plus intime. Les amoureux sont de plus en plus
convaincues qu'ils vont se trouver en chair et en os, même
s'ils ignorent tous les quatre comment.
Lejour est à peine levé quand Pénélope
entend déjà la sonnette d'entrée. Elle n'a même
pas commencé son petit-déjeuner et sort tout juste de
la salle de bains. Quand elle descend
ouvrir, surprise, elle voit qu'il y a Ajax avec un membre de la garde
royale devant sa porte. Elle les salut et les demande :
— Eh les mecs, vous
avez dormi devant ma porte ? Quel bon vent vous amène
chez moi ?
— C'est pour nos deux
amis, là-haut chez Amilius, lui répond Ajax. Tu crois
qu'on peut les déranger ou faut-il attendre un petit peu.
— C'est encore un peu
tôt, lui répond-elle, je crois savoir qu'Ussa ne se lève
pas si tôt. Venez prendre le petit-déjeuner avec moi,
je venais de m'installer. Comme ça j'ai un prétexte de
ne pas manger debout dans la cuisine. Il paraît qu'il faut
prendre son temps le matin et ne surtout pas se presser. Ce n'est
pas bon pour le moral à ce qu'il paraît. Mais
présente-moi ton copain. Il me semble que je l'ai déjà
vu, mais je ne sais plus où.
— Alors, dit Ajax à
Pénélope, je te présente Midas, il est membre de
la garde royale. Tu as dû le voir l'autre jour dans le Salon
du Thé du parc, mais je ne te l'ai pas présenté.
Midas, continu-t-il en s'adressant à l'homme qui
l'accompagne, je te présente Pénélope.
— Enchanté,
dit-il.
— Enchanté,
dit-elle et continue : vous montez avec moi, car je ne crois pas
que vous pouvez aller chez eux en passant par la maison de Amilius.
Je crois même qu'ils ont fermé l'accès au grenier
depuis l'intérieur. Vous serez ainsi obligée de passer
par les toits depuis mon grenier.
Arrivés chez elle au
salon, elle installe son petit-déjeuner sur la table et y
ajoute deux assiettes et les demande :
— Ajax, du café
avec du lait chaud, je parie. Vous monsieur, vous désirez du
thé ou, comme Ajax, du café ?
— Appelez-moi Midas et
laisse tomber ce “monsieur”. J'aimerais du thé si
vous en avez.
— Bien sûr que
j'ai du thé, j'en bois moi-même. Pour le reste, pains
grillés, beurre et confiture ?
— C'est bon pour moi,
lui dit Ajax.
— Moi aussi, dit
Midas.
— Prenez votre temps,
je n'ai qu'une cliente dans une heure et demie. On a donc assez de
temps pour manger et de faire un saut chez nos amis là-haut.
Mais pourquoi voulez-vous aller les voir ?
— On croit que le
danger s'éloigne, il est peut-être préférable,
qu'ils, surtout Ussa, rentrent au palais. De plus, on voulait que
Leith vienne avec nous à la bibliothèque pour voir
quels documents qu'il faut absolument sauver et emporter avec nous
lors le plan d'évacuation.
— Alors, c'est
sérieux, demande-t-elle sans s'adresser à quelqu'un en
particulier, on met en exécution un plan d'évacuation ?
— Oui, c'est cela, lui
répond Midas, le roi travaille en ce moment avec d'autres rois
et leurs services à la mise au point.
— Mais ce n'est pas
trop dangereux pour Leith, demande-t-elle à Midas, revenant au
sujet précédant.
— C'est justement là
qu'on a besoin de toi, lui dit Ajax à la place de Midas, tu
dois le transformer en ouvrier au service de la garde royale. Tu
sais faire ça, non ?
— Pour l'instant, nous
avons désigné un prince volontaire qui veut bien
essayer de prendre les choses en main et lui envoyer à
Poseidia en tant que gouverneur. Les gens là-bas
appartiennent pour la plupart au mouvement des Bélials et sont
très matérialistes. Ils ont pour la plupart perdus foi
en leur religion qui n'est pour eux plus un refuge. Ils craignent de
ne pas être sur la liste d'évacuation et les premières
échauffourées commencent à pointer le nez. Il
faut chercher à les calmer un peu, car l'armée et la
police ont vraiment autre chose à faire en ce moment que s'en
occuper des révoltes.
— Ne faut-il pas mieux
que ce prince soit de la même religion qu'eux ?
— Oui, effectivement
ma chère, c'est ce qu'on a décidé. On a envoyé
un prince de la même religion en tant que gouverneur.
— Avez-vous pu
discuter quand même un peu et élaborer vos plans
d'évacuation.
— Oui, ma chère,
je suis content que les autres avaient également commencé
à y penser et on pourrait à la première vue
évacuer plus de monde que prévu. Il convient, par
contre, à inciter les gens de se cordonner et de ne pas partir
n'importe où et n'importe comment.
— Comment ça ?
— Eh bien !
Beaucoup ont leur propre bateau et autres vaisseaux et peuvent partir
de leurs propres moyens. Ce qui faut prévoir c'est de la
nourriture en conserves pour une très longue durée, de
la semence pour ensemencer les sols à nouveau après le
déluge et aussi de petits animaux tels que poules, chèvres
et autres. Et puis, pour ne les pas oublier : outillages.
— On part où
alors, tu as une idée, peut-être.
— Non, pas encore. Je
pensais aller vers le nord. Vers les montagnes séparant la
péninsule Ibérique et la Gaule. Mais il convient
peut-être à attendre que le déluge finisse avant
d'accoster.
— Tu crois que les
bateaux seraient assez solides pour supporter du gros temps ?
— J'ai une petite
idée. Je ne sais pas si tu te souviens de la chambre
d'Angélique, car là il y avait au mur une image d'une
sorte de double bateau. Il y avait deux coques reliés entre
eux lui offrant une grande stabilité. Je pesais, même
si je ne sais pas ce qu'ils en pensent mes ingénieurs navales,
de relier mes bateaux de cette façon. Les grands bâtiments
militaires à l'extérieur en tant que brise-lames et les
plus fragiles à l'intérieur. D'après Angélique,
la gauloise donc, il faudra prévoir plusieurs semaines de mer
avant de pouvoir accoster en sécurité.
— Pourquoi donc ?
— Elle ne le sait pas
exactement, car trop loin dans le passé pour elle. Son récit
parle d'un déluge tel qu'il noiera toutes les terres
n'épargnant que ceux qui vivaient en montagne. De plus, le
niveau de la mer va, semble-t-il, monter de quatre cents pieds sur
une centaine d'années. Nous devrons en tenir compte quand on
construit des nouvelles cités.
— Pourquoi va-t-on pas
là où vont les autres ?
— Sur le continent
africain ? Comment veux-tu faire survivre autant de gens dans
une région désertique ?
— Il y en a beaucoup
de gens à évacuer ?
— Les textes sacrés
avaient initialement prévu d'évacuer 144 000, mais
si on ajoute tous ceux qui partent de leurs propres moyens, on
obtiendront facilement le double. Mais n'oublie surtout pas que cela
ne représente que demi pour-cent de la population. Aussi
navrant que c'est, il n'y a pas d'issue pour ceux qui restent en
arrière, le gros de la population donc. C'est pour cela que
j’ai convoqué tous les chefs religieux pour
demain-matin.
— Ça doit être
assez pénible pour les familles appartenant au mouvement des
Bélials, car si mes souvenirs sont bons, ils ne croient pas à
la ré-naissance. Ils croient qu'ils ne vivent qu'une seule
fois et qu'on rejoigne après soit le ciel, soit le monde des
morts.
— Hélas oui.
Mais pour l'instant, ce sont les hébreux à avoir mis au
point un plan d'évacuation depuis assez longtemps.
— Eux ? Pourquoi
donc ?
— Ils attendent, à
ce qu'il paraît, un guide spirituel qui va naître au sein
de leur communauté en Égypte. C'est pour cela qu'il
partent tous là-bas en tant que travailleur immigré.
— Tu ne trouves pas
qu'on devait parler de nouveau à l'amie de Leith.
— C'est ce que j'avais
prévu pour demain, au début de l'après-midi. Tu
viens avec ?
— Oui, bien sûr !
En espérant pouvoir dire bonjour à Julien, l'ami
d'Ussa et pour ne pas l'oublier : Angélique. On lui doit
beaucoup.
— Oui, c'est vrai. En
plus, depuis qu'on fait la connaissance de cette fille avec sa
spontanéité, on se tutoie.
Comme
convenu, Leith et Midas descendent à midi la rue commerciale,
passent devant l'estaminet de Abdubu et entrent dans le salon de
Pénélope qui les attend pour débarbouiller
Leith. Midas monte l'escalier menant vers l'appartement de Pénélope
et voit qu'Ussa s'affaire à mettre la table pour le dîner.
Midas, très étonné de la voir occupée
ainsi, lui demande :
— Eh ! La belle,
c'est vous qui fait à manger à présent ?
— Mais oui, pourquoi
pas ? Je sais faire la cuisine voyez-vous. J'aime bien
m'occuper des tâches manuelles, la cuisine, coudre, bricolage,
dessins et même peinture. J'ignore si vous l'avez remarqué,
mais je sais habile de mes mains.
— Oui, je sais. Déjà
au palais aucune serrure était sûre pour vous, si on
avait perdu les clefs, il fallait appeler Ussa. Qui a vous appris
cela ?
— Oh ! Pour les
serrures ? Un vieil homme à tout faire quand j'étais
encore une petite fille très curieuse. C'est lui qui m'a
donné le ver du bricolage.
Pénélope qui a fini
à démaquiller Leith entre temps monte accompagnée
de lui l'escalier vers son appartement et lance à Midas :
— Notre Ussa se défend
comme une grande en cuisine, tu ne trouves pas ? Je ne
m'attendais pas à ce qu'elle est capable de faire. De plus,
elle a eu le temps de me réparer deux serrures de placards qui
fermaient mal. Mais, continue-t-elle en s'adressant à Ussa :
qui t'appris à faire la cuisine comme ça. Tu connais
non pas plus que moi, mais tu le fais comme un vrai chef.
— Notre cuisinière
personnelle, lui répond-elle. Je lui assistais souvent,
contre l'avis de ma mère qui trouvait que ce n'est pas une
tâche pour une princesse héritière, dans notre
cuisine de l'appartement. On a une cuisine à part pour nous
tu vois. Même si on prend la plupart du temps les repas
préparés par la cuisine du palais, on a une cuisinière
personnelle pour préparer nos repas séparément.
C'est elle qui m'appris à cuisinier. J'ai heureusement une
bonne mémoire pour les recettes et je n'ai pas besoin de les
noter.
— Je
vous prépare des boissons, demande Pénélope. Y
a-t-il quelqu'un qui prend un apéritif ? Ussa, toi tu
prends un vin cuit je crois ? Non ? Leith, je ne
te demande pas, je sais que tu ne bois pas de l'alcool si tu
travailles après. Midas, un vin cuit également ?
— Oui,
ça va, lui répond Midas.
— Oui,
un vin cuit, ajoute Ussa.
Pendant
le repas, les deux hommes narrent leur matinée, les dégâts
d'eau, les livres couverts de saletés, les rouleaux sacrés
restés intactes dans leurs tubes en carton, les livres
miraculeusement échappés aux flammes, les deux suspects
parmi les ouvriers faisant frissonner Ussa qui craigne pour la vie de
son ami, et autres. C'est surtout Leith qui est content que les
dégâts en sous-sol s'avèrent
être moins grave qu'on avait imaginé.
— Ton
père va prendre tous ces livres avec lui pendant l'évacuation,
demande Pénélope à Ussa ?
— Je
ne sais pas, demande-le à Leith, lui répond-elle. Il
est certainement mieux renseigné que moi.
— Personnellement,
dit Leith, j'ai pensé aux sous-sols du temple d'Ozin. Il est
construit sur du basalte, lui très résistant. Tous ce
qui est important et fait référence à notre
société actuelle, peut y être entreposé
pendant des millénaires. Le seul problème qu'il reste
à résoudre est l'étanchéité des
caisses, car, si je dois croire les renseignements d'Angélique,
la zone où on vit va se trouver à des dizaines de
milliers de pieds sous l'eau. J'avais pensé à remplir
les caisses d'une liquide conservateur, de sorte que l'eau de mer ne
peut pas y pénétrer. Une comme celle qu'on utilise
pour réparer et conserver des vieux livres.
C'est
alors que les discussions se portent sur les événements
à venir et pourquoi de ne pas cacher les livres en surface.
Leith est d'avis qu'il vaut mieux les cacher à un endroit sûr
jusqu'à une nouvelle société soit à
nouveau capable d'apprécier les anciens textes d'une autre
société sans vouloir les détruire.
— Salut mon amour,
gosse bise, c'est toi et Ussa qui sont là ?
Sa mère lui lance un
regard étonné et avant qu'elle puisse dire quelque
chose, c'est la voix de Leith qui répond à Angélique :
— Grosse bise mon
amour, oui c'est nous. On n'est pas seuls, on est cinq en ce moment.
Il y a à part Ussa aussi ses parents et Pénélope.
— Bonjour tout le
monde, répond elle.
— Bonjour mon amour,
grosse bise, dit Ussa, tu fais quoi là.
— Bonjour mon amour,
grosse bise à toi aussi. Notre père essaye de nous
apprendre un peu de navigation marine. Ah ! Oui, avant que je
l'oublie, bonjour tout le monde.
— Eh ! Leith,
lui demande Angélique, dit-moi, où vous trouvez-vous ?
— Il va regarder une
carte, patiente un petit peu pendant mes parents se présentent,
dit Ussa.
— Alors, me
laissez-moi présenter, dit une voix d'homme, je m'appelle
Pâris de Bel-Ra et je suis, pour les quelques jours qui nous
restent, un des dix rois de notre fédération, mieux
connue par vous en tant qu’Atlantide et le papa d'Ussa.
— Moi, dit une voix de
femme, je m'appelle Séléné de Bel-Ra, l'épouse
de Pâris et maman d'Ussa.
— Enchanté, dit
Cécile, continuant à regarder autour d'elle pour voir
d'où viennent les voix qu'elle entend et poursuit : je
suis, comme vous avez certainement deviné, la maman
d'Angélique et Julien.
— Enchanté, dit
Armand, je suis le papa de ses navigateurs en herbe.
— Mais, dit Ussa, où
vous êtes en ce moment n'est pas votre salon. C'est maman qui
vient de faire le réflexe que votre habitat n'est pas très
grand.
— Non,
lui dit Armand, en effet. Nous sommes en route vers l'endroit où
vous avez habité. Nous nous trouvons ici dans l'habitacle
d'un voilier que nous avons loué pour la circonstance.
— Tu es là
Angélique, lui demande Leith, notes peut-être ce que
j'ai pu trouver. Cherches sur ta carte la montagne la plus haute,
celle que t'appelles Pino.
— Non,
lui dit Armand, elle s'est trompée de nom. C'est sûrement
la montagne la plus haute des Açores, qui est une île et
s'appelle “Pico”.
— Bon, je veux bien
“Pino” ou “Pico”, chez nous
c'est un volcan et une montagne sacré et nous nous trouvons,
note le bien Angélique, deux degrés quarante minutes à
l'est et quatre degrés cinquante minutes au sud de celle-ci.
Tu saurais le trouver de cette façon, n'est-ce pas. Je ne
peux pas te donner nos références, car je crains qu’ils
ne te soient pas très utiles.
Après cette brève
introduction, les deux familles continuent leur bavardage pendant un
moment jusqu'au moment qu'ils décident de se revoir le
lendemain dans l'après-midi par le temple d'Ozin interposé
où la famille royale comptait se rendre de toute façon.
Angélique promet à Leith de chercher un endroit à
allure de cratère de deux cents à trois cents miles
nautiques, car ils ont découvert que le mile nautique est
resté pareil, une minute d'arc à l'Équateur.
Leith est d'avis, puisqu'un cratère est habituellement dix
fois plus grand que l'objet céleste qui l'a fait, qu'il
devrait, vu de la dimension de Arcturus, avoir cette taille. Il leur
dit que la comète viendra demain certainement visible de la
journée. Leith leur dit qu'on peut déjà le voir
grossir d'heure en heure pendant la nuit. Les deux familles prennent
ensuite congé les uns des autres après avoir souhaité
bonne nuit et quelques salutations d'usage. Angélique, qui a
entre temps repéré l'endroit où se trouvent
leurs amis, constate avec l'aide de son père que c'est plus
loin que prévu et qu'il faut mettre les bouchées
doubles pour y être dans le temps prévu.
— Mais pourquoi
veux-tu absolument y être dans un aussi bref délai, lui
demande son père ?
— C'est important, je
ne sais pas moi-même pourquoi, mais c'est important qu'on y
soit dans les temps.
— Mais, lui dit
Armand, tu sais que dans ce cas on ne peut pas y aller avec une
allure de promenade. Ça signifie : tout le monde sur le
pont et on fait la course, comme dans mes bons vieux temps. Ce me
plaira bien, mais je ne sais pas si maman est d'accord.
— Bof, si cela vous
faites plaisir, faites-le.
— Alors, c'est moi qui
barre jusqu'à minuit. Qui prend la relève ? Toi
Angélique ?
— Oui c'est bon pour
moi, je réveille Julien à quatre heures alors.
— D'accord, lui dit
son frère.
— On garde le même
cap, demande Angélique à son père.
— Oui, jusqu'à
quatre heures, je me lèverai aussi pour modifier le cap
légèrement. Nous pouvons ainsi mieux avancer. Et
gardez bien l'oeil partout, les cargos ne font pas de sentiments. En
principe il y en a pas, mais gardez l'oeil bien ouvert quand même.
Il vaut mieux les éviter.
Leith
se lève, se prépare dans la salle de bains et va, comme
il a d'habitude de faire quand il est invité chez Ussa, dans
la pièce aménagée en tant que salle à
manger pour y prendre le petit-déjeuner. La maman d'Ussa,
Séléné, y est encore et a déjà
fini son petit-déjeuner. Tous les deux s'étonnent
qu'Ussa n'est pas encore arrivé, de plus qu'aucun bruit a été
entendu en provenance de sa chambre qui aurait pu leur indiquer
qu'elle s'est levée. Séléné décide
d'aller la voir, s'il n'y a pas de problème. Quand elle va
vers les appartements où logent les deux jeunes gens, elle
entend des petits bruits en provenance de la salle de bains et
demande :
— C'est toi, Ussa ?
Mais Ussa ne répond pas et
gémit des mots incompréhensibles.
Sa maman, très inquiète,
entre dans la salle de bains pour voir ce qu'il est arrivé à
sa fille et la voit se mouiller le front et la tête de l'eau
froide. Ussa, en entendant sa mère entrer, se retourne et le
regarde d'une tête d'enterrement. Sa maman, toujours très
inquiète, lui demande :
— Que t'arrive-t-il ma
chérie. Pourquoi cette tête d'enterrement. peut-être
trop mélangé le vin cuit et l'eau-de-vie de cidre
vieilli38 ?
— Non maman, c'est cet
affreux rêve que j'ai fait. Je te le raconterai tout à
l'heure. J'ai l'impression avoir heurté la tête
violemment contre le chevet de mon lit. J'ai dû m'agiter
pendant mon rêve.
— J'appellerai
le médecin ma chérie. Il vaut mieux qu'il regarde si
tu n'as pas quelque chose. Alors, je te laisse t'habiller et on
t'attend pour le petit-déjeuner.
Quand Ussa entre dans la salle à
manger, le médecin l'attend déjà. Leith,
surpris par la mine qu'elle fait, le regarde d'un air interrogatif
et lui demande :
— Mais que
t'arrive-t-il ? La tête que tu fais, qu'est-ce qu'il y a
ma chère ? Ce ne sont sûrement pas les quelques
boissons d'hier soir, tu as fait les fêtes avant et tu n'as
jamais eu le mal de tête après.
— C'est sans doute cet
affreux rêve que j'ai fait. J'ai peut-être cogné
ma tête contre le chevet de mon lit.
— Tenez-vous
tranquille un moment, mademoiselle, que je puisse vous examiner.
Le médecin procède
à toutes les vérifications d'usage sans pour autant
trouver l'origine du mal de tête. C'est quand il examine sa
tête un peu plus attentivement, qu'il trouve une écorchure
qui confirme la supposition d'Ussa. Il lui prescrit un léger
médicament et lui donne le consigne de se reposer pendant la
journée. Il estime que ce n'est sûrement pas grave et
qu'il y a un côté émotionnel très
important. Il lui suggère de raconter son rêve, ce
qu'elle fait.
— Alors, dit-elle, le
début de mon rêve reste un peu flou. Je n'ai, hélas,
pas une aussi bonne mémoire pour ces genres de choses que
Leith, mais je m'en souviens que nous nous trouvons sur un bateau
avec d'autres gens. Lors ce rêve, je n'étais sûrement
pas la personne que je suis maintenant, car il y avait un grand
nombre de neveux, nièces cousins et cousines ainsi qu'un homme
qui tenait un bistro. C'est soudainement qu'un des membres croyait
entendre quelqu'un appeler Leith de loin. Leith, qui était
avec nous, et moi sommes montés sur le pont et on voyait un
beau voilier blanc, tel que l'on ne voit plus de nos jours. Sur la
proue il y avait Angélique qui criait de tout son désespoir
le nom de Leith en regardant vers la côte où les zones
côtières disparurent sous les eaux de la mer. C'est là
qu'Angélique cherchait Leith. Elle le croyait noyé et
elle criait comme si on l'écorchait vive. Leith, qui avait
entre temps déjà cherché toutes les valises,
l'appelait sans succès. Moi je me sentais heureuse de voir
qu'Angélique et sa famille étaient réellement
venue nous chercher. C'est quand on était qu'à une
dizaine de pieds de leur bateau, qu'Angélique nous a vu.
C'est elle qui a aidé Leith de monter à bord et avait
commencé à ranger ses valises. Ce qui est curieux et
qui me fait penser que j'étais sûrement quelqu'un
d'autre, c'est que je me voyais dans les bras de Julien. Mais.
Quand je voulais monter à bord à mon tour, j'ai dû
glisser et la dernière chose que je me rappelle, c'est
que je cognais ma tête contre le bord du bateau. Inutile de
dire que je me suis réveillé un sursaut, et puis c'est
là que j'ai dû heurter ma tête contre le chevet de
mon lit. Je me souviens seulement que je me trouvais à côté
de mon lit avec un affreux mal à la tête. Je me suis
ensuite allongé sans pouvoir m'endormir à nouveau.
— Vous êtes
resté combien de temps ainsi, lui demande le médecin ?
— Oh ! Une heure
tout au plus. Le mal a diminué un petit peu depuis. Vous
avez peut-être raison que ça doit-être l'émotion.
— Reposez-vous
aujourd'hui, lui dit le médecin, on verra demain comment vous
vous sentez.
— Puis-je quand même
aller avec mes parents et Leith au temple, lui dit Ussa, n'est-ce
pas. C'est ce qu'on a prévu et promis à nos amis. Ils
seront trop déçus si je ne venais pas.
— Mais bien sûr.
Prenez peut-être une pastille contre le mal de tête
avant de partir.
— Moi, dit Leith, j'ai
fait il y a quelque temps déjà aussi un rêve où
il figurait un bateau blanc. C'est peut-être le même.
Je rêvais que j'étais à bord d'un bateau blanc
avec une jeune fille de mon âge. Soudainement, quand je ne
regardais pas, elle est tombée à l'eau et disparaissait
sous les flots. J'étais choqué, car je croyais qu'elle
allait se noyer. Un autre homme qui se trouvait à bord, en ta
compagnie Ussa, sautait à l'eau à son tour pour le
sauver, c'est ce que je croyais en tout cas. Je m'en souviens plus
les détails, car il y a déjà un certain temps et
c'était avant que j'aie fait la connaissance d'Angélique.
Mais il y a sûrement une relation entre nos rêves.
— C'est ça, dit
Séléné qui avait écouté
silencieusement les récits, il est fort probable que ton rêve,
Ussa, c'est ce qui risque arriver à Pénélope, la
pauvre.
Le médecin les promet,
avant qu'il parte voir d'autres patients, de revenir à la fin
de l'après-midi, après qu'ils sont revenus du temple,
vérifier l'état de santé d'Ussa. Les autres
continuent leur discussion à savoir si un rêve peut être
prémonitoire ou non. Séléné est d'avis
que la partie qu’Ussa a rêvé correspond à
un accident mettant Pénélope dans le coma jusqu'à
son réveil à l'hôpital tel qu'elle l'avait
décrite la vieille.
C'est
déjà un moment que Pénélope est assise à
la table habituelle en conversation avec le gérant de
l'estaminet, Abdubu. Elle essaye le convaincre de fermer son
établissement dès ce soir pour des, soi-disant, raisons
familiales, car elle vient de découvrir que son copain a fait
le marin et connaît de la navigation, sait se repérer en
mer au moyen des étoiles en utilisant les outils appropriés.
Elle vient tout juste de commander son Thé-Machin, que Ajax
entre accompagné de Jou-el.
— Salut les mecs, vous
allez bien ? Leur lance-t-elle.
— Salut la belle, lui
disent-ils en choeur, encore au travail ?
— Mais oui, j'ai
encore de la clientèle, même si ça diminue
considérablement. Vous pouvez d'ailleurs le constater en
regardant les clients qui viennent encore ici. J'essaye de
convaincre Abdubu qu'il vient avec moi chez ma famille. On aurait de
tout façon besoin d'un bon marin pour aller rejoindre les
Macs.
— Bon marin ?
Abdubu ? Tu étais marin autrefois ? Je n'y reviens
pas, lui dit Ajax.
— Mais oui, j'ai fait
de la navigation. J'ai commencé matelot, jusqu'à venir
navigateur. C'était avant que j'aie repris un petit
restaurant dans mon pays. Il y a eu une révolution chez moi,
qui m'a obligé à partir. C'est ainsi que j'ai pu
reprendre ce bistro. Mais il y a longtemps de cela, vous le savez
bien.
— Alors, lui dit
Jou-el, tu pars quand même, n'est-ce pas. Tu ne comptes pas
rester ici quand il y a des gens qui ont besoin de toi ailleurs.
Non ?
— Je ne sais pas, il
faut voir. Je crois cependant qu'il vaut mieux fermer. J'offre dans
ce cas un petit verré ce soir. Vous revenez ce soir ?
Je préparerai quelque chose. C'est sûr eh, Pénélope,
je peux venir avec toi et ta famille ? Non ?
— Mais bien sûr,
qu'est-ce que tu crois. Je te présenterai Félicité,
ma cousine, elle te plaira. On aurait besoin de tout le monde où
on va dans deux jours au petit matin.
— Dans deux jours, lui
demande Ajax, mais c'est le jour même de la catastrophe
annoncée.
— On n'a pas pu partir
avant, on a trop de choses à organiser.
Soudainement c'est Laïos qui
entre leur dire bonjour avec un journal sous le bras. Il salue les
et jette le journal sur la table et dit :
— Vous avez vu ça ?
Ils ont trouvé une demie douzaine de types, tous mutilés
comme l'autre qu'on a repêche du port il y a quelques jours.
As-tu les dessins sur toi, Ajax. J'aimerais comparer les clichés
du journal avec les tiennes.
Pénélope, en jetant
un coup d'oeil dans le journal, y perçoit un cliché qui
pourrait, selon elle, correspondre à une des personnes qui
logeaient au “Bel Horizon”.
— Tu as vu ça,
dit-elle, ils ont zigouillé un chef des Bezlebubs. Ça
promet ! Je suis sûr que les lieutenants vont se fâcher
et essayer de faire quelque chose.
— Tu crois, lui
demande Laïos, qu'ils vont accuser la garde royale et essayer de
se venger en capturant la princesse Ussa ?
— Je ne sais pas, dit
Pénélope, mais c'est juste une hypothèse. Mais,
continue-t-elle en s'adressant à Ajax : tu les connais
n'est-ce pas ?
— Je pense qu'ils vont
essayer d'extorquer un sauf-conduit pour le plan d'évacuation.
Il convient d'être prudent en ce moment. Je crains moins pour
Leith que pour Ussa. Il vaut mieux qu'elle ne sorte pas seule. Tu
peux assurer qu'elle ne sort qu'accompagnée des gardes de
corps, demande-t-il à Laïos ?
— Ça nous
complique les choses, ils, Ussa et Leith donc, avaient prévu
de venir récupérer leurs affaires chez lui et chez
Amilius demain matin. Il faut que nous soyons sur nos gardes. Ajax,
on peut te demander d'intervenir s'il y a problème ?
— Demande les moines
du temple d'Ozin, ils ont promis de surveiller un ancien monastère
où les Bezlebubs ont un repère. S'ils cachent
quelqu'un, ce sera probablement là, car ils savent la ville
trop surveillée par les militaires et ceux-là ont reçu
l'ordre de tirer sans sommation sur tous les voyous, pilleurs et
voleurs.
Tout le monde prend ensuite une
petite chose à manger dans le bistro quasiment désert.
Même Abdubu est triste de voir si peu de monde et se rend
compte qu'il vaut mieux fermer et partir avec Pénélope
dès le soir venu.
— Mais
cela détruit la terre complètement, lui dit chef de
section des polices. Comment a-t-il pu calculer cela ?
— C'est
simple, lui dit le roi, vous multipliez la masse de Arcturus avec le
carré de sa vitesse et à l'aide de quelques tables de
conversion vous y êtes.
— La
collision va avoir lieu où, demande le préfet, le
sait-on ?
— Non,
lui répond le roi, sûrement quelque part dans l'océan
Atlantique, entre la côte ouest de notre pays et la côte
est du pays d’Om. Mais ne perdons pas le temps avec les
théories de scientifiques, examinons le document pour voir si
un d'entre vous a encore des questions. Je possède encore une
demie heure avant que je doive partir. Je reviens au début de
la soirée, si quelqu'un a encore des choses à voir.
N'hésitez surtout pas à me déranger, même
pas ce soir. Il y a urgence. Monsieur Ax-Tell, pouvez-vous faire
remettre un libre-conduit à mademoiselle Pénélope
Axarz ? Elle en aura besoin.
Ussa
et Leith se sont levés plus tôt et se trouvent seuls
dans la salle à manger. Séléné, la maman
d'Ussa, est déjà partie rejoindre une association
caritative qui a voulu s'occuper dans le cadre du plan d'évacuation
des cas difficiles. Spécifiquement ceux qui ne peuvent pas
partir. Elles, car cette association est composée presque
uniquement de femmes, se chargent du suivi de ceux qui ne croient
plus rien et ont perdu confiance en leur religion, ainsi que ceux qui
n'appartiennent à aucune religion. Ussa est assez contente de
se trouver avec son faux frère et vrai compagnon de toujours.
Ils ont projeté d'aller chercher les affaires de Leith et ceux
qui restent au grenier de la demeure de Amilius, appartenant
maintenant à Leith. Ils attendent en fait l'arrivée du
transporteur avec chauffeur, pour se rendre ensuite accompagnés
de deux gardes au bureau de Amilius. C'est Leith le premier à
rompre le silence qui s'est installé pendant qu'ils prennent
leur petit-déjeuner.
— Je ne suis toujours
pas d'accord que tu viennes avec. C'est trop dangereux. On ne sait
jamais. Je suis d'accord avec le préfet, qui croit que tu
cours un danger de rapt. Ils peuvent essayer de te capturer pour
extorquer un sauf-conduit. Tu devrais rester ici.
— Mais Leith, l'homme
courageux de l'autre jour, a-t-il tout à coup peur ? On
ne risque rien ! Il y a des gardes avec nous et il y en a au
bureau.
— Je ne sais pas, mais
j'ai un étrange pressentiment. Je n'oserai plus me présenter
devant tes parents s'il t'arrive quelque chose. Je vais sûrement
mettre tout en oeuvre pour te libérer, mais je t'avoue que je
n'oserai plus me présenter au palais en pareil cas.
— Ne me dis pas ça !
Tu n'as pas droit de faire cela. Ils ont d'autant besoin de toi,
que toi d'eux. Promets moi que tu ne fuis pas. Contacte au moins
Ajax ou Pénélope si tu es dans la peine. Ils s'en
occuperont et s'occuperont de toi.
— Prends
au moins un micro-espion avec toi et met le là, dit-il en
désignant ses seins. Ça permet le repérage à
Ajax. C'est comme ça qu'on peut te repérer en cas de
rapt. Tu ne seras sûrement pas en mesure d'appeler au moyen de
ton communicateur. Cache-le aussi.
— Prends-en toi-même
également, on ne sait jamais. Je vais demander la garde d'en
chercher deux.
Pendant qu'un membre de la garde
va chercher les deux appareils de surveillance, les deux amis
descendent l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée où ils
attendent le transporteur avec chauffeur. Les deux gardes censés
les accompagner sont déjà là et ont rangé
les différentes malles de transport sur le perron du palais.
Tout à coup Ussa perçoit que Leith a commencé à
trimballer une relatif grosse valise avec lui, qu'elle reconnaît
à être le sien.
— Que fais-tu avec ma
valise ? Je ne pars pas encore !
— Mais, dit-il, je
respecte les consignes, fait aussi bien par tes grands-parents que
par Angélique. J'ignore moi-même pourquoi, mais il
semble que ce soit important. Tu te ne souviens plus ce qu'ils nous
ont dit ?
— Oui,
bien sûr. Mais je n'ai pas compris pourquoi.
La discussion
ne va pas plus loin, car le transporteur est venu entre temps. Leith
trouve le fait, que la garde royale ait loué un véhicule
avec chauffeur plutôt qu'utiliser un des leurs, un peu suspect,
mais ne veut pas inquiéter Ussa davantage. Les malles, qui
contiendront du matériel à être transporté
plus tard au port de Amaki, ont déjà été
chargées. Ussa et Leith prennent place dans le véhicule,
ainsi que les deux gardes. Leith est, en descendant vers le bureau
de Amilius, un peu peiné de voir tant de boutiques fermées.
Passant devant l'estaminet “Les Jardines”, Leith
est envahie d'un étrange sentiment
de tristesse en voyant les stores baissés et la grille de
protection devant la porte. Les stores de l'appartement de Abdubu
sont également baissés, signifiant qu'il est bel et
bien parti avec Pénélope et Félicité en
direction du haras des Axarz. La boutique de Pénélope,
qui se trouve non loin du bureau, a aussi les panneaux de protection
confectionnés autrefois par les Macs. Les gardes ont entre
temps déchargés les malles et veulent commencer à
les charger, car il y a encore du matériel du maître à
être transporté au palais et ramené plus tard au
port. Leith et Ussa descendent avec leurs valises et vont d'abord
dans l'appartement de Leith.
— Qu'est-ce que tu
veux prendre, lui demande Ussa, tes fringues ?
— Oui, répond-il
à elle, mais aussi ces livres-là. Ce sont mes bouquins
d'étude et j'y tiens.
Leith commence entre temps à
remplir sa valise à lui et ajoute aussi quelques effets
personnels dedans. Des souvenirs surtout.
— Mais qu'est-ce que
tu fous avec ses bibelots sans valeur, lui demande Ussa ?
— Laisse-les moi, ils
ont une grande valeur sentimentale pour moi. Tu devrais en prendre
avec aussi. On ne sait jamais. Si on va vraiment chez Angélique,
ce seront les seuls souvenirs que nous aurons.
Une fois terminée à
charger les valises, ils descendent vers le bureau d'Amilius, où
ils entrent sans soupçonner les changements qui ont eu lieu
entre temps. Leith, respectant la consigne de ne jamais quitter les
valises, les pose à l'entrée et ce sera la dernière
chose qu'il se souvient.
Ussa
a la tête lourde. Elle pense que ça vient du produit
avec lequel ils l'ont endormi. Si on peut l'appeler endormir, c'est
plutôt assommer. Ussa ne se souvient pas du tout comment c'est
arrivé. Elle se souvient seulement qu'elle est entrée
avec Leith dans le bureau de Amilius, mais c'est tout. Quand elle
s’est réveillée, elle se trouvait déjà
dans cette petite pièce en entre-sol du monastère.
Elle a reçu un peu plus tard la visite de deux prêtres
du temple d'Ozin. Ces deux prêtres, revenus la visiter il y a
juste un moment avec le prétexte d’apporter quelque
chose à boire et manger, l'ont promis de rester en discussion
avec les ravisseurs pour faire diversion, de telle qu'elle pourrait
ouvrir la serrure. Ils l'ont indiqué où se trouve la
trappe et quel chemin qu’elle doit prendre une fois dans les
sous-sols. Elle voit que la nuit est tombée entre temps et
elle est aux aguets. Elle scrute le moindre bruit en provenance des
pièces au rez-de-chausse. Heureusement que les cellules de
l'ancien monastère à l'entre-sol sont toujours munies
des serrures du même ancien type que la plupart au palais.
Elle les connaît par coeur. Puisqu'elle n'entend plus de bruit
venant d'en haut, elle se met au travail. Elle se félicite
que ses épingles à cheveux sont des modèles
solides et conviennent parfaitement pour la délicate tâche
qu'elle entreprend. « Merde, » se
dit-elle, « ils ont laissé la clef dans la
serrure. » Elle tourne la clef délicatement en
position verticale et la pousse légèrement dehors la
serrure, sans la faire tomber qui pourrait alerter les ravisseurs.
« Alors, » se dit-elle « si
je lève ce loquet, je pourrais libérer celui en
dessous. » Après quelques tentatives
infructueuses, à cause d'une serrure un peu rouillée,
elle parvient à libérer le mécanisme de
verrouillage. Après, il lui faut la force des deux épingles
pour pousser le loquet dehors l'assise. Une fois dehors la cellule
elle écoute attentivement pour savoir s'il y a danger, mais
l'ensemble des ravisseurs semblent dormir. Elle est sûre que
les prêtres, qui ont emmené du vin et de la nourriture,
y ont mis quelque chose pour les faire dormir un peu. Maintenant
elle cherche la trappe, caché dans un placard, comme à
la bibliothèque et chez Pénélope. Le mécanisme
semble fonctionner de la même manière. Tout à
coup, elle revint sur ses pas et ferme la porte de sa cellule à
clef, car elle se dit : « C'est ainsi comme une
disparition miraculeuse. » En revenant sur le lieu,
elle croyait que son coeur allait s'arrêter. Elle entendait un
bruit. « Merde, » se dit-elle pour
elle-même, « je me suis fait piéger ! »
Mais au moment même qu'elle le pensait, elle doit se retenir
de toutes ses forces pour pas crier fort, car elle vient de croiser
un gros rat. Elle reste là, collé au mur avec un
visage virant de rouge au pourpre, ayant de plus en plus de mal de se
retenir pour ne pas hurler, en attendant que cette bestiole veuille
bien continuer son chemin. Mais sa peine ne s’arrête pas
là. C’est surtout quand il a eu la mauvaise idée
de venir renifler ses chaussures. Qui est cependant sûr, c’est
qu’elle sait maintenant d’où venait cette odeur de
vêtements mal lavés. Quand ce gros rat, presque aussi
grand qu’un chat, se décide enfin de poursuivre son
chemin, elle se dit : « Ouf ! »
Arrivé finalement de nouveau sur le lieu où se trouve
la trappe, elle actionne le mécanisme et libère
l'entrée du couloir en sous-sol. Une fois la trappe refermée,
faisant quand même assez de bruit, elle se trouve dans le noir
complet. Non seulement elle se sent mal à l'aise, mais a,
depuis qu'elle était enfant, une peur insensé de se
trouver dans le noir. Elle se rend maintenant compte le courage que
démontrent Angélique et Leith. Elle se dit :
« S'ils n'auront pas peur, pourquoi moi ? »
Elle commence alors à suivre la paroi droite, comme les
religieux lui l'ont dit. Elle sait qu'elle n'a pas droit à
l'erreur, c'est la deuxième à droite. Ensuite il faut
suivre la paroi gauche et derrière la troisième porte
se trouve un escalier qui finit derrière l'autel d'une
chapelle dédiée à Zeus. Mais pour l'instant,
elle n'est pas encore là. Le couloir semble interminable
jusqu'au premier couloir partant à droite. Elle se dit :
« Ceci était le premier, je dois prendre le
suivant. » Elle a l'impression que le couloir, qui
n'est pas aussi salle, humide et puant que l'autre, celui qu'ils
avaient pris en fuyant la bibliothèque en flammes, tourne
légèrement à droite. Elle perd à nouveau
contact avec la paroi droite et sait qu'elle doit entrer dans ce
couloir. Elle suit, comme les hommes de foi l'ont dit, la paroi
gauche, jusqu'à la troisième porte. Elle ouvre la
porte et sent l'air frais qui vient à sa rencontre. Au-dessus
d'elle il y a une autre trappe, elle l'ouvre. Elle se trouve, comme
ils l'ont indiqué, derrière l'autel d'une petite
chapelle ouverte aux quatre vents. Elle voit, en sortant de la
chapelle, qu'elle se trouve sur la route principale qui va du temple
à la gare. Il y a, par contre, un bout de chemin à
courir jusqu'aux premières maisons et jusqu'à là,
elle risque être vu par ses ravisseurs. Elle commence à
courir pour autant qu'elle peut. Elle regrette maintenant de ne pas
avoir fait ce qu'Angélique a visiblement fait : maintenir
une activité physique pour garder la forme. Ussa a bien du
mal à avancer. Soudainement elle perçoit un véhicule,
qui vient de lui dépasser, revenir sur elle et s'arrêter
à côté d'elle. Elle dit pour elle-même :
« Merde, ils sont revenus et il n'y a aucun endroit
pour me cacher ! ».
— Nous
devons donc être loin des côtes à partir de six
heures, sept au plus tard, si je t'ai bien compris, non ?
— Oui,
c'est ça. Alors, ils sont près ? Les autres ?
Demande Leith.
— Oui,
je crois. Alors, on y va ? Il faut bien que ce soyons nous qui
précédons, car c'est toi et moi qui ont les
laissez-passer.
— Laissez-passer ?
Pourquoi donc, lui demande Leith ?
— Mais,
lui répond Pénélope, depuis ici, il faut passer
au nord de la ville et traverser l'Osuo. Les ponts sont gardés
par les militaires et seuls toi et moi avons un sauf-conduit pour
nous tous, signé par le roi.
— Oui,
c'est vrai, je n'y avais plus pensé, lui dit Leith.
Ils
vont silencieusement jusqu'à l'entrée de la ville
d'Osuo. En constatant que la circulation n'est pas aussi terrible
que prévue, ils s'arrêtent et c'est Pénélope
qui demande à Leith et aux autres :
— Qu'en
dites-vous ? J'ai envie de dire en dernier au-revoir à
notre ville. Depuis ici on peut prendre la Grande Rue jusqu'au
palais et la gare, descendre par la vieille ville jusqu'au boulevard
et traverser le pont à côté du parc. Ça
doit être faisable, car il me semble bien que ceux qui ont une
voiture ont déjà quitté la ville.
— Moi
je suis d'accord, lui dit Leith, qu’en disent les autres ?
C'est
après quelques palabres que tout le monde se met d'accord. Ils
continuent la route pour rejoindre le centre-ville par la Grande Rue
Leith est le premier à se sentir peiné. Il voit, quand
ils remontent la Grande Rue en direction de la place royale, à
sa gauche dans une rue latérale devant une la place arborisé
et joliment arrangée, la bibliothèque en partie
détruite par l'incendie volontaire. La Grande Rue elle-même
n'est plus aussi accueillante qu'autrefois, car la plupart des stores
sont baissés. Devant la salle des fêtes et le grand
temple il y a de l'animation. Même si les autorités
n'ont pas communiqué le jour et l'heure de la catastrophe,
Arcturus est devenu énorme et on peut voir son déplacement
vers l'ouest à l'oeil nu. La plupart de la population se
doute déjà si jamais le lendemain ne viendra. C'est
pour cela que les gens font comme ils l'ont fait les Axarz et les
Ajahel, certains finissent la nuit en prière au temple tandis
que d'autres sont en réunion solennelle et fêtent un peu
tristement le départ des leurs vers un futur plus
qu'incertain. La petite rue commerçante, où Pénélope
a sa boutique, offre le même spectacle ; stores fermés
et çà et là de l'animation. Aussi bien Pénélope
que Leith, mais surtout Abdubu qui est aussi du voyage, ont des
larmes aux yeux quand ils passent devant l'estaminet “Les
Jardines”. Beaucoup de gens et de commerçants qui
ne sont pas partis, les saluent, surpris de les voir voyager ainsi,
au passage. La boutique de Pénélope offre le même
triste spectacle avec ses panneaux de protection devant les fenêtres
et les volets fermés à l'étage. La seule autre
endroit où il y a du monde est le bureau du Maître
Amilius. Là aussi c'est Leith qui a à nouveau des
larmes aux yeux, car normalement c'est lui qui aurait continué
son travail. Arrivés au boulevard et en passant devant le
parc, ils voient que même Mélia a préféré
de rester, car il y a de la lumière et de la musique. Seul
Pénélope a un doute que ce soit Mélia elle-même,
car il se pourrait que ce soit sa mère, elle non-partante.
Traverser le grand pont de la rivière Osuo ne pose pas
problème non plus. Malgré la présence des
militaires, comme ailleurs dans la ville, il n'y a plus d'aucun
contrôle, ni circulation d'ailleurs.
— Alors,
dit Leith, tout le monde a dit adieu à sa ville ? Je
dois avouer que j'ai de la peine, beaucoup de peine. Et toi,
Pénélope, que dis-tu ?
— Ce
n'est pas de la peine que j'ai, dit elle entre deux sanglots, c'est
du chagrin et je n'arrive pas à m'en défaire. Je
commence à croire que ceux qui ne veulent pas partir ont
raison, mais je suis trop jeune pour mourir sans tenter de m'en
sortir. Je suis d'ailleurs toujours persuadé que je viens
avec toi. J'ignore pourquoi, mais j'y teins.
— Tiens
toi bien, dit Leith à elle et aux autres, le plus dur reste à
faire. Il nous reste encore six heures de chemin à faire.
Le
reste du chemin se déroule comme n'importe quelle randonnée,
sauf que celle-ci est la dernière et de nuit. Quand ils
quittent les faubourgs où les maisons s'espacent de plus en
plus, ils prennent les chemins des paysans et passent en travers
champs. C'est ainsi qu'ils arrivent au petit port où leur
bateau est amarré. Tout le monde descend de son cheval et
range ses derniers bagages dans la soute du bateau. Pénélope
et Leith, par contre, laissent, à l'étonnement de tous,
leurs bagages dans la cabine. Une fois finie, ils enlèvent
les harnais des chevaux et les laissent libre. Les pauvres bêtes
ne comprennent d'abord rien et restent au quai en regardant leurs
maîtres embarquer avant qu'ils commencent à rentrer.
Les marins, car il y en a, entre eux vérifient une dernière
fois le tout et larguent les amarres. Pénélope et
Leith, qui sont restés à l'arrière du bateau,
regardent un peu tristement le quai s'éloigner pendant que
Abdubu fait monter la machine en puissance. Ils se réalisent
tous les deux que leur voyage sans retour a commencé et qu'ils
ne verront leur pays plus jamais. Abdubu est aussi triste, mais pas
pour la même raison, car c'est la deuxième fois pour lui
qu'il perd tout et doit fuir vers un destin inconnu. Il sait comment
les autres se sentent, mais pour lui c'est du déjà-vu,
sauf que cette fois-ci les conditions de survie seront sûrement
plus dures.
— Tu
as entendu ça, lui demande Pénélope ? Il
me semble avoir entendu un grondement.
— Tu
as peut-être raison, lui dit Abdudbu, les chevaux sont affolés,
ils ne savent plus où aller. Les pauvres.
— Qu'est-ce
que tu regardes, lui demande Pénélope au bout d'un
moment, c'est comme si quelque chose t'intrigue ?
— Ça !
Là-bas ! Ce banc de brouillard, il n'est pas normal.
Il y a une étrange lueur dedans, je n'ai jamais vu ça.
Gardons-le à l'oeil !
— Mais,
demande Leith à Abdubu, pourquoi mets-tu le cap à
l'est ? Je croyais qu'on allait au nord, non ?
— L'impact
va sûrement générer un tsunami, lui dit
Abdubu, mieux vaut-il être loin des côtes.
Lejour commence à se lever ce matin du treizième jour
Lion, la date fatidique. Le vaisseau royal se trouve encore à
quai, où Pâris, le roi, semble très occupé
avec les derniers partants. Il aime être présent, il se
sent responsable de la bonne démarche. Il est, par contre,
comme sa femme Séléné, très inquiet. Il
craint que sa fille n'arrive pas à les rejoindre avant qu'ils
doivent libérer le quai. Les capitaines de vaisseaux ont en
fait décidé de se mettre au large au moment de l'impact
ou juste après. Pour surveiller ce moment fatidique, les
opérateurs radio du vaisseau royal vérifient les
communications en permanence, car ils savent, grâce aux
informations fournies par Angélique, que les communications
avec les pays amis à l'ouest seront les premiers à être
coupées à ce moment-là. Pâris est allé
voir un responsable de la gare maritime, pour savoir s'il y a une
chance que le train arrivera bientôt. L'employé fait ce
qu'il peut et l'informe que le train vient de quitter la gare d'Osuo.
Le roi sait que le trajet fait, même si les employés
font ce qu'ils peuvent, une bonne demie heure jusqu'à la zone
portuaire de Amaki. Il est, comme d'autres l’ont fait entre
temps, remonté à bord de son bateau où Séléne
l'attend. Elle est très anxieuse, beaucoup plus que son mari.
Le médecin lui a bien prescrit des calmants et a voulu même
lui donner de quoi dormir. Elle n'était cependant pas
d'accord, se mémorisant ce que la belle gauloise leur a dit :
de venir vers eux avec les bagages, dès qu'ils auront vu leur
voilier. Elle décide de se ressaisir et faire ce qu'Angélique
lui ait demandé : préparer les bagages de sa
fille. Elle est remontée sur le pont entre temps voir son
mari, car elle veut y ajouter des cadeaux, non pas seulement pour
Angélique, mais aussi pour toute sa famille. Elle pourrait de
toute façon garder ces bagages et les cadeaux si jamais Ussa
arrive à rejoindre leur bateau ou si Angélique et sa
famille ne viennent pas les chercher. Dans le cas qu'elle joindra
Angélique et sa famille, elle pourrait lui remettre ce dont
elle aura besoin dans sa nouvelle vie. Séléné
sait que les adieux seront sûrement émouvants et qu'il
ne faut pas se laisser aller. Tout à coup elle se demande ce
qui pourrait bien faire Leith. Elle regrette qu'ils soient restés
sans nouvelle de sa part. Elle met les valises bien en évidence
sur le lit et monte sur le pont où se trouve déjà
Pâris, son mari, lui aussi anxieux qu'elle, même s'il ne
le montre pas.
— Pâris, mon
cher, a-t-on des nouvelles de Leith ? Je croyais qu'il comptait
nous rejoindre ?
— Non, ma chère,
il avait cependant prévu de venir vers nous avec la barque de
pêche à Pénélope.
— On va les emmener
avec nous, n'est-ce pas. Pénélope aussi, non ?
— Bien sûr ma
chère, mais il faut bien qu'ils arrivent d'abord. Je ne les
vois nulle part. Je ne sais même pas où est leur port
d'attache. Je crois que c'est plus au sud et qu'ils voulaient faire
le chemin à cheval pour ne pas être embêtés
par la circulation. Ils avaient prévu de partir entre six et
sept heures. Ils peuvent donc logiquement passer à n'importe
quel moment.
— Sire ! Sire !
Lui dit une employée radio, on a perdu contact avec les pays
d'Oz, Yuk et Om. On vient d'informer le capitaine et il veut
probablement quitter le port dans les dix minutes qui suivent.
— Bon sang, ne me dit
pas ça. Où est ma fille ? Où est le
train ?
— PÂRIS !
Dit Séléné qui voit que son mari s'apprêtait
à descendre la passerelle, tu ne descends pas. Laisse-le à
eux s'occuper de l'arrivée d'Ussa.
Elle pourrait venir à bord en utilisant un transbordeur.
C'est ce qu'on avait prévu initialement de toute façon.
— Je vais voir le
capitaine. On doit décider ce qu'on va faire maintenant.
C'est bien de continuer à évacuer un maximum de gens,
mais on ne peut pas mettre en danger ceux qui se trouvent déjà
sur les bateaux. De plus, il faut avertir la capitainerie qu'ils
envoient un message aux navires de rester éloigné de la
côte pendant le choc initial. Après on peut voir et
évaluer les dégâts.
— Ne faut-il pas
envoyer un message aux gens à quai d'aller vers l'intérieur
des terres, lui demande Séléné, on pourrait les
secourir plus tard, n'est-ce pas ?
— Tu as raison, lui
dit Pénélope, je n'en avais plus pensé.
Félicité, qui est
montée un moment au pont, descend après un moment et
leur dit que le vaisseau royal a quitté le port. Soudainement
le grondement de tout à l'heure s'amplifie. Ils sentent tous
comment leur bateau est pris par une grosse vague. Ils doivent se
tenir aux parois. Une fois finie, c'est Félicité qui
remonte au pont pour voir ce qu'il se passe. Leith et Pénélope
montent également et ils voient tous ce horrible spectacle.
De loin, au port de Amaki, il y a un train qui a déraillé
lors ce tremblement, et pas seulement, il y a eu un tsunami balayant
tout sur son passage. De l'avant du train, il ne reste plus qu'un
tas de débris porté au large par la vague. Ils
constatent que les gros navires ont déjà quitté
le port et qu'il n'y a que des petites embarcations qui essayent de
faire le mieux. C'est un spectacle de désolation et beaucoup
de gens sont emportés au large, criant au secours. Les
animaux qui se trouvaient à l'arrière du train, se sont
libérés et cherchent à se sauver vers
l'intérieur des terres. C'est Abdubu, ayant gardé un
oeil sur l'étrange banc de brouillard, qui voit en premier le
voilier blanc. Félicité, qui le voit également,
les dit :
— Écoutes
bien ! Il y a quelqu'un qui appelle Leith désespérément.
Je crois que ça vient de là, dit-elle en montrant le
voilier du doigt.
— Oui, je l'entends
aussi, lui dit Abdubu. Où est-il notre Leith ? Je suis
sûr que c'est sa copine là sur la proue du voilier.
Elle regarde dans la mauvaise direction. Elle le croit en train de
se noyer.
— Tu as où ta
longue vue, lui demande Pénélope ? J'ai
l'impression qu'ils ont repêchée notre Ussa.
— Tiens, la voilà.
— Mais oui, c'est
elle, dit Pénélope en regardant avec la longue vue.
Elle est dans les bras de son fiancé. Abdubu, mets le cap sur
eux, on va les rejoindre. N'est-ce pas Leith ? Dit-elle en se
retournant vers lui.
Ce qui est curieux, qu'il n'y a
personne du voilier qui voit le bateau des Axarz se rapprocher.
C'est Cécile, la maman d'Angélique qui les voit en
premier et essaye en vain d'appeler sa fille qui continue à
crier comme écorchée vive sur la proue. Seulement
quand le bateau de pêche, aux allures d'un Terre-Neuve en plus
petit, est déjà très proche, qu'Angélique,
intrigué par le bruit, se retourne et voit son Leith sur ce
bateau. Elle saute d'un bateau à l'autre sans se soucier de
la relatif grande distance qui les sépare encore et court vers
Leith, l'embrasse en lui murmurant des, pour lui incompréhensibles,
petits mots. Tout ce qu'il comprend, c'est qu'elle est follement
amoureuse. Elle procède ensuite avec sa présentation à
l'équipage en serrant la main à chacun et chacune. Une
fois les bateaux abordés, Leith et Angélique
transbordent avec ses valises sur le voilier et c'est Pénélope
qui veut les suivre avec les dernières valises appartenant à
Ussa pour leur dire bonjour à son tour. C'est Angélique
qui réagit, comme elle a la coutume de faire, avec un réflexe
d'une chatte sauvage, car elle a entendu, comme tout le monde ;
un “boum”. C'est Pénélope qui vient
de glisser sur bord et est tombée à l'eau en heurtant
violemment sa tête contre le bord et disparaît sous les
flots avec une des valises.
— MERDE ! MERDE,
dit-elle. JULIEN, VIENS VITE.
Leith, qui n'a rien remarqué,
se retourne et voit Angélique disparaître sous les flots
à son tour. Il se précipite vers le bord en criant son
nom et regarde catastrophé les bulles qui remontent. C'est
Ussa, encore un peu abasourdi par l'accident du train, qui lui met la
main sur son épaule et lui dit :
— Ne crains rien
Leith ; elle sait nager. Ils essayent de sauver Pénélope.
Tu vois, sa mère a déjà sorti sa trousse de
secours.
C'est maintenant que Armand, le
papa d'Angélique, leur fait signe de s'éloigner du
bord, car ses deux enfants viennent de remonter Pénélope
avec la tête ensanglantée. Tandis les deux montent à
bord, Cécile fait du bouche-à-bouche à Pénélope
pendant que Armand lui fait en alternance avec sa femme du massage
cardiaque. Soudainement, Ussa gémit quelque chose. Elle voit
sa valise s'éloigner du bateau, car Pénélope
venait avec les siens. Elle essaye d'expliquer à Angélique
que cette valise est le sien. Angélique, qui ne comprend que
dalle de ce qu'Ussa lui dit, a pigé que le contenue est très
important pour elle. Elle fait donc un nouveau plongeon et laisse
comme une torpille sa trace de bulles en direction de la valise en
remontant en surface juste derrière celle-ci et revient au
voilier avec elle, en la poussant devant elle, créant ainsi
des regards admiratifs de toute part. C'est Ussa qui dit à
Leith :
— Quelle bonne idée
que tu as eue pour faire en sorte qu'elle flotte, sinon j'aurais tout
perdu.
— Ce n'est pas une
idée à moi, mais celle d'Angélique.
— Dit
donc, dit Abdubu à Leith, venu à bord pour dire bonjour
à l'assemblée, ta copine réagit comme une chatte
sauvage. Je n'avais pas encore compris ce qu'il se passait, qu'elle
plongeait déjà pour la récupérer.
— Sauf, dit Ussa, que
les chats craignent en principe l'eau et ne plongent pas comme elle
l'a fait tout à l'heure.
Ussa regarde vers le large, voit
une navette qui rapproche rapidement le voilier et ajoute :
— Oh ! Mes
parents accompagnés du médecin de bord.
— Maman, dit
Angélique, revenue à bord avec la valise, on peut la
sauver n'est-ce pas ? Ne me dis pas que la pauvre Pénélope
va mourir.
— Non ma chérie,
elle respire de nouveau, mais elle a un traumatisme crânien
assez grave. Elle devrait être transportée à un
hôpital dès que possible. Je vais, en attendant, faire
ce que je peux, mais je crains qu'ils n'aient plus hôpitaux par
ici. Je m'en doute même que le navire là-bas, celui du
roi, a un service sanitaire assez sophistiqué à bord
pour une telle intervention.
— Regarde !
Maman, ce sont Pâris et Séléné qui
arrivent avec un autre homme. Il a une sacoche comme toi, c'est
sûrement le toubib perso du roi. Peut-être qu'il parle
un peu l'ancien grec. Comme ça tu pourrais lui parler un peu.
Je suis sûr qu'ils ont vu ce qui est arrivé et ont
emmené leur toubib avec eux.
Angélique,
qui tient toujours la barre, regarde un peu incrédule
l'affichage les instruments de navigation. Elle essaye à, en
faisant les gestes accompagnés de petits mots, expliquer à
Leith comment garder le cap. Elle descend, pendant Leith fait, un
peu crispé, ce qu'il peut, pour chercher la carte maritime
dans la cabine. Son père, surpris de la voir descendre, lui
demande :
— Tu ne barres pas ?
— Non, mon gars se
débrouille très bien. Il est encore un peu crispé,
mais il parvient à tenir le cap.
— Qu'est-ce que tu
veux ?
— Il y a un truc qui
cloche. Tu sais vérifier une position à l'aide du
sextant ?
— Pourquoi ?
— J'ai impression que
le GPS déconne. Il affiche une autre position et quatre jours
plus tard qu'on est censé être.
— Je le vérifierai,
je dois de toute façon prendre contact avec les navires dans
les alentours. Je me demande d'ailleurs qu'il ne vaut pas mieux
appeler au secours à cause de Pénélope.
Pendant qu'Angélique
remonte avec la carte, son père cherche contact avec les
navires dans le voisinage en utilisant le VHF sur les canaux six,
huit, soixante-douze et soixante-dix-sept, prévus à cet
usage. Leith, qui tient stoïquement la barre, suit d'un regard
amoureux tous ce sa copine fait. Il comprend soudainement qu'elle
cherche à se repérer sur une carte maritime à
l'aide de ce petit appareil affichant des chiffres43
ressemblant à ceux que les Sanieds utilisent. Tout à
coup Leith comprend, même s'il n'arrive pas à lire les
hiéroglyphes gaulois, ce que signifient les deux noms à
côté d'une petite croix. Il la demande :
— Leith ? Ussa ?
Elle lui fait oui de la tête
et voit que son ami a des larmes aux yeux, car la petite croix est au
milieu de nulle part. Pendant qu'elle explique aux mieux où
ils se trouvent et où ils doivent se rendre, la carte à
l'appui, son père monte pour voir le système de
navigation.
— Alors ma fille, ton
GPS ne déconne pas. On est bel et bien à la position
indiquée. De plus, l'appareil s'est mis à jour avec
l'heure et la date. Nous sommes décalés de quatre
jours. C'est le capitaine du Charles de Gaulle qui me l'a dit. On
est à notre recherche depuis ce temps, car déclaré
disparu en mer. C'est un de leur avions en exercice qui nous a vus
disparaître et c'est lui qui a donné l'alerte, depuis
ils sont restés sur zone pour nous rechercher. En ce qui
concerne Pénélope, ils envoient un hélico avec
un toubib, car ils comptent la récupérer et la mettre
sur une navette en direction de Paris-Villacoublay et depuis là
au centre hospitalière de La Pitié
Salpétrière. Avec un peu de chance elle sera sur le
billard avant ce soir.
— Ils viennent en
combien de temps, lui demande Angélique.
— Dans une demie
heure, à peu près. Ils se trouvent plus nord et c'est
cela le temps de vol. Je crois bien, qu'ils veulent retarder la
navette pour Paris en attendant le retour de l'hélico avec
Pénélope.
— Mais papa, s'il
manque quatre jours, on va venir quatre jours plus tard chez nous.
A-t-on encore le temps ? Il faut bien rendre ce bateau non ?
— Ça va, on
avait prévu de rester quelques jours sur zone, souviens-tu.
On aura assez de temps pour renter mollo, si on rentre tout de suite.
Sais-tu si nos deux enfants supplémentaires ont le mal de
mer ?
— Pas la moindre idée
papa. J'ai par contre un autre truc à te dire ; Julien a
reçu une bague de fiançailles de son beau-père.
Je crains que ce soit à maman maintenant de remettre une à
Ussa et à toi de remettre une à Leith au moment venu.
Je suis d'ailleurs sûre que la maman de Leith a chargé
soit Ussa soit Pénélope de remettre la sienne à
moi. Il me semble que c'est une habitude chez eux de le faire ainsi.
— Tu ne veux quand
même pas te fiancer à seize ans ?
— Je l'aime et il
m'aime aussi.
— Tu es quand même
un peu jeune, mais je te connais assez bien pour savoir que je ne
peux pas t'empêcher de faire ce que tu as mis en tête.
Je crois bien, que je dois me préparer à un temps
orageux. Je prévois déjà la réaction de
Cécile. Va mollo ma fille.
Pendant qu'ils
se concentrent sur la navigation et la route à prendre sous le
regard de Leith qui cherche à comprendre, un bruit
d'hélicoptère se fait entendre. Ils s'apprêtent
alors à manoeuvrer leur bateau en position neutre et d'écarter
les voiles de sorte que l'hélicoptère peut
hélitreuiller un brancard avec le médecin. Ussa,
catastrophée par le bruit, vient sortir de la cabine, où
elle avait veillé sur Pénélope, pour voir de ce
qu'il se passe. Elle demande, en regardant anxieusement
l'hélicoptère, à Leith : « Machine
de guerre des Saneids ? »
— Non, ne t'inquiètes
pas, lui dit Leith, ce sont les leurs. Ils viennent chercher
Pénélope pour l'emmener à un hôpital.
C'est ce que j'ai pu comprendre en tout cas.
Pendant qu'un des hommes, le
médecin, soigne Pénélope et le met, aidé
par Cécile, Armand et Julien, sur le brancard, l'autre homme
écoute attentivement Angélique qui lui narre toute
l'aventure qu'ils ont vécue. Elle lui demande aussi si c'est
possible de prendre une prise de sang chez les deux autres pour une
recherche d'appartenance ethnique et de transmettre le résultat
à la douane de Fécamp. Son père intervient dans
la conversation et lui dit : « Si ma fille dit que
c'est important, croyez-moi, ce sera important. Elle ne se goure
jamais avec ces genres de trucs. » Ce que l'homme ne
comprend pas tout de suite c'est qu'elle demande d'inclure les
ossement de huit à dix mille ans avant Jésus Christ,
trouvés dans les Pyrénées, dans la comparaison,
mais il promet de faire quand même la démarche.
— Alors, dit Armand,
dit au-revoir à Pénélope. On va la remonter à
bord du Charles de Gaulle et depuis là on l'amène à
un hôpital parisien. Ils nous contacteront dès qu'on
est revenu de notre voyage. Je crois que les diagnostics sont
réservés. Je sais maintenant, qu'elle n'aurait pas
survécu le voyage sans séquelles durables. Soyons
heureux que notre porte-avions se soit trouvé à
proximité.
— Non maman, je te
présente : voici Angélique, ta belle-fille.
Julien son frère, le fiancé d'Ussa. Voilà
Armand Leblanc, le père d'Angélique et Julien. Mais
maman, dit-moi, comment a-tu pu nous voir ? Y a-t-il quelque
chose de spécial ?
— Oui mon garçon,
j'ai voulu voir ma prochaine ré-naissance, car la fille que
t'aimes tant et tu tiens à côté de toi, mon
garçon, n'est d'autre que moi !
— Ça
alors, dit Angélique. Bonjour moi-même, tu vas bien ?
— Oui, ça va,
répond-elle et continue avec son sujet précédant :
je finirai cette vie ici en bas comme le font des moines. Prends le
relais Angélique et prends bien soin de mon fils. Leith mon
garçon, prends bien soin d'elle.
Entre temps un autre visage se
présente et compte aussi dire quelque chose :
— Bonjour tout le
monde, bonjour Leith. Je me présente ; je m'appelle Ilos
Ajahel et je suis le papa de Leith. On n'a malheureusement pas
l'occasion de faire connaissance en chair et en os, comme les parents
d'Ussa l'ont pu faire, mais je pense que cette présentation
fait aussi l'affaire.
— MAMAN ! VIENS
VITE ! Ce sont les parents de Leith qui sont là pour un
moment, crie Angélique. Voici Cécile Leblanc, notre
maman, ajoute-t-elle une fois que sa maman est remontée au
pont et continue : Voilà maman, Hélène et
Ilos Ajahel, les parents de Leith.
— Enchanté, dit
Cécile.
— Enchanté,
répondent les parents de Leith.
— Puisqu'on est tous
là, dit Angélique et continue en s'adressant aux deux
personnes flottant en air à côté de leur voilier,
puis-je vous demander officiellement la main de Leith ?
— Avec notre
bénédiction et celle de Ra mon enfant, lui répond
Ilos.
— Ussa, dit Hélène,
où est Pénélope ? Je lui avais confié
la bague pour Angélique.
— On a pris son bagage
avec nous, répond-elle, mais Pénélope elle-même
a dû être transporté dans un hôpital
spécialisé avec une grave blessure à la tête.
On va regarder dans ses valises. Elle sera certainement d'accord,
n'est-ce pas Leith.
Ils passent ainsi encore un
moment à bavarder ensemble. C'est surtout le fait que Hélène
et Angélique ne soient qu'une et même personne qui n'est
pas bien compris par tout le monde. C'est avant tout Armand avec son
esprit cartésien qui a du mal à l’accepter. De
savoir, qu'il a existé avant et existera après,
ailleurs et dans la peau de quelqu'un d'autre, a sur lui un effet
bizarre qu'il a du mal à admettre.
— Ussa mon enfant, lui
dit Hélène, veux-tu bien passer la bague au doigt
d'Angélique à ma place au moment voulu ? Je te
remercie. Vous voyez, continue-t-elle en s'adressant à
l'assemblée, nous avons chez nous cette coutume. Cette bague
m'était transmise ainsi, de belle-mère en belle-fille.
— Vous ne trouvez pas
qu'ils sont encore un peu jeunes pour se
fiancer, leur demande Cécile.
— Non, lui répond
Ilos, nous avions nous-même cet âge là quand nous
sommes nous fiancés.
— Je crains, qu'on
doit s'y mettre aussi, dit Armand à Cécile, on a encore
des bagues de nos parents. Ne t'y oppose pas, dit-il à sa
femme qui a voulu protester, on leur doit ça. Tu ne vois pas
comment ils sont heureux ?
— Excusez-nous, leur
disent les Ajahels, on doit céder notre place à
d'autres. On vous souhaite une bonne chance et bon voyage.
C'est sur ces mots que leur image
disparaît, mais pas sans avoir fait les dernières
salutations de la main.
— Tu te rends compte
ce que tu as fait en acceptant qu'Ussa te remet cette bague, demande
Cécile à sa fille ?
— Oui maman ! Je
suis heureuse. Je comprends maintenant pourquoi on se sentait
tellement attiré l'un vers l'autre.
Ilrègne une certaine excitation à bord du voilier. Ussa
et Leith, en se partageant les jumelles d'Angélique, ont
constaté que la côte anglaise s'éloigne après
avoir changé le cap et qu'ils croisent de nombreux navires
divers. C'est surtout Leith qui cherche à se repérer
sur la carte maritime pendant Angélique tient la barre. Il a
pris sur lui la tâche de veiller sur le trafic maritime. Il
est en fait conscient que les gros bateaux ne peuvent pas s'arrêter
facilement et qu'il vaut mieux les éviter. Il a compris
maintenant pourquoi Angélique et son père n'ont pas
voulu traverser La Marche en ligne directe. C'est ce qu'il tente
d'expliquer à Ussa.
— Tu
vois, dit-il en désignant un endroit sur la carte côtière
à une Ussa moyennement intéressée, on a évité
ce secteur ici. Tu vois toi-même maintenant que la circulation
des navires est particulièrement élevée par ici.
On a quitté cette côte ici et on va par là. On
va tantôt prendre la direction sud-est. Tu vois que Armand et
Julien sont en train de changer l'orientation des voiles. On
traverse pendant les quatre heures qui suivent ce secteur avec un
trafic maritime assez intense. C'est pour cela je garde cette double
longue vue avec moi pour veiller sur les bateaux qu'on croise.
— Ces falaises de la
côte qu'on a vues là au nord, lui demande Ussa, ce
sont-ils les falaises du pays des celtes ?
— Oui ma chère,
lui dit Leith, ils appellent ce pays l'Angleterre, dont on vient de
quitter la côte D'après ce que j'ai pu comprendre, on
met le cap sur la ville qu'ils ont quittée deux semaines plus
tôt.
— Nous serons donc
là-bas à la fin de l'après-midi alors, puisqu'on
vient de manger.
— Oui, Armand a déjà
contacté un copain, c'est lui qui vient nous récupérer
au port. C'est le père de Alice, il viendra avec un véhicule
assez grand pour nous tous.
— Il l'a contacté
comment. Avec ce petit boîtier à eux ?
— Oui, lui dit Leith,
ce sont leurs communicateurs qu'ils appellent téléphone
mobile. Ils ne peuvent, par contre, que l'utiliser à
condition à être assez près d'une station relais.
Armand était tout à l'heure assez près de la
côte pour pourvoir utiliser le sien et c'est là qu'il a
pu contacter son copain.
— J'ai vu, lui dit
Ussa, qu’Angélique trafiquait aussi son appareil. Il me
semble qu'elle a pris un cliché de toi. Ils peuvent, d'après
ce que j'ai compris, non seulement se parler, mais aussi s'envoyer
des textes et des images. Je soupçonne que toutes ses copines
savent maintenant qu'elle s'est fiancée avec toi.
— J'ai pu comprendre
aussi, lui répond Leith, que ce ne sont pas seulement les amis
d'Angélique et Julien qui sont au courant, mais aussi la
presse. Le fait de leur disparition pendant quatre jours en plein
mer n'est pas passé inaperçu. D'après
Angélique, qui a parlé à sa copine Alice, nous
serons attendus par la presse. Tu as intérêt mettre ta
plus belle robe de gala tout à l'heure avant d'accoster, parce
qu'ils savent déjà que la famille Lebanc a repêché
une reine d'Atlantide en chair et en os.
— Comment sais-tu tout
ça ? Tu as pu parler avec Angélique ?
— Mais oui, dit Leith,
c'est tout bête. J'ai voulu lui montrer le fonctionnement du
communicateur et c'est en mettant nos pouces simultanément sur
les touches, qu'on c'est aperçu qu'on pouvait se parler
normalement.
— Tiens, lui
répond-elle surprise, je n'y avais pas pensé de le
faire ainsi. Mais dit-moi, continue-t-elle, j'ai un truc à te
demander. Tu n'as pas impression que les jours sont plus courts ?
J'ai envie de me coucher plus tard et de me lever plus tard.
— C'est
normal, lui dit Leith, ils ont, souviens-tu, neuf jours de plus sur
leur calendrier, qui fait à peu près de trente-cinq
minutes en moins par jour. C'est pour cela que tu es perturbé
dans ton rythme journalier. Je l'ai remarqué aussi, mais on
doit s'y faire. Ce n'est pas énorme et on s'habituera.
Ussa est descendu et remonte avec
un deuxième paire de jumelles, ceux de Armand. Elle se met à
scruter l'horizon où une fine ligne commence à se
dessiner. Elle devine là, tout excitée, son nouveau
pays. Armand a dit à Angélique de modifier légèrement
le cap, telle qu'ils passent devant Étretat. Ils peuvent, de
cette façon, commencer à ranger les voiles pendant que
Leith et Ussa peuvent admirer la Côte d'Albâtre et voir
leur nouvelle ville depuis la mer. Ussa commence à distinguer
à sa droite, Leith lui à dit que les marins d'ici
disent tribord, l'embouchure d'une grande rivière et s'étonne
qu'on ne se dirige pas en cette direction, car elle a bien vu de
grands navires aller par là et en déduit qu'il s'y
trouve un port maritime. Leith, par contre, qui essaye de suivre ce
que fait sa copine, s'est bien rendu compte de la modification de la
direction. Il va avec la carte côtière vers Ussa et lui
dit :
— Tu vois ! Ils
vont par là, dit-il en désignant un endroit sur la
carte côtière, il n'y a pas de port par là, mais
c'est la ville où on va habiter. Puisque tu as les longues
vues sur toi, regardes bien droit-devant, on commence à la
voir. Le port où on va amarrer est un peu plus sur la gauche.
— Je crois savoir,
dit-elle à Leith, qu'ils disent ici bâbord à la
place de gauche. C'est ce que tu m'as dit en tout cas. Mais
dit-moi, comment appelle-t-elle cette ville où on va habiter ?
Je n'arrive pas encore à lire leurs hiéroglyphes.
— Elle s'appelle
Étretat, si je prononce bien son
nom.
Armand et Julien ont entre temps
commencé à descendre les voiles pour les ranger, tandis
Angélique a démarré le moteur pour prendre le
relais. Ils sont à présent tout près de la côte
et leur ville est bien visible, même sans jumelles. Ussa est
particulièrement enchanté par le charme de cette petite
ville avec sa plage en forme de diadème, renfermé entre
ses hautes falaises mêlant le vert des landes avec le blanc de
la craie. Elle y distingue nettement les petits bateaux de location
et ces planches munies de voiles, l'occupation principale d'Angélique
et Julien en période estivale. Elle continue à admirer
la côte jusqu'à une plus grande ville ayant un port
devient visible. Elle se doute que c'est bien dans ce port de cette
ville qu'ils vont amarrer. Leith, qui porte toujours le vieux jean
coupé au ras des genoux et un T-shirt d'Angélique, fait
signe à sa compatriote qu'ils doivent s'habiller pour
l'accueil.
— Ussa, dit-il, il est
temps de nous préparer. J'ignore comment les services
officiels de ce pays vont réagir, mais une chose est sûre ;
ils te croient reine, alors habilles et comportes toi en tant que
telle. As-tu vérifié, si tu as assez de moyens de
payement si jamais ils te réclament un droit d'entrée,
comme certains pays de notre époque le font ?
— Je vais regarder ce
que j'ai, dit-elle à Leith, je n'ai même pas vérifié
toutes mes valises, car j'en ai un voyage. Celles que tu as emmenées
en plus de celles que mes parents m'ont remis.
C'est quand ils entrent dans le
port de pêche et plaisance de Fécamp, qu'Ussa remonte,
accompagné de Leith, habillée en robe de gala
ressemblant ainsi à méprendre à la dernière
reine d'Égypte. La réaction d'Angélique ne se
fait pas attendre :
— Tiens, dit-elle,
César et Cléopatre.
— Non, dit son père,
César n’a jamais porté un toge, il avait le
coutume de porter des habits militaires romains. Leith ressemble
plutôt à Socrates ou Platon.
— Il me semble, dit
Cécile en regardant Ussa attentivement, que notre petite reine
est bien nerveuse. Elle a peut-être peur de débarquer
chez nous ? Craint-elle les douanes ?
— C'est sûrement
la première fois qu'elle doit représenter son pays, lui
dit Armand.
Armand, à la barre depuis
un certain temps, dirige le voilier vers la place qui leur été
attribué jusqu'à demain. Au quai se trouve déjà
tout un comité d'accueil, y compris ce
vieux bonhomme mieux connu en tant que “le
capitaine”. C'est lui qui attache les amarres du voilier
et salut l'ensemble.
— Salut mon pote, tu
as emmené deux enfants supplémentaires avec toi ?
On a parlé de long en large de toi. Ta disparition
mystérieuse n'est nous pas échappé. La
troisième personne que tu as repêchée, où
est-elle ?
— Salut capitaine,
tout ça est une longue histoire, mais je crois qu'on doit
rendre une petite visite chez ces messieurs-là, dit il en
désignant les douaniers. De plus je crois bien que ces
messieurs de la presse aimeront aussi nous poser quelques questions.
Tu peux aider Bernard de tout mettre dans la voiture ? Je te
remercie. Je viendrai plus tard te payer un pot, on pourrait
discuter de ce que nous est arrivé. Je crois que Julien et
Angélique ont pris des photos et ont filmé une partie
avec le camescope.
— D'accord,
chambre 68945.
Oui, j'imagine que vous avez besoin d'un interprète. Elle
parle une langue qui n'est pas très courante par ici. Ce sont
les basques qui arrivent à les comprendre, je crois. Vous
avez peut-être un qui a appris la langue de sa grande-mère,
non ? Ça vaut le coup d'essayer en tout cas. Vous en
avez bien un, non ?
— Ok, je vous rappelle
sur ce numéro, d'accord ?
— Oui, vous aussi,
au-revoir.
Le capitaine, ayant essayé
de suivre la conversation, lui demande :
— Qu'est-ce qu'il y
a ? Une malade dans la famille ?
— Non, lui dit Armand,
c'est notre troisième passagère. Elle s'était
blessée gravement à la tête et on l'a transporté
dans un hôpital parisien. Ils viennent nous téléphoner
qu'elle s'est réveillée et réclame ses amis.
— On peut la visiter,
lui demande Bernard ? J'ai congé demain et je pourrais
aller à Paris avec la bande. Ça
va être juste avec six dans cette voiture, mais c'est faisable.
— Tu oses conduire à
Paris, lui demande le capitaine, tu vas te faire tuer là-bas.
Ils conduisent comme des sauvages.
— Le problème
de Paris, dit Bernard, n'est pas conduire. Ton problème
commence quand t'arrêtes de conduite et commences à
chercher une place de stationnement. À Paris tu as deux
possibilités : interdit et indisponible. Mais restons
sérieux, où est-elle, ta Pénélope ?
À La Pitié Salpétrière ? Si c'est
là, on n'aura pas de problème. Comme ça, on
pourrait faire une petite balade pour les montrer Paris.
Armand monte ensuite dans le 4L
du capitaine, tandis que les autres vont à Étretat avec
la voiture de Bernard. Le capitaine est ravi que Armand vient avec
lui. C'est ainsi qu'ils peuvent discuter de l'aventure vécue
par la famille Leblanc. Arrivé à leur domicile, Ussa
fait comprendre à Julien qu'il fallait ranger ses valises dans
“Notre” chambre. Elle fera le rangement final
plus tard, laissant le temps à Julien de faire le rangement de
ses affaires et faire la place. Leith et Angélique font de
même dans “Leur” chambre. Cécile a
voulu protester, mais voit qu'ils n'ont pas de chambre supplémentaire
et qu'il faudra vire ainsi pendant un moment. Ussa sort de la
chambre, cherche Angélique dans la sienne et va dans la
cuisine en faisant signe à Cécile de s'occuper des
apéritifs et ses invités. Les deux filles viennent de
temps à autre rejoindre les autres, pour autant les
préparatifs le permettent. C'est Julien qui réagit en
premier en voyant sa soeur s'affairer dans la cuisine :
— Je savais qu'Ussa,
quoique végétarienne, est un véritable cordon
bleu, mais Angélique, je ne l'ai jamais vu faire autre chose
que de réchauffer une pizza aux micro-ondes.
— Heureusement
qu'elles s'entendent bien, dit Cécile.
Les deux filles ont, avant de
continuer avec d’autres préparations, commencé à
faire le tour des bouteilles dans le buffet. Tout à coup
c'est Ussa, affairé d'ouvrir les bouteilles une à une
pour sentir le contenu et goûter un peu avec le bout de son
doigt, qui appelle Leith en brandissant une bouteille de Calvados :
« Eh ! Leith, viens voir ! Quelque chose
que tu connais ! » Il vient vers elle et
saisisse un verre, verse un petit peu et déguste en
connaisseur. « Mmm, c'est du bon ».
— Dit donc, dit le
capitaine, un connaisseur ! Ils en avaient du calva chez eux ?
— Oui, dit Angélique
revenue dans le salon entre deux préparations, sa famille
avait une arboriculture. Ils avaient toutes sortes de fruits, jus de
fruits, du cidre et ça. C'est son arrière grand-père
qui l'a inventé ; il avait en fait oublié de l'eau
de vie de cidre dans un tonneau, qu'ils ont retrouvé cinq ans
plus tard.
— Angélique,
viens, appelle Ussa qui veut servir les mets, suivi quelques mots
incompréhensibles pour tous sauf les deux filles.
La soirée continue en
mangeant les amuses gueules, façon Ussa, jusqu'à une
heure tardive, tel que Armand et Cécile craignent pour la
sécurité du capitaine qui insiste de vouloir renter.
Il a même voulu revenir le lendemain chercher Armand qui doit
rendre le voilier à Chérbourg. C'est Cécile qui
l'assure que c'est elle qui vient avec lui, car ils doivent encore
nettoyer leur voilier. Surtout que c'est elle qui va récupérer
ensuite Armand à Chérbourg en voiture. Ce sont surtout
Ussa et Leith qui sont excités pour ce qui va suivre le
lendemain, car ils vont, accompagné d'Angélique,
Julien, Alice et son père, non seulement voir Pénélope,
mais aussi la capitale de leur pays d'accueil. Leith et Angélique
se sentent aussi anxieux, heureux et excités à la fois
et pour une tout autre raison, car même s'ils ont partagé
la même cabine pendant le voyage de retour, ils n'ont pas
partagé la même couchette et cette nuit sera la première
qu'ils partageront également le même lit.
Leith
a bien voulu vendre quelques-uns de sa collection de monnaie, mais
c'est Angélique qui s'y est opposée. Pas question non
plus pour elle de toucher à l'héritage d'Amilius que
Leith a pris avec lui. Le marchand leur avait dit en toute
honnêteté, qu'une collection complète rapportera
beaucoup plus. Leith et Ussa, regrettant de dépendre de leurs
amis et de ne pas avoir leurs propres moyens de paiements, ont donc
fait le tour de ce qu'ils possèdent en monnaie de leur pays
pour voir s'ils peuvent faire une douzaine de planches avec
certificat d'origine et de les vendre aux collectionneurs. Une vente
qu'il vaudrait mieux laisser, selon Angélique, à une
maison d’enchères publique spécialisée.
C'est donc Angélique qui a, une fois de plus, puisé
dans son compte épargne pour se payer cette offre
promotionnelle d'un séjour à Paris, qu'elle a trouvé
dans une publicité. Ussa et son Julien, comme elle le dit,
l'ont fait de même. Pour instant, ce sont Angélique et
Julien qui avancent donc l'argent nécessaire pour le voyage.
Ils ont voulu que Alice vient avec eux, mais ils ont eu du mal à
la convaincre, car la pauvre se sent terriblement seule. Le fait que
ses proches amis se sont fiancés à l'ancienne, comme au
siècle dernier, lui a fait l'effet d'un choc. Elle qui a vu
sa meilleure copine se métamorphoser durant les vacances d'été
d'une adolescente en jeune femme qui sait ce qu'elle veut. Elle se
rend maintenant compte qu'Angélique a bien rangé ses
souvenirs d'enfance et d'adolescence dans un carton au grenier de sa
vie. Elle n'a cependant pas voulu faire bande à part et a,
suggestion d'Ussa, invité André à venir avec
elle. L'offre promotionnelle comprend le voyage en train et une nuit
d'hôtel à Paris. Ils se sont donc levés tôt
ce matin pour se rendre au Havre en car et de prendre le train depuis
là. Bernard, le papa de Alice, viendra le lendemain, car il
doit chercher Pénélope à hôpital, but
ultime de ce voyage. Il a même, la voyant malheureuse, payé
le voyage pour sa fille et son copain. André est, à la
surprise de tous, venu les voir la veille au soir, car un peu anxieux
pour les fringues. Il a voulu demander si Julien n'avait pas par
hasard quelque chose pour lui, car il avait vu le nom de l'hôtel
et a craint de faire mauvaise impression s'il vient habillé
comme il le fait habituellement. À présent ils sont en
route. Le train vient de quitter la gare de Rouen et ils étudient
le plan du métro Parisien. Cette fois il n'y a pas le père
d'Alice pour les guider. Ils savent bien que se tromper est facile.
C'est pour cela qu'ils établissent un plan comment aller de la
gare Saint Lazare à l'hôtel pour y déposer les
quelques bagages, les nécessaires de toilette et quelques
vêtements de rechange, qu'ils ont pris avec eux. Bernard leur
a averti avant qu'ils partent : « Veillez bien sur
vos portes-monnaies et portefeuilles. » Là,
c'est Ussa qui lui a fait le réflexe : « Autant
de voleurs ici qu'à Poseidia alors ! »
Lors l'accueil à l'hôtel, c'est encore l'apparence
d'Ussa qui fait miracle. L'agent d'accueil a voulu refuser des
adolescents tout seuls, mais un seul regard furieux d'Ussa a été
suffisant, car reconnu en tant que la dernière reine de
l'Atlantide.
Une
fois les bagages déposés et les clefs rendus à
la réception, ils prennent à nouveau le métro,
où même Ussa commence à surmonter ses craintes
concernant les portails automatiques et le fait d'être en
sous-sol. Ils vont, comme ils l'ont planifié, aux Champs
Élysées et depuis là ils prennent un circuit
touristique en bus. Un circuit bateaux-mouches est également
prévu, mais le soir, car il y en a eu plusieurs de leurs amis
qui leur ont dit que ça vaut la peine. Le circuit touristique
a comme avantage qu'on peut en descendre et le reprendre plus tard.
C'est ainsi qu'ils ont attiré au boulevard Haussmann, dans les
grands magasins. Quand ils ont poussé les grandes portes,
c'est Ussa qui lance un regard furieux à Leith quand elle lui
entend dire :
— J'ai
cru qu’on allait rentrer demain, pas l'année prochaine !
— Te
t'en fait pas Leith, lui dit Angélique, ils nous mettent bien
à la porte, quand ils ferment à huit heures ce soir.
C'est
ainsi que le soir vient beaucoup trop vite à leur goût.
Ils ont même renoncé à entrer dans le Louvre et
au Tour Eiffel, car l’attente aurait été beaucoup
trop longue et il y a tellement de choses à voir à
Paris. Il devient temps de gagner les bateaux mouches pour un
circuit sur la Seine. Même s'ils ont initialement prévu
de prendre le dîner sur le bateau, c'est Angélique qui
s'est opposée. Une vérification vite fait sut Internet
avant de partir, l'a appris que les tarifs sont bien au-delà
de leur budget, mise à part qu'il n'y avait pas de menu
végétarien. Ils ont donc décidé de
remettre le dîner au plus tard et de chercher éventuellement
une pizzeria. Après le tour en bateau-mouche, dont Ussa a été
particulièrement enchanté, ils sont, comme beaucoup de
jeunes ayant un budget limité, allé dans une grande
enseigne américaine, déclenchant chez Leith le
réflexe : « Tiens, le même nom qu'un
de nos copains Celtes, sûrement un de ses descendants ! »
Plus tard le soir, les six jeunes qui ont initialement voulu
finir le soir, comme ils disent, en boîte, l'ont fini sur une
terrasse d'un café aux Champs Élysées
en regardant les passants. Après, ils se sont rendus à
l'hôtel à pied, car c'est Ussa qui a absolument voulu
voir la ville le soir, même si elle n'a pas été
tout à fait à l'aise sur le chemin de retour. Au bar
de l'hôtel, Ussa et Leith ont créé à
nouveau la surprise quand ils ont réclamé un
café-calva, un exemple aussitôt suivi d'Angélique
qui a dit au barman : « La même chose, mais
sans le café. » Les autres se sont contentés
d'un jus de fruits. Le lendemain, ils se trouvent tous au
petit-déjeuner et ce sont Alice et André, ayant
visiblement peu dormi, à venir en dernier. Ils décident
d'amener d'abord les bagages aux consignes de la gare et d'aller
depuis là visiter La Notre Dame de Paris. Leith a hâte
de pouvoir visiter ce temple. C'est son architecture qui l'intrigue.
Après, ils ont prévu de faire une petite balade au
même quartier que la première visite il y a un peu plus
qu'une semaine. Ensuite, il faut déjà assez rapidement
gagner la salle d'attente de l'hôpital où le rendez-vous
s'est donné. Quand ils sortent la bouche du métro de
la station “Cité”, c'est Ussa qui demande
en pointant vers le Palais de Justice :
— Ce sont qui, qui
habitent là ?
— Les voyous et leurs
juges, lui répond André qui partage le communicateur
d'Angélique avec Alice, c'est le palais de justice. C'est là
où il y a la police. Il ne vaut mieux pas y être
invité.
— C'est quoi ce
sigle-là, demande Ussa en désignant une camionnette des
CRS.
— Je crois deviner,
lui répond Leith, c'est sûrement leur BSI. J'ai vu des
mecs y descendre et ils ont la même allure que ceux de Ra-Ta.
— Sauf que les nôtres
ne font pas d’opérations secrètes, lui dit
Angélique.
— Moi je crois, dit
André, qu'il vaut mieux comparer leur BSI et leur BOS avec les
SS et la Gestapo des Allemands de la deuxième guerre mondiale.
— Oui, c’est ça,
lui dit Alice, et ce Ra-Ta avec Hitler.
— Le temple qu'on va
visiter, demande Leith qui n’a pas envie de continuer ce sujet,
est-il encore loin ?
— Non, lui dit
Angélique, c'est juste à côté, mais on ne
dit pas temple par ici, on dit église. Celle-ci en
occurrence, on l'appelle une cathédrale.
Quand ils entrent au Parvis Notre
Dame au tournant d'une rue, ils regardent tous le spectacle de
l'énormité de ce bâtiment. La cathédrale
est déjà impressionnante sur photo, mais la voir en
réalité est quand même autre chose. Ils décident
de la visiter et entrent par une porte lui-même dans un des
battants de l'énorme portail. En ce qui concerne nos deux
atlantes, l'un est aussi impressionné que l'autre, sauf
qu'Ussa a plutôt peur et elle sert très fort la main de
Julien.
— Ça doit être
une puissante armure à l'intérieur des murs pour tenir
tout ça en place, dit Ussa en regardant la hauteur de
l'édifice donnant le vertige.
— Non, lui dit André
qui a écouté Ussa par communicateur interposé,
il n'y a aucune armure. La construction se tient toute seule. Les
arcs ne sont pas là pour la décoration, mais pour la
solidité.
— Je veux sortir
d'ici, balbutie-t-elle anxieusement en regardant le plafond et les
colonnes comme ils sont prêts à
s'effondrer à tout moment. Ce bâtiment fait au moins un
stade de long sur un demi-stade de large. Comment veux-tu que ça
tienne ?
Il faut tout le tact et
persuasion de Leith et Julien pour le retenir et éviter
qu'elle coure en dehors en hurlant. Ce petit ménage ne manque
évidemment pas à attirer l'attention d'un prêtre
passant par là, curieux de savoir pourquoi Ussa a eu peur.
— Que se passe-t-il,
demande-t-il. Mademoiselle à peur ? Mais, dit-moi,
dit-il en la regardant un peu plus près, il me semble que
votre photo était à la Une des journaux il y a une
semaine.
— En effet, lui dit
Julien, je vous présente; Ussa de Bel-Ra, fille d'un des
derniers rois de l'Atlantide.
— Que votre altesse
veut bien m'excuser, mais que craignez-vous.
Il s'installe alors un petit
dialogue, par Julien interposé, où le prêtre lui
explique de ce qu'il sait de la cathédrale. Sa construction,
son architecture et autres. Un récit que suivent
attentivement Angélique et Leith qui regarde un peu incrédule
les colonnes et arcs tout en haut. Une hauteur qui lui donne le
vertige, rien en la regardant. Ils font ensuite le tour du bâtiment
accompagné du prêtre, car ce n'est pas chaque jour qu'on
reçoit un haut dignitaire à l'improviste. Ussa ne
peut, comme à l'hôtel, pas se dérober à
signer le livre d'or, qu'elle fait, à la surprise du prêtre,
en écrivant en hiéroglyphes Égyptiens. Elle
demande ensuite à Julien de mettre la traduction, qu'elle lui
dicte, en dessous. En sortant, ils constatent qu'il n'y a plus
beaucoup de temps pour s'arrêter dans le quartier des
étudiants, mais ils peuvent le traverser pour prendre le métro
jusqu'à l'hôpital. Quand ils arrivent finalement à
l'hôpital, Bernard et Pénélope attendent déjà
au point de rendez-vous. Ils ont pris, comme eux, une carte
journalière de RATP et laissent la voiture là où
elle est garée. Les six leur racontent ce qu'ils ont fait la
veille et ce matin même. Surtout la peur d'Ussa dans le grand
temple, qu'ils appellent cathédrale. Arrivés au métro,
c'est Pénélope qui hésite devant le portail
automatique. Elle a bien vu que les autres y introduisent leur
billet, mais elle continue à regarder alternativement son
billet et la machine. C'est soudainement Leith qui comprend son
hésitation et lui dit :
— Ne te tracasse pas
Pénélope, ce machin prend le billet dans toutes les
sens. Je l'ai essayé. En dessus dessous, en envers, ça
marche toujours. Ne cherches surtout pas à comprendre. Si le
billet n'est pas bon, il n'ouvre pas la porte, mais le rend. Ne
perds surtout pas celui-ci, car c'est un billet pour la journée
et on peut l'utiliser autant de fois qu'on veut.
Ensuite ils prennent la même
ligne qu'une semaine plus tôt jusqu'au quartier où ils
ont mangé. Cette fois ils ont un peu de temps devant eux et
en profitent pour déambuler dans les petites ruelles.
Pénélope a la même réaction qu'Ussa et
Leith il y a une semaine, elle est sûre de tomber sur le bistro
d’Abdubu au tournant d'une ruelle. Pour manger, ils se rendent
au même pizzeria que la semaine d'avant où le serveur
est très ravi de revoir sa célèbre cliente et
ses amis.
— Bonjour votre
altesse, vous allez bien ? Bienvenue dans notre établissement,
lui dit-il.
Après avoir mangé,
ils décident d'aller visiter le quartier de Montmartre.
Bernard a leur expliqué que c'est le quartier des artistes,
peintres surtout. Quand ils remontent à la surface à
la station “Anvers”, sur le boulevard de
Rochechouart, il a du expliquer qu'ici, juste en dessous le quartier
des artistes et peintres, se trouve le quartier du plus vieux métier
du monde. Arrivés en haut, c'est Ussa qui ne peut pas
s'empêcher d'exclamer que ce temple est bien plus beau que
l'autre. Quand ils finissent enfin de déambuler dans petites
rues, il est déjà temps pour les six de prendre le
train et laisser Pénélope seule à découvrir
Paris accompagnée de son nouvel ami. Ils se rendent ensemble
à la gare Saint Lazare, cherchent leurs bagages à la
consigne46
et prennent un café en attendant le train en direction
Rouen-Le Havre. Bernard sait que c'est un peu juste pour le bus,
mais sait aussi que les jeunes se débrouilleront bien.
L'auteur
voudrait exprimer ses remerciements les plus profonds aux auteurs
Jean Louis Bernard et Bernard Duboy et aux Éditions du Rocher,
qui ont mis à disposition des informations précieuses
lors des préparatifs précédant la rédaction
de ce livre. Ces remerciements ne comprennent ni consentement ni
refus de la part des auteurs Jean Louis Bernard et Bernard Duboy et
des Éditions du Rocher, concernant les théories
avancées par l'auteur.
Éditions
du Rocher 101, Boulevard Murat 75116 PARIS
Oeuvre : « Les Autres Vies et la
Réincarnation » de Jean Louis Bernard et
Bernard Duboy ISBN : 2 268 0130 642
L'auteur
voudrait également exprimer ses remerciements les plus
profonds à :
NASA
Headquarters, Public Communication Office Suite 5K39 WASHINGTON
DC20546-0001
Pour
la mise à disposition de l’image figurant sur la
couverture.
Ainsi à :
La Médiathèque de Gaillon pour la mise à
disposition du matériel informatique et Internet, et puis en
particulier Céline et Arnaud de la section Multimédia
pour leur soutien et leur patience en répondant à mes
questions incessantes du style : “Comment écrit-on
.... ?”
3Comme
le service d’état d’un dictateur moustachu
pendant la deuxième guerre mondiale l’a fait.
4Le
groupement polythéiste “Les fils de Bélial”
de l'Atlantide.
5Les
auteurs du livre “Les Autres Vies et la Réincarnation”
de Bernard et Duboy, (Éditions du Rocher) affirment à
la page 204, que les Atalntes étaient végétariens.
6Mesure
utilisée par les grecs anciens, à peu près un
sixième d'un kilomètre.
7Petit
clin d'oeil à Amy MacDonald, dont une chansonnette passe en
boucle à la radio au moment de la rédaction de ces
lignes.
8À
Eric, le seul et unique Mac qui marchait à la bière et
jouait de la cornemuse sans avoir besoin d'une carte-son
cinq-point-machin-truc. (Il était chef de service Software au
CERN quand j'y travaillais.)
9Ce
sont les auteurs du livre “Les Autres Vies et la
Réincarnation” de Bernard et Duboy, (Éditions du
Rocher) qui l’affirment dans les pages traitant le sujet de
l’Atlantide.
10La
ville hollandaise Sneek a conservé une telle porte, passage
touristique obligée ! S'il y
avait un mur de défense, il y avait forcément une
telle porte s'intégrant dans l'ensemble !
11Le
mois d'août, les noms romains n'existaient
pas à l'époque.
17La
Pelote Basque, ancêtre du tennis, à ne pas confondre
avec le jeu de cartes “Belote”
18Même
s’il y a une location de petits bateaux à Étretat,
ne cherchez pas cette cabane, elle n’existe que dans cette
histoire.
19Un
groupe d’ici, jouant de la musique d’Irlande et de
Bretagne. (Voir : www.celtica.fr)
20Les
auteurs du livre “Les Autres Vies et la Réincarnation”
de Bernard et Duboy, (Éditions du Rocher) affirment à
la page 204, que les Atalntes étaient végétariens.
21Les
indiens de l'Amérique du Nord le faisaient pour la plupart.
22Ne
correspond pas aux heures réelles
d'ouverture, veuillez consulter l'office de tourisme ou le site
internet d'Étretat pour les connaître !
23Le
pays et peuple d'Inde. L'Atlantide était en guerre avec
l'Inde au moment de sa disparition. Le nom “Saneid”
vient des lectures d'Edgar Cayce.
24Nom
inventé par l'auteur, représentant des petits pains
grillés.
25C’est
en fait Platon qui parle en pluriel, il dit des déluges.
26Guerre
contre les gros animaux. (À 50 000 Avant JC selon une
lecture de Cayce)
27Pelote
Basque, rien à voir avec le jeu de carte au nom similaire, le
“Belote”.
28Le
plus célèbre est le récit des deux anglaises
qui se trouvaient au début du XXème siècle
dans le jardin du château de Versailles momentanément
en compagnie de Marie-Antoinette. Un deuxième récit
nous vient des années trente d'un journaliste allemand qui
assistait au bombardement de Hambourg par des Anglais et qui aura
lieu dix ans plus tard.
29Ce
que nous connaissons mieux en tant que Dinosaures !
30Nom
inventé pour une tour-temple avec un feu éternel au
sommet. Edgar Cayce nous a rapporté que les adeptes de “la
loi d'une”, une religion monothéiste de l'Atlantide,
utilisaient de tels temples, dont ils entretenaient au sommet un feu
éternel. Ces genres de tours-temples étaient
également utilisés par la première religion
monothéiste Perse, à environ 900 ans avant Jésus
Christ. Ce sont peut-être les ancêtres de nos phares.
31Un
petit clin d’oeil à une chanson des années
60-70, “The house of the rising sun !”, décrivant
une maison de passe et de jeux. Mieux connue en France en tant que
“Le pénitencier.”
32Un
endroit bien connu parmi ceux qui ont, comme l’auteur de ce
récit, travaillé au CERN.
33Un
terme venant de l’informatique ; signifiant la
communication d’un appareil à
un autre sans passer par un service central ou serveur.
34Angélique
se trompe de nom, c'est la montagne la plus haute
des Açores, qui est une île et s'appelle “Pico”.
36La
Chine, où certains situent le pays de Mu là où
il y a maintenant le désert de Gobi.
37Carte
maritime officielle “Route du Rhum” émis par :
Établissement principal du Service Hydrographique et
Océanique de la Marine – B.P.426 – 29275 BREST
cedex
38Mieux
connue parmi les Normands en tant que Calvados.
39Comme
la bombe “Little Boy”, larguée le 6 août
1945 par un B-29, Enola Gay, sur Hiroshima, faisant 17 000
tonnes de TNT ! Les mythes en provenance de l'Inde nous
décrivent en fait l'utilisation de telles armes de 12 000 à
15 000 ans Avant Jésus Crist.
40Une
partie des habitants de l'Atlantide, les “Loi d'Une”,
croyaient à la ré-incarnation !
41C'est
ainsi que les Atlantes appelaient, selon Edgar Cayce, l'Amérique
du Sud, L'Amérique Centrale et l'Amérique du Nord.
42Ancienne
emplacement du pôle nord, 77° Nord, 50° Ouest. Pour
en savoir plus ; lisez “Était-elle l'Atlantide”
du même auteur. (On pourrait s'imaginer que leur méridienne
“Zéro” était sur leur montagne sacré,
notre mont “Pico”).
43Nos
chiffres '0' à '9' viennent des arabes, qui l'ont à
leur tour hérité des indiens.
44C'est
le cas pour les Andes en l'Amérique du Sud, ainsi qu'une
partie des États unis. Nul ne le sait pourquoi et quand ces
galeries ont été construite. Une partie de cette
infrastructure est utilisée par le CIA et est mieux connue
sous le non “Zone 51”
45Ne
cherchez pas à comprendre, ce numéro ne correspond
probablement pas à une chambre existant, mais est choisi pour
son symétrie. Écrivez le
sur une feuille de papier et retournez le. Vous allez comprendre.
46Veuillez
noter que la gare Saint Lazare est, au moment que se déroule
ce récit, en travaux est qu’il y a ni consigne ni
restaurant à ce moment-là. Ils n’existent que
pour cette histoire.