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Livre - Les derniers jours de l'Atlantide. Mais que cachent les autorités de l'Atlantide ?   Pourquoi disparaissent certains astronomes et physiciens ?
Les derniers jours.

Que cachent les autorités de l'Atlantide et pourquoi disparaissent certains astronomes et physiciens ?

Roman.

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© Wolter SMIT - 2009

ISBN : Aucune demande à été fait.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Introduction.

Merci à vous d'avoir pris la peine de télécharger cet oeuvre. Je vous demande ici mes excuses pour les très nombreuses fautes d'orthographe, de construction de phrase, de conjugaison et autres, car le français n'est pas ma langue maternelle et loin à être parfait. Je sais que, malgré mes efforts et aidés par des logiciels spécialisés, ces textes contiennent, statistiquement parlant, plusieurs centaines de fautes au moins. Vous allez sûrement me demander : « Pourquoi ne prenez-vous pas un correcteur ? » Sachez que cela est plutôt coûteux et hors de la portée pour un RMI'ste près de la retraite, que je suis, car une correction prend entre 80 et 160 heures de travail aux tarifs allant jusqu'à 90,- € de l'heure. Je ne suis, d'autre part, pas un adepte de faire travailler des gens gratuitement sous la couverture “volontaires”, comme cela se fait malheureusement un peu trop souvent dans l'édition. (Tout travail mérite une récompense !) Je sais de part de certains de mes amis et amies que ce livre est, malgré ses erreurs, parfaitement lisible, veuillez donc accepter mes excuses, j'ai fait ce que j'ai pu.

Maintenant l'origine de cette histoire. Comme vous devez avoir deviné, je suis un passionné de l'Atlantide. C'est à après avoir écrit “Était-elle l'Atlantide”, que j'avais envie de continuer avec ce sujet. J'ai fait donc le tour de mes visions et rêves à ce sujet, que j'ai combinés avec d'autres informations, néanmoins celles de Edgar Cayce. Vous allez d'ailleurs constater qu'un grand nombre des noms de gens, des lieux, de pays et autres viennent de ses lectures. (Pour en savoir plus, connectez-vous sur le site de : Association for Research and Enlightenment, Inc. A.R.E. ® ou www.edgarcayce.org) Mes propres visions et rêves avaient curieusement une chose en commun ; un mode de vie assez moderne et très proche de notre “belle époque”. La plupart de mes flashes vécus ont d'ailleurs eu lieu dans une même ville qui ressemble beaucoup à celle décrite dans ce livre. La seule différence était que la mienne était au bord de la mer, de côté Est du pays. Ce n'était pas la ville principale, Poseidia, car elle n'y ressemblait pas du tout. Pour avoir une idée de son allure ; c'est plutôt comme Lausanne au bord du lac Léman. Certains de nos équipements, ils ne les connaissaient pas, parmi eux par exemple : le vélo et le moteur à combustion interne. Ils ne connaissaient, malgré le fait qu'ils sont devenus très matérialistes vers la fin, pas non plus ce phénomène de société que nous connaissons actuellement ; celui de tout jeter et de cumuler d'objets ne servant que le confort personnel. Pour avoir une idée de leur richesse, il faut s'orienter vers le comportement des nobles et riches de la fin du dix-neuvième siècle. Autre chose que je n'ai pas pu voir ; c'est que les ragots d'Internet racontent sur ce que Egar Cayce appelle “les choses” Il y en a ceux qui veulent voir là une allusion aux croisements animaux-humains. Ce que j'ai pu visionner, par contre, c'est qu'un certain groupe de gens étaient traités comme des animaux, ou plutôt comme les Indiens (habitants de l'Inde !) traitent actuellement encore les basses classes, les Intouchables. Ce n'étaient pas des esclaves, mais c'était tout comme. (Il suffit de voir comment nous traitons aujourd'hui encore les travailleurs du tiers-mode !)


L'histoire lui-même commence un peu avant que le jeune Leith trouve son vieux mentor, philosophe et astronome assassiné. Il sait alors qu'il doit partir avec sa compagne et amie d'enfance, la princesse Ussa, à la recherche du coupable. C'est alors qu'ils trouvent au cours d'un parcours chaotique, mettant leur vie et celle des autres en danger, le terrible secret que les autorités tentent de cacher à la population. Il est aidé pour cela par une jeune personne, une être, qui vient régulièrement dans ses rêves. Celle qu'il croyait d'abord être un ange, s'avère en réalité être une fille de son âge vivant 11 800 ans dans son avenir, notre présent. C'est elle qui lui narre l'histoire de Platon relatant la disparition de son pays. Il se rend, par contre, très vite compte qu'il ne reste presque aucune information, ni trace de son pays à l'époque que vit sa petite copine de ses rêves. C'est alors qu'il fait la relation entre le vieux mythe narrant la destruction de l'Atlantide suivie d'un déluge et les disparitions et assassinats mystérieux frappant les astronomes et scientifiques travaillant au sujet d'Arcturus, une comète qui a une tendance à venir un peu trop près de la Terre. Ce que les deux amis n'ont pas prévu, c'est qu'ils tombent amoureux de cette fille et son frère. Vont-ils se trouver physiquement ?

Je vous souhaite, en espérant que vous arrivez quand même lire ce texte, bonne lecture.



Wolter SMIT


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Le rêve d'Angélique.

Elle court, court. Hors de souffle elle ralentit un peu son allure pour regarder derrière elle. Elle constate avec soulagement qu'elle n'a pas été poursuivie. Mais le temps presse et il y a le dernier train en direction du port à prendre. Il y a peu de véhicules qui circulent à cette heure tardive et elle se sent bien seule et mal à l'aise sur cette route quasiment déserte qui rejoint la gare. Au loin elle voit venir un véhicule en sa direction qui passe pour s'arrêter plus loin et faire demi-tour. Son coeur lui cogne à la poitrine et elle se dit : « Merde, ils reviennent et il n'y a pas endroit pour me cacher ! »

— Mademoiselle, Mademoiselle ! S'écrie l'homme. Arrêtez-vous, ne craignez rien et montez !

C'est alors qu'elle reconnaît le détective qui avait déjà travaillé pour son père.

— Bonsoir à vous et merci d'être venu. Vous vous trouvez par hasard sur cette route, ou y a-t-il une raison ?

— Bonsoir, je venais justement à votre secours, mais je suis ravi de vous voir libérée.

— Mais ce ne sont pas eux qui m'ont libérée, je me suis enfuie. Je suis parvenue à ouvrir la serrure, vous savez un modèle assez ancien, avec une épingle à cheveux. Heureusement que j'étais déjà venu visiter l'endroit avec mon père et je me souvenais qu'il y avait une sortie secrète réalisée par les moines dans les temps reculés. C'est par là que j'ai pu sortir sur la route par une chapelle dédiée à Zeus. Mais comment saviez-vous qu'ils me retenaient par ici.

— C'est trop long pour vous l'expliquer maintenant, il faut se dépêcher et rejoindre la gare.

— Il est peut-être déjà trop tard, le train est sûrement parti. Les places ? Reste-t-il nous en avec ce plan d'évacuation ?

— Ne craignez rien, j'ai fait le nécessaire. J'ai fait les démarches à la gare et le train vous attendra. Puis, en ce qui concerne la place, vous savez très bien, qu'il y a toujours une cabine réservée pour votre famille.

En arrivant à la gare, ils constatent que le train n'est pas encore prêt à partir. Il s'y trouve une cohue de gens divers : hommes, femmes, enfants, bagages, valises, bahuts et même des bêtes qui vont faire le voyage dans un wagon spécialement prévu pour eux. La plupart des wagons sont déjà pleins à craquer et çà et là les voix s'élèvent pour disputer une place pour s'asseoir ou un endroit pour déposer ses bagages. Le chef de gare les guide à travers toute cette foule vers l'avant du train, où se trouvent les compartiments réservés. Une fois à bord, elle est navrée de constater que ce compartiment sert également en tant que cellule de prison et est, malgré les efforts de la compagnie des chemins de fer de la doter de tout confort, peu accueillante.

— Mais c'est dégueulasse, s'écrie-t-elle, vous voulez me faire voyager dans une cellule de prison ?

Le chef de gare, un peu gêné par sa réaction, lui dit :

— Veuillez nous excuser votre altesse, mais nous ignorions que vous avez souhaité vous rendre au port par le train, car nous aurions ajouté un wagon à votre intention. Mais rassurez vous ce compartiment est très confortable car prévu pour cette double fonction. S'il vous manque quelque chose, mademoiselle, n'hésitez pas à sonner le contrôleur, il vous apportera ce que vous désirez. Nous avons embarqué des boissons chaudes, froides et de la nourriture.

— Merci, je crois que ça va aller, cette cellule n'est pas très gaie, mais confortable quand même. Je n'aime pas trop les barreaux à la fenêtre, ils me rappellent trop le lieu de ma détention de tout à l'heure.

— Avez-vous des bagages à faire monter ? Monsieur vous accompagne ?

Elle avait envie de dire : « Mes bagages ? Ça ne va pas non ! Depuis quand est-ce que les ravisseurs se préoccupent des bagages de ceux qu'ils prennent en otages ? » Mais c'est le détective, monté à bord avec elle pour s'assurer de sa bonne installation, qui répond à sa place :

— Non, je ne crois pas que mademoiselle a des bagages, car des ravisseurs l'ont pris en otage d'où elle vient de s'échapper et je crains qu'ils n'aient pas eu la délicatesse de s'occuper des bagages de mademoiselle. Je n'accompagne d'ailleurs pas mademoiselle, car j'ai encore des choses à terminer. J'attends que la police vient pour aller à l'endroit où elle était retenue, en espérant qu'ils n'ont pas encore constaté l'absence de mademoiselle. Merci beaucoup.

Elle regarde autour d'elle et constate qu'ils ont mis de la lecture à son intention, ainsi que quelques boissons et des choses à manger dans l'armoire prévue à cet effet. Elle s'assoit dans un fauteuil en direction du voyage et demande :

— Vous ne m'accompagnez donc pas ?

— Hélas, comme je le disais, j'ai encore à faire ici. J'informerai votre père que vous êtes en route pour le port d'Amaki. Votre père n'est d'ailleurs plus au palais, mais a déjà gagné son vaisseau. Les marins vous attendront pour vous prendre en navette rapide servant de transbordeur dès que vous arriverez à la gare maritime.

— Vous ne figurez pas au plan d'évacuation ? Vous n'allez pas joindre le continent Européen ?

— Peut-être, si je parviens à joindre la barge de pêche avec l'équipe de Leith et Pénélope qui m'attendront jusqu'au petit matin.

— Prenez bien soin de vous et bonne chance.

— Faites un bon voyage.

— Vous aussi.

Elle a dû s'assoupir, car elle n'a pas remarqué le départ du convoi, puis c'est l'arrêt du train dans cette gare de campagne qui l'a réveillée. Sur le quai il y a des femmes qui jacassent, des enfants qui pleurent, des hommes qui se disputent, des cris d'animaux qui refusent de monter à bord, le bruit des chariots de bagages, tout cela mélangé avec les bruits de manoeuvre de wagons et le crissement des roues sur les rails. Elle voit un employé des chemins de fer. Elle l'interpelle et demande :

— Que ce passe-t-il ? Pourquoi s'arrête-t-on ici aussi longtemps ?

L'employé, visiblement pressé et sans se rendre compte de l'identité de la jeune voyageuse, lui répond :

— Il y a plus de gens que prévu et on ajoute des wagons au convoi, puis il continue sans attendre de réponse.

Elle prend une des revues qu'on lui a offerte à la gare de départ, mais elle n'arrive pas à se concentrer sur le texte. Les lettres, les mots et les phrases commencent à danser et s'entremêler. Elle ne parvient pas à lire longtemps. Bien calfeutré dans son fauteuil de voyage elle ne se rend pas compte qu'elle s'endort avec sa lecture dans les mains.

Quelque chose lui l'a réveillé, sans qu'elle puisse en donner la raison. Le voyage a duré plus longtemps que prévu. Le jour commence à se lever et on voit au loin les premiers rayons du soleil percer l'horizon. Elle commence à apercevoir la zone portuaire de la ville qu'on approche rapidement. Tandis que le train longe le port en direction de la gare maritime, elle voit par-ci les bateaux à quai pour être chargés ou déchargés, par là des bateaux en état avancé d'épave qui n'attendent que le coup de grâce d'un chalumeau et plus loin des rangées des bateaux de pêche et de plaisance. Soudainement elle sent une secousse sismique, puis une autre plus violente. Le mécanicien de train tente de freiner le convoi, mais le sol semble se dérober dessous et malgré ses tentatives désespérées de le stopper, le convoi accélère et déraille. La jeune fille se cramponne aux structures de la cabine pendant le déraillement et crie désespérément aux secours. La dernière chose qu'elle voit avant de perdre conscience, c'est que l'eau monte et quelqu'un la prend par le bras pour tenter de la tirer hors de là.

Julien, qui a du mal à dormir et s'apprête à aller boire quelque chose à la cuisine, entend des cris et des appels au secours en provenance de la chambre de sa soeur Angélique. Croyant qu'elle ait fait un malaise, il entre dans sa chambre où elle continue de crier et d'appeler au secours comme une naufragée. Il la prend par le bras et la secoue pour la réveiller.

— Angélique, que se passe-t-il ? Tu as fait un cauchemar ? Angélique, incapable de lui répondre de suite, essoufflée comme si elle avait fait un marathon, reprend son souffle et se frotte les yeux.

— C'est affreux, je rêvais que je me noyais dans un compartiment de train qui s'abîmait dans la mer lors d'un tremblement de terre.

Elle raconte ensuite toute l'histoire, sa prise en otage, l'ouverture de la porte avec une épingle à cheveux, la fuite, la rencontre sur la route avec le détective, le voyage en train dans un compartiment muni de barreaux, jusqu'au déraillement. Puis elle finit son récit avec :

— Dans ce rêve j'étais une princesse de l'Atlantide, mais j'ignore comment je m'appelais.

— Viens, on va boire quelque chose à la cuisine, je voulais justement y aller. J'ai du mal à dormir ces temps-ci.

— Oui je sais. Depuis que la petite Mélissa t'as quitté ; tu fais des nuits blanches, tu noies ton chagrin dans l'alcool et tu te réveilles avec du mal aux cheveux. Mais mon pauvre frère, il y d'autres filles ; oublie la !

— C'est plus facile à dire qu'à faire. Bon bref ce n'est pas ton problème. Pas encore en tout cas.


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Le matin, un matin comme tous les autres, quand le soleil se lève sur la ville d'Osuo, la porte de l'atelier du Maître Amilius s'ouvre et son élève fait son entrée pour ses leçons habituelles.

— Bonjour maître.

— Bonjour Leith, comment allez-vous ? Bien dormi ? Pas de cauchemars ?

— Non maître. Avez-vous prévu quelque chose de spécial pour aujourd'hui ?

— Non mon enfant, je n'ai rien prévu de spécial, mais il se pourrait que vous ayez un sujet qui vous tient à coeur. Ou est-ce que je me trompe ?

— En effet maître. On parle ces derniers jours beaucoup d'Arcturus qui semble revenir dix-sept ans trop tôt. Vous savez, beaucoup de gens voient dans cette apparence des signes précurseurs de la fin du monde, comme il est annoncé dans les rouleaux sacrés.

— Vous faites ici peut-être allusion à la partie décrivant la destruction de la Terre par une étoile tombant sur celle-ci, suivie de très grosses pluies inondant le tout jusqu'aux sommets des plus hautes montagnes, n'est-ce pas ?

— Oui maître, si j'ai bien retenu mes leçons, la prédiction de cette étoile tombant sur la Terre fait partie des sept fléaux, n'est-ce pas ?

— Je vais vous lire une partie de cette prédiction, mais savez-vous comment se compose-t-elle.

— Certainement maître, ce sont les sept signes suivis des sept fléaux. Ce sont les sept fléaux qui contiennent la prédiction de l'étoile qui tombera sur la Terre.

— Bon, je ne vais pas vous demander de me les énumérer, mais je vais vous lire la première strophe de la prédiction. Savez-vous la différence entre la partie contenant la prédiction et le reste des textes sacrés ?

— Oui maître, je crois le savoir. Les prédictions ont été écrites au futur simple tandis le reste des textes le sont pour la plupart au passé simple.

— Bien, mais connaissez-vous d'autres passages de texte écrits au futur simple ?

Leith, gêné, regarde timidement ses chaussures et n'ose pas répondre qu'il ignore la réponse à cette question. Son maître, Amilius, faisant mine de ne pas voir sa gêne, continu :

— Allons mon cher Leith, je ne vous en veux pas de ne pas connaître la réponse à cette question. C'est en effet une petite question piège. Vous n'avez peut-être pas dû vous en rendre compte, mais ce sont les sept interdictions qui sont des injonctions écrits au futur simple dont une des plus importantes est : « Tu ne tueras point ».

Amilius se lève et va vers l'étagère-bibliothèque remplie jusqu'à ras-bord des livres anciens en reliure de cuir pour en prendre un. Il s'assoit, l'ouvre, met ses lunettes et commence à feuilleter lentement les pages de vieux papier avec une infime précaution pour s'arrêter à la section contenant le mythe de la fin du monde.

— Écoutez-moi bien Leith, je vais vous lire la première strophe.

Amilius lève la tête et regarde Leith droit dans les yeux, comme s'il voulait accentuer le contenu de ses propos par ce geste, ajuste machinalement ses lunettes, puis continu avec la lecture de la première strophe en lisant lentement et donnant ainsi le poids sur les mots les plus importants.

— Pendant de nombreuses générations, les rois écouteront les lois et demeureront attachés au principe divin auquel ils sont apparentés. Quand l'élément divin viendra à diminuer en eux, par l'effet du croisement avec de nombreux mortels, ils tomberont dans l'indécence.

— Ne trouvez-vous pas que ce récit correspond assez bien à la situation telle qu'elle est actuellement dans l'état d'Alta et sa capitale Poseidia1 où le roi Ra-Ta règne en maître absolu. Je n'approuve d'aucune manière son dogme : « La loi ? c'est moi ! »2. Cet ignoble personnage ne pense qu'à la richesse et le pouvoir, il est pire que le plus mauvais des usuriers et plus méchant que son dieu de guerre, Arès. Si quelqu'un est tombé dans l'indécence, c'est bien lui. De plus, il paraît que son service secret, la BSI, torture des gens lors de certains interrogatoires3.

Amilius, pensif, regarde attentivement son élève, surpris par sa réaction inattendue et sa réflexion assez dure, et réfléchit un moment avant de répondre :

— Vous avez parfaitement raison mon ami, par contre, méfiez-vous, même des murs ici dedans pourraient bien avoir des oreilles. Vous devez vous retenir, car il suffit de le critiquer pour passer dans les mains de la BSI. Connaissez-vous d'ailleurs la signification de cet acronyme ?

— Oui maître, c'est la Brigade de la Sécurité Intérieure. Ce sont eux qui interviennent quand il y a des émeutes et des soulèvements populaires. Je crois qu'ils s'occupent également de l'espionnage et du contre-espionnage.

— C'est juste, mais parlerons politique un autre jour. Je vais vous lire la strophe suivante du mythe, celle qui contient la raison pour laquelle Zeus, elle parle de Zeus même si notre divinité est Ra, voudrait détruire le monde actuel.

— Oui je sais, ce sont les Bélials4 qui l'ont comme divinité suprême, tandis que le nôtre est le dieu soleil, Ra, qui est notre unique divinité. Je crois savoir qu'ils ont également un dieu soleil, qu'ils appellent Hélios.

Amilius cherche ses repères dans le vieux livre à la reliure de cuir, ajuste machinalement ses lunettes et continue de lire comme il a l'habitude de faire ; lentement en mettant l'accent sur les mots les plus importants :

— Quand la portion divine qui est en eux s'altérera par son fréquent mélange avec un élément mortel considérable et que le caractère humain prédominera, incapables dès lors de supporter la prospérité, ils se conduiront indécemment, et à ceux qui savent voir, ils apparaîtront laids, parce qu'ils perdront les plus beaux de leurs biens les plus précieux, tandis que ceux qui ne savent pas discerner ce qu'est la vraie vie heureuse les trouveront justement alors parfaitement beaux et heureux, tout infectés qu'ils sont d'injustes convoitises et d'orgueil de dominer. Alors, le dieu des dieux, Zeus, qui règne suivant les lois et qui peut discerner ces sortes de choses, s'apercevant du malheureux état d'une race qui avait été vertueuse, décidera de les châtier pour les rendre plus modérés et plus sages. À cet effet, il réunira tous les dieux dans leur demeure, la plus précieuse, celle qui, située au centre de tout l'univers, voit tout ce qui participe à la génération, et, les ayant rassemblés.....

Il lève la tête, regarde son élève, qui ne semble pas remarquer qu'il manque une page dans le prestigieux livre et que c'est pour cette raison que son maître arrête de lire. Constatant que Leith écoute toujours et attend ce qui va suivre, il lui dit :

— Désolé mon garçon, le reste a été perdu il y a déjà très longtemps. Je ne m'y fait toujours pas, car j'aimerais, comme vous, bien savoir la suite. Il est cependant possible que la bibliothèque ait encore de vieilles archives qui contiennent le reste de ce récit, mais il faudra investir du temps et de la volonté pour les chercher. Vous revenez cet après-midi pour continuer ? On pourrait discuter un petit peu de ce qu'on a lu et lire les sept signes, n'est-ce pas ?

— Désolé maître, cet après-midi je comptais réviser mes leçons de mathématique, mais je vais d'abord dîner chez Abdubu, à l'estaminet “Les Jardines”, tout près d'ici.

— Vous mangez les plats Perse à présent ?

— Non maître, pas spécialement, il a aussi des mets d'ici, on y est bien et mes copains s'y trouvent pour discuter un petit peu.

— Bon appétit et à demain mon enfant.

— Vous de même et à demain maître.


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La ville d'Osuo est nommée d'après la rivière alimentant le lac Parfa et rejoignant depuis l'autre côté du lac le Saad, le fleuve qui, venant depuis les montagnes, rejoint la mer près de la ville et le port d'Amaki. La ville elle-même se situe au bord du lac là où la rivière le quitte pour joindre la Saad. La rivière Osuo coupe, en sortant du lac, la partie basse de la ville du même nom en deux, laissant ainsi les quartiers les plus modestes à sa droite dont les habitations s'espacent de plus en plus en direction de la mer pour graduellement se transformer en campagne avec des fermes de tailles diverses et maisons d'artisans. Sur la berge rive gauche il y a un boulevard qui prend, venant près du lac, une courbe pour longer le petit port de pêche et de plaisance. On pourrait s'étonner de trouver un port de pêche dans un pays où la majorité de la population est végétarienne par conviction5, mais ce n'est pas tout le monde qui est strictement pratiquant et il ne faut pas oublier les autres croyances n'ayant pas la restriction de respect pour tout ce qui vit. Entre la rive gauche de l'embouchure de l'Osuo et le port en demi cercle, il y a un parc d'une dizaine de stades6 de long sur une demie douzaine de stades de large, en principe réservé pour les promenades. On peut également y trouver des vendeurs à la sauvette, tolérés à condition qu'ils restent discrets. On y a dressé des statuts des différents héros locaux, des musiciens, deux écrivains, un compositeur, des rois, des reines et même quelques militaires. On trouve de l'autre côté du boulevard, c'est-à dire la partie de la ville entre le port et la ville-haute, la partie commerçante en forte pente. C'est là qu'on trouve les boutiques de tout genre, cordonniers, fleuristes, épiceries, boulangeries, quincailleries, coiffeurs, boutiques de meubles, des petits bistros de toute provenance et même un salon d'esthétique appartenant à une jeune femme dénommée Pénélope. Mais les bâtiments n'hébergent pas que des commerces, il y a également des ateliers d'artistes, des avocats et autres représentants. C'est dans cette partie de la ville qu'on peut trouver la résidence d'Amilius, astrologue, astronome et enseignant en physique. La plupart des bâtiments ont au moins un étage sinon plusieurs et c'est dans un de ces appartements qu'habite Leith, l'élève d'Amilius. C'est au coin d'une de ces ruelles que se trouve l'estaminet de Abdubu, “Les Jardines”, qui tient son nom du précédant propriétaire, originaire de l'état du même nom. Même qu'Abdubu a voulu en faire un petit restaurant Perse, comme il a eu dans son pays d'origine, il a dû tenir compte de la clientèle existante et surtout des habitués qui n'ont pas tous les mêmes goûts. C'est ici que se trouvent régulièrement Leith, les deux Macs, Celtes du nord et fidèles à leurs habitudes, un client que tout le monde connaît du nom de Jou-el dont personne ne le connaît par son vrai patronyme, Pénélope l'esthéticienne, et puis les commerçants du quartier. Les deux Celtes, Macdonald7 et Macintosh8, dont personne ne connaît le prénom et qu'on appelle en conséquence Macdo et Maci ou simplement les Macs, car on n'a jamais vu l'un sans l'autre, sont originaires du nord de l'île. Beaucoup de clients pensent d'ailleurs qu'ils sont frères ou même frères-jumeaux et ignorent qu'ils n'appartiennent même pas au même clan. (Les Celtes préfèrent utiliser le mot clan à la place de tribu, comme les gens de Mayra le font.) Quand Pénélope entre avec le journal sous le bras, les Macs ont déjà commandé leurs plats et consomment leurs premières chopes en les attendant. Pénélope les rejoint à leur table et écrie à Abdubu :

— Dubu, Dubu, un thé avec des glaçons en vitesse s'il te plaît, j'ai encore deux vieilles sous le masque.

Abdubu, habitué à ce comportement, car il sait qu'elle a à peu près vingt minutes devant elle, cherche quelque chose dans la glacière et le lui sert de suite.

— Salut ma grande, voilà ton Thé-Machin et fait attention de ne pas geler tes lèvres.

— Eh ! S'écrie-t-elle, t'as oublié les glaçons !

— Bois seulement, tu verras, ce thé n'est plus très chaud.

— Bèèh ! S'écrie-t-elle, il est tout froid, même gelé ! Que est-ce que tu as fait ?

— Simple, je savais que tu allais venir et j'ai préparé ton thé ce matin, que j'ai laissé à la glacière pour refroidir. Tu viens tous les midis comme un courant d'air boire ton thé en vitesse en réclamant des glaçons pour le refroidir. Veux-tu tes thés dans l'avenir comme ça ou les préfère-tu comme d'habitude ?

— Non ça va. Je le prends comme d'habitude.

Elle commence à ouvrir son journal, le replier dans un autre sens tel, qu'un article, qu'elle avait entouré d'un trait rouge, apparaisse bien visiblement et continue :

— Eh ! Vous avez vu ça ! Ils ont trouvé l'astronome-physicien Ar-Arart assassiné chez lui à son domicile à Poseidia.

— Ce n'était pas celui qui dirigeait les recherches sur l'anomalie d'Arcturus qui semble revenir avec une avance de dix-sept ans, demande Abdubu.

— Je ne m'occupe pas trop d'étoiles et leurs consorts, répond Macdo, mais je crois bien qu'elle ne soit pas la première disparition suspecte. La semaine passée, il y avait déjà une disparition du même genre et si mes souvenirs sont bons, il en avait d'autres auparavant.

— Je ne me souviens pas de détails, dit Maci, mais je crois bien qu'ils aient tous un point commun : ils travaillèrent tous de près ou de loin au même projet. Il me semble qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond.

— Oui, dit Pénélope, c'est ce que je crois, mais il faudrait peut-être demander à Leith, s'il vient tout à l'heure.

— Tu sais ce qu'il fait, demande Maci.

— Non, dit Macdo, il est gentil, discret et on le voit rarement le soir dans les estaminets, mais je ne sais pas exactement ce qu'il fait. Il me semble qu'il fait des études chez Maître Amilius, mais de quoi. C'est le mystère !

— Mais il n'a que seize ans, dit Pénélope. L'enseignement qu'il suit chez le maître est de l'ordre général, mais je ne connais pas non plus ses projets d'avenir. Dubu, Dubu, s'écrie-t-elle en direction de l'arrière salle.

— Eh ! Dubu, s'écrie-t-elle encore, est-ce que tu sais ce qu'il fait le Leith ?

Abdubu, qui a autre chose à faire que d'écouter les clients, se retourne étonné, car il n'a compris que partiellement la question et demande à son tour :

— Qu'est-ce qu'il y a avec Leith.

— On aimerait savoir ce qu'il fait ou plutôt ce qu'il voudrait devenir, demande Pénélope.

— Il m'a dit qu'il voudrait devenir enseignant-accompagnateur agréé chez les sauvages du continent Européen.

— Agréé, agréé, comment agréé demande Macdo.

— Tu sais bien, que l'éducation des Européens est un programme à long terme et n'est autorisé que les contacts par des personnes qualifiées9, dit Abdubu.

C'est pendant qu'ils continuent la discussion que Leith entre et se met à table avec les Macs et Pénélope.

— Salut tout le monde, ça va ?

— Salut, dit Maci, on parlait justement de toi, tu prends tes leçons chez le Maître Amilius ?

— Oui c'est juste, on parlait aujourd'hui du mythe de la fin du monde. Je me demandais justement si l'apparence dix-sept ans avant son calendrier de l'Arcturus n'a pas un lien avec lui.

— Tu n'as pas lu le journal, demande Pénélope.

— Non, dit Leith, est-ce qu'il y a quelque chose de grave ?

— Ils ont tué l'astronome Ar-Arart, lui dit Macdo.

— Bon sang, dit Leith, il travaillait justement à ce projet, je crains qu'il faille tout recommencer à présent. Il me semble qu'il y a quelque chose de bizarre, un centre de recherche et un observatoire astronomique ont été incendié et plusieurs physiciens et astronomes ont été tués ou disparus. Il se cache décidément quelque chose là-dessous.

— Recommencer, demande Pénélope, recommencer ? Comment recommencer ?

— Eh bien ! Dit Leith, il avait la tendance à travailler seul et il est à craindre que ces notes aient été détruites. Tu as le journal sur toi. Regarde le bien. Je parie que son atelier a été mis en sac. C'est sûr qu'ils aient voulu faire croire à un cambriolage qui a mal tourné.

Pénélope commence à lire l'article un peu plus attentivement que soudainement elle lève la tête et s'écrie :

— Merde, j'oublie l'heure, j'ai encore mes deux vieilles à débarbouiller. Leith, je crois que tu as raison, lis le reste du journal, je le laisse ici, je reviendrai plus tard le reprendre.


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Poseidia, avec ses deux millions d'habitants, à la fois la capitale du pays d'Alta et de la fédération et nommée d'après la divinité Poséidon, est une ville qui a su conserver ses remparts et fossés de défense d'antan. Même si la légende de sa création et celle de l'Atlantide dit que c'était Poséidon qui l'avait créé en même temps que le pays et l'île, la réalité est toute autre. On pourrait se douter que ses défenses soient conçues pour repousser les attaques de l'extérieur, car avant de l'attaquer, il faudra d'abord réussir à passer le fjord large à peine d'une soixantaine de stades, donnant accès à la mer intérieure au bord de laquelle la ville se trouve. Non, ces défenses ont été conçues, comme toutes les villes importantes dans le lointain passé, pour repousser les attaques des bandes de brigands. Dans le passé, la ville grandissante, plusieurs fossés et remparts ont été construits. Mais la ville avait, contrairement aux autres villes qui les avaient pour la plupart nivelées pour réutiliser l'espace devenu libre, conservés ses anciens fossés pour les convertir en ports maritimes.

Du mur de défense extérieur ne subsiste que des morceaux çà et là où ils ont pu trouver leur intégration dans les constructions et ruelles assez denses. Seules restent visibles de ce mur les structures de la porte maritime10, laquelle servait jadis à bloquer l'accès de ville par le canal aux bateaux et nageurs. En ce qui concerne le centre-ville, là il n'y a plus d'habitants depuis longtemps. Le centre lui-même ne sert que de résidence royale, les services du roi, les bâtiments religieux ainsi que l'arène servant au combat de taureaux destinés aux sacrifices rituels. Ensuite on y trouve quelques résidences de nobles, les champs de course, les services d'état, la police d'état et fédérale et le commandement de l'armée. Le troisième anneau ne sert essentiellement que d'espace abritant des bureaux et surfaces commerciales. C'est dans le deuxième anneau, la zone où résident les services d'état, qu'on trouve entre autres cette redoutable BSI ainsi que la BOS, la Brigade des Opérations Secrètes.

L'homme, connu uniquement par son nom de code “Ach”, grimpe les ruelles étroites de la cité administrative et s'arrête devant un bâtiment qui a été jadis le palais du consul. Une porte immense, vert-de-gris, se dresse devant lui, haute d'au moins douze pieds et large de plus de dix. Les battants semblent très lourds, en métal semblant de l'airain, dans lesquels sont enfoncés d'énormes clous. Il sonne. Les vantaux s'ouvrent de l'intérieur et il entre dans la cour en suivant les colonnades d'un pas vif. Parvenu à l'autre côté de la cour, il monte l'escalier qui se trouve là et pénètre dans une pièce aux dimensions démesurées. Le sol de marbre est légèrement veiné de rose. Il fait très doux ce troisième jour Lion11, presque chaud. Un silence épais l'enveloppe, parfois coupé par des pas feutrés d'autres employés sous les arcades du palais. Ses pas résonnent dans la grande salle. Il passe entre les rangées des trente et un piédestaux, colonnes coupées à trois pieds de hauteur, sur lesquels reposent des bustes de la dynastie Ra-Ta qui règne depuis les quarante derniers siècles. Il prend une chaise et s'assoit, sans le demander, à une table mariant parfaitement le décor fastueux exprimant une richesse excessive et salue son interlocuteur.

— Bonjour Aker.

— Bonjour Ach, vous allez bien ? Vous vous êtes assuré de ne pas être suivi ?

— Non, seul le portier m'a vu, mais il est des nôtres.

— Avez-vous du nouveau ? Votre part de l'opération “Silence” se déroule comme prévu ?

— Bien sûr, cher collège, il est bien attendu que je n'ai pas effectué les démarches moi-même, mais j'ai dû les déléguer à un membre de la BOS.

— En effet, je viens de m'en apercevoir en lisant le journal en vous attendant. Y a-t-il d'autres personnes dans votre secteur à s'en occuper ?

— Non, il n'y a pas de danger tout de suite, Alpha avait bien des élèves, mais j'ai pris des dispositions de surveillance pour ces derniers.

— Bon, passons au sujet suivant. La ville d'Osuo, capitale du pays de Mayra, vous la connaissez ?

— Oui et non, c'est à l'est, mais je ne suis jamais allé par là.

— Bon, vous le savez donc bien et si vous ne le savez pas encore, vous le saurez maintenant. L'opération “Silence” a été mis au point pour faciliter l'évacuation d'une part des habitants choisi par notre roi. Le but est d'évacuer le maximum de gens sans créer de mouvement de panique au sein de la population. La nouvelle de ce qui va arriver, telle qu'elle avait été calculée par Alpha, ne doit sous aucun prétexte être divulguée. Est-ce clair ?

— Oui !

— Comptez-vous aller vous-même à Osuo, ou est-ce que vous avez des contacts là-bas ?

— Non, je vais me servir des agents placés là-bas, ils sauront mener l'opération. Vous avez des suspects, mise à part Zeta, dans cette ville ?

— Il convient peut-être de surveiller ses élèves, dont parmi eux il y a un garçon de seize ans qui est très doué. Une autre chose qu'il faut s'occuper c'est la bibliothèque là-bas. Ils ont, à ce qui paraît, encore une très impressionnante archive d'anciens textes en sous-sol. Vous ne prendrez pas d'action dans l'immédiat, surveille-la et si un suspect y entre pour les consulter, n'hésitez pas à faire le nécessaire.

— Il me semble que je connais le garçon. Il est venu ici à Poseidia prendre des leçons chez Alpha. On l'a signalé accompagné d'une fille d'à peu près son âge. Une fort jolie fille d'ailleurs avec des cheveux jais luisant et des yeux bruns en amande, tout comme la fille du roi Bel-Ra.

— C'est ça. Mais ce n'était pas une ressemblance. C'était bien elle ! Nous ne savons pratiquement rien sur elle, à part qu'elle à dix-huit ans, qu'elle s'appelle Ussa et des sottises que les journaux racontent. Ils ont d'ailleurs bien noirci des pages pendant qu'elle s'affichait ici avec un garçon de son pays ! Les sbires de Bel-Ra ont fait un bon boulot, impossible de rapprocher ces deux-là à moins d'un stade. Ne la touchez surtout pas, notre roi, aussi dominant qu'il soit, ne connaît aucun pardon et ce sera le châtiment suprême : une mort lente s'étalant sur cinq ans et excessivement douloureuse !12

— Mais, ça pourrait être un accident. C'est vite arrivé un accident, n'est-ce pas ?

— Vous n'avez pas ma bénédiction et en cas de problème.... Je ne vous connaîtrais plus. En ce qui concerne le garçon ; je ne crois pas qu'il soit dangereux, mais je ne vais pas pleurer sur son cadavre s'il lui arrive quelque chose. Puis, la fille, oubliez la. Je ne pourrai plus vous protéger avec un nom de code. Je serai obligé de vous dénoncer. La mort lente et douloureuse ne m'intéresse pas ! J'espère avoir été clair, n'est-ce pas !

— Une dernière chose, le temple. Qu'est-ce qu'on fait ?

— Vous faites allusion au temple d'Ozin, qu'on utilise pour communiquer avec des morts et les ancêtres ?

— Oui c'est ça.

— C'est une bonne idée, mais on ne pourrait enregistrer que les propos exprimés dans ce temple. Comme vous devez le savoir, les communications télépathiques utilisées par ce procédé ne peuvent jamais être interceptées et ce sont justement celles là qui nous intéressent le plus. Mais je crois que l'enregistrement des paroles exprimées sera suffisant. Ça nous donnera une idée de quoi dont ils parlent et il suffit ensuite d'intervenir ou de suivre les suspects si le sujet de leur conversation entre dans le cadre de l'opération “Silence”.

— Je vous tiendrai au courant de la suite des opérations.

— Vous pouvez disposer.

L'homme portant le nom de code “Ach” sort lentement de l'immense salle de réunion, marche pensivement, passant sous les arcs, descend l'escalier, traverse la cour et se fait accompagner par le gardien jusqu'à la grande porte d'entrée.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Le mythe de la fin du monde.

Amilius, qui se levait de bonne heure ce matin du quatrième jour Lion pour observer le ciel avant qu'il ne devienne trop clair, descend l'escalier, menant à son observatoire en forme de dôme aménagé dans une partie du grenier, pour rejoindre son atelier pour y attendre son élève. Il pose ses notes sur la table faisant à la fois office de bureau et de table à dessin. Dans la pièce on trouve également des tables de rangement long de certains murs avec des objets divers et hétéroclites, un astrolabe par ci, un télescope à moitié démonté attendant la réparation par là, un globe représentant la Terre, un livre avec des tables logarithmiques, ouvert à une page de chiffres allant de 10 000 à 10 200, une carte du ciel et même un dictionnaire de formules mathématiques. Il se rend, après avoir déposé ses observations de ce matin sur la table, à l'étagère-bibliothèque de l'autre côté de la pièce et y prend un livre de référence d'objets célestes. Il commence à le feuilleter et se rend compte que les références qu'il cherche ne s'y trouvent pas. Il se lève de nouveau pour prendre un autre livre et c'est à ce moment que son élève, Leith, fait son entrée.

— Bonjour maître, je vous surprends en plein travail ?

— Non mon garçon, je venais justement vérifier les coordonnées des étoiles que j'ai pu observer ce matin.

— Vous avez fait à nouveau des calculs concernant Arcturus ?

— Oui, c'était bien mon intention en tout cas, mais je n'ai pas pu voir tout ce que je voulais.

— Sans être indiscret, qu'est-ce que vous comptez voir exactement ?

— Il n'y a rien d'indiscret dans votre question, mon garçon. Je voulais prendre les coordonnées exactes de grandes planètes pour pouvoir calculer la trajectoire d'Arcturus, mais j'aurais dû veiller toute la nuit pour les avoir. Je me suis donc levé trop tard ce matin. Certaines d'entre elles n'étaient déjà plus visibles à l'heure où je gagnais l'observatoire.

— Est-ce que Ar-Arart ne les avait pas déjà calculées ?

— C'est juste mon garçon, mais comme vous devez l'avoir appris dans les journaux, son atelier-bureau a été entièrement mis à sac et les documents les plus précieux ont disparus. Malheureusement il ne me les avait pas encore fait parvenir.

— J'ai confiance en vous, maître, que vous arriviez à refaire ses calculs. Vous allez certainement faire d'autres observations cette nuit n'est-ce pas ?

— Bien sûr mon enfant, j'espère bien avoir tous les renseignements dès demain et pouvoir compléter mes calculs. À propos de vos leçons de mathématiques, vous avancez bien ?

— Oui maître. J'apprends comment me servir des tables logarithmiques et des tables de conversion d'angle pour pouvoir calculer les positions et distances d'objets célestes.

— C'est bien, mais sachez qu'il vous faudra beaucoup d'expérience et d'exercices avant de maîtriser parfaitement cette matière. En ce qui concerne les leçons d'hier, avez-vous encore des questions les concernant ?

— Oui maître, une toute petite. La phrase : « Quand la portion divine qui est en eux s'altéra par son fréquent mélange avec un élément mortel. » S'adresse-t-elle aux fréquents mélanges de sang royal avec la population ?

— De toute évidence ! Même s'il y a des rumeurs persistantes concernant des mariages frère-soeur dans le passé, la vérité là-dessus n'a jamais pu être prouvée. C'est sûr que les mariages nièce-neveu, cousine-cousin étaient et sont toujours fréquents. Mais depuis les derniers siècles, les mariages entre les familles royales et des enfants du peuple sont devenus de plus en plus fréquents. Vous pouvez d'ailleurs prendre comme exemple la dynastie de Ra-Ta, ces ancêtres régnèrent presque millénaire, mais à l'heure qu'il est, ils n'atteignent un âge à peine plus que les mortels.

— Ne trouvez-vous pas que ça correspond bien à la prédiction des textes sacrés maître ?

— Malheureusement oui, mon garçon. C'est pour cette raison que je me suis intéressé à la trajectoire d'Arcturus. Je crains, comme vous l'avez déjà dit pendant vos leçons d'hier, que c'est bien elle l'étoile tombant de la prédiction.

— Ce n'est pas seulement ça maître, mais il y a d'autres signes qui semblent correspondre.

— Je vais vous lire d'abord les sept signes avant que nous continuions à discuter. Il y a d'abord les deux premiers qui parlent tous les deux d'un chevalier barbu. Avez-vous une idée de quoi il s'agit ?

— C'est certainement une comète, parce que c'est ainsi qu'on les appelait depuis la nuit des temps. Il signifiait pour les gens jadis, maintenant pour des superstitieux, le messager de malheur.

— Oui c'est ça. Continuons avec la lecture des sept signes.

Amilius se lève, va vers l'étagère-bibliothèque, mais constate que le livre qu'il cherche se trouve toujours sur la table avec une marque-page à l'endroit où il avait arrêté la lecture la veille. Il prend le livre, l'ouvre à la page marquée, ajuste avec un geste machinal ses lunettes et poursuit la lecture en faisant une petite pause entre chaque signe :

— Premier signe : quand les petites se partageront Poissons et Bélier et leurs grandes soeurs la Vierge et Balance, le chevalier barbu rejoindra Arès13 en Verseau. Deuxième signe : le chevalier barbu reviendra plutôt que prévu dans le signe du Bélier. Troisième signe : une étoile bleue apparaîtra et deviendra visible pendant la journée. Quatrième signe : les gens se révolteront et s'opposeront aux classes dirigeantes. Cinquième signe : la population se détournera des vertus divines et commencera à vénérer le veau d'or et les jeux. Sixième signe : on découpera le pays des rubans de la pierre coulée14, telle une toile d'araignée. Septième signe : l'eau des rivières tournera en sang.

— Maître, puis-je conclure, si j'ai bien suivi la lecture, que le chevalier barbu n'est d'autre que l'Arcturus ? Il me semble bien qu'il ne soit attendu que dans dix-sept ans ?

— Oui, c'est bien ça que je comptais vérifier mon garçon. C'est pour cela que j'ai besoin des coordonnées exactes des étoiles et d'établir une position astrologique il y a cent-trois ans. C'est ainsi que je peux comparer la carte astrologique de l'époque avec le premier signe de la prédiction. En ce qui concerne le deuxième signe, Arcturus est bien apparue dans le signe du Bélier.

— Le troisième signe, maître, l'étoile bleue, l'avez-vous repérée ?

— Oui, je le crois. Ce n'est sûrement pas une planète qui devient visible le jour, tel que Aphrodite15 qu'on peut parfois observer tôt le matin ou juste avant le coucher du soleil, mais une étoile qui explose16. Vous devez savoir, si vous avez bien retenu vos leçons précédentes, que certaines étoiles très brillantes explosent parfois et disparaissent ensuite. Une telle étoile devient visible le jour pendant une semaine environ, parfois plus, parfois moins. Il y a, en effet, en ce moment une étoile qui devient de plus en plus brillante de jour en jour dans la constellation de la Lyre.

— Bien compris maître, en ce qui concerne le quatrième et le cinquième signe, l'observation du comportement populaire suffit à me convaincre que c'est bien ça qu'elles aient voulu dire. Pour les révoltes, ce sont surtout les jeunes qui s'opposent aux guerres que le pays mène aux quatre coins du globe, car ils n'acceptent plus l'attitude dominante de la classe dirigeante. Pour les jeux, pas de commentaire, il suffit de voir comment les joueurs de pelote17 de la dernière compétition ont été vénérés. En ce qui concerne le veau d'or, c'est bien le matérialisme de la population, son attitude d'accumuler des objets divers, représentant la richesse qui symbolise à mes yeux le veau d'or. Le sixième signe, ce sont peut-être les routes, qu'on ait construites à tort et à travers dans tout le pays, ou est-ce que je me trompe ?

— Je suis tout à fait d'accord avec vous, mon enfant. En ce qui concerne les rivières tournant en sang, il faut peut-être dire qu'elles se colorent en rouge. Il arrive en fait que des mouvements telluriques et des petits tremblements libèrent certaines matières qui pourraient bien provoquer cette coloration des sources et de ce fait l'eau des rivières. Ce n'est pas nouveau, c'est déjà arrivé, mais n'est absolument pas prévisible. Vous pouvez, en ce qui concerne la vénération du veau d'or, d'ailleurs constater, si vous vous souvenez bien, que les Hébreux vénèrent effectivement un veau d'or et même si cela est contraire à leur dogme religieux.


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Angélique, Julien, leurs copains et copines se sont retrouvés sur la plage d'Étretat devant leur cabane de location des planches18 à voile profitant des quelques rayons de soleil de ce mois d'août. Angélique ne participe pas aux babillages, elle a mis son baladeur et écoute de la musique. Soudainement une des filles, Alice, la secoue et lui demande :

— Que est-ce que tu écoutes ? Encore un de tes vieux trucs ringards, je parie !

— Oui, c'est sûrement Miles machin ou Sidney truc, dit André.

— Ce machin s'appelle Miles Davis, un trompettiste de jazz et le truc s'appelle Sidney Bechet, que tu devrais sûrement connaître, sinon tu manques sérieusement d'éducation culturelle, lui répond Julien.

— Angélique, dit Alice, Angélique passe-moi tes écouteurs, je veux savoir ce que tu écoutes.

Angélique, qui avait enlevé les écouteurs entre temps, remet l'album qu'elle venait d'écouter au début et les lui passe. Alice met les écouteurs à son tour et entend les Pogues entamant justement le premier numéro de l'album, également le titre, “If I Should Fall From Grace With God”. Elle se lève en esquissant des petits pas de danse sur la plage de galets en se tordant presque une cheville et crie :

— C'EST QUOI, CETTE MUSIQUE ?

— Arrête de crier, on n'est pas sourd !

— QUOI ?

— Arrête de crier et enlève tes écouteurs avant de répondre, dit Julien.

— QUOI ?

Alice qui continue à écouter, n'entend pas ce que ces amis lui disent et continue ses pas de danse pendant que les Pogues continuent avec “Turkish Song Of The Damned”. Elle demande de nouveau :

— C'EST PAS MAL, C'EST QUI ?

C'est alors André qui se lève et lui arrache les écouteurs et lui dit :

— Mais enlève ces trucs quand tu parles, tu ne comprends rien de ce qu'on te dit et tu gueules.

— Meunon, je ne gueulais pas. C’est qui ce groupe ?

— Mais si tu gueulais, c'est toujours comme ça si on parle avec un baladeur en marche, lui dit Julien.

— Ce sont les Pogues, un groupe irlandais des années quatre-vingts, répond Angélique. J'ai trouvé ce disque dans la collection de mon père. Je lui ai piqué ses deux CD de ce groupe ainsi qu'un de Celtica19. Il ne doit pas souvent les écouter, parce que ça fait un an que je les ai. Je ne me souviens plus du titre, il y a quelque chose avec Grace et God, mais c'est tout ce que je me souviens.

— Angélique, ton frère m'a dit que tu as fait un rêve assez bizarre, demande André qui a visiblement envie de changer de sujet. Tu étais, à ce qui paraît, une princesse de l'Atlantide qui se noyait n'est-ce pas ?

C'est ainsi qu'Angélique ira narrer son rêve, précisant qu'elle n'a pas retenu tous les détails, à ses amis. Son frère, Julien, lui assiste. Il se souvient mieux de certains détails de ce qu'elle lui ait raconté pendant la nuit.

— Tu crois que l'Atlantide a vraiment existé, demande Alice.

— Je ne sais pas, répond Angélique, mais certains détails étaient trop nets. Il y avait par exemple les bateaux dans le port. Ils avaient tous des ailes en guise de voiles, tel que le deuxième bateau de Cousteau les avait. Les seuls bateaux avec voiles ordinaires étaient des petites embarcations de pêche. Il y avait aussi la voiturette du détective, il n'y en a pas de semblable en France en ce moment. Elle ressemblait un peu à ces tricycles d'après-guerre fabriqués par les Italiens et les Allemands, mais je ne les ai jamais vus en réalité, seulement dans un livre traitant de l'après-guerre.

— Mais l'Atlantide, n'était-elle pas une île grecque, demande Alice.

— Je n'en sais rien, répond Julien à la place d'Angélique, mais je crois que c'était Platon qui l'avait mentionné.

— Je me doute un petit peu que ce soit une île qui tient dans la Méditerranée, dit Angélique, car dans mon rêve il fallait faire un voyage assez long pour arriver au port. Quelque chose comme d'ici à Paris et une île d'une telle taille prend tout de même de la place !

— Tu m'avais raconté cette nuit qu'il y avait un plan d’évacuation vers le continent de l'Europe. On peut donc supposer qu'il s'agit d'une île dans l'atlantique, dit Julien.

— Tu devrais peut-être aller à la bibliothèque, lui dit Alice, pour consulter de la documentation ou voir sur Internet.

— C'est une bonne idée, répond Angélique, j'y vais cet après-midi. Je crois bien, que c'est ouvert.

— Il y avait un type au salon du livre d'Andé, lui dit Alice, qui vendait des posters et des livres sur l'Atlantide, mais je n'ai aucune idée d'où il vient ni où il habite. Tu pourrais peut-être contacter les organisateurs ou la mairie de là-bas pour le savoir.

— C'est où, Andé ?

— Dans le département de l'Eure, au bord de la Seine, pas loin de la cité nouvelle de Val de Reuil et Louviers, sinon prends une carte routière et regardes !

— Mais, c'est loin !

— Tu ne sais pas te servir d'un téléphone ou quoi ?

André, las d'écouter la discussion, saisit le baladeur numérique d'Angélique, met les écouteurs, les enlève aussitôt et s'écrie écoeuré :

— Bèèèh, tu écoutes des trucs pareils ? C'est vieux, c'est pour papys, c'est ringard, c'est nul, comment peut-on écouter ça ?

— Tu parles de musique, répond Angélique, les trucs que tu écoutes sont comme tu vides un conteneur de recyclage de verre en bas par l'escalier. Moi, je n'aime pas tes trucs à toi, chacun ses goûts mon pote. Et rends moi mon baladeur s'il te plaît.

— C’est ça dit Alice, et puis n’oublie pas les gueulés du concierge un bas de l'escalier qui ramasse la marchandise à la figure.

— Elle n'aime pas trop le RAP non plus, dit Julien, un ou deux numéros ça va, mais après....

— Oui, dit Angélique, ce n'est pas de la musique, c'est de la lecture de journaux évoquant les problèmes de banlieue en accéléré sur un fond sonore.

— Ou des insultes, du sexe et de la violence, si tu écoutes cet américain M ou N quelque chose, ajoute Alice.

— On s'en va, demande Julien en regardant sa montre. Est-ce que quelqu'un vient avec nous se taper une petite bouffe ? On pourrait se revoir cet après-midi.

— Sans moi, répond Angélique, je prends quelque chose à la maison et je vais ensuite à la bibliothèque comme t'avais suggéré pour vérifier les trucs que j'ai rêvés cette nuit.


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Leith, qui vient de terminer ces leçons du matin chez Maître Amilius, remonte la rue en passant devant la petite boutique de Pénélope, qu'il salue en passant, pour se rendre à l'estaminet d'Abdubu. “ Les Jardines ” n'est pas très grand et se trouve à l'angle de la rue. Sa porte d'entrée a comme curiosité qu'elle fait l'angle de l'immeuble. Cet édifice, dont l'angle est arrondi, a également des appartements à l'étage ayant des fenêtres avec un petit balcon dans l'angle, comme la porte juste au-dessous d'elles. L'exploitant y habite, ainsi qu'un étudiant et un employé de commerce. Leith entre, jette un regard circulaire et constate, sans pour autant remarquer ce client banal, même trop banal, assis à une table bien discrète faisant le coin de la salle, qu'il y a encore peu de clients et se dirige vers la table où ils se trouvent Abdubu et Jou-el en discussion. Il s'assoit et leur demande :

— Bonjour, ça va ? Je suis un peu tôt pour le casse-croûte, n'est-ce pas ?

— Ça va, lui répond Abdubu, ce n'est pas toi qui es trop tôt, mais ce sont les gens qui ont un peu de retard aujourd'hui. Tu prends quoi ? Comme d'habitude ?

— Ça t'arrive de prendre autre chose, lui demande Jou-el.

— Oui, lui répond Abdubu à la place de Leith, mais mes plats du jour lui conviennent rarement. Il est végétarien et tient à ses principes.20

— C'est ça, lui dit Leith, la religion d'ici interdit en principe la consommation de la chair, mais la plupart des gens ne la pratique qu'aux occasions spéciales telles que naissances, mariages et enterrements.

— Y a-t-il des exceptions, lui demande Jou-el, qui n'est pas pratiquant.

— Il y en a, lui répond Leith, c'est en cas de nécessité, mais on doit une prière à l'intention de l'âme de la bête tuée pour s'excuser de lui avoir pris sa chair21.

Leith, qui venait de terminer ses leçons, a visiblement envie de changer de sujet et demande :

— A-t-on des nouvelles concernant d'Arcturus et l'assassinat de Ar-Arart ? Car, il me semble, continue-t-il, qu'elle se rapproche de jour en jour. Elle viendra bientôt visible de jour et il sera trop tard pour faire quelque chose en cas de problèmes.

C'est Jou-el qui lui donne un coup de pied sous la table et désigne discrètement l'étranger assis à la table dans le coin en mettant son doigt sur les lèvres. C'est en ce moment que les deux faux jumeaux et vrai Celtes font leur entrée. Ils s'assoient à la même table que Leith et Jou-el et c'est Maci qui demande :

— Salut Leith, salut Jou-el. Eh ! Abdubu porte nous une tournée, et continue en s'adressant à Leith, alors, tombera-t-elle ou tombera-t-elle pas ?.

C'est alors que Jou-el se voit obligé de répéter le même geste de tout à l'heure aux deux Macs pour désigner l'étrange visiteur assis seul à la table du coin pour leur signaler de changer le sujet de la conversation.

— Alors, dit Macdo qui a compris le geste Jou-el, elle vient, la Pénélope ?

— Je ne sais pas, dit Leith, je suis passé devant sa boutique tout à l'heure et elle avait une cliente, mais je pense qu'elle ne tardera pas à venir.

Les hommes continuent la discussion sur les fréquentations de Pénélope, une fille célibataire qui ne semble pas trouver chaussure à ses pieds, et ils ne remarquent pas que l'homme, l'étranger un peu trop banal, s’est levé de sa chaise et a demandé une communication dans la cabine d'où vient un monologue à peine audible :

— Allo ?

— Bonjour, c'est Ach, passez-moi Aker s'il vous plaît.

— Oui.

— Oui.

— Non.

— Oui, suspect IV en sait déjà trop et le mot commence à se répandre parmi la population.

— Oui.

— Non.

— Certainement, je prendrai les démarches de suite.

— Non.

— Bien sûr, je ne l'exécuterai pas moi-même. Je prendrai également des mesures de surveillance pour son élève, il ne sais pas encore trop, mais une surveillance ne sera pas un luxe.

— Oui bien sûr.

— Bien sûr, s'il va fouiner dans le sous-sol, je ferai le nécessaire.

— Pardon ?

— Non, je serai prudent, ici personne ne me connaît de toute façon.

— Oui, je vous contacterai dès que j'ai du nouveau.

— Oui, à bientôt.

L'homme sort de la cabine, paye la communication ainsi ses consommations, puis sort de l'établissement en butant sur Pénélope qui vient d'entrer. Elle suit des yeux l'homme qui vient de sortir sans s'excuser d'un regard interrogatif et lance à ses copains pendant qu'elle s'assoit :

— C'est qui, ce type-là ? Il traîne dans la rue devant chez moi à longueur de journée.


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Poseidia, au siège de la BSI, l'homme connu par son nom de code Aker passe sous les arcades, descend le grand escalier au fond de la cour et longe les colonnades pour entrer dans le bureau du chef des opérations des groups “A” et “B” nommé ainsi à cause de la première lettre des noms de code des agents. L'homme, d'un grade équivalant d'un colonel et uniquement connu du nom de code Seth, lui jette un regard froid et attend qu'il le salut dignement comme son rang l'impose.

— Bonjour monsieur, brigadier Aker pour vous servir, dit-il en faisant un salut militaire.

— Asseyez-vous Aker. Avez-vous des nouvelles d'Osuo. Avez-vous pu convaincre un de nos agents de s'y rendre lui-même pour mener les opérations ?

— Oui monsieur.

— Quel agent avez-vous envoyé là-bas ?

— Ach, monsieur. C'est tout ce qu'on avait de disponible en ce moment.

— Vous n'avez pas pu libérer un autre et l'envoyer à sa place ? Cet homme est capable de commettre les pires bêtises. Je ne veux pas être méchant avec lui, mais une balle, qu'on lui tire dans la tête, va mettre au moins trois mois pour trouver la moindre trace d'un cerveau ! Tout ce qu'il sait faire est de tuer et flinguer.

— Oui monsieur. L'opération “Silence” demande beaucoup de ressources en hommes et matériel et nous ne pouvons pas nous permettre de les retirer de leur poste. L'état de Mayra ne pose pas de risque majeur, même si la population semble soupçonner quelque chose. Les jeunes de cet état sont plutôt préoccupés par les guerres en cours en ce moment. En ce qui concerne Zeta, mon agent vient de me communiquer qu'il avait réussi à recalculer les données d'Alpha et d'en tirer la même conclusion. Nous ne pouvons pas nous permettre de conserver cet homme en vie. Son élimination a été décidé et va être exécuté dès aujourd'hui ou demain au plus tard.

— Bien ! Avez-vous autre chose ? Zeta avait, ou a toujours, un élève assez doué n'est-ce pas ?

— Oui monsieur. Il n'est pas dangereux pour l'instant, il ne sait guère plus que la population et ses compétences ne suffisent pas à recalculer les données de Zeta.

— N'est-il pas la même jeune personne qu'on avait signalé en compagnie de la fille unique du roi Bel-Ra ?

— Oui monsieur. C'est bien lui.

— Alors, faites attention. D'après nos informations, cette fille, elle s'appelle Ussa je crois, serait amoureuse de lui. Ce qui pourrait signifier qu'il est sous discrète surveillance des sbires de Bel-Ra.

— Oui monsieur. Je crois que Ach, avec son cerveau d'oiseau, a décidé des les éliminer en faisant croire à un accident. Il estime que cette fille en sait, selon lui, beaucoup trop.

— Oh malheur. On ne peut le rappeler et lui confier une autre tâche ?

— Non monsieur. Il ne communiquera qu'une fois ses démarches terminées.

— Faites tout ce que vous pouvez, vous savez bien, que vous êtes responsable de ce qui arrivera à cette fille. Vous savez très bien, qu'uniquement une réunion extraordinaire des dix rois peut décider sur le sort d'un membre d'une famille royale. En cas de problèmes, notre peau ne vaudra pas très cher. Bel-Ra et ses sbires sont parfaitement au courant de nos agissements. S'il arrive la moindre chose à sa fille unique, nous ne ferons plus partie du plan d'évacuation, car nous serons morts avant. Est-ce que je me fais bien comprendre ?

— Oui monsieur.

— Vous pouvez disposer. Et rappelle cet andouille avant qu'il ne fasse trop de dégâts.

L'agent Aker sort du bureau et se demande comment-il peut éviter les dégâts. Il remonte la cour en suivant les colonnades, remonte l'escalier et rentre dans son spacieux bureau à côté de la salle de réunion. Il prend la liste de ses agents sur le terrain et constate à son regret qu'il n'y a aucun agent dans l'état de Mayra qu'il peut contacter à moins de deux jours. Il ne peut même pas contacter ses propres agents, qui n'ont pas de moyen de communication personnelle par mesure de sécurité, mis en place pour éviter d’éventuels repérages. Une décision qui s'avère être conta-productif dans cette situation de crise. Il prend alors la seule décision qui lui paraisse la bonne à cet instant : il retire un agent actif dans la ville et l'envoie par express à Osuo en espérant qu'il trouve le dénommé Ach avant que celui-ci ne commette l'irréparable.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Attention !

Leith, Pénélope, Jou-el, les Macs et Abdubu se trouvent toujours à table en plein discussion. Les clients, habitués à venir manger le plat du jour à midi, commencent à venir un à un ou à plusieurs. Abdubu se lève et s'excuse auprès de ces amis et commence à servir les apéritifs à ceux qui le désirent. Les cinq amis continuent leur babillage habituel en passant en revu les différents personnages du quartier, quand soudainement, Pénélope, se rappelant le client qui venait de sortir, demande :

— Éh ! Vous avez vu ce type de tout à l'heure ? Je suis sûr que c'est un espion. Il ne fait d'autre que des allers retours dans la rue devant chez moi et la rue à côté, là où il habite Maître Amilius. Je suis sûr qu'il le surveille. Qu'est-ce que t’en pense Jou-el, toi qui connaît tout et qui sait tout sur tout le monde ?

— Oui, dit Maci qui répond à la place de Jou-el, j'ai remarqué d'autres comme lui par ailleurs, on dirait qu'il se trame quelque chose. Ce ne sont peut-être pas d'espions, mais sûrement des agents de la BSI.

— Je suis d'accord avec toi, lui dit Macdo, il me semble bien qu'ils tiennent Amilius à l'oeil.

— Désolé pour le coup de pied de tout à l'heure, dit Jou-el à Leith, mais je ne pouvais pas le faire autrement. C'est Abdubu qui l'a reconnu en premier. C'est probablement un agent de la BSI. Il me semble que je le connais. Puis, il n'est pas un de leurs meilleurs agents, si c'est bien lui.

— Oui, dit Abdubu qui venait tout juste remettre une autre tournée, il a bien pris une communication avec Poseidia. Ce qu'il est en soi déjà suspect, mais il me semble l'avoir entendu parler de suspect et d'exécuter ou d'une exécution.

— Mais tu voulais parler de quoi tout à l'heure, demande Jou-el à Leith.

— Oh ! C'est juste à propos de l'assassinat d'Ar-Arart. J'ai voulu savoir si quelqu'un d'entre vous a des nouvelles entre temps.

— Non, dit Pénélope, mais je crois avoir entendu parler de cette comète qui s'approche de jour en jour. Mais l'observatoire de Poseidia affirme qu'il n'y a aucun danger. Elle, cette comète donc, passera comme d'habitude très loin de la Terre. Regarde le journal de ce matin, il y a une demi-page sur cet événement.

— Je sais, lui dit Leith, j'ai entendu parler. Mais je ne suis pas trop sûr que ces articles parus dernièrement dans les journaux viennent vraiment de l'observatoire. Normalement cette comète, elle s'appelle Arcturus, a une trajectoire telle qu'elle vient entre Verseau et Poissons et repart entre Scorpion et Sagittaire et ne croise pas celle de la Terre. Mais le problème suivant se pose ; elle est revenue trop tôt et on ne sait pas pourquoi.

— Mais, dit Maci, n'est-elle censé revenir que dans dix-sept ans ?

— C’est ça, lui répond Leith, Maître Amilius m'a affirmé également qu'elle n'est devenue visible qu'en Bélier.

— Il me semble, dit Pénélope, qu'on ne peut observer Verseau en ce moment et on ne peut en conséquence pas pu observer l'arrivée d'une comète par là.

— Tu as peut-être raison, lui dit Leith, c'est pour cela qu'on l'a vu pour la première fois en Bélier. Ce qui m'inquiète par contre, c'est le fait que sa première apparence en Bélier correspond bien aux prédictions faites dans les textes sacrés.

— Les textes ne disent-ils pas que le pays sera détruite en une seule funeste jour et une terrible nuit, demande Abdubu, revenu pour prendre la commande et continue sans attendre une réponse :

— Tout le monde prend le plat du jour ? Il te convient aussi Leith, c'est un plat traditionnel du peuple Ibérique qui ne contient que des oeufs, du fromage râpé, des pommes de terre et des champignons, accompagné des légumes. Ça te va ?

— Oui, lui répond Leith, je l'en fais parfois moi-même, c'est une sorte d'omelette, n'est-ce pas.

— Cinq plats du jour, demande Abdubu, sans répondre à la question de Leith.

— Non, dit Maci, j'aimerais la même chose qu'hier.

— Désolé, je n'ai plus, je te passe la carte ?

— Non laisse, je prends le plat du jour.

— Boisson ? Une bière pour vous deux, dit-il en désignant de tête les deux Macs et continue :

— Péléope, un thé avec des glaçons, peut-être, lui demande-t-il et continue sans attendre la réponse de sa part : Leith, vin, cidre, un verre d'eau peut-être ?

— De l'eau, dit Leith, j'ai encore des leçons cet après-midi et j'aimerais rester sérieux.

— Jou-el ? Comme d'habitude ?

— Non, dit Jou-el, je prendrai une carafe de vin.

Les cinq amis continuent leur babillage et ragots qu'on raconte sur les habitants et commerçants du quartier jusqu'au moment qu'Abdubu revient avec les boissons. Il dit sans s'adresser à quelqu'un particulier :

— Il me semble que vos textes ne parlent pas seulement d'une destruction totale par une étoile tombant sur la Terre, mais également des tremblements de terre ainsi qu'un déluge.

— Oui, dit Leith, mais aussi qu'il y a des survivants.

— Tous ceux qui ont fui dans les montagnes, me semble-t-il, lui répond Pénélope.

— Tu es drôlement bien informé, dit Leith, comment sais-tu tout cela ?

— Eh bien ! Je discute avec mes clientes, il faut savoir parler de tout si on fait mon métier, mon grand !

— Chez nous il y a une légende similaire, dit Abdubu, mais il dit à la fin : « Après l'inondation, une nouvelle race, moins pêcheuse émergera pour repeupler la Terre ».

— Eh ! S'écrie Pénélope, visiblement désireuse de changer le sujet en s'adressant à Leith ; c'est quand, que tu te maries ?

— Me marier ? Moi ? Comment me marier ? Avec qui ?

— Mais avec notre petite Ussa ! La belle princesse de notre roi ! T'as la chance l'avoir comme copine.

— Mais, lui répond Leith un peu gêné par cette intrusion dans sa vie privée, tu crois vraiment ce que racontent les journaux à ragots ?

— On te verra bien comme futur prince, dit Macdo, un beau jeune homme comme toi, tu aurais autant de succès que ta belle copine.

— Non, nous sommes amis, sans plus. Je l'aime bien, mais pour me faire prince ? Je ne sais pas, répond Leith.

— Mais elle, lui dit Pénélope, elle est amoureuse de toi et n'a pas un caractère à laisser filer un beau jeune homme comme toi.

Pendant ses amis continuent à lui taquiner encore un moment, c'est Abdubu qui revient avec les plats et le silence s'installe petit à petit pour ne laisser place qu'à des bruits de couteaux et fourchettes sur les plats.


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Angélique, seule à la maison, regarde un peu incrédule, pendant qu'elle mange son sandwich qu'elle venait se faire, l'écran de son ordinateur. « Merde, 286 591 réponses ! » dit-elle pour elle-même, « J'en ai pour une année comme ça. » Elle commence à regarder les sites, d'abord une à une, puis d'autres en les prenant çà et là suivant les textes affichés. « Merde, et encore merde, » dit-elle de nouveau pour elle-même, « ce sont des sites à ragot, rien avoir avec ce que j'ai rêvé. » C'est alors qu'elle tombe sur un site relatant les discours de Platon concernant l'Atlantide. « Voyons, » dit elle pour elle-même, « il y a les dialogues de Timée et d'autres de Critias », puis elle note les références sur une feuille de papier. Elle commence à dresser la liste des éléments à vérifier, notamment les dates, car elle tombe entre temps sur un site relatant la date d'un déluge, a priori indiqué par un zodiaque dans le temple de Dendérah en Égypte, qui aurait eu lieu en 9792 ans avant Jésus Christ. « Voyons, » murmure-t-elle pour elle-même, « d'après ce site, Solon vivait à peu près trois cents ans avant Platon et l'histoire qu'il narrait était neuf mille ans avant cela. Ce qui nous amène à trois cents plus neuf mille plus la vie de Platon, qui était de quatre cents vingt-sept à trois cents quarante-huit avant Jésus Christ, ce qui me donne une plage de neuf mille six cents quarante-huit à neuf mille sept cents vingt-sept ans avant Jésus Christ. » Elle les note, souligne la date du zodiaque de Dendérah et y apporte une remarque : “à vérifier”. Elle continue encore un moment à fouiner les différents sites d'Internet, note les renseignements et compose le numéro de la bibliothèque, dont on pouvait entendre le monologue suivant :

— Bonjour madame. Angélique Leblanc à l'appareil. La bibliothèque, est-elle ouvert cet après-midi ?

— À quinze heures trente ?22 Bien sûr. Avez-vous de la documentation concernant l'Atlantide ?

— Quoi ?

— Oui, je connais Charles Berliz, mais Otto H Muck, je n'ai jamais entendu parler de lui. Oui, mettez-le de côté également. Non je ne les emprunte pas, je comptais les consulter sur place.

— Pardon ?

— Un livre sur la mythologie grecque ? Oui mettez-le de côté également.

— Quoi ? Un atlas des légendes et de l'astrologie ? Oui ce sera peut-être bien de l'avoir sous la main.

— Oui merci et à tout à l'heure.

Puis elle ferme le clapet de son téléphone mobile. Elle reste encore un moment songeur et commence à noter d'autres rêves dont elle se souvient encore. Pendant qu'elle passe un revu les rêves dont elle se rappelle le mieux, elle constate que certains d'entre eux ont un point commun. Ce n'est même pas un point commun, mais des points, car les rêves semblent avoir lieu dans la même ville, au bord d'un lac avec des rues étroites ayant des commerces de tout genre. Au milieu de ce qui lui ressemble à un bazar de moyen orient, il y avait un petit bistro fort sympathique au coin d'une ruelle en pente. Elle se souvient surtout de clients, car le soir, elle se souvient que c'était le soir, il y avait deux types à l'allure d'écossais qui jouaient de la musique. Parmi les clients il y avait aussi une fille d'une trentaine d'années, un homme d'un âge indéterminé, un homme d'origine de moyen orient qui était visiblement le patron du bistro et surtout, le plus important, un beau jeune homme de son âge. Elle prend un air songeur en pensant à ce jeune homme, dont elle ne se souvient pas bien de nom, Le, Li ou quelque chose de ce genre. Elle l'aimait bien, il était comme son frère, qui a deux ans de plus qu'elle, mais plus mince et une allure moins athlétique.

Angélique continue alors à prendre les notes de ces choses qu'elle juge important et se réalise qu'elle avait fait un autre rêve deux ans auparavant où il y avait également ce jeune homme, cette fois accompagnée d'une noiraude, chevelure jais luisant mi-long et aux yeux bruns en amande, dont elle se souvenait le nom, Ussa. Cette fille suivait, tout comme le jeune homme, un stage chez un type aux allures du sage dans la tourelle d'un jeu télévisé : Fort Boyard.

C'est maintenant qu'elle commence à noter sur une autre feuille les éléments clef du rêve de la veille, puis elle se demande si cette Ussa et la princesse, car Ussa en était une, qu'elle était dans son rêve, n'étaient pas une et la même personne. Pendant qu'elle note de ce qu'elle se souvient de son rêve, elle se dit pour elle-même : « Merde, comment s'appelait-il, ce garçon. Ils se tutoyaient tout de même et c'était quelque chose avec “Li” ou “Le”. Ah oui, j'y suis, c'était Leith, il s'appelait Leith et il suivait le stage pour devenir une sorte de sage. » Pensif, elle continue : « Cette Ussa plairait bien à mon frère. Elle était, est, peut-être, comme Mélissa, mais mieux foutu, mieux proportionné, sais ce qu'elle veut et ne souffre visiblement pas d'anorexie. » C'est ainsi qu'elle se rend, en prenant une petite sacoche avec ses notes, à la bibliothèque pendant qu'elle continue de rêvasser sur ce jeune homme, Leith, qu'elle aimerait bien rencontrer en chair et en os. En rentrant dans la bibliothèque, elle salut la dame faisant l'accueil :

— Bonjour madame.

— Bonjour, c'est vous la jeune fille qui me vient de téléphoner tout à l'heure ?

— Oui madame, c'est bien moi. Vous avez pu trouver les livres ?

— Je vous les ai mis sur la table là-bas. Consultez-les tranquillement, ce genre de lecture n'est pas très courant pour un jour d'été. Pourquoi faites-vous ces recherches ? À votre place, je profiterai du beau temps d'aujourd'hui et je resterai à la plage.

— Je suis curieuse, répond-elle, et continue à raconter son rêve de la veille et les autres qu'elle avait eus auparavant en mettant bien l'accent sur les étranges similitudes entre les différents rêves. Elle raconte ainsi le voyage en train, la soirée à l'estaminet, la formation chez le vieux maître et le fait que la princesse du stage et celle qu'elle était dans son rêve pourrait bien être la même personne.

— Il ne me semble pas qu'ils avaient une technologie aussi avancée que le nôtre, lui répond la bibliothécaire. Quoi que. Quoi que. J'ai un beau-frère qui est très porté sur les voyants et la voyance et il m'a parlé une fois de ce sujet si mes souvenirs sont bons. Il y avait un médium qui, à ce qui parait, fait mention de l'Atlantide pendant qu'il était en transe. Je crois qu'il était, il ne vit plus en ce moment, américain.

Elle se retourne vers son ordinateur, met le moteur de recherche le plus populaire en marche et entre : « medium american atlantis ».

— Vous avez oublié l'accent sur médium et américain, lui dit Angélique, et on écrit Atlantide non ?

— Non, lui dit-elle, « medium », « american » et « atlantis » sont des mots anglais. Lui était américain et il vaut mieux chercher les sites de langue anglaise.

— Mais mon anglais n'est pas aussi bon, dit elle, même qu'elle ait eu envie de répondre : je ne comprends que dalle.

— On se débrouille, sinon il y aura bien de sites en français.

Après quelques minutes de navigation et de visite de nombreuses pages internet, elles viennent de tomber sur un site avec des résumés sans baratin inutile.

— Vous avez peut-être raison, ils prétendent sur ce site que, selon ce médium, les atlantes étaient techniquement aussi avancés que nous le sommes aujourd'hui. Qu'ils avaient de la télévision, de la radio et même des transports publics et privés. Votre rêve avait peut-être raison, quand il faisait mention d'un voyage en train.

Angélique note le nom du site et s'assoie à la table avec ses livres. Elle restera là jusqu'au moment que la bibliothécaire lui demande :

— Vous revenez demain ? Il est l'heure je ferme.

— Non ça va, je viendrai un autre jour, lui répond Angélique, merci beaucoup quand même.


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Maître Amilius entend le bruit de la porte de son bureau-atelier et descend l'escalier menant à son observatoire aménagé dans une partie de son grenier où il a voulu voir si on pouvait observer cette étoile bleue de la journée, une qui explose comme ses observations de nuit lui avaient confirmé. Mais il avait constaté qu'elle n'est pas encore devenue visible à l'oeil nu à l'heure qu'il est. Quand il entre dans son bureau, il voit que Leith est déjà assis et lis un livre qui se trouvait par là. Il salue son jeune élève :

— Bonjour Leith, bien mangé mon garçon ?

— Bonjour maître, j'ai bien mangé, merci. Pour une fois le plat du jour me convenait, ce qui est rare. Vous savez, je tiens à la croyance de nos ancêtres et je ne mange pas de la chair.

— C'est très sage de votre part mon garçon.

— Vous venez juste de descendre de votre observatoire, maître, est-ce que vous avez pu observer quelque chose ?

— Non mon enfant, je comptais vérifier si cette étoile brillante était déjà visible de la journée, mais je n'ai pas pu l'observer. Une question d'une journée ou deux, je pense.

— Une autre chose, maître. Une question. Rien avoir avec les leçons. Avez-vous vu cette étrange personne qui traîne dans les rues, ici, près de chez vous ?

— Oui mon garçon, il nous observe. Faites attention et ne parle pas trop en public de ce que nous faisons ici.

— Mais, maître, ce sont des leçons tout à fait ordinaires. Pourquoi s'intéresserait-il à nous donc ?

— Je soupçonne qu'il soit un agent de la redoutable BSI. Ils surveillent tous ceux qui travaillent de loin ou de près sur l'apparence d'Arcturus. Ce sont peut-être eux qui ont tué Ar-Arart.

— Notre vie sera-t-il donc en danger ? C'est peut-être que vous avez été un des meilleurs élèves d'Ar-Arart, n'est-ce pas ?

— Je ne veux pas être prétentieux mon garçon, mais il y avait un bon nombre d'autres élèves et parmi eux des très bons.

— Il me semble, maître, que la plupart d'entre eux ont disparu en ce moment ou ont été tuées par des voyous ou dans des accidents suspects.

— Oui, malheureusement mon enfant. Puis le fait qu'ils travaillèrent tous au projet Arcturus n'est sûrement pas un hasard.

Le grand maître se lève et cherche le livre avec les textes sacrés, qui se trouve depuis ce matin sur la table de travail parmi des différents objets hétéroclites, ouvert à la page où ils avaient arrêté la lecture, et dit à son élève :

— Continuons avec la lecture des cinq premiers des sept fléaux. Nous faisons une lecture séparée des deux derniers.

Le maître prend son livre, ajuste machinalement ses lunettes, et commence à lire comme il fait d'habitude ; lentement en s'appuyant sur les mots les plus importants et faisant une petite pause entre les phrases :

— Premier fléau : les récoltes seront dévorées par des millions de criquets. Deuxième fléau : une nouvelle maladie apparaîtra et fera des milliers de victimes. Troisième fléau : il aura la soif, la faim, le Soleil et de la chaleur. Quatrième fléau : l'homme s'opposera à l'homme, la région à l'autre région, la religion à l'autre religion et la nation à l'autre nation. Cinquième fléau : Une étoile tombera sur la terre. Avez-vous de commentaires, ou même des questions, mon garçon ?

— Oui et non, maître. Je trouve qu'avec un peu de fantaisie on pourrait appliquer les quatre premiers aux événements tels qu'ils se produisent régulièrement partout sur la Terre.

— Mais on ne devrait pas les interpréter une à une et çà et là, mon garçon. Il faudra les voir en tant qu'une série d'événements consécutifs. Est-ce que vous vous souvenez d'une invasion d'insectes dévastateurs dans le pays ?

— Oui maître. Il me semble bien qu'il y en ait eu un particulièrement dévastateur il y a quelques années dans l'état d'Alta. Ils avaient la chance que ce n'était pas le pays en entier qui avait été envahie de criquets. Et si mes souvenirs sont bons, leurs récoltes avaient été perdues entièrement, pour les neuf dixièmes en tout cas. On peut donc considérer que ceci pourrait être le premier fléau.

— Très bien mon enfant, bien réfléchi. Avez-vous une idée pour le deuxième fléau ?

— Oui maître. Le deuxième n'est pas très difficile à deviner. Il s'agit de cette maladie d'oiseaux, transmissible à l'homme et qui ressemble à une grippe. C'est une maladie en provenance du pays du dragon, n'est-ce pas maître ?

— Oui mon enfant. Elle, la maladie donc, a été emmenée au pays par les soldats en permission de cette terrible guerre contre les Saneids23, faisant des millions de morts il y a quelques années.

— Auriez-vous une idée pour le troisième fléau, mon enfant.

— Vous faites, peut-être, allusion au fait que le climat semble de se réchauffer, n'est-ce pas maître.

— Oui mon garçon. Il y a certains qui attribuent ce réchauffement à l'utilisation intensive et excessive de l'énergie des étoiles, mais il pourrait que, se soit autre chose. Les sages et scientifiques ne le savent pas exactement. Les émeutes qui se déroulent de temps à autre ayant ce sujet comme raison, n'ont pas grande chose à voir avec ça, mais ils sont organisés pour des raisons politiques, pour faire opposition à la classe dirigeante.

— Oui maître. Il me semble que vous avez déjà répondu en ce qui concerne le quatrième fléau. Je crois d'ailleurs qu'il y a cet après-midi une démonstration de jeunes contre la guerre des Saneids.

— C'est cela, mon garçon. Cette guerre inutilement menée, fait bien trop de victimes parmi ces pauvres jeunes qui ont tiré le mauvais lot et qui n'ont pas assez de moyens pour acheter leur liberté.

— Oui maître, c'est bien cet ignoble individu de Ra-Ta qui veut montrer au monde entier que c'est lui qui commande. Mais cette guerre n'a à mes yeux aucun intérêt, ni militaire, ni commercial.

— Vous avez fait une bonne analyse, mon enfant. Vous vous montrez très sage pour votre jeune âge, je suis content de vous.

Amilius jette un regard circulaire autour de lui et voit qu'il avait mis le livre qu'il cherche juste devant lui. Il le prend, toujours ouvert à la page avec les sept fléaux, et en ajustant ses lunettes avec un geste machinale il continue la lecture :

— Sixième fléau : il y aura des tremblements d'une intensité telle qu'ils changeront le cours du soleil dans le ciel, des inondations extraordinaires, et, dans l'espace d'un seul jour et d'une seule nuit néfastes, tout ce que vous aviez de combattants, de richesses, de mortels tombés dans l'indécence, sera englouti d'un seul coup dans la terre, et l'île s'abîmera dans la mer, disparaîtra de même.

— Eh bien, maître. Je crois que l'étoile du cinquième fléau de la prédiction, n'est rien d'autre que Arcturus. Concernant le sixième fléau, il n'est pas très difficile à imaginer qu'une étoile, notre comète dans ce cas, provoquera des terribles tremblements de terre et des grosses pluies si elle tombe dans un océan. Il m'est, par contre, difficile à croire qu'une aussi grande île, comme la nôtre, peut s'enfoncer dans l'océan. Toute cette terre et tous les montages prennent tout de même la place. Comment sera-t-il cela possible ?

— Bien mon garçon. Vous avez raison de penser que tout ce que nous voyons aujourd'hui ne peut pas disparaître dans le neant, mais je dois encore vérifier des choses. Non seulement la position de certaines planètes et la dernière position de Arcturus, mais également voir ce que je possède en livres géologiques. Demain je vais vous remettre le double de certains de mes documents et les résultats de mes calculs que vous devez mettre en lieu sûr. Vous rentrez tout de suite chez vous maintenant ?

— Non maître. Je vais chez Abdubu, les Macs font une soirée de musique. Mais je ne comptais pas rentrer tard, rassurez-vous.

— Bonsoir mon enfant et à demain.

— À demain maître.


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Le long boulevard qui longe la rivière Osuo et continue, après avoir suivi une courbe, de longer le port et ensuite le lac Parfa, est normalement une artère plutôt tranquille. Pendant la saison sèche, les mois de Sagittaire, Capricorne et Verseau, on y trouve surtout des promeneurs et des gens en vacances. La circulation n'y est plus très dense depuis que la route de contournement avait été construite. Seules les livraisons, les transports publics et les voiturettes des citadins y circulent encore, qui donne un air de lieu touristique à la ville. Cet après-midi, par contre, il y a de l'agitation. Les jeunes de la ville commencent à se révolter contre les différentes guerres que la fédération mène principalement contre le peuple Hellénique et surtout celui, particulièrement meurtrière, contre le peuple Saneid. Même si la démonstration avait commencé pacifiquement sur la partie de l'artère longeant la rivière, des éléments perturbateurs commencent à s'introduire parmi les protestataires. Les unités anti-émeute de la BSI les attendent déjà à l'endroit où le boulevard prend une courbe, là où il se trouve l'embouchure de l'Osuo, le parc et l'entrée du port. Lorsque les premiers arrivent en face des policiers en tenu de combat, d'autres essayent de traverser la vieille ville, là où se trouvent les commerces, pour rejoindre le boulevard derrière les policiers. C'est en les voyant passer que les commerçants commencent à paniquer. Ils se souviennent très bien les dernières échauffourées, là où beaucoup de boutiques avaient dû laisser leur vitre ou pire. Même si la plupart d'entre eux ont mis des stores métalliques ou au moins une grille, il y a d'autres moins fortunés. On a parmi eux beaucoup de gens déjà âgés qui continuent à faire marcher leur boutique, plus pour meubler leur temps que gagner leur vie, mais aussi ceux qui avaient tout juste réussi à ouvrir leur commerce. La boutique de Pénélope est entre les deux situations. À cause des importantes réparations nécessaires depuis le dernier tremblement de terre, elle n'a pas encore pu se payer un store de protection. Elle a bien des panneaux de protection en bois, construit par les deux Macs, en cas de problèmes, mais elle ne peut les mettre seule. Sa dernière cliente partie, elle cherche désespérément dans la rue une personne pouvant l'aider. Malheureusement, tout le monde est occupé à protéger ses propres biens et elle commence à paniquer. Surtout quand elle voit passer les agitateurs de plus en plus nombreux dans sa rue. C'est alors qu'elle voit son copain de bistro, Leith, et l'interpelle avec une voix anxieuse :

— Oh Leith, tu tombes bien. Aide moi, s'il te plaît. Je n'arrive pas à accrocher mes panneaux de protection, ils sont trop lourds pour moi toute seule.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive Pénélope ? Je ne t'ai jamais vu comme ça, et t'a des larmes aux yeux.

— Oh Leith, j'ai tellement peur, continue-elle avec la même voix anxieuse. Il y a, à ce qu'il paraît, des casseurs et racketteurs des Belzebubs parmi eux. Ils ont déjà mis, il y a quatre ans, toutes les boutiques en sac de ceux qui n'ont pas voulu payer une somme de protection. Oh, j'ai tellement peur Leith, j'ai tout refait depuis le dernier tremblement de terre et ne pourrais pas me payer d'autres réparations. Qu'est-ce que je ferai sans ma boutique, c'est tout ce que j'ai mon grand ? Je n'ai rien d'autre !

C'est alors que ses émotions viennent trop forte, elle lui prend dans ses bras, met sa tête sur son épaule et commence à pleurer. Leith, un peu gêné par la réaction spontanée de cette jeune femme à peine plus jeune que sa mère, la laisse pleurer, la tient à son tour et préfère ne dire que des petits mots de réconfort. C'est ainsi que les deux Macs les trouvent quand ils remontent la rue pour se rendre à l'estaminet d'Abdubu. C'est Macdo qui les voit en premier et exclame :

— Hé, Leith. Tu fricotes la Pénélope maintenant ?

— Non, dit Leith un peu gêné, elle a peur et elle craint pour sa boutique. Elle n'arrive pas à accrocher ses panneaux de protection elle-même et elle a craqué.

— Amène la chez Abdubu, nous occuperons de sa boutique, lui dit Maci et continue s'adressant à Pénélope : les clefs de ta boutique ? Ils sont sur la porte ?

— Hé, as-tu un problème mec, s'écrie Macdo à un jeune homme qui s'apprêtait à entrer dans la boutique, et puis le saisit par le collier, le porte à bout de bras dehors comme s'il s'agissait d'un chiffon salle et le jette dans la rue en disant : va voir une porte plus loin, mec, si tu ne veux pas avoir des problèmes avec nous.

Les deux jeunes préfèrent ensuite rejoindre trois de leurs copains qui se trouvent devant une boutique asiatique. Les Macs entrent dans la boutique sans attendre la réponse de Pénélope et cherchent les panneaux dans l'arrière boutique pour les accrocher.

— Va, Pénélope, nous attendrons la fin de la démonstration et te suivrons après, lui dit Macdo.

— Tu vas mieux ? Tu n'as plus de clientes, demande Leith après un moment.

— Oui, ça va, lui répond Pénélope, j'ai encore des clientes, mais je m'en doute qu'elles viennent avec ce bordel qu'ils font en ce moment dans le boulevard en dessous.

— Si elles viennent, elles sauraient où te trouver de toute façon. Elles savent très bien que tu passes souvent chez Abndubu et elles viendront te chercher là, ne t'inquiètes pas, lui dit Leith. Les Macs font faire une soirée de la musique et tu pourrais rester un moment avec nous. Tu habites là et personne ne t'attend de toute façon.

— Malheureusement, non, dit-elle avec une petite voix, pourquoi n'as-tu pas dix ans de plus, tu me plais. Mais as-tu vu ça, dit-elle en retournant la tête vers l'autre bout de la rue. Des choses pareilles !

— Quoi donc, demande Leith.

— L'asiatique, celui du pays du Dragon, celui qui a des yeux bridés, la petite boutique là-bas. Il se balade avec un truc bizarre, deux bâtons attachés l'un à l'autre avec une chaîne, dont il vient de se servir pour assommer cinq types dans un temps d'éclair. Ils n'ont rien vu venir.

— Moi non plus, dit Leith, je ne vois que cinq corps par terre avec les gardes royales autour. En tout cas ce qu'ils verront maintenant, c'est une cellule de prison de l'intérieur.

— Allons chez Abdubu, dit Pénélope, les affaires sont foutues pour aujourd'hui.

— Tu dois sûrement une tournée aux Macs quand ils reviennent.

— Ils le méritent bien. Ce sont des gars sur lesquels on peut compter.

— Oui, lui dit Leith, et avec la carrure qu'ils ont, il ne vaut mieux pas chercher une dispute avec eux, comme les deux jeunes l’ont fait tout à l'heure.

Ils grimpent la petite rue jusqu'à l'estaminet, où elle oubli vite ses émotions de tout à l'heure, pour continuer, en attendant les deux Macs, les babillages habituels avec Abdubu et Jou-el qui vient également d'entrer.


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Le message.

Julien qui s'est levé plus tôt ce matin pour se rendre au club nautique où il joue le rôle de moniteur, non pas seulement pour meubler son temps, mais surtout améliorer l'état de son compte en banque, entend des petits bruits en provenance de la chambre de sa soeur. Il pousse la porte, met la tête dans entrebâillement et constate avec étonnement que sa frangine, d'ordinaire pas très lève-tôt, est déjà en plein travail.

— Salut mon ange, tu es tombé du lit ?

— Non, dit-elle, je me suis réveillé après avoir eu un nouveau rêve où il se trouvait ce garçon de mon âge. C'est sûrement sur l'Atlantide, puisque lui, il est un atlante et il était chez lui.

— Tu as fait un nouveau cauchemar alors ?

— Non, mais c'était tellement réel qu'on s'y croyait. Il habite, habitait peut-être, dans une sorte de studio aménagé dans le grenier d'une maison de ville.

— Comment sais-tu qu'il est atlante alors ?

— Il m'a dit. Je ne t'ai peut-être pas dit, mais j'ai rêvé auparavant de ce garçon. Je l'ai vu ensemble avec une fille un peu plus âgée que lui, à peu près ton âge donc, qui est, était peut-être, la fille unique du roi de son pays et suivait le même stage chez un vieux sage. Tu sais, un type comme celui du jeu télévisé Fort Boyard dans sa tourelle.

— Tu as parlé de quoi alors ? D'après que je te connais, tu as essayé de le séduire.

— Séduire ? Non. On a surtout parlé des dates et repères, car notre calendrier se base sur la naissance de Jésus et cette référence n'existait pas encore de leurs jours. Les noms de la semaine et les noms des mois non plus d'ailleurs. Il n'avait rien compris quand je lui disais qu'on était en mois d'août. Alors, il m'a demandé le signe zodiaque, le Lion donc, ce qu'il avait compris. Il me disait qu'ils, eux donc, étaient au cinquième jour Lion et qu'ils aient fêté leur solstice d'hiver il y a un peu plus de deux semaines.

— Ils étaient le 26 juillet donc.

— Le 27 peut-être, car je crois que Lion commençait le 22 de cette année, mais je ne suis pas sûr et il faut que je le vérifie. Regardant l'heure, elle continue : allons prendre le petit-déjeuner, sinon tu seras en retard pour le club.

Une fois seule dans la petite cuisine, car les parents, travaillant tous les deux, sont déjà partis, ils continuent leur discussion de tout à l'heure.

— Alors, dit Julien, trempant son craquotte24 dans son chocolat chaud, le mangeant et continuant avec la bouche pleine : tu crois qu'ils utilisent des dates bases sur l'astrologie ?

— Non, je n'ai pas dit ça. C'est ta conclusion, quoi que, ce n'est pas bête comme idée.

— En ce qui concerne nos noms de jours de la semaine et nos noms des mois, il ne faut pas t'étonner qu'ils ne les connaissaient pas, ils sont romains. C'est plus que probable qu'il va de même pour les noms des planètes, car elles aussi, ont été nommées d'après des divinités romaines. Il est par exemple fort probable que Vénus s'appelle Aphrodite chez eux.

— Mais, Julien, t'en sais des choses, comment fais-tu ?

— Tu sais, petite frangine, je lis aussi et pas seulement des journaux sportifs. Le reste c'est de la pure logique, l'empire romain n'existait pas encore à neuf mille ans avant notre ère.

— Il faut que j'essaye de repérer le moment à lequel qu'ils vivent et si ce moment correspond à la date de Platon ou celle du zodiaque de Dendérah.

— Zodiaque de Dendérah ? Où étais-tu chercher cela, demande Julien, je n'ai jamais entendu parler autrement que c'était un temple égyptien.

— Je l'ai trouvé sur un site internet qui parlait des déluges25, car ils, les mecs de ce site donc, étaient persuadés qu'il y en avait eu plusieurs. Ce zodiaque avait, à ce qui paraît, un lion dans une barque, dont la date a été estimée en 9792 ans avant notre ère.

Julien, désireux de changer le sujet, regarde l'heure et dit à sa soeur :

— Alors, ma petite soeur, je vais au club. Est-ce que tu viens aujourd'hui ?

— C'est probable mon grand frère, dit elle en mettant l'accent sur grand, je suis presque aussi grande que toi.

— C'est ça. Mais sais-tu où il y a le détail qui dérange ?

— Non ? Répond-elle faisant une mine étonnée.

— C'est dans le “presque”, ma petite soeur. À tout à l'heure.

Pendant qu'il se prépare, son gilet devenu obligatoire depuis quelques années, sa combinaison de natation, son sac d'ustensiles et des sandwiches qu'il avait préparés, sa soeur lui lance :

— Fais attention Julien, contre la noyade dans le bleu profond des yeux d'une suédoise, aucun gilet te sera utile !

— Tu ne risques pas grand-chose à ce point, ce sont surtout des Anglaises qui viennent chez nous. Mis à part que je préfère, tu le sais bien, des brunes et noiraudes. Mais toi, ne plonges pas trop vers les eaux profondes de ton Atlantide, depuis que tu nous rabattes les oreilles avec ton Leith.

— Meunon, mon grand. De toute façon le pauvre croit dur comme fer que je suis un ange blanc. En voyant que Julien a mis des sandwiches dans son sac, elle continue : tu ne reviens pas à midi ? Je vois que tu as préparé de la bouffe.

— Non, je mange sur place. Il risque de faire beau et on attend du monde aujourd'hui. Julien s'apprête à fermer la porte derrière lui, puis se retourne une dernière fois et dit : si ton Leith te croit ange, laisse le lui croire, il trouvera la vérité assez vite.

Angélique lui tire la langue pendant qu'il ferme la porte derrière lui. Elle regagne, une fois son frère parti, sa chambre et se remet à chercher et créer les documents qu'elle avait commencé ce matin à la première heure. « Voyons, » dit-elle pour elle-même, « le printemps commence d'après ce site tous les deux mille cent soixante ans dans un autre signe et, si je me le rappelle bien, Leith avait fêté le solstice d'hiver au beau milieu de Gémeaux. » Elle note ce fait et constate qu'il y a une différence de cinq mois et demi. « Bon sang, » dit-elle pour elle-même, « ça fait une différence de onze mille huit cents ans et de la poussière et correspond à peu près à la date de Dendérah. Bon sang, comment puis-je l'avertir ? » Elle continue, sans faire attention au temps qui passe, à noter, pour se préparer à toute éventualité, l'équivalence des noms Romains et Grecs. Au bout d'un moment, c'est en regardant l'heure qu'elle se dit : « Héé Angélique dépêche-toi, sinon ta matinée au soleil s'en va sans toi. » Elle prend ses besoins de plage et quitte la maison pour rejoindre son frère au club. Une fois arrivé au club, sa copine Alice, qui y est également, lui lance :

— Salut Angélique. Ton amoureux t'a laissé partir ?

— Mon amoureux ? Demande Angélique un peu étonné, tu parles de qui ?

— Mais ne fais pas l'innocente, ton frère m'a tout dit. D'après lui, tu es amoureuse d'un garçon que tu ne vois que dans tes rêves. Il est comment ? Prince charmant sur un cheval blanc ?

— Non pas à ce point-là, mais tu sais bien si je prends un sujet à coeur, c'est complet. J'ai l'impression qu'il se trame quelque chose pas trop nette dans son pays. Ils, ses compatriotes donc, zigouillent fur à mesure les mecs qui en savent trop sur un certain sujet, une comète dans ce cas.

— Et comment comptes-tu aider ton Leith, car c'est comme ça qu'il s'appelle, n'est-ce pas ?

— Justement, je ne sais pas. C'est clair qu'on ne peut pas lui téléphoner.

— Faudra essayer un médium ou un « OuiJa board », dit Julien, venu sur le lieu entre temps.

— C'est quoi un « OuiJa board ? » Demande Alice.

— Une sorte de planche avec des lettres et chiffres et qu'on se sert pour parler avec des défunts, répond Julien. Mais c'est tout ce que je sais, mis à part qu'on doit être plusieurs pour s'en servir. Vous venez avec moi faire de la planche, demande-t-il aux deux filles.

— Non, vais seulement avec Alice, lui répond sa soeur, je reste ici profiter du soleil qu'il fait en ce moment.


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Maître Amilius n'est pas dans son assiette ce matin. Une sorte d'un profond malaise, un mal-être, s'est emparé de lui. Un pressentiment indéfini mobilise son esprit quand il observait le ciel du matin pour voir si l'étoile bleue était visible, ce qui est le cas. Il descend de son observatoire et essaye, après avoir noté ces observations du matin, de se concentrer sur les calculs qu'il comptait faire. C'est à ce moment-là que son jeune élève, Leith, entre dans son bureau-atelier.

— Bonjour Maître. Comment allez-vous ? Vous avez l'air de vous inquiéter de quelque chose. Que se passe-t-il maître ?

— Bonjour jeune ami. Ce n'est rien mon enfant, j'ai juste une impression d'être en danger.

Leith, étonné d'entendre pour la première fois le terme “jeune ami”, le regarde d'un oeil interrogatif et lui dit :

— C'est vrai qu'il y a de drôles d'individus dans les rues d'Osuo ces derniers jours. Je ne sais pas si cela a quelque chose à voir avec la polémique autour de la comète Arcturus, mais il conviendra peut être à rester discret pendant une semaine ou deux pour laisser tasser les choses.

— Vous êtes et vous restez optimiste mon enfant. C'est bien ça. Mais j'espère comme vous, que nous, mon maître à moi, Ar-Arart, et moi-même, sommes trompés dans les calculs.

— Vous avez du nouveau, maître ?

— Oui mon garçon, l'étoile devenue brillante pendant ces dernières nuits, est bel et bien devenue visible de la journée.

— Ce qui correspond à la prédiction, lui répond Leith.

— Malheureusement oui, mon garçon, mais avant de continuer la discussion, je vais vous lire la septième fléau.

Amilius lève la tête et jette un regard circulaire comme s'il cherchait quelque chose et voit que le livre cherché se trouve dessous en tas de papiers de calculs. Il range les papiers, prend le livre, toujours ouvert à la même page où ils avaient arrêté la lecture la veille, et continue, ajustant avec un geste machinal ses lunettes, la lecture :

— Pendant sept jours et sept nuits, des pluies extraordinaires, dilueront le sol qui couvre les montagnes et les plaines, les laisseront dénudée. Des tremblements de terre se produiront en même temps que cette chute d'eau prodigieuse, qui sera la troisième après la destruction qui eut lieu au temps de la bataille des dragons26.

— La bataille des dragons, interroge Leith, ce n'est sûrement pas la guerre en cours depuis les nombreuses années avec les Saneids, car ce sont les asiatiques qu'on désigne avec le nom de peuple dragon, n'est pas ?

— Non, effectivement c’est ni un, ni l'autre, mon garçon, il s'agit d'une bataille contre ces très gros animaux que le pays a dû mener il y a quarante mille ans, juste avant la première destruction.

— Le deuxième, c'est celui qui a eu lieu il y a douze mille ans, n'est-ce pas ?

— Effectivement mon garçon. Douze mille deux cents huit ans pour être précis, car il nous sert actuellement de référence pour notre système de datation.

Amilius lève la tête vers son élève, le regarde et trouve qu'il reste un peu trop songeur et se demande s'il est bien attentif au sujet abordé et continue :

— Que se passe-t-il Leith. Avez-vous quelque chose qui vous préoccupe ? Une fille peut-être ? Sachez que cela est normal pour votre âge.

C'est alors que Leith raconte son rêve à son maître, puis tous ceux qu'il ait eu auparavant. Il lui décrit la fille qu'il croit d'être un ange blanc, ainsi que le lieu où elle habite, une petite ville au bord de la mer entre les falaises. Il raconte surtout certains détails que cette fille lui ait pu communiquer. Maître Amilius regarde son jeune ami et se doute bien qu'une partie manque à la conversation, mais ne dit rien à ce sujet et préfère continuer celui en cours :

— Votre admiratrice de vos songes Leith, car c'est bien une, a fait un travail remarquable. Elle, une analyse rapide de ma part, est une personne bien vivante en chair et en os, comme nous, qui vit quelque part ailleurs. Dans temps ? Ailleurs sur Terre ? Je ne le sais pas, il faut que j'analyse davantage vos données géographiques. Je connais quelques lieux comme celui que vous avez décrit, mais aucun d'entre eux n'est au bord de la mer. Vous ne l'avez pas encore appris, mais d'après la texture, les falaises de vos songes sont de la craie. La première chose, très préoccupante, qui découle des informations fournies par votre amie des songes, c'est que notre pays n'existe plus chez elle. Deuxième point, aussi préoccupant que le premier, c'est que l'année chez elle compte neufs jours de plus. Troisième point, ça devient de plus en plus préoccupant, c'est le fait qu'ils ne peuvent plus se permettre deux récoltes par année. En ce qui concerne le quatrième point, il faut dire que ses données, qu'elle vous a fourni par rêve interposé, manquent de précision. Ce qui est cependant préoccupant, c'est le fait que leur solstice d'hiver soit au début du Capricorne. Une différence de cinq mois et demi avec le nôtre ! Il faudra que je vérifie les données tout à l'heure, pendant que vous prendriez votre repas.

Pendant qu'il commence à mettre des documents dans une porte-document de transport, il continue :

— J'aimerais que vous portiez un certain nombre de mes dossiers importants chez une de mes confidentes. Vous la connaissez sûrement, c'est l'esthéticienne, je m'occupe du côté administratif de sa boutique. Ainsi un document que vous lui apportez ne sera pas suspect en cas de surveillance. Je l'ai déjà mis au courant et elle vous expliquera le reste.

Amilius regarde pensivement Leith qui ne répond pas et réfléchit sur ce qu'il vient d'entendre. Puis il continue :

— Vous allez rejoindre vos amis chez Abdubu dans son estaminet ?

— Oui maître, mais d'abord je passerai voir Pénélope pour lui apporter vos dossiers, comme vous l'avez demandé. C'est d'ailleurs plus que probable qu'elle vient manger là aussi.

— Allez, bon appétit mon garçon, je vais, en vous attendant, vérifier les données que votre admiratrice de vos songes nous a fourni. À plus tard mon enfant.

— À plus tard, maître.


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Pénélope, venant à terminer sa dernière cliente de la matinée, voit à sa surprise que Leith l'attend dans le coin aménagé en tant que salle d'attente. Elle ne l'a ni vu ni entendu entrer. Leith, lui, assis là en attendant qu'elle finisse sa cliente, s'est mis à lire, ou plutôt feuilleter, les journaux, pour la plupart féminines et ce qui n'est pas de coutume : à jour. Il ne remarque pas que Pénélope s'approche de lui et l'interpelle :

— Salut toi ! C'est pour un masque de beauté ?

— Salut Pénélope, lui répond Leith comme si on venait le réveiller, c'est Maître Amilius qui m'envoie pour déposer tes dossiers.

— Oui je le sais, il m'a dit hier qu'il allait les faire. Je te voyais lire mes magazines féminins. Tu t'intéresses à la presse féminine à présent ?

— Non, pas vraiment, mais tu n'as, mis à part le journal d'aujourd'hui que j'ai d'ailleurs déjà lu, rien d'autre à lire.

— Ce n'est pas vrai Leith, regarde là, il y a des magazines de sport nautique, puis là, celui avec les photos de chevaux, c'est un journal équestre. Qu'est-ce que tu crois, nous, les filles, on fait aussi du sport, ce n'est pas uniquement réservé aux hommes.

— Je crois que tu joues de la pelote27, n'est-ce pas ?

— Oui un petit peu, mais je ne suis pas très forte. La plupart des membres du club sont masculins et trop bons joueurs pour moi. Est-ce que toi tu le joues ? On pourrait faire une partie si tu as le temps.

— Bien sûr, mais je t'avertis que je ne suis pas une vedette sportive et je n'ai pas l'intention d'en venir une. Je ne joue pas pour gagner non plus, juste pour passer un bon moment.

— Eh ! Dit-elle en regardant l'heure, n'oublions pas l'heure. Abdubu doit nous attendre pour les apéritifs. Viens, on pose ces dossiers dans mon bureau et on file.

Quand ils entrent dans leur estaminet de quartier, ils ne trouvent à table que les Macs qui sont déjà à leur deuxième tournée. Maci, les percevant en premier, leur lance :

— Salut les amoureux ! On fricote toujours, faisant ainsi allusion à la scène de la veille au soir.

Leith, commençant à rougir cherche désespérément une réponse, mais Pélélope ne lui laisse pas le temps de réfléchir et répond à sa place :

— Oui je le sais, Maci, t'aimerais bien être à sa place, hé ! Leith est un gars formidable, le seul inconvénient qu'il a, c'est qu'il lui manquent quinze ans au compteur. Oui je le sais, j'ai bien des clientes qui aimeraient bien être à ma place et qui ne se gêneraient pas pour la différence d'âge. Je devrais peut-être remercier la belle Ussa qu'elle m'a bien voulu céder sa place pour quelques instants. N'est-ce pas Leith ?

— En fait, Leith, demande Macdo qui finissait sa bière on s'essuyant la bouche avec la manche de son veston, c'est depuis combien de temps que tu la connais ?

— Je ne sais pas exactement, mais on se connaît depuis notre enfance et on fait souvent les mêmes stages. On est comme frère et soeur.

— Alors, c'est pour quand votre mariage, demande Maci.

— Arrête de nous rabattre les oreilles avec ce sujet, lui dit Pénélope, tu ne vois pas qu'ils ne sont pas encore prêts ? Ni lui, ni elle !

Leith, lasse d'entendre le même sujet à répétition, demande si quelqu'un sait où se trouve une ville nommée Étretat. Apparemment niché dans une falaise de craie. On voyant les visages interrogatifs, il continue avec ses récits qu'il venait de raconter à son maître deux heures plus tôt. C'est Pénélope la première à réagir :

— T'es sûr que tu parles d'un ange, car je pensais que te ne croyais pas aux anges.

— Non, dit Leith, j'estime effectivement que les anges ne sont à leur place que dans le polythéisme. Elle a quelque chose avec ange et blanc dans son nom et elle est tellement réelle et en même temps étrange. Déjà ses habits, si elle porte une sorte de toge, c'est pour aller dormir. Elle porte essentiellement des pantalons, comme son frère, façonnés à partir d'une sorte toile pour tentes ou voiles de couleur bleue pour la plupart, mais aussi brun, noir et même rouge, renforcés de clous çà et là. Une très belle fille et gentil surtout. Mais ne me demandez pas où elle habite, ni où elle est. En ce qui concerne l'ange et le blanc, c'est elle qui me l'a dit.

— Mais, dit Macdo, “Blanc” est peut-être son nom de tribu. Comme il en a des tribus d'ici qui s'appellent Boulanger, Leboucher, Chevalier et j'en passe.

— Sûrement, dit Pénélope, et Ange ou peut-être Angélique est son nom.

— C'est son truc de falaise qui me chiffonne, dit Maci, notre terre de nos ancêtres a effectivement ce genre de falaises un peu partout et il va de même pour une bonne partie de la Gaule, la partie ouest de l'Europe donc. Mais je ne connais, par contre, aucun endroit où les falaises descendent jusqu'au niveau de la mer. En plus, je ne crois pas qu'il y ait des villes là-bas, pas celle-là que tu venais nous décrire en tout cas.

— Alors, dit Macdo, l'admiratrice de tes songes est à coup sûr une celte ou une gauloise. Mais comment es-tu tombé sur elle ?

— Je ne sais pas, j'ai commencé à rêver d'elle il y a quelque temps déjà. Je sais également qu'elle rêve de moi, ou qu'elle me voit dans ses songes et elle m'a beaucoup aidé ces derniers jours pour compléter mes données de stage chez Maître Amilius. Elle a pu accéder aux informations qui sont normalement réservées aux prêtres confirmés, le roi et la princesse héritière. Ce qui me chiffonne, c'est qu'elle ne connaît notre pays qu'en tant de mythe. Elle n'a pas la moindre idée où se trouve notre pays, ni son aspect géographique.

Abdubu venu entre temps sur le lieu pour prendre la commande, lance sans se soucier du sujet en cours :

— Leith, menu spécial je présume, n'est pas. Trois plats du jour ? Et boisson ? Un petit carafe de vin pour tout le monde ?

— Ça va pour moi, dit Leith.

— Moi aussi, dit Pénélope.

— Alors, Macdo, Maci, vous prenez une autre chope ?

Les Macs lui font signe de tête pour le confirmer et la conversation commence, comme d'habitude, à tourner autour des gens du quartier et la démonstration de la veille. C'est surtout la prouesse de l'asiatique qui est passée longuement en revu. C'est quand Abdubu revient avec les plats et boissons que la tablé porte un toast à l'admiratrice des songes de Leith.


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Ussa, d'ordinaire ponctuelle, tarde à rejoindre ses parents au petit-déjeuner. Quand elle fait enfin son entrée, les serviteurs accourent pour lui servir, mais elle les jette un regard froid en gardant pour elle-même ce qu'elle aurait voulu leur dire : « Foutez-moi la paix ! » Mais arrive à murmurer :

— Merci, Ra m'a donné deux pieds et deux mains pour m'en servir ! Bonjour Maman, bonjour papa, avez-vous bien dormi.

— Merci ma fille, lui répond sa mère, avez-vous eu une nuit agitée ? Y a-t-il quelque chose qui vous préoccupe ?

Voyant qu'elle ne répond pas, son père lui demande :

— Est-ce le jeune homme, votre ami d'enfance qui vous préoccupe, ma fille.

— Non père.

Elle reste un moment silencieux, chipotant son petit-déjeuner, ce qui inquiète sa mère, regardant les mets, dont elle se raffole autrement, avec des yeux vides, et poursuit :

— C'est ignoble ! Il a osé ! Cet enfoiré tuera son fils si c'est pour conserver son pouvoir. Mais comment peut-on être aussi ignoble ? Ar-Arart n'a fait mal à personne et faire croire à un cambriolage qui aurait mal tourné est quand-même le comble de la stupidité.

— Vous avez des mots durs pour le chef de notre fédération, lui dit son père.

— Désolé papa, mais on ne tue pas ! Si Maître Ar-Arart avait dû rester discret sur un sujet, il l'aurait fait, inutile de lui tuer, voyons. Ce sont des méthodes de voyous.

— Que comptez vous faire aujourd'hui, lui demande sa mère qui voulait changer le courant de la discussion.

— Je n'avais pas une idée précise maman, mais je pourrais aller au temple d'Ozin. J'aimerais aller parler aux âmes de mémé et pépé, ils me manquent. Ils parviennent peut-être à m'enlever la pierre qui me pèse le coeur depuis la disparition de mon ami, mentor et maître.

Elle se retourne vers les serviteurs et interpelle un d'entre eux :

— Faites-moi une réservation d'un compartiment dans la prochaine rapide en direction d'Ozin, je serai prête dans une demie heure. Oh oui, faites-moi avertir un quart d'heure avant le départ. Je n'aime pas faire attendre des gens, je dois, comme eux, être à l'heure pour le départ du train.

— Soyez prudent ma fille, lui dit sa mère.

— Oui maman, je vais me préparer à présent. Bonne journée papa, dit-elle à son père qui venait de se lever pour poursuivre ses activités de la journée.

Confortablement installé dans son compartiment, avec de la lecture gracieusement fournie par la compagnie des chemins de fer, elle contemple le paysage qui se déroule devant ses yeux. La banlieue ouest d'Ouso et le lac de Parfa avaient déjà rapidement cédé la place aux champs et cultures. Elle commence au loin à distinguer les premières collines et la vallée de Saad. Mais le train ne suit pas la vallée de la Saad, car il prend la direction d'un de ses nombreux affluents, l'Ozin. La ville et le temple du même nom se trouvent plus haut dans la vallée, là où on peut trouver de nombreuses sources thermales, toutes de très bonne réputation. Une fois arrivée à destination, elle sent monter en elle une sorte de bonheur, bien-être. Est-ce, l'effet du voyage ? L'ambiance dégagée par ce lieu spirituel ? Elle marche sur le dallage transparent du chemin en direction du temple sous lequel cour un ruisseau. Une musique douce et mélodieuse l'accompagne et semble s'échapper du temple. Elle traverse, parvenu à l'entrée du temple avec ses colonnes blanches et une frise tout autour, la cascade qui glisse sans bruit, tel qu'un rideau. Ce temple est, mis à part un lieu de prière aussi une place de régénérateur spirituel. C'est ainsi que le rideau d'énergie à l'entrée sert à purifier symboliquement l'âme. Ussa est, comme chaque fois quand elle entre dans ce lieu, saisi par la beauté du cristal. La pierre lui parle. « Sois la bienvenue, nous t'attendions... » entend-elle. C'est un esprit, une très sage âme, celui de son Maître Ar-Arart qui accompagne sa mémé et son pépé. Une fois arrivée au centre du temple elle se trouve devant le miroir à la surface en perpétuel mouvement, à couleur indécise, à la fois transparente et bleutée. De l'autre côté se trouvent les êtres qu'elle aime et qui sont morts. Ce sont justement trois d'entre eux qui veulent lui parler : sa mémé, son pépé et son maître.

— Bonjour mémé. Bonjour pépé. Bonjour maître. Comment allez-vous ?

— Bonjour mon enfant, dit Maître Ar-Arart, le premier à répondre. Je vois que vous êtes très peiné par ma mort brutale.

— Bonjour ma petite, lui répondent ses grands-parents en choeur, tu as bien fait de venir. Nous réjouissons de ta venu, chaque visite que tu nous fais est pour nous une fête. Comment va ton jeune ami ? Il est comme un vrai frère pour toi. Tu as besoin de lui et lui a besoin de toi. Amène le la prochaine fois, nous le connaissons bien.

— Cette prochaine fois sera demain à la fin de la matinée, ici même, dit Maître Ar-Arart. Pouvez-vous vous déplacer mon enfant ?

— Oui maître, et en ce qui concerne Leith, dois-je l'avertir qu'il vient avec moi ?

— Non mon enfant, le destin a prévu que vous venez tous les deux. Car j'ai un message pour vous deux, mais je ne peux que le divulguer quand Leith sera présent également. Ne pleurez pas ma mort mon enfant, rassurez-vous, les coupables ne s'écharperont pas à leur terrible punition.

C'est après à avoir exprimé ses mots que Maître Ar-Arart disparaît de l'écran.

— Tu sais, ma petite, lui dit son grand-père, tu dois être très forte l'année qui suit. Mais avant que je continue, n'avais-tu pas consulté par amusement une gauloise qui a dit à Leith et toi l'avenir à partir des cartes de jeu gaulois ?

— Oui pépé, elle nous avait dit que nous nous ne quitterons plus jusqu'à la mort, mais qu'on ne sera jamais mari et femme. Je me souviens bien, elle nous avait dit que nous marions un frère et une soeur de même âge que nous. La seule chose que je n'ai pas comprise est le voyage sans aucune possibilité de retour. Mis à part la mort, on peut revenir de tout voyage n'est-ce pas ?

— Oui ma petite, lui répond sa mémé, c'est bien cela. Ce voyage est d'ailleurs pour bientôt. Nous aimerions t'avertir, même qu'il nous est interdit de dire l'avenir aux mortels, que demain, entre la fin de l'après-midi et début du soir, t'aura besoin de tout ton courage. Ne panique surtout pas devant le danger.

Ils, Ussa et ses grands-parents, continuent leur conversation encore un bon moment en parlant de tout et n'importe quoi avant qu'elle regagne la gare. Pensif, elle s'installe dans son compartiment réservé et passe en revu la conversation avec Ar-Arart et ses grands-parents. Surtout le fait, que sa mémé et son pépé donnent raison à la gauloise, l'intrigue. Elle se souvient bien de sa peur, qu'elle a eue quand celle-ci avait tiré une carte représentant un squelette. Car elle, la voyante donc, voyait là dedans un changement sans possibilité de retour et non pas la mort que la carte représentait. L'autre carte, représentant une roue, signifiant pour elle que les changements avaient déjà commencés et montrait que le cours des événements ne pouvait plus être changée. Le destin est cours et la roue tourne elle avait dit. L'unique chose que cette femme n'avait pas réussi à expliquer, c'était le chiffre onze mille huit cents. Ce chiffre faisait part de la prédiction, mais elle ne connaissait pas la nature exacte. Une distance, peut-être ? Ussa, détend ses jambes, prend un magazine féminin présent dans le compartiment et commence à le lire jusqu'à l'arrivée du train à la gare d'Osuo où deux membres de la garde royale l'attendent au quai.


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Réunion de crise.

Le grand palais sis dans le deuxième anneau de Poseidia avait jadis abrité un consul ou un dignitaire religieux de haut rang et est un des rares à s'offrir une spacieuse cour interne. Ce superbe bâtiment sert actuellement à des fins moins pacifiques, car c'est là qu'on trouve le centre décisionnel de la BSI. Même la direction de la redoutable BOS, la brigade des opérations secrètes, y a ses quartiers dans une aile séparée du reste des bureaux. Il fait beau, aucune tache au ciel fait présager de ce qui trame à intérieur. Surtout que ce beau ciel cache un terrible et dangereux secret qu'on tente de cacher coût que coût à la population. C'est pour cette raison que le programme “silence” a été mis au pied. Ce programme consiste à convaincre, de gré ou de force, toute personne ayant une connaissance astronomique et astrologique suffisant à pouvoir calculer la trajectoire de l'objet céleste, de garder le silence et de ne pas divulguer les informations que sur ordre du roi au moment voulu. Malheureusement, il y a des récalcitrants et des employés de bas niveau zélés. Ce sont surtout ces derniers qui sont les plus dangereux, car le nombre de morts violentes dont l'auteur n'a pas pu être identifié se multiplient. Un accident par ci, un cambriolage qui a mal tourné par là, un centre de recherche incendié et même des observatoires saccagés par des inconnus. Parmi les derniers crimes, il y a celui qui a été de trop, le meurtre déguisé en cambriolage du Maître Ar-Arart. L'erreur commise par les malfrats était tout simple, lors un cambriolage on dérobe les objets de valeur, or, il ne manquait chez lui que les documents de travail et des calculs concernant une comète. C'est vrai que la presse locale de Poseidia n'avait pas fait grand écho de cet événement, car sous strict contrôle des organes d'état. Même la presse nationale d'Alta, l'état principal de la fédération et plus grand que les neuf autres ensemble, n'a fait de cette affaire qu'un petit entre-filet sous la rubrique des faits-divers. La presse des autres états, par contre, avaient fait grand bruit de ce fait et avaient mis la nouvelle à la Une. Les derniers jours, une certaine nervosité s'est installé parmi la population de l'état principal et justement à cause de l'absence de réaction de la presse locale et nationale. Ils estiment, à juste titre, être floués par leur gouvernement local obéissant aveuglement au pouvoir central de l'état d’Alta. C'est dans ce climat de révolte couvant qu'une réunion de crise a lieu dans la grande salle de ce lieu mythique avec ses trente et un statues de la dynastie Ra-Ta. Le roi n'a malheureusement pas jugé utile d'inviter les autres rois et encore moins leurs délégués et ministres. Il n'est d'ailleurs pas venu lui-même mais s'est contenté à envoyer ses directives à la direction de la BSI en précisant au directeur de lui représenter. Les seuls représentants de la fédération présents sont le chef de l'armée de terre et l'amirauté ainsi que quelques invités des autres états. La grande table est garnie d'une grande carte mondiale avec des bateaux miniatures représentant chacun la position d'un ou des navires de la marine. En plus de ces navires miniatures, on trouve çà et là des figurines, représentant les différents groupes ethniques et leur destination. Le seul groupe qui n'y est pas représenté est celui des Saneid, avec lesquels la fédération mène depuis des années une guerre meurtrière. Les seuls qui brillent par leur absence sont l'armée de l'air et les autorités de l'aviation civile. Les mauvaises langues veulent qu'eux soient déjà réquisitionnés par Ra-Ta lui-même pour se servir d'abord lui-même et les nobles et nantis ensuite. C'est le directeur des opérations “silence”, connue au nom de code Ptah, qui ouvre la réunion :

— Bonjour messieurs, je vous remercie d'être venu. Vous connaissez toutes la raison de cette réunion et celle de votre convocation ici. Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui voudrait ajouter un point sur l'agenda ?

— Oui, lui répond le chef des armées de terre, j'aimerais discuter de la répartition du nombre de personnes par état et ethnie. Il ne me semble pas juste, qu'un quart de la population se voit attribuer qu'un dixième des moyens de transport.

— Y a-t-il d'autres points, demande Ptah.

— Ne faut-il pas mieux exclure les hébreux de la sélection, demande le préfet de Poseidia.

— Pouvez-vous me donner la raison de votre proposition ? Demande Ptah, en connaissant son opinion personnelle. Je sais que vous ne les aimez pas particulièrement. Mais sachez que nous nous ne sommes pas réunis ici pour discuter des rancunes de chacun, mais pour élaborer un plan de crise.

— La raison de ma demande, monsieur le directeur, c'est la suivante : les hébreux de ma ville ont mis au pied depuis de nombreuses années déjà eux-mêmes un plan d'évacuation. Il faudra d'ailleurs mieux parler d'un exode, car une légende de leurs rouleaux sacrés parle de l'arrivée d'un guide spirituel qui naîtra au sein de leur communauté en Égypte. Depuis que la rumeur s'est répandu que l'événement sera pour bientôt, ils s'expatrient tous vers là-bas en tant que travailleur immigré.

— Avez-vous des chiffres, lui demande Ptah.

— Hélas, je ne peux pas fournir des chiffres exacts, mais d'après mes estimations il pourrait s'agir de plus que la moitié de la population hébreux locale.

— Alors, avez-vous pu les compter ?

— Non monsieur. Ils viennent fur à mesure de tous contés pour remplacer les partants en attendant le départ à leur tour.

— Vous estimez donc qu'ils sont parfaitement capables d'organiser leur propre départ ?

— Oui monsieur.

— Faites-moi donc parvenir une estimation des capacités de transport terrestres et maritimes dont ils ont besoin.

Le directeur des opérations “silence” jette un regard circulaire en fixant chaque membre de la réunion un à un et poursuit :

— Messieurs, le point abordé précédemment était le premier point de l'agenda. Nous allons donc poursuivre ce qui avait été prévu il y a de longue date et les modifications que nous devrons y porter. Nous avons donc vu qu'une des douze communautés de notre fédération se charge elle-même de l'organisation. Je charge le préfet de Poseidia de leur accorder les moyens de transport qui leur reviennent dans le cadre de l'opération. En ce qui concerne les Celtes, je crois savoir qu'ils désirent presque tous regagner la terre de leurs ancêtres. Est-ce que quelqu'un présent dans l'assemblée peut me le confirmer ?

— En ce qui me concerne, dit le chef des polices de Poseidia, ils ont commencé à déserter leurs places de travail et leurs domiciles pour gagner leurs terres au nord.

— Y a-t-il un représentant des états celtes dans la salle, demande Ptah en jetant un regard circulaire et constatant que personne ne répond.

— Monsieur le directeur, demande le représentant de l'état Mayra, l'attribution des moyens de transport reste-t-il tel que prévu ou a-t-il été modifiée ?

— Bonne question, notre roi a en effet décidé que les capacités de transport seront distribuées selon la quantité de population et non pas à cent vingts navires par état et les dix personnes par communauté et navire, comme le plan d'origine le prévoyait. De ce fait, monsieur le ministre, votre état aura ces cent vingts navires, car il représente un dixième de la population. De plus, notre roi a décrété la réquisition de tout navire pouvant transporter cinquante personnes ou plus et invite ces confrères des autres états à faire de même.

— Par quel moyen sélectionnons-nous les candidats à l'exil, demande le chef de police.

— Le même que la sélection des recrues de l'armée, répond Ptah, par tirage au sort.

— J'imagine que c'est à nous d'assurer la bonne démarche, lui demande le chef des armées de terre.

— C'est exact, vous allez vous mettre à la disposition des forces de police, car les échauffourées sont à craindre. On ne peut malheureusement évacuer qu'une personne sur vingt tout au plus. Pour les autres, nous n'avons tout simplement pas la capacité de transport suffisant.

C'est en invitant chacun présent à étudier la maquette représentant le plan d'évacuation, que son élaboration détaillée peut commencer.


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— Triple six et pour la deuxième fois. Tu triches, s'écrie Jou-el. Es-tu un joueur professionnel ou quoi ?

— Mais-non, lui dit Abdubu, tu as bien fait une suite tout à l'heure. C'est un jeu de hasard quand même. Il se lève la tête et jette un regard à la table du coin, puis continue :

— Tu vois ce que je vois ?

— Quoi donc, lui demande Jou-el sans se retourner, notre zoro est revenu ?

— Oui, c'est ça. Il s'est assis à la même table qu'hier matin.

— Je crains bien, que notre maître va avoir des problèmes une de ces quatre. Leith devrait faire attention à lui de ne pas se faire prendre aussi.

— Tu crois que Maître Amilius a pu trouver quelque chose, lui demande Abdubu.

— Sûrement ! Mais où va-t-il le cacher, car il sait très bien qu'ils mettent son atelier et son appart en dessus dessous pour le retrouver. Il va donc forcement cacher l'information ailleurs que chez lui. Je pense que c'est improbable qu'il met la vie de Leith en danger. Il cache le résultat de son étude donc forcement ailleurs, mais où, je ne sais pas plus que toi.

— Tu as vu Ajax dernièrement, lui demande Abdubu.

— Non, mais je vais faire un saut chez Pénélope, elle le sait peut-être.

— Pénélope ?

— Oui, ils sortent souvent ensemble et elle semble savoir où le trouver, s'il le faut. Il faudra lui avertir de la présence de notre client ici.

— Tu comptes surveiller la demeure du maître ?

— J'ai effectivement commencé à le surveiller, mais seul je ne pourrais pas faire grande chose. Je ne peux pas me permettre de faire la planque la nuit et de travailler de la journée, dit Jou-el.

— Tu ne pourrais pas informer tes amis chez la police, lui demande Abdubu.

— Non, pour autant qu'il n'y ait pas crime, ils n'interviendront pas. Je pense d'ailleurs qu'il y a quelque chose de louche, car dans les autres cas similaires, la police est bien restée trop silencieuse. Je n'ai pas attendu parlé de suite ou d'enquête complémentaire et non plus l'ouverture d'un cas judiciaire. Je crois que tous les cas étaient clos avec mention : « Homicide par personne ou personnes inconnue ».

— Ce qu'on appelle étouffer une affaire, lui dit Abdubu.

C'est à ce moment que la porte s'ouvre avec éclat et c'est Pénélope qui entre comme un coup de vent en s'écriant :

— Dubu, Dubu. Prépare-moi trois thés à emporter. Je te ramène les tasses tout à l'heure.

C’est en regardant discrètement vers la table au coin qu’elle se dirige vers le buffet de service où se trouvent déjà Abdubu et Jou-el et continue en parlant tout basse :

— Il est encore là. Je ne l'ai pas vu ce matin, mais il est revenu dans la rue vers midi. Faut-il que j'avertisse Ajax ? On avait prévu une soirée théâtre, je le verrai tout à l'heure de toute façon. Mais, continue-t-elle en parlant toujours à voix basse, mes clientes ont repéré d'autres comme lui. Il y en a deux qui ne sont pas du tout de la garde royale et qui suivent la petite Ussa partout. J'ai peur pour elle et Leith.

— Ne te tracasse pas pour les tasses, lui dit Jou-el, je viendrai les chercher dans un moment. On pourrait bavarder un petit peu à ta boutique.

— C'est gentil, merci.

— Voilà tes thés, lui dit Abdubu, revenu après avoir servi d'autres clients.

— Alors à tout à l'heure Jou-el, dit Pénélope.

— Attends, lui dit Abdubu, que je t'ouvre la porte.

— Tu me donnes une communication, lui demande Jou-el, je veux demander un copain s'il peut venir ici et faire quelques portraits.

— De, en pointant le pouce vers la table du coin, lui demande Abdubu. Ce que lui affirme Jou-el par un mouvement de tête.

— On était où, demande Jou-el en regardant le jeu de dés traînant sur le buffet de service. C'était à qui de jouer ?

— À toi, je crois. J'avais fait un triple six.

— Mince, nada.

— Mais si, lui dit Abdubu, si tu rejoues le cinq là, t'aurais une chance de faire une suite.

— C'est ça, mais apporte-nous d’abord à boire.

— Tu veux quoi ? Un autre pichet de vin ?

— T'en prends un avec moi ?


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Pénélope vient tout juste ranger les tasses de thé qu'elle venait boire avec ses deux clientes, quand Jou-el accompagné d'une personne qu'elle ne connaît pas fait son entrée dans sa boutique. Les dames présentes, surprises à voir des hommes s'asseoir dans le coin aménagé en tant que salle d'attente, s'écrient en choeur :

— Tu coiffes des hommes à présent ?

Pénélope va vers eux pour leur dire bonjour et passe la main dans les cheveux de Jou-el et lui dit :

— Alors, c'est depuis quand que tu as lavé tes cheveux. Tu les as lavés au moins une fois depuis ta naissance n'est-ce pas. Présente moi ton ami, car je n'imagine pas que tu est venu me dire bonjour. C'est plutôt pour ce qui se trame en ce moment concernant Maître Amilius et Leith, n'est-ce pas ?

— Oui, dit une des clientes, on était en pleine discussion. J'ai une amie qui m'a signalé la présence des drôles de types çà et là.

— C'est exactement la raison de notre présence, lui dit Jou-el. Le monsieur qui m'accompagne n'est pas seulement un bon copain, mais est aussi portraitiste de la police. Nous souhaitons que vous restiez un petit moment pour nous aider à élaborer des portraits de ces hommes.

— Ajax va également venir, dit Pénélope. On a prévu une sortie théâtre pour ce soir, vous aurez, pendant le temps que je me prépare, largement le temps d’en parler.

— Mesdames, dit Jou-el, sera-t-il possible d'obtenir les adresses de vos amies. Nous aimerons leur rendre une discrète visite et établir des portraits de ces personnes que vous avez signalées.

— Tu te connais un petit peu en astronomie, Jou-el, lui demande Pénélope. Nous avons, mes clientes et moi donc, vu une étoile visible de la journée, mais nous ne sommes pas sûr qu'elle soit la comète ou une autre étoile.

— Moi non plus, répond Jou-el, mais d'après Leith, la comète ne sera pas encore visible pendant la journée. Selon lui, l'étoile qu'on voit en ce moment est une qui explose et restera très brillante pendant une semaine. Il nous avait dit que celle-ci pourrait être une des sept signes annonciateurs de la fin du monde.

— Il y a déjà beaucoup gens, à ce paraît, qui prévoient leur départ ces prochains jours, dit une des clientes. Mais moi je ne pars pas, que voulez-vous que je fasse ? Aller vire comme une sauvageonne sur le continent avec un mari chasseur et moi faisant le feu à l'ancienne. Vivre sans moindre confort, sans rien ? Non, si le pays sombre, je sombre avec et j'ai beaucoup d'amis et amies qui pensent pareils.

— Oui, lui dit Pénélope, mes parents parlent pareils. Ils trouvent que la jeunesse peut essayer un nouveau départ, mais qu'on ne déplace pas de vieux arbres.

— Je crains, dit le dessinateur, que cette fois ci soit identique aux deux cas précédent. Vous savez celui qui a eu lieu il y a douze mille ans, puis l'autre à quarante mille ans. Ils, les scientifiques de l'époque donc, avaient également annoncé la destruction totale, créant ainsi une vague de panique. Pourtant, même si le pays a subi des dégâts importants, la majorité des gens ont survécu et le pays a été rapidement reconstruit. Notre pays ou plutôt notre confédération représente quand même un sacré morceau de terre et de montagnes et j'ai du mal à m'imaginer une disparition totale de ceci.

— Moi non plus, dit Pénélope, mais je crois que Leith est d'un autre avis. Il a essayé de m'expliquer la situation. Je n'ai pas tout compris, mais le sol de l'océan qui entoure notre pays semble très fragile et instable. Il prétend que notre pays a été pendant très longtemps que des montagnes sous-marines. Il pense, c'est ce que son maître lui avait expliqué, qu'en cas de collision entre Arcturus et la Terre dans l'océan Atlantique, le sol ne résistera pas.

— C'est pour quand, que l'Arcturus croise l'orbite terrestre, lui demande sa cliente.

— Dans une semaine environ, répond Pénélope. Assez tôt le matin je crois.

— Tu te souviens ce que Leith prétendait, demande Jou-el.

— Quoi donc ?

— Ce qu'il avait dit ce matin concernant sa petite gauloise.

— Ah ! La fille qu'il voit régulièrement en rêve. Oui, il n'a pas la moindre idée d'où elle est, ni où elle habite. Les lieux qu'il décrit ne correspondent à rien de semblable. Ce que lui inquiet le plus est le fait qu'elle ne connaît notre pays qu'en tant de mythe. Elle semble de n'avoir qu'une vague idée de son aspect géographique et de son emplacement.

— Il prétend donc que notre île sombra au plus profond de l'océan ?

— Non mon cher, il n'a jamais prétendu cela, c'est ta propre conclusion. Il n'a prétendu que sa copine des rêves ne connaît notre île qu'en tant de mythe.

— Je persiste et signe, dit une des clientes, je suis d'accord avec monsieur là que le pays peut difficilement disparaître dans le néant. On va peut-être perdre les plaines les plus basses ou on va avoir des tremblements de terre assez destructrices, mais cela ne va pas me changer d'avis. Je reste.

— Moi aussi, dit l'autre cliente.

— Je crois que la famille de Leith ne désire pas partir non plus, dit Pénélope. Ils sont, comme les miens, très attachés à leur terre et ne partent sous aucun prétexte. Ce sont des gens de terroir, plutôt mourir avec leur terre que partir vers un avenir incertain. Vous les imaginez tout reconstruire en Gaule ou chez des Celtes ? Non ceux qui partent doivent être des gens capables de reconstruire un pays, comme les conquérants et scientifiques l'ont fait dans le passé.

— Alors, est-ce que ça lui ressemble, demande le dessinateur à la cliente en lui montrant le dessin qu'il venait de faire selon ses instructions.

— Oui, dit-elle en désignant en endroit sur le papier de croquis, je dirais qu'il manque une cicatrice par là.

— Avez-vous vu d'autres suspects, lui demande le dessinateur.

— Oui dit-elle, mais je ne les ai pas bien vus.

— Concentrez-vous, quels yeux avait-il, demande-t-il en lui montrant des dessins de différents yeux.

Elle en choisit un et le dessinateur continua ainsi avec les autres éléments de visage. Une fois terminée l'interrogatoire de la cliente, il continue de même avec l'autre cliente présente. Il se rend assez vite compte qu'elles ont vu différents types suspects et décide de faire quelques esquisses globales.

— Est-ce que ce sont eux que vous avez vu, demande-t-il aux deux clientes.

— Ça lui ressemble bien, dit-elle en montrant un des dessins de doigt, mais l'autre, il y avait quelque chose que je ne sais plus ou que la nature m'échappe en ce moment.

— Ça y est, dit l'autre cliente, celui avait un vilain bouton sur le nez. Vous savez un bouton ici, montrant d'abord le dessin et ensuite pointant le doigt sur son propre nez pour indiquer l'endroit exacte.

— Il me semble, dit Pénélope, que j'ai vu celui-là et qu'il était coiffé dans l'autre sens. Il avait la raie de l'autre côté et des cheveux aussi mal soignés que Jou-el.

C'est à peine que les dernières deux clientes de la journée s'apprêtent à partir, que Ajax entre à son tour dans la boutique. Il jette un regard interrogatif aux personnes déjà présents et demande :

— Réunion générale ?

— Non, dit Pénélope, mais tu tombes bien, pendant que je me prépare, tu pourrais bavarder avec Jou-el et son copain qui sont venus interroger mes clientes et moi concernant ces types suspects qui se baladent ses derniers jours dans notre ville. Regarde bien, Ajax, je suis sûr que j'ai vu un d'entre eux rôder autour de la bibliothèque.

Pénélope lance, une fois ses deux clientes parties après avoir réglé leur service, à ses copains :

— Je vais me préparer. Vous pouvez en attendant passer en revu les dessins que le copain de Jou-el a pu faire. Je suis sûr que tu les connais, lance-t-elle à Ajax. À tout de suite, on va tout prendre un pot chez Abdubu avant d'aller au théâtre, n'est-ce pas Ajax ?


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Quand Leith pousse la porte du bureau-atelier du Maître Amilius au début de cet après-midi du cinquième jour Lion, il trouve son mentor en plein calcul. Ceci range ses quelques papiers qu'il vient d'utiliser pour ses calculs, lève la tête et salut son élève :

— Bonjour Leith. Vous allez bien ? Bien mangé mon garçon ?

— Merci maître. Avez-vous pu voir quelque chose d'intéressant ? J'ai pu discuter de ce sujet avec mes amis tout à l'heure. Les deux celtes connaissent bien la terre de leurs ancêtres, mais ils ne connaissent pas un endroit où les falaises descendent jusqu'à la mer.

— J'ai réfléchi à propos de cette énigme, mon garçon. Il pourrait s'agir du réchauffement de la planète en cours. Bien sûr qu'il y a des voix çà et là qui nous accusent à avoir abusé des sources énergiques, mais rien ne la prouve.

— Les Macs, c'est ainsi qu'on les appelle, me disaient que ces falaises se trouvent entre deux cents et trois cents pieds au-dessus le niveau de la mer. Faudra-t-il cela dire que le niveau montera aussi haut ?

— Ce n'est pas impossible mon garçon. On a déjà constaté une augmentation moyenne d'un pied les deux dernières années. La fonte de deux tiers des glaces sur la terre entière pourrait bien avoir comme conséquence une telle augmentation.

— Vous n'êtes donc pas du tout convaincu que ce soit l'utilisation des sources énergétiques qui est à l'origine de cette augmentation.

— Non mon garçon, même si certains attribuent cette augmentation aux gaz produits par l'élevage intensif de vaches et de porcs, rien ne la prouve. Car la terre connaît une augmentation climatique à intervalle régulier et lors des derniers, l'activité humaine ne générait pas encore ces gaz. Pourtant, l'augmentation a été bel et bien au rendez-vous.

— Cela arrive-t-il souvent ?

— Non mon garçon une fois les cent mille ans en moyenne avec quelques augmentations intermédiaires çà et là.

— Alors, maître, le lieu où habite mon ange blanc pourrait bien se trouver trois cents pieds au-dessus le niveau de la mer actuel ?

— Oui mon garçon.

— Je n'ai pas suivi l'évolution de cette augmentation, maître. Il est de combien à l'heure actuelle ?

— C'est une évolution déjà en marche depuis quelques centaines d'années maintenant et il va se poursuivre encore quelques centaines d'années. Les fontes des glaces vont s'accélérer pendant ce temps et le niveau de la mer pourrait monter jusqu'à trois pieds par année.

— Le temps, quand la cité de mon ange sera au bord de la mer, est encore éloigné et se situe en conséquence dans l'avenir, n'est-ce pas, maître ?

— Oui mon garçon. La cité où elle, car c'est une fille n'est-ce pas, habite n'existe certainement pas encore. En ce qui concerne les anges, ils n'ont pas leur place dans notre spiritualité mon garçon. Je pensais que vous ne croyez pas à l'existence des anges.

— Oui maître, mais c'est elle qui m'a dit.

— Vous l'avez peut-être mal compris, mon enfant.

— C'est ce que Pénélope m'a dit, maître. Elle est d'avis qu'il s'agit de son nom. Elle, esthéticienne de quartier donc, est d'avis, qu'ange est son nom et blanc sera en conséquence le nom de sa tribu.

— Oui mon garçon, elle a parfaitement raison. De plus, si je reprends vos descriptions de ce matin, la fille de vos songes n'est que rarement habillée en blanc. Vous m'avez décrit une personne de votre âge préférant porter, comme des garçons, des pantalons de couleurs divers avec des chemises associées. Puis, en ce qui concerne le nom, il est peut-être Angélique, qui veut dire comme un ange. Il est aussi fort probable que son nom de tribu, une couleur dans ce cas, ne soit pas seul, mais précédé d'un pronom personnel. Est-ce que vous vous souvenez si elle avait fait mention d'une date ou d'autres références, astrologiques par exemple.

— Oui maître, ils avaient la deux mille huitième année de la naissance de leur prophète. Mais je suis incapable de situer cette date.

— Vous voyez mon garçon, vous vous souvenez beaucoup plus de choses que vous croyez. Réfléchissez bien. Qu'est-ce qu'elle vous a dit sur la légende de notre pays ? Je suis sûr qu'il y avait une date.

— Non maître, mais elle parlait d'un philosophe hellénique qui a eu narré la légende à quatre cents ans avant son ère et le détenait de son arrière grand-père qui avait fait un voyage en Égypte. La légende lui-même disait que neuf mille ans avaient écoulé depuis. Puis Angélique, il est peut-être préférable de l'appeler par son nom, ne se souvenait pas très bien les termes exacts employés. Elle comptait se renseigner davantage, mais il semble que leur légende reprenne en gros une partie les textes du sixième et septième fléau.

— Bien mon enfant, considérant que l'événement prédit par les textes sacrés n'a pas encore eu lieu, la fille de vos rêves vit à, une addition vite fait, onze mille sept cents ou peut être onze mille huit cents ans dans l'avenir.

— Oh ! Notre voyage sans retour, dit Leith tout étonné.

— Comment voyage sans retour mon enfant, expliquez-vous.

— Ce n'est peut-être rien maître, mais Ussa et moi ont visité une vieille gauloise sur une foire à Poseidia. C'était elle qui nous avait prédit que nous nous ne quitterons jamais et que nous irons faire un voyage sans retour qui avait un rapport avec le chiffre onze mille huit cents.

— Voyager dans, et voir autre que le présent n'est normalement pas possible mon enfant. Quoi que, certains textes anciens parlent de tels voyages involontaires. Il y a par exemple celui du vieux berger qui mène paître son troupeau et croise en descendant un vieil homme, qui, surpris de le voir, avère être son petit fils. Mais racontez-moi, votre Angélique, dans quel genre de monde vit-elle ?

C'est ainsi que Leith continue encore un moment à discuter avec son mentor au sujet du monde où vit Angélique. Ces objets qui lui sont à la fois étranges et familiers. Surtout le fait qu'elle se déplace avec un dispositif à deux roues placées l'une derrière l'autre et mu par un pédalier. Ils discutent un moment par quel phénomène physique ce dispositif tient debout et permet le déplacement sans tomber. Ils passent un grand nombre de possibilités en revu, croquis à l'appui, sans pour autant trouver une explication satisfaisante. Quand Leith quitte son maître à la fin de l'après-midi, l'énigme est restée entière.


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Crimes et raisons d'état.

Elle grimpe lentement la rue en pente pour se diriger vers le carrefour où la rue croise un grand boulevard. Elle continue ensuite de l'autre côté jusqu'à la petite place arborisé à gauche. Elle a un serrement de coeur une fois qu'elle s'approche de la bibliothèque. Il y a une foule de gens, des policiers et des pompiers. Les premières flammèches commencent à sortir des fenêtres de l'entre-sol. Les larmes lui viennent aux yeux et elle dit pour elle-même : « Oh ! Bon sang, notre belle bibliothèque. Toutes ces belles oeuvres plusieurs fois millénaires. Quel drame. Comment va-t-on reconstruire tout ça ? » À sa droite, une vieille femme s'est effondrée en pleurs, le choc a été trop grand pour elle. Sa fille et sa petite fille se trouvent encore à l'intérieur. Ce sont elles qui ont repris la gestion de la bibliothèque depuis qu'elle les a passé la main. Sa famille s'en occupait depuis sa arrière-arrière grand-mère. Tout au coup elle entend dans la foule des voix qui disent qu'il y a encore des gens dans le sous-sol. Une deuxième voix derrière elle répond au premier et est certain que ce sont la princesse Ussa et son ami de toujours Leith. Elle avance vers l'entrée et cherche à descendre dans le sous-sol, mais un policier cherche à l'empêcher d'y entrer. C'est là, qu'elle se perçoit qu'elle n'est pas vraiment de ce monde, car elle parvient, à l'étonnement de tous, à traverser le policier de part en part. Elle commence à chercher à gauche, à droite, monte un escalier, redescend, descend un autre et avance dans cet entre-sol enfumé et en feu en tâtonnant autour d'elle. Elle tombe sur une porte blindée, qu'elle traverse comme elle l'a fait avec le policier et entend des voix au fond de la salle. Elle semble reconnaître les voix d'Ussa et Leith qui ne se sont pas encore rendu compte du danger. Elle vérifie si la porte blindée est bien fermée et espère qu'elle tient le coup. Elle les appelle, mais ils ne semblent pas l'entendre. C’est alors qu’elle va vers eux et les fait signe de le suivre. Ussa et Leith, étonné de voir entrer quelqu'un en passant en travers d'une porte fermée, le regardent un peu sidéré. C'est Leith qui la reconnaît en premier et la salut. Elle les salue à son tour et les fait signe de sortir vers la porte de secours. Malheureusement, cette porte s'avère être bloquée de l'extérieur. Entre temps, le local où se trouvent les oeuvres les plus précieux est, malgré le fait qu'elle est censée être ignifuge, petit à petit envahi de la fumée. Elle se souvient d'un stage, fait au lycée par les pompiers, qu'il faut ramper au sol en cas d'incendie. Elle montre donc l'exemple à suivre aux deux amis enfermés. Elle rampe vers le fond de la salle où se trouve une armoire remplie d'objets divers et elle fait signe de l'ouvrir et de la vider. Ussa pousse un grand cri, car dans un des placards se trouvent des squelettes d'étude. Une fois l'armoire vidée et les placards enlevés, une trappe devient visible. Quand Leith l'ouvre, un air humide malodorante remonte du couloir étroite, sombre et salle où on voit un escalier descendant. Elle y descend et voit qu'Ussa la suit. Leith cependant est retourné dans la salle enfumée en tentant d'y chercher des oeuvres qu'il compte sauver à tout prix. Ussa, pris de panique, l'appelle et lui dit de se presser, mais Leith fait à son tour signe à son ami d'enfance de faire pareil et prendre un maximum de livres avec elle. La porte blindée semble tenir, mais pour combien de temps ? Il est à espérer que les dégâts d'eau et de la fumée ne seront pas trop importants et que les oeuvres entreposés dans ce sous-sol pourraient être restaures. Leith, qui ne veut pas prendre de risque, amène les livres les plus précieux avec lui. C'est lui qui ferme la trappe derrière lui et le verrouille de l'intérieur. Ils avancent tous les trois à petits pas dans ce couloir salubre où il fait nuit en tâtonnant les murs. Soudainement, à l'étonnement des deux amis, elle sort son téléphone mobile et appuie sur un bouton quelconque. Ussa et Leith se regardent d'abord et le regardent un peu étonné pour le voir s’amuser avec un gadget dont ils ne connaissent ni le fonctionnement ni l'utilisation, avant de se rendre compte qu'elle l'utilise, faut de mieux, en tant que lampe de poche. La descente semble être interminable. Les deux amis la suivent docilement dans ce dédale de couloirs et d'escaliers. Soudainement elle s'assoit et attend devant une autre trappe. Ni Ussa, ni Leith se souviennent combien de temps qu'ils ont attendu là dans le noir assis sur un escalier dans ce couloir humide, salubre et puant, mais c'est en entendant des petits bruits au-dessus de la trappe qu'ils commencent à appeler au secours. La trappe s'ouvre et aveuglé par la lumière elle s'écrie :

— Enfin ! Sauvé.

— Comment sauvé, lui dit Julien, ma petite soeur fait encore un cauchemar ?

— Mais non.

— Si ! Tu gesticulais, gueulais des trucs du genre « par ici », « attention », « à gauche », « à droite » et encore. Tu rêvais de quoi cette fois ? Encore de ton Leith, je parie.

— Je rêvais cette fois qu'il y avait un incendie dans leur bibliothèque et que Leith était coincé dans le sous-sol avec son ami d'enfance, la princesse Ussa.

— Mais comment as-tu fait pour les sortir ?

— Je n'en sais rien. Je le savais simplement. Ce qui était bizarre, c'est que je pouvais traverser des portes fermées. Il y avait même un flic qui essayait de m'empêcher à entrer dans la bibliothèque, mais je le traversais sans résistance de sa part.

— Tu étais un fantôme alors, ou tout comme.

— Oui, à peu près.

— Mais comment savais-tu où aller ?

— Comme je te disais, je n'en sais rien. Je le savais, c'est tout.

— Tu les as emmenés où alors ?

— Je ne le sais pas, car au moment que la trappe de sortie s'ouvrait, c'est toi qui as allumé la lumière et je me suis réveillé.

— Tu n'as pas pu voir le visage de celui qui l'a ouvert alors ?

— Non, quand elle s'était ouvert, un visage apparut, mais pour moi c'était le tien que j'ai vu.

— Sais-tu quelque chose sur l'origine de l'incendie ?

— Non, mais en s'approchant de la bibliothèque, j'ai entendu de gens dire que certains avaient vu un homme suspect sortir d'une porte de secours.

— Viens, on va prendre quelque chose à la cuisine pendant que tu me racontes ce que tu avais rêvé. Tu retournes au lit après ?

— Je ne sais pas. On a quelle heure ? Elle regarde sa pendulette et s'écrie : six heures et demie ! Il m'est trop tard pour aller recoucher après. Je reste debout. Je crois que je vais prendre un petit dèj et je continue mon dossier après. Comme ça je serai bien avancé et je peux te rejoindre au club.

— Tu m'étonnes, d'ordinaire on te voit rarement avant dix heures et à présent tu te mets au travail à des heures pareilles. Qu'est-ce qu’il t'arrives ?

— Je ne sais pas. J'aimerais finir cette énigme. J'aime bien ce Leith et je serai très fâché s'il lui arrive quelque chose.

— Mais comment penses-tu de l'aider alors.

— Je cherche les textes de Platon, une traduction raisonnable et non pas ce baratin qu'on trouve çà et là sur Internet.

— Puis ensuite ? Que comptes-tu faire ?

— Sais pas. Les lire à haute voix en espérant qu'il me voit et entend dans ses rêves. Comme ça, il pourrait noter l'essentiel dès qu'il se réveille. Mais je dois encore voir comment s'y prendre.

— Tu as pensé aller chez Monique, la voyante qui travaille avec une boule de cristal ?

— Sais pas. Tu crois que ça marcherait ?

— On peut toujours essayer. Surtout la convaincre de te faire un prix d'ami.

— Peut-être. Mais j'ai envie de boire mon café au lait maintenant et après je verrais ce que je pourrais faire.

— Alors, viens prendre le petit dèj. Ensuite je ferai un petit jogging avant d'aller au club.


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Leith s'est levé de bonne heure ce matin du sixième jour Lion. Il constate, en regardant dehors, qu'il ait plu pendant la nuit et que le soleil commence à faire son apparition. Leith prend quand même soin d'apporter, contrairement à ses habitudes, ses dossiers avec lui, même si son maître n'eut rien, mis à part quelques vérifications géographiques, prévu de spécial. Il descend lentement l'escalier, en pensant à tout et rien. Il a la fâcheuse impression qu'il est arrivé quelque chose et que la journée ne sera pas comme une autre, sans pouvoir mettre le doigt sur la nature exacte des événements à venir. C'est quand il ferme la porte d'entrée derrière lui, qu'il constate une animation inhabituelle dans la rue. Il y a un nombre inhabituel de policiers aussi bien en uniforme que civil. Dès qu'il s'approche de la maison de son maître, c'est le détective Ajax qui vient à sa rencontre et lui prend à part et lui dit :

— Bonjour Leith, je crains que les nouvelles ne soient pas bonnes ce matin.

— Qu'y a-t-il donc, lui demande Leith anxieusement.

— Tiens, assieds-toi là, sur l'escalier.

— Mais, qu'est-ce qu'il y a ? Demande-t-il d'une petite voix.

— On a trouvé Maître Amilius poignardé dans son bureau. C'est le même scénario que l'assassinat de Maître Ar-Arart. Ils, les fausses cambrioleurs donc, ont mis en sac son bureau et sa bibliothèque et aucun objet de valeur semble manquer. Ils n'ont pas touché la cassette avec son argent non plus. D'après les premières investigations ils manquent des livres et des documents que le maître préparait.

Leith regarde le détective avec les larmes aux yeux et ne sait que répondre. Il observe avec beaucoup de tristesse la maison de son maître où les policiers viennent sortir le dépouille mortel sur un brancard couvert d'un drap blanc. C'est alors qu'il se lève et dit à Ajax :

— C'est trop pénible pour moi de rester ici à regarder ces policiers. J'imagine que tu t'occupes de cette affaire, n'est-ce pas ?

— Oui, j'avais prévu de m'investir davantage. Il y a quelque chose de louche dans tout ça. Tu sais, ce n'est pas le premier cas dans notre pays. Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais il avait ce cas dans le sud où deux physiciens ont été brûlés vifs dans leur laboratoire. Là aussi, ils ont voulu faire croire à un accident, mais, selon les pompiers, le feu avait pris trop rapidement. De plus, il semble qu'il y ait eu plusieurs foyers avec les issus de secours bloqués de l'extérieur.

— Je crois que je vais au temple pour voir si je peux prendre contact avec lui. Si je me presse, je pourrais y être avec l'express qui arrive là-bas à midi et retourner ici la soirée. Est-ce que tu peux remettre cette sacoche chez Pénélope en attendant, elle sait où cacher les documents de Maître Amilius. Il faut peut-être savoir que Maître Amilius a pris des précautions et mis les documents les plus importants ailleurs.

— Est-ce que quelqu'un t'a pu voir avec ses documents ?

— Non, ils sont cachés dans les classeurs de la comptabilité de Pénélope qu'il faisait pour elle. Puis en ce qui me concerne, je me balade tout le temps avec une sacoche d'écolier plein de bouquins de chez lui.

— D’accord, je vais voir Pénélope tout à l’heure.

— Tu t'en occupes alors ? Je file à la gare, le train part dans une demi-heure.


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Ussa, qui ne sait pas que son ami d'enfance part également pour la gare, se prépare et prend cette fois particulièrement soin de son apparence. Elle a des sentiments confus, c'est comme si quelque chose, une rencontre peut-être, se prépare. Elle aime Leith, mais pas comme une fille aime un garçon, il est pour elle surtout le frère tant désiré qu'elle n'a jamais eu. Sa femme de chambre lui avait bien dit ce qu'on raconte sur son ami au salon de beauté qu'elle fréquente. Elle lui avait dit qu'il serait très entiché d'une gauloise qu'il ne voit qu'en rêve. Ça lui chagrine un petit peu, mais elle doit quand même admettre, pour elle-même, que de plus en plus quand elle pense à Leith, une autre image se superpose sans pourvoir l'identifier. Ce garçon est comme lui, blond, des cheveux plus courts, plus musclé et plus athlétique. Elle songe maintenant à la réaction de sa femme de chambre, d'origine paysanne, quand elle lui raconta ce que la voyante à la foire de Poseidia leur avait prédit : « Mais, c'est sûr, vous allez marier un frère et une soeur. Comme ça vous serez beau-frère et belle-soeur ». « Alors, » dit-elle pour elle-même : « ce beau jeune homme que je perçois de temps à autre d'une façon indéfini, sera-t-il le frère de cette gauloise à Leith ? Non, » continue-t-elle, « ça n'existe que dans les contes pour enfants qui commencent avec ; il était une fois... Arrête de rêver Ussa, » pense-t-elle, « c'est ridicule ! » C'est en voyant de nouveau l'image de ce jeune homme se superposer à celui de Leith qu'elle quitte sa chambre pour aller à gare, mais pas sans avoir dit au-revoir à ses parents. Arrivé à la gare, avec un serrement de coeur elle perçoit Leith sur le quai. Elle l'interpelle et en s'approchant, elle voit une grande tristesse dans ses yeux.

— Que se passe-t-il, demande-t-elle.

— Ils ont assassiné Maître Amilius, répond-il, et raconte tout ce qu'il avait vu et entendu ce matin. Ussa, voyant qu'il est très peiné par la disparition de son maître, lui met le bras sur son épaule et lui dit :

— Viens avec moi, on pourrait bavarder un petit peu pendant le voyage. En voyant le chef de gare elle prend le billet de Leith et le lui donne en disant :

— Remboursez-le ! Ce jeune homme voyage avec moi !

— Mais mademoiselle je.... Mais le chef de gare n'arrive pas plus loin dans sa phrase, car Ussa lui dit sèchement sur un ton qui ne souffre d'aucune contestation :

— Faites ce que je vous ordonne ! Elle se retourne alors avec un grand sourire vers son ami de toujours et le demande : Leith, raconte-moi tout sur ta belle gauloise. Elle est comment ? A-t-elle un frère aussi beau que toi ?

— Mais comment sais-tu, s'étonne Leith.

— Ah ! Si tu savais ! Je suis informé vois-tu, dit-elle en faisant une petite pause et continue : c'est ma femme de chambre qui me l'a dit. Elle va régulièrement chez une esthéticienne dans ton quartier. Alors, raconte-moi.

Pendant qu'ils montent en voiture, il lui raconte tout ce qu'il sait sur Angélique, le lieu où elle habite, son mode de vie étrange, la curieuse façon de s'habiller, l'étrange dispositif à deux roues dont elle se sert pour se déplacer, les falaises et beaucoup d'autres choses. Ussa, heureuse avoir réussi à détourner l'attention de Leith sur autre chose, lui pose pleine de questions, auxquelles il ne sait pas toujours répondre. Pour finir, ils arrivent à la gare d'Ozin avant qu'Ussa ait pu satisfaire sa curiosité.


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Abdubu, très étonné de voir entrer Ajax accompagné de Jou-el à une heure aussi matinale, se demande s'il ne se passe pas quelque chose de grave et questionne ses deux habitués :

— Que se passe-t-il ? Vous êtes tombés du lit ? Je n'ai pas d'habitude de vous voir si tôt. Vous prenez quelque chose pour le petit-déjeuner ?

— Oui volontiers, lui répond Jou-el.

— Moi aussi, dit Ajax. Tu n'as pas encore appris ce qu'il est arrivé à Maître Amilius, demande-t-il à Abdubu.

— Non. Qu'est-ce qu'il y a avec Amilius ?

— Ils, des inconnus donc, l'ont assassiné.

— QUOI ?

— Mais oui. On a trouvé son appartement ouvert tôt ce matin, l'intérieur en dessus dessous et le corps sans vie ensanglanté du maître gisant au milieu de tout ça.

— Mais qui a pu avoir intérêt à faire ça, lui demande Abdubu, il ne faisait du mal à personne.

— Je ne sais pas, dit Jou-el, ce fait est sûrement à classer dans la série des meurtres inexpliqués survenus ces derniers jours.

— C'est quand même curieux que ces crimes touchent surtout les savants, dit Ajax.

— Eh Jou-el ! Exclame Abdubu, ton copain n'a-il pas fait des portraits des clients suspects ?

— Oui, lui répond-il, il les a emportés à la police.

— Tu n'as pas conservé une copie par hasard, lui demande Ajax. Si ces meurtres sont une affaire d'état, surtout une affaire d'état d'Alta, on ne risque pas avoir une enquête.

— Pourquoi donc, lui demande Abdubu.

— Parce qu'ils cherchent à étouffer certains de ces crimes, lui répond Ajax.

— C’est bien ça, dit Jou-el, car ils travaillèrent tous sur le même sujet : celui de la comète Arcturus.

— Je crois qu'ils cherchent à faire taire toute personne qui en sait trop à ce sujet, dit Abdubu. Je ne sais pas si vous avez fait le rapport entre cette comète et les textes sacrés, mais Leith et son maître l'ont et ils ne sont sûrement pas les seuls à l'avoir fait. On pourrait imaginer que le pouvoir central de Ra-Ta cherche à éviter un mouvement de panique pour évacuer en douceur sa famille, les nobles et des riches.

— Et oublier le reste de la population, ajoute Jou-el.

— Eh bien ! C'est ça, répond Ajax.

C'est à ce moment-là que Pénélope entre comme un courant d'air et écrie à Abdubu :

— Prépare-moi deux thés et un chocolat à emporter s'il te plaît, je te rapporte les tasses vides tout à l'heure et continue s'adressant à ses copains : affreux n'est-ce pas. J'ai peur pour notre Leith. S'il ne fait pas très attention, il va avoir le même traitement que son maître.

— Salut Pénélope, lui lance Jou-el, tu es matinale aujourd'hui.

— Mais non. J'ai deux clientes et je les offre quelque chose à boire, c'est normal non ? À propos, vous saviez que Leith a pris le train avec sa petite amie tout à l'heure ? Je suis sûr qu'ils se rendent au temple d'Ozin pour parler à son maître.

— Comment sais-tu ça, lui demande Ajax avec un certain étonnement, tu n'as pas quitté ta boutique depuis que je viens de passer chez toi.

— Eh ! Dis-donc, j'ai de la clientèle quand même. Une d'entre elles est servante au palais et c'est elle qui a accompagné Ussa à la gare. C'est là que les deux se sont vus et ont pris le même wagon en direction d'Ozin. Tu as d'ailleurs dû voir la façon dont elle avait envoyé balader le chef de gare. Elle avait exigé qu'il rembourse le billet à Leith. Mais j'espère que ces mecs de la BSI n'ont pas mis le temple sur écoute, car dans ce cas Leith et même Ussa courent un grand danger. Qu'en penses-tu Ajax ?

— Alors, tu penses que ce sont eux qui zigouillent tout ce monde ?

— Mais bien sûr ! Qui d'autre ? Tu n'as pas vu qu'il manquait nulle part des objets de valeur et uniquement les documents scientifiques ?

— Oui, lui répond Jou-el, c'est la même chose chez Maître Amilius. Chez lui ils manquent des livres, d'autres ont été éventrés, son observatoire a été mis en sac et sa cassette avec son argent et valeurs est toujours là, ils n'ont même pas touchée.

— C'était pareil chez Ar-Arart à Poseidia, le même mode opératoire, dit Ajax.

Abdubu qui vient de servir entre temps remet un petit plateau de service à Pénélope et lui dit :

— Tu n'en fais pas pour les tasses, tu peux les rapporter à midi si tu viens manger ici.

— Alors, tout à l'heure, dit-elle, je vais rejoindre mes clientes, sinon elles vont penser que je passe la journée au bistro.

— Alors, Abdubu, tu n'as pas revu notre zigouilleur de service par hasard, lui demande Jou-el.

— Tu parles de qui ? Ce drôle de client de l'autre jour ?

— Mais oui. Qui d'autre ?

— Tu penses vraiment que c'est lui qui a fait le coup ?

— Je ne sais pas, répond Jou-el, mais il y a une forte chance que ce sera lui. Eh ! Ajax, lui demande Jou-el, on pourrait peut-être surveiller discrètement Ussa et Leith quand ils reviennent d'Ozin ?

— C'est ce que je prévoyais faire.

— D'accord, moi je vais contacter quelques amis que j'ai chez la garde royale et voir ce qu'ils peuvent faire.

— Pourquoi la garde royale ?

— Premièrement, ce n'est pas suspect qu'Ussa soit surveillé par eux et deuxièmement on peut avoir entièrement confiance en eux.


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En grimpant la rue qui passe devant l'estaminet d'Abdubu, “Les Jardines”, on croise la Grande Rue qui traverse la partie haute de la ville. Cette rue commence à l'ouest, où elle rejoigne le boulevard de Parfa et finit de l'autre coté à la Place Royale. La rue, qu'on vient de grimper, continue de l'autre côté en passant devant la bibliothèque, qui est la fierté de la ville, et la petite place arborisé à côté d'elle pour passer au-dessus les voies du chemin de fer pour finir dans la partie nord d'Osuo. Une fois arrivée à la Grande Rue, on peut tourner à droite où on passe devant la grande salle des fêtes qui est en même temps théâtre. Plus au loin on a le grand temple de la ville avec ses colonnes semblant de soutenir le ciel juxtaposé au bâtiment du gouvernement au toit ayant une allure d'une coque de bateau retourné et couvert d'ardoises bleuâtres. À côté et au-dessus les anciens remparts de la ville, on trouve le palais royal d'une construction plutôt classique et sobre. À l'autre côté de la place aboutit une rue qui, en passant au-dessus les voies du chemin de fer, vient depuis la partie nord de la ville. Les voies du chemin de fer, eux, continuent vers l'est en passant au-dessus le boulevard de Parfa et la rivière au même nom que la ville, l'Osuo. Ce chemin de fer divise la rive droite en quartier d'habitations modestes et zone industrielle. Cette ligne rejoigne la grande ligne nord-sud en direction de la ville portuaire Amaki. De l'autre côté de la Grande Rue, à hauteur de la salle des fêtes, il y a la gare avec ses commerces typiques orienté pour la clientèle voyageuse, tels qu'on trouve dans toutes les gares et aéroports. Mais on y trouve d'autres choses, d'autres bâtiments, dont un abrite la préfecture de la région et la police. C'est là, aujourd'hui, ce matin du sixième jour Lion, que le préfet Assen-Ni a convoqué le chef de police de la région, Ax-Tell, dans son bureau.

— Bonjour monsieur le préfet, que désirez-vous ?

— Bonjour mon colonel, asseyez-vous.

— C'est à propos des événements de ces derniers jours et en particulier ce meurtre de ce matin que vous m'avez convoqué ?

— C'est exact, mon colonel. Vous avez pu identifier les responsables de ces crimes ? Où en êtes-vous ?

— Pour l'instant, nous ne possédons que quelques croquis recueillis parmi la population, mais nous ne possédons pas le moindre indice supplémentaire.

— Bon, je viens de recevoir un communiqué du bureau fédéral de Posseidia nous demandant de rester très discret sur certains crimes.

— Comment ça, ils nous demandent d'étouffer les affaires ?

— Oui c'est bien ça. Je crois bien, si nous tenons à notre carrière, qu'on est obligé d'en tenir compte.

— Comment faire alors ? Si on refuse, c'est fini la carrière et au contraire, si le roi l'apprend..... et il ne finit pas sa phrase en laissant deviner le préfet de ce qui pourrait arriver.

— Classez-les en tant qu'un homicide commis par personne ou personnes inconnues.

— Vous pouvez mettre un peu de pression sur la presse, car il est à craindre qu'ils s'emparent de l'affaire et nous serons obligés de continuer dans ce cas.

— Je verrai ce que je peux faire mon colonel.

— Au-revoir monsieur le préfet.

— Au-revoir mon colonel.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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La bibliothèque incendiée.

Àla fin de ce mardi matin, Angélique et Julien retrouvent leurs amis, les uns, comme eux, partent bientôt en vacances d'août, tandis les autres, Rodolphe, Philippe et Audrey, sont déjà de retour. Angélique, en train de ranger sa planche à voile, lance à son frère :

— Je rentre me doucher et bouffer un petit truc, est-ce que tu viens avec moi ?

— Attends, il faut que quelqu'un garde la baraque. Il y a encore ces deux anglaises qui rentrent à midi.

— Je reste ici avec Philippe et Audrey, lui répond Rodolphe, on mange sur place. Je peux garder la baraque si tu veux.

— Merci, je reviens vers une heure et demie.

— Eh ! S'écrie Alice, venu sur les lieux entre temps, c'est quand, que vous partez ?

— Samedi, lui dit Julien, mon père a pris un jour RTT et va chercher le voilier la veille à Chérbourg et l'amène à Fécamp.

— Voilier ? Qu'est-ce que allez-vous foutre avec un voilier, demande Rodolphe.

— Eh bien, c'est un peu la faute à Angélique, dit Julien, elle nous a tellement cassé les oreilles avec son Leith, l'Alantide et les Açores, qu'on s'est décidé de faire un aller-retour là-bas en voilier. Seule maman n'était pas très chaude pour ce voyage, elle préfère le B-B. Mais papa est ravi, ça fait des années qu'il n'a pas navigué et il veut nous l'apprendre. Nous, Angélique, papa et moi donc, devront tenir la barre à tour de rôle.

— B-B, demande Rodolphe, c'est quoi ?

— Oh ! Dit julien, on dit Bronzer Bête. Maman est adepte de faire la saucisse à griller sur une plage méditerranéenne. On a réussi à la convaincre qu'elle pourrait faire le bronzage intégral sur pont d'avant sans que personne ne la voit.

— Ce ne coûte pas trop cher, la location d'un voilier, lui demande Alice.

— En effet, oui, lui répond Julien, mais on a repoussé l'achat d'une autre voiture à l'année prochaine. Une bagnole neuve n'est pas indispensable pour le peu qu'on l'utilise.

— Il est grand ce voilier, lui demande Alice.

— Oui assez. On a trois cabines, un coin cuisine et assez d'espace pour être à l'aise tous les quatre. On a même prévu une télé par satellite. On a, par contre, pas de téléphone, mais juste une liaison radio par ondes courtes ou VHF.

— Vous partez combien de temps, lui demande Rodolphe.

— Deux semaines. On a loué ce voilier pour deux semaines en tout cas, lui répond Julien. Puis en regardant sa montre il leur dit : zut, il faut qu'on aille à la maison. À tout à l'heure.

— À tout à l'heure, dit Angélique.

— Bon appétit et à tout à l'heure, répondent-ils.

C'est alors qu'Angélique et son frère Julien se mettent en route pour la maison. Une fois arrivée à la maison, Julien va à la cuisine et met en route une casserole d'eau pour cuire des spaghettis. Il commence à préparer une salade et fait chauffer le contenue d'une boîte de sauce à spaghetti. Angélique, qui n'aime pas trop le sel de l'eau de mer sur sa peau, va en attendant la préparation du repas et la venue des parents, prendre une douche dans la salle de bain.


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Cette fin de la matinée du sixième jour Lion, Ussa et Leith qui ont fait le voyage ensemble et ont profité le temps du voyage pour manger une petite chose remontent l'allée en direction du temple. Arrivé au temple, Ussa fait usage de son autorité pour réserver l'exclusivité du temps d'accès à l'écran de dialogue. Ils se rendent, le temps d'attendre que l'accès leur soit accordé, dans une partie réservée aux prières. Même si Leith respecte les dispositions de sa religion, il n'est pas trop pieux. Ussa, elle, beaucoup plus pieuse, désire faire des prières, principalement destiné à ses grands-parents. Leith la suit, plus pour faire plaisir à elle que pour la prière elle-même. Les prières terminées et l'écran de dialogue disponible, ils se rendent dans la partie centrale du temple et voient que les grands-parents d'Ussa les attendent déjà.

— Bonjour Ussa. Bonjour Leith. Ça nous fait plaisir que vous êtes venue tous les deux. Comment vas-tu Leith, tu es très peiné par ce horrible assassinat du Maître Amilius, n'est-ce pas, demande le grand-père ?

— Oui, lui répond Leith, je devrais être un grand garçon et ne pas pleurer, mais c'est difficile de me retenir.

— Ce n'est pas bien de se retenir, mon garçon, lui dit le grand-père, ça rend la peine encore plus pénible. Les maîtres Amilius et Ar-Arart viennent dans un instant vous parler.

— Mais Leith, dit la grand-mère désireuse de changer le sujet en voyant la peine du garçon, tu n'as même pas remarqué qu'Ussa s'est fait belle pour toi. Tu lui n'as rien dit ? Une fille aime bien entendre ça, surtout de son meilleur copain.

Leith, très gêné par cette remarque, commence à rougir et ne sait plus où regarder. Puis il répond :

— Bien sûr que je l'ai vu, mais je n'ai pas osé le lui dire. J'ai fait une fois la remarque « t'est belle aujourd'hui » à Pénélope et elle m'a répondu « merci pour les autres jours. » Ensuite, je n'ai plus lui osé dire que je la trouve belle.

— Ça ne fait rien, grand-mère, lui répond Ussa, Leith parle avec ses yeux. La façon dont il m'a regardé en arrivant à la gare se passe de toute parole. Mais je ne sais pas trop moi-même pourquoi je l'ai fait. J'avais une sorte de pressentiment que quelque chose allait arriver.

— Oui mon ange, dit sa grand-mère, c'est pour tout à l'heure, mais je ne veux pas te le dire maintenant.

C'est ensuite qu'Ussa prend le relais et s'entretient avec ses grands-parents où Leith reste plutôt spectateur. Ses grands-parents restent, par contre, assez flou sur les rencontres que les deux jeunes gens vont avoir et terminent avec ces mots :

— Au-revoir mes enfants, on se verra dans cinq jours pour une dernière fois.

C'est là que les grands-parents d'Ussa vont faire place pour leurs maîtres-éducateurs, Ar-Arart et Amilius qui saluent leurs anciens élèves :

— Bonjour Ussa. Bonjour Leith. Ça nous fait plaisir de vous voir ensemble.

— Bonjour Maître Ar-Arart. Bonjour Maître Amilius, dit Leith.

— Bonjour à vous, dit Ussa.

— Ne pleure pas ma disparition mon enfant, dit Amilius en s'adressant à Leith. Ma mort est plus pénible pour ceux qui restent en arrière que pour moi. Je suis très navré de vous voir aussi peiné, mon enfant. Ce qu'il arrive doit arriver mon enfant, on ne peut changer le cours de l'histoire, on doit l'accepter tel quel.

— Merci maître, répond Leith, mais est-ce que vous avez pu calculer de nouveaux paramètres concernant la comète.

— Oui mon enfant, c'est dans sept jours entre six heures et six heures et demie et la probabilité d'une collision avec la terre est de quatre vingts-treize pour cent. Je n'ai, par contre, pas pu calculer l'endroit exact de la collision. Nous possédons ni les mesures, ni les instruments d'une précision suffisante pour pouvoir le calculer. C'est là que votre belle gauloise peut vous aider. Elle a besoin de vos données, les positions précises de toutes les planètes d'ici sept jours et celles il y a cent trois ans. Vous pouvez trouver ces données dans les livres dans le sous-sol de la bibliothèque. C'est là qu'Ussa peut vous aider, car c'est elle, sa famille ou des prêtres confirmés qui peuvent y accéder.

— Y a-t-il autre chose maître, lui demande Leith.

— Pense lui fournir des détails en apparence insignifiantes, lui dit Maître Ar-Arart. Tels que l'inclinaison de l'axe de la rotation terrestre, la position du pôle nord et l'équinoxe de printemps par rapport aux signes astrologiques. Ou encore mieux la vraie position vis-à-vis de la constellation.

Leith et Ussa continuent encore un moment à discuter avec leurs maîtres d'antan qui s'empressent à dire à Leith de se servir de la technologie dont Angélique dispose, car elle peut, selon Maître Ar-Arart, rechercher des informations sur le monde entier avec sa machine à calculer.


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Angélique, qui ne se doute de rien, prend à ce même moment de la journée sa douche dans la salle de bain. Soudainement elle entend des petits bruits et ne regarde pas ce qu'il se passe et s'écrie :

— Eh ! Julien, qu'est-ce que tu fous dans la salle de bains ? Passe moi en serviette, puisque tu y est.

En n'obtenant pas de réponse, elle répète son appel sans plus de succès. Agacé, elle sorte du bain où un coin douche a été aménagé et s'apprête à prendre sa serviette elle-même. C'est à ce moment qu'elle voit, que celui qu'elle avait pris pour Julien et une copine, sont en réalité Ussa et Leith. Gêné, elle réfléchit à cent à l'heure que faire. Elle décide alors d'adopter la stratégie de “l'attaque est la meilleure défense” et dit à Leith en faisant une petite pirouette devant lui :

— Salut mon amour, je te plais ?

Ussa regarde, amusé, son copain d'enfance, qui ne sait, gêné, plus où regarder. Ce dernier reste embarrassé sans pouvoir dire quelque chose et ne sait pas détacher son regard de certaines parties du corps d'Angélique. Julien, qui avait entendu appeler sa soeur entre à son tour dans la salle de bain. C'est là que les regards d'Ussa et de Julien se croisent. Les deux jeunes restent là comme s'ils étaient touchés par le foudre, momentanément hors circuit, sur autre planète. Angélique qui a eu le temps de se sécher et d'enfiler son slip, son jean et un tee-shirt, dit à Leith :

— Viens mon amour, tu es certainement venu me voir pour savoir ce que j'ai pu trouver n'est-ce pas ? Laissons les deux amoureux se faire connaissance.

Leith, lui, ne se remet que difficilement du traitement subi, la suit jusqu'à sa chambre et regarde avec un grand étonnement les objets qui s'y trouvent. C'est en pointant le doigt vers la télévision au bout du lit qu'il demande :

— Ta bioscope ?

— Bioscope ? Enquête Angélique. Tu veux dire télévision peut-être. C'est comme ça qu'on l'appelle chez nous. On dit Bioscope chez toi ?

— Oui, lui répond Leith et continue en pointant le doigt vers un appareil sur son bureau, ça c'est aussi une télévision ?

— Non c'est un ordinateur, une machine à calculer si tu veux, avec de la mémoire et reliée à d'autres au moyen d'un réseau que nous appelons Internet.

— Ah ! C'est Ar-Arart qui m'a parlé de ça tout à l’heure. D’après lui ça sert à échanger les informations, n’est-ce pas ?

— Oui, c’est ça.

Angélique se met aussitôt au travail. Elle saisisse les données fournies par Leith et cherche à les coordonner avec les siens. C'est pendant ces travaux qu'elle remarque le regard bizarre que son copain atlante jette sur un globe faisant office de lampe de bureau.

— Qu'y a-t-il, demande-t-elle ? Est-ce que quelque chose qui ne va pas ?

— Oui, même deux choses. Mon pays n'est pas là et les pôles ne sont pas au bon endroit non plus. Ils devraient être là dit-il en pointant quelque part sur le continent de Groenland. Il est combien, l'inclinaison terrestre ?

— Vingt-trois, répond-elle, pourquoi ?

— Eh ! Bien. Il n'est que de dix chez nous. Ça fait une différence de treize degrés, qui est énorme. Tu m'as bien dit que tu avais neuf jours en plus dans l'année, n'est-ce pas ?

— Peut-être, nous avons trois cents soixante-cinq jours et un quart par année.

— Alors, c'est juste, ça fait neuf de plus que chez nous. Tu devais avoir des jours plus courts je pense. Ton engin, sait-il calculer les dates astrologiques à partir des positions des planètes ?

— Pas le mien, mais il y a des sites sur Internet où on peut le faire. Donne-moi tes données et on va voir ce qu'on peut faire.

En faisant les calculs, qui confirment malheureusement les pires craintes de Leith, Angélique sent une petite odeur se répandre. Elle s'écrie s'adressant à son frère :

— Eh ! Les amoureux ! Surveillez la cuisine quand même, ça crame.

En continuant à chercher des informations pour Leith et à noter les siens dans un dossier, ils ne voient pas le temps passer et c'est Julien qui l'appelle si elle ne désire pas manger. C'est à ce moment qu'Angélique prend congé de son copain et ne manque pas à lui dire :

— Tu es vraiment canon Leith, j'aimerais bien te revoir, mais en vrai ! Tu reviens me voir n'est-ce pas ?

— J'espère. J'espère que cette voyante de Poseidia avait raison avec sa prédiction du voyage sans retour et le chiffre onze mille huit cents.

— Onze mille huit cents, lui demande Angélique, mais attends un peu, nous sommes ici en deux mille huit et toi tu es en neuf mille sept cents quatre-vingt-douze avant Jésus Christ, notre guide spirituel tu vois, qui fait un total d'onze mille huit cents. Mais ils sont là tes onze mille huit cents. Et ton voyage sans retour possible sera sûrement dans le temps, qui est juste, car on ne peut pas revenir sur ses pas. Alors, dit-moi tout sur cette voyante, ce qu'elle t'a dit, tout.

C'est pendant qu’elle prend la direction de la cuisine pour y manger quelque chose avec son frère et leurs parents qui peuvent venir d’un moment à l’autre que Leith lui narre leur séjour en Poseidia, la voyante de la foire, l'étrange voyage qu'elle ait prévu, le fait qu'ils allaient devenir frère et soeur et ce qu'Ussa croyait comprendre.

— Tu vois, mon amour, je suis, comme Ussa, ton ami d'enfance, persuadé que nous allons nous revoir, en chair et en os. Je te ne peux malheureusement pas embrasser avec ton dispositif qui t'a permis le déplacement, mais je le fais en pensée. Alors, grosses bisses, au-revoir et prend bien soin d'Ussa.


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Sur le chemin de retour, ils marchent silencieusement côte à côte, chacun plongé dans ses pensées. C'est Ussa la première à rompe le silence :

— Alors, tu es aussi impressionné que moi. Elle est vraiment belle ta gauloise et plutôt musclé pour une fille. Elle doit avoir une activité physique comme son frère.

Voyant que Leith ne lui répond pas, elle continue :

— T'en fais pas Leith. Je suis sûr que sa réaction de tout à l'heure était sa manière de cacher sa gêne. Je suis certaine qu'elle était aussi gênée que toi. Elle était d'ailleurs assez gênée par ta réaction, elle venait tout rouge en tout cas.

— Ma réaction, lui répond-il, mais je n'ai rien dit.

— Mais si, tu n'as peut-être rien dit, mais t'avais une réaction bien visible pour nous, les filles. Je suis sûr que tu l'aimes et elle t'aime aussi.

— Oui, lui répond Leith qui n'a pas envie de discuter de sa réaction en ce moment et continue : j'ai toujours son image devant moi, je n'arrive pas m'en détacher. Mais dit-moi, toi, tu étais aussi très impressionnée par son frère. Tu étais sur un nuage quand il te regardait. Tu as mis en tout cas un sacré moment pour revenir sur Terre. Tu as fait quoi. On te n'a pas vue pendant qu'Angélique tripotait sa machine à calculer.

— Machine à calculer ? J'ai cru que c'était une bioscope, mais quand j'y pense, Julien en avait déjà une qui marchait, ce qu'ils appellent d'ailleurs télévision, et où on pouvait voir un jeu qui ressemble à la pelote, sauf que les joueurs sont de face et non pas contre un mur. Il m'a dit qu'ils disent tennis. L'autre appareil était, comme tu le dis, muni d'une planche avec plein de touches, mais il ne marchait pas, car l'écran été noir.

— Oui, c'est une machine à calculer, ils disent ordinateur, comme celle d'Angélique et elle s'en sert pour en tas de choses. Elle l'utilise pour faire des documents, rechercher des informations sur le monde entier, car, ce qu'elle m'a dit en tout cas, ces machines sont reliées entre elles au moyen d'un réseau qu'ils appellent Internet.

— Est-ce que tu as pu voir quelque chose d'intéressant.

— Oui. Il semble que les maîtres Amilius et Ar-Arart ont malheureusement raison. Notre pays n'existe plus à leur époque. Puis les théories les plus folles y circulent. Il y en a tellement qu'il devient difficile de différencier le vrai du faux. Mais la chose qui m'inquiète, c'est qu'ils ont neuf jours de plus dans l'année. Ce qu'il veut dire : une Terre qui tourne plus vite et des jours plus courts. Cela ne peut malheureusement qu'être le résultat d'une collision avec très gros corps céleste, Arcturus par exemple.

— C'est pour quand est-ce qu'elle croise l'orbite terrestre ?

— Dans une semaine, le matin heure local.

Arrivés à la gare entre temps, ils montent ensemble dans le wagon-restaurant où ils demandent un menu léger. Après avoir mangé un moment, c'est Ussa qui rompe le silence et demande :

— Il y a quelque chose que je ne comprends pas. D'après ce que tu dis, ils vivent onze mille huit cents ans dans le futur. Je le veux bien, mais j'ai toujours cru que l'avenir n'existe pas encore, or comment a-t-on pu communiquer avec des gens qui n'existent pas encore ?

— C'est, si tu te souviens bien, une théorie de Maître Ar-Arart, celle qui dit qu'il n'y a ni passé, ni futur, mais seulement le présent, séparée d'une distance qu'on appelle temps. Lui voyait le temps comme c'était une distance, une longueur ou une hauteur. Il disait qu'il y a de nombreuses récits28 témoignant d'un voyage dans le temps. Ce qui veut dire passé, présent et futur existent simultanément. On ne vit tous que dans le présent, vois-tu ! Ils vivent dans leur présent et nous dans le nôtre, vois-tu!

— Tu veux dire, dit-elle en regardant rêveusement le plafond, que Julien existe pour vrai et n'est pas le fruit de mon imagination ?

— Oui ma chère, dit Leith, tout comme Angélique.

— Oh ! Que c'est joli, dit-elle en regardant en dehors, ta famille est en train de tailler les arbres. C'est si joli, tous les arbres bien alignés et taillés en boule. Ils doivent faire la pause de l’après-midi, car je n’y vois personne. Il y a l'échelle contre un des arbres, mais à part ça, personne. Tu ne voudrais pas rependre le domaine plus tard ?

— Non, même si je suis enfant unique, on est assez nombreux avec mes oncles, tantes, cousins et cousines. Parfois même de trop. Le domaine appartient d'ailleurs à mes grands-parents. C'est peut-être pour ça que mes parents préfèrent me voir éducateur et peut-être maître beaucoup plus tard. Mais dit-moi, dit-il pour changer le sujet, tu as discuté de quoi avec Julien ?

C'est alors qu'Ussa raconte sa causerie avec Julien, sa déception que ni lui ni sa soeur étaient végétariens, les drôles de fils en pâtes qu'ils appelaient spaghetti, la sauce brûlée, la planche à voile, le vélo et beaucoup d'autres choses.

— On va tout de suite à la bibliothèque, demande Leith.

— Non, répond Ussa, je dois passer au palais chercher les clefs du sous-sol. Comme ça, on pourrait dire bonjour à papa et maman, ça leur fera plaisir de te revoir.


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L'homme, discret, même trop discret, entre dans la bibliothèque, monte l'escalier vers la salle de lecture et se met à chercher des livres à consulter. C'est ce qu'il veut faire croire, car en réalité il surveille la salle de lecture et l'accès à la salle d'emprunt. Après un moment, il va de rangé à rangé prenant un livre par ci par là, les remettant à leurs places une fois consultée et continue ainsi jusqu'à la porte de secours, où il se trouve un plan d'évacuation. Sur ce plan figurent toutes les salles, y compris celles de l'entre-sol et du sous-sol. Il tente de bien mémoriser les salles, leurs accès, leurs emplacements et les sorties de secours. Ensuite il va au guichet d'accueil et demande à la personne présente, ce qu'il devrait savoir en ce moment, où se trouvent les toilettes. Il veut s'assurer, que sa présence dans entre-sol ne soit pas suspecte. On a droit de se tromper de porte dans un bâtiment inconnu, n'est-ce pas ? Il descend le grand escalier et se trouve devant une série de portes. En faisant semblant de se tromper, il en ouvre une. Hélas, c'était une armoire à balais. Soudainement il voit deux jeunes gens entrer dans une salle réservée en utilisant leurs clefs. Il va, pour faire diversion, d'abord aux toilettes et attend que les deux soient entrés dans la salle, car il sait que ce sont eux qu'il faut éliminer. Il sait que c'est contre les ordres reçus de Poseidia, mais il ne veut prendre aucun risque et se dit : « Un accident est vite arrivé ! » Quand il entend une deuxième porte se fermer dans cette salle, il décide d'y entrer. Hélas, les jeunes ont refermé la porte derrière eux. Il essaie de l'ouvrir avec ses outils du parfait petit cambrioleur qu'il a toujours sur lui. Succès ! La deuxième porte lui pose plus de problèmes, car équipée d'un système de sécurité plus récent dont seul les prêtres, le personnel de la bibliothèque et la famille royale ont les clefs. Il a beau à s'acharner sur la serrure, mais elle résiste et la porte blindée reste fermé. C'est alors qu'une idée lui vient. La salle en dessous n'a pas ventilation vers l'extérieur et la fumée d'un incendie va fatalement se répandre en travers des minuscules ouvertures de la porte blindée et les conduites de la ventilation. Les deux jeunes se sont en ce moment enfermés dans cette salle en sous-sol et ne peuvent en sortir que par la sortie de secours. Il vérifie que la sortie de secours de la salle où il se trouve fonctionne bien et qu'elle n'est pas équipé d'une alarme. Il vérifie l'extérieur et constate qu'il y a un petit escalier qui monte et plus bas il voit une autre porte de secours, celle de la salle où se trouvent les deux jeunes. Il revient secrètement dans l'entre-sol où sont les toilettes, va vers l'armoire à balais et prend là quelques outils au hasard. Il rentre ensuite de nouveau dans la salle d'archives, ferme la porte, met un torchon imbibé d'un produit inflammable dans une rangée de livres, vide deux bouteilles de rhum sur le plancher et y met le feu. Il sort de la salle par la porte de secours, la ferme, descend l'escalier jusqu'à l'autre porte de secours et coince le mécanisme d'ouverture avec la manche du balai, qu'il venait tailler à la bonne mesure. Il laisse le reste des matériels volés sur place, remonte tranquillement l'escalier et s'imagine de ne pas être repéré, qu'il n’est, hélas pour lui, pas le cas.


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La ville d'Osuo a, comme toute ville d'une certaine importance, une bibliothèque d'un prestige nationale et d'une réputation connue de toute la fédération. C'est surtout l'entre-sol et le sous-sol qui abrite des documents les plus prestigieux, dont certains sont plusieurs fois millénaires. Le bâtiment lui-même n'a pas toujours été une bibliothèque, mais hébergeait jadis un haut dignitaire d'état. Les entre-sols et sous-sols servaient comme maintenant d'entrepôt d'archives et de documents rares. Toutefois, même si la sécurité a été renforcée, un scandale a été déclenché par un journaliste. Il avait réussi à entrer dans les locaux censés sécurisés en utilisant des outils de cambrioleur rudimentaires acheté dans une quincaillerie. Le fait que les locaux communiquent ensemble par le biais des conduites de ventilation est lui aussi une source de critique. L'argument est : si un incendie se déclare, le feu pourrait se propager par ces conduits et cela en dépit du fait que les salles devraient être ignifuges, dont beaucoup se doutent de l'efficacité. C'est donc à la fin de cet après-midi du sixième jour Lion que les premiers passants s'alarment, il y a de la fumée qui sort de l'entre-sol. Certains courent avertir la police et des pompiers, tandis quelques-uns entrent pour faire sortir les gens qui se trouvent toujours à l'intérieur. Le système qui est censé rendre les salles ignifuge s'avère effectivement inefficace. Les premières flammèches sortent par les fenêtres de l'entre-sol et le fumé devient visible dans la salle de lecture au-dessus. Pendant que les pompiers et policiers sécurisent le secteur, la rumeur se répand qu'Ussa et son ami de toujours se trouvent justement dans ce sous-sol où il y a le feu. Une vieille femme pleure et s'effondre, elle ne supporte plus le spectacle de désolation. Elle venait en fait de passer la main à sa fille et sa petite-fille. C'est sa famille qui gérait la bibliothèque depuis plusieurs générations.


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Enfermés au sous-sol, Ussa et Leith ne remarquent d'abord rien et continuent leurs recherches en prenant les livres les plus anciens un à un. C'est Leith qui remarque l'étrange odeur de fumée et dit à sa compagne :

— Tu ne sens rien toi ?

— Quoi donc ?

— Il me semble que quelque chose brûle.

— Oui, je le sens moi aussi.

C'est alors que Leith va vers la porte blindée, mais quand il l'ouvre, c'est de la fumée qui entre dans la pièce et il dit :

— Il y a un incendie Ussa. On doit partir par la porte de secours.

Ussa court vers la porte de secours mais n'arrive pas à l'ouvrir et crie à Leith :

— Verrouille cette porte et viens m'aider à ouvrir celle-ci, c'est trop dur pour moi. Je n'arrive pas à l'ouvrir.

Leith vient lui secourir, mais il n'arrive pas plus qu'elle et dit :

— Ils l'ont bloquée de l'extérieur. On ne peut plus sortir d'ici Ussa. Même si la porte blindée tient, on va mourir étouffé par la fumée.

Pour Ussa les émotions viennent trop fortes, elle met sa tête sur l'épaule de Leith et commence à pleurer. Leith cherche à la consoler qu'il y a toujours de l'espoir, mais elle refuse d'y croire. Tout à coup il voit un spectacle assez insolite, une fille vient de traverser la porte blindée comme elle n'existait pas et vient à leur rencontre. C'est maintenant qu'il la reconnaît, c'est Angélique. Angélique bouge les lèvres pour leur dire quelque chose, mais ils n'entendent rien. Angélique, par contre, semble pouvoir entendre leurs paroles, elle réagit en tout cas sur ce qu'on lui dit. La fumée, qui vient par les fentes de ventilation, commence à venir assez épaisse dans la salle et c'est Angélique qui leur montre comment avancer à quatre pattes pour ne pas être incommodé par la fumée. Elle les guide vers l'arrière de la salle et fait signe d'ouvrir un placard.

— Iiiiih, s'écrie Ussa, quand deux squelettes tombent dès l'ouverture de la porte.

Leith les transporte aussitôt en rampant vers la porte blindée. Ouvre celle-ci, pendant qu'Ussa lui crie d'arrêter et de revenir, et cherche à mettre les deux squelettes, malgré la chaleur et la fumée, de l'autre côté de la porte. Ce qu'il arrive finalement, avec un peu de mal, à faire. Revenu vers les filles, restées à l'arrière de la salle d'archives, il voit qu'Ussa ait entre temps vidé l'armoire et tente d'ouvrir une trappe. Pendant qu'il l'ouvre, elle se retourne et demande lui :

— Mais tu es complètement fou, qu'est-ce que tu cherches à faire ?

— Mais c'est la logique même... Mais Leith n'arrive pas plus loin, Ussa l'interrompe et lui dit :

— Logique ? Quelle logique ? Celle de nous faire cramer ?

— Mais non, tu n'as pas compris que cet incendie ne soit pas normal et qu'il y a quelqu'un qui veut nous tuer. Alors, je lui donne satisfaction en mettant ces deux squelettes, ceux d'un homme et d'une femme, de l'autre côté de la porte. Ils font croire que c'est nous une fois l'incendie éteint et les quelques restes d'os trouvés.

Et il repart au grand désespoir d'Ussa et d'Angélique qui commence à s'inquiéter aussi. En se retournant il dit à Ussa :

— Viens, viens chercher les livres le plus précieux et prends en un maximum avec toi. Je fais pareil. Comme ça, on pourrait les consulter et ils seront peut-être sauvés.

— Mais dépêche toi, Angelique est mort d'inquiétude, lui dit Ussa. Alors, viens, prend ce que tu as déjà et ne cherches pas d'autres, on a plus le temps. Je veux un Leith vivant sans livres plutôt qu'un Leith mort avec livres. Alors, tu viens ? Ne joue pas le héros s'il te plaît, Angélique t'attends impatiemment. Elle à aussi droit à un Leith vivant. Alors, viens !

Une fois la trappe refermée, ils voient qu'Angélique possède, comme eux, un communicateur, ce qu'elle appelle téléphone mobile et dont elle se sert de la lumière de l'écran pour s'éclairer. Ils la suivent dans ce couloir étroit, malodorant et lugubre sans qu'ils savent où ils se trouvent. À droite, à gauche, descendre un escalier, remonter un autre jusqu'à ce qu'elle s'assoie sur un petit escalier juste en dessous d'une trappe et attend. L'attente semble interminable et au moment qu'ils entendent des petits bruits, ils appellent au secours. Après un moment la trappe s'ouvre et la surprise est totale. Non seulement qu'Angélique se dissipe dans l'air, mais ils voient une tête bien connue d’eux dans l'embrasure de la trappe, elle, aussi surprise qu'eux.


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Quand Pénélope entre, comme elle a l'habitude, comme un courant d'air dans l'estaminet d'Abdubu, elle voit les tristes mines des gens présents. En s'adressant à Abdubu, parce qu'elle est venue chercher des boissons pour sa dernière cliente et elle-même, elle demande :

— Eh ! Les mecs, qu'est-ce qu'il y a ? Est-ce que l'incendie de la bibliothèque vous met dans un tel état ? À propos, si vous voyez Ajax, dit-lui de me venir voir. J'ai vu un type bizarre sortir de l'escalier menant vers les sorties de secours tout à l'heure quand je passais devant la bibliothèque. Mais, dit-moi, qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi vos tristes mines ?

Abdubu, qui a cherché un thé avec une double ration de rhum pour elle, lui dit :

— Assieds-toi. Tu dois être très forte maintenant.

— Mais, s'écrie-t-elle, tu es fou ? Je n'ai pas commandé un thé-rhum. Mais qu'est-ce que tu fous ?

— Assieds-toi et sois très forte.

— Mais, qu'est-ce qu'il y a ?

— C'est l'incendie de la bibliothèque, lui dit Abdubu, c'est terrible.

— Oui, lui répond-elle, c'est un véritable drame. Toutes ces belles oeuvres brûlés. Parti en fumé. Pffft. Loin. Terrible.

— C'est pire que tu penses, lui dit Abdubu, tu sais qui se trouvaient à l'intérieur ?

— Non, dit-elle très inquiète, qui donc ?

— Ussa et Leith, lui répond Abdubu, le sinistre a été circonscrit tout à l'heure et d'après les premières investigations, des os calcinés d'une femme et d'un homme ont été trouvés devant une porte fermée à clefs. Ils ont été pris au piège. De plus qu'à l'entrée, d'après la police, les restes d'un produit inflammable ont été trouvés.

Pénélope n'arrive plus à retenir ses larmes et commence gémir des petits mots incompréhensibles. Abdubu s'assoit à côté d'elle, pousse le thé-rhum vers elle et lui dit :

— Bois cela ! Ils ont sûrement pu rejoindre le royaume de sa belle gauloise et son frère dont ils rêvaient tellement. Même s'ils n'imaginaient pas que ce sera de cette façon.

— Oui, dit Jou-el, demain ou après-demain on va tous au temple d'Ozin pour leur parler.

— Tiens, lui dit Abdubu, je t'offre les boissons pour ta cliente et toi, tu peux me ramener les tasses demain si tu veux. Eh ! Dit-il en s'adressant à Jou-el, accompagne-la à sa boutique et reste un moment avec elle en attendant Ajax.

Ils marchent silencieusement vers sa boutique. Pénélope n'arrive toujours pas à maîtriser sa peine et commence à s'inquiéter au sujet de sa cliente. Comment le dire sans que Mélia, elle aussi, une très fervente admiratrice d'Ussa et son compagnon, s'effondre en pleurs. Une fois dans la boutique, Mélia se doute déjà qu'il y est arrivé quelque chose de terrible et regarde Pénélope d'une mine inquiète.

— Que se passe-t-il ma chère, demande-t-elle.

— Oh ! Mélia, c'est terrible, la bibliothèque a été incendié, qui est déjà terrible en soit, mais ils ont trouvé des squelettes calcinés d'un homme et d'une femme devant une porte. On pense, puisque Ussa et Leith se trouvaient en sous-sol pour consulter des oeuvres anciens, que ce sont les leurs.

C'est en ce moment que Ajax entre dans la boutique et voit ce petit spectacle des deux dames en pleurs et demande :

— Eh ! Tu n'as pas de rhum chez toi, Pénélope ? Vous en avez drôlement besoin. Reste à côté de ta cliente, je vais le chercher.

Quand il revient avec la bouteille, il verse une bonne rasade dans leurs tasses de thé et leur dit :

— Dit-moi Pénélope, qu'est-ce que tu as vu exactement quand t'es passé devant la bibliothèque cet après-midi ?

C'est là qu'elle se ressaisit et commence à raconter tout ce qu'elle avait vu, l'homme qui semble être le “client”, les deux autres faisant le guet. C'est en ce moment que Ajax demande à Jou-el d'aller chercher les copies des dessins faits l'autre jour. Le temps que Jou-el mets pour revenir, elle raconte les détails de l'après-midi. La cliente de Pénélope, Mélia, se mêle de la conversation et c'est elle qui a également vu des types suspects dans les alentours de la bibliothèque. Jou-el, revenu entre temps, montre les dessins à Pénélope et Mélia, où les deux reconnaissent le “client” et également les deux autres faisant le guet. Pendant que Pénélope se remet doucement de ses émotions, elle recommence le masque de sa cliente et demande à Ajax de bien vouloir chercher d'autres thés chez Abdubu, mais sans extra cette fois.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Ussa est bien vivante.

Angélique et son frère Julien ont encore discuté jusqu'à tard la nuit. Tous les deux ont été très impressionné par l'arrivée intempestive de leurs deux amis atlantes. Angélique, elle, est très inquiète, car elle se souvient très clairement son rêve de la nuit précédente. Puis, elle se rappelle trop bien ce qu'Ussa et Leith lui avaient dit à midi ; qu’ils comptaient aller à la bibliothèque après leur rencontre pour y consulter des livres anciens dans un local dont seule Ussa et sa famille ont les clefs. Son frère, plus pragmatique cette fois, essaye de lui conforter un petit peu en disant :

— Mais tu m'as bien dit, que dans ton rêve de la nuit passée, c'était toi qui a pu les sortir. Non ?

— Oui, dit elle avec une petite voix, mais j'ai peur, très peur qu'il leur arrive quelque chose de terrible.

— Garde espoir, ma petite soeur, la nuit te portera conseil. Bonne nuit et essaie de dormir. Ne te tourmentes pas. Ça va aller. Tu verras demain matin ce que te disent tes rêves. N'oublie surtout pas à mettre un bout de papier et un crayon à côté de ton lit. Comme ça tu pourrais noter tes rêves dès que tu te réveilles. Mais essaye de penser maintenant à autre chose et dors.

— Et toi, tu ne penses pas à ta petite Ussa. Tu n'inquiètes pas pour elle ?

— Oui. Bien sûr. Mais je ne suis pour rien. Je ne peux rien y faire. Bien sûr que ça me chagrine, surtout le fait qu'ils vivent derrière une barrière de onze mille huit cents ans. J'aimerais bien croire, comme tu le fais, que nous allons nous voir en chair et en os comme cette tzigane de foire leur avait dit. Mais pour l'instant j'ignore par quel miracle qu'ils comptent franchir cette barrière de temps. Mais, ma petite soeur, concentre-toi peut-être sur les faits et des éléments importants, car ils semblent pourvoir te voir d'une façon ou une autre. Mais cherche à dormir maintenant et ne te tracasses pas, sinon tu vas encore passer une nuit blanche et faire des cauchemars.

— Bonne nuit, mon grand frère, dit-elle en mettant l'accent sur le mot “grand”.

— Bonne nuit, ma petite soeur. Dors bien et à demain.

Mais bien dormir ne sera pas pour tout de suite, pas pour Angélique en tout cas. Tourner à gauche, tourner à droite, coucher sur dos, sur le ventre, de nouveau sur dos, de côté droit, de côté gauche, puis elle finit avec beaucoup de peine à s'endormir en position “chien de chasse”. Aussitôt endormi, elle commence un nouveau rêve. Angélique se trouve soudainement dans une pièce joliment décorée, visiblement le travail d'une femme avec goût, où se trouvent Ussa et Leith assis autour d'une table en attendant un repas. C'est Ussa qui la voit en premier et la salue. Mais c'est pour elle pareil comme la nuit précédente, elle ne peut rien dire. Ce qu'elle tente de dire, n'est pas perçu par les autres. C'est à nouveau Ussa qui parle et dit à Leith qui n'a pas encore perçu la présence d'Angélique :

— Tiens Leith. C'est Angélique qui nous rend une petite visite.

— Ah. Bon, dit-il en regardant autour de lui pour voir où elle est et lui dit : salut mon amour. C'est gentil d'être venu nous voir. Est-ce que tu nous entends ? Nous t'entendons pas.

— Eh, dit Ussa, je vais prévenir Pénélope, sinon elle va croire qu'il y a des fantômes dans sa maison.

Seul avec Angélique, Leith continue :

— C'est super que tu peux venir nous voir, mais comment fais-tu ? Tu n'as pas de dispositifs de communication comme nous avons le temple d'Ozin.

Il n'obtient comme réponse qu'un haussement d'épaules et des lèvres qui se remuent, mais sans le son. C'est là qu'il comprend que la présence de sa copine n'est pas complète et qu'il doit poser des questions sur lesquels elle peut répondre avec des gestes. Quand il lui demande si elle l'entend, elle fait oui de la tête.

— Merci de nous avoir sauvé la vie la nuit dernière, comment as-tu fait cela ?

Elle répond avec un haussement d'épaules pour lui dire qu'elle ne le sait pas.

— Tu ne le sais pas toi-même, lui demande Leith.

Elle fait oui de la tête.

— Alors, je t'explique ce que je crois. Les sbires de Ra-Ta, le BSI donc, cherchent à museler toute personne qui sait quelque chose sur les événements à venir. Pour l'instant, nous ignorons comment ils ont su qu'Ussa et moi allions visiter la bibliothèque. Mais c'est clair qu'ils ne reculent même pas quand il s'agit d'éliminer un membre de la famille royale. Ils craignent sûrement de la panique quand la nouvelle d'une catastrophe mondiale se répand. Je ne sais pas si tu avais remarqué, mais les meurtres des maîtres Ar-Arart et Amilius font partie de leurs plans. Puis c'est maintenant nous qui savons trop selon eux et c'est pour cela qu'ils ont essayé de nous brûler vifs. Je dois te dire que mettre ces deux squelettes de l'autre côté de la porte n'était pas une partie de plaisir et il me fallait beaucoup de courage pour le faire. Mais je crois que c'était une bonne idée, car tout le monde croit maintenant, à cause de ces quelques os calcinés, que c'était nous. Je suis navré pour la peine que j'ai causée au peuple, mais nous n'avons pas d'autre solution. Ce ne sont que Pénélope et Ajax, qui va venir dans un instant, à être au courant. Maintenant je vais te demander quelque chose, Ussa, même si cela lui fait de la peine, est entièrement d'accord. Tu ne dois rien dire à personne, même pas au papa d'Ussa, le roi Bel-Ra donc. Dit-lui que nous sommes en sécurité, puis c'est tout. Tu ne dis rien d'autre à personne. J'espère que tu as compris. Je suis d'ailleurs navré pour ce qu'il est passé cette nuit, surtout que toi, et Ussa encore plus, très inquiètes, craignaient pour ma vie. Tiens voilà, Ussa et Pénélope qui reviennent avec les plats. Je ne peux malheureusement pas t’en offrir, car tu n'es pas physiquement là.

Pendant que les trois amis s'installent autour de la table dans le coin à manger, Pénélope dit à Leith :

— Elle est belle ta gauloise, Leith. Elle a le même âge que toi je crois, non ?

— Oui, dit-il, un peu plus, car elle est du mois du Taureau et moi je suis celui du Gémeaux.

— Et toi Ussa, lui demande Pénélope, ton Julien, car c'est comme ça qu'il s'appelle, n'est-ce pas. Il a quel âge ?

— Dix-huit ans comme moi et pas seulement ça, il est du mois de Balance tout comme moi. Deux Balances ensemble, tu te rends compte ?

— Et toi, tu t'appelles Angélique, n'est-ce pas, dit-elle en s'adressant à une Angélique translucide.

Qu’elle confirme en faisant oui de la tête.

— Tu n'as pas un beau copain dans la trentaine pour moi ? Non ? Si t'en connais un, je viendrai volontiers avec eux dans ton pays, même si je ne sais pas trop comment-on peut y aller.

C'est alors qu'elle commence à questionner Angélique sur les fréquentations de ses parents, les parents de ses copains et copines en posant les questions telles, qu'Angélique peut toujours répondre avec oui, non ou je ne sais pas. C'est au même moment que la sonnerie de la porte tonne, que l'image d'Angélique commence à se dissoudre pour disparaître complètement. Pénélope descend ouvrir et revient dans la pièce avec Ajax, car c'était lui qui a sonné. Il ne peut que croire ses trois amis à la parole qu'il y eut la belle gauloise là, juste avant qu'il entre.

Angélique, réveillé par un bruit de sonnerie, cherche fébrilement à noter ce qu'elle ait rêvé et constate qu'elle a été réveillée par la sonnerie de son téléphone mobile qui lui avertit de l'arrivée d'un message texto. « Merde, » dit-elle pour elle-même, « un faux numéro ! » et efface le message. Elle regarde furieusement son réveil, montrant le chiffre “03:32”, et essaie de se ré-endormir.


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C'est au début de ce matin du septième jour Lion que l'homme, connu par son nom de code “Aker”, vient de poser sur son bureau le message reçu plus tôt ce matin en provenance de l'état de Mayra et le range avec les journaux en provenance de ce même état, car les nouvelles ne sont pas bonnes. C'est en ce moment qu'une employée, sa secrétaire, vient de poser les journaux d'origine Muri, l'état des Celtes du nord de la fédération. Là, les titres sont sans ambiguïtés. Ils y figurent les dessins de tous leurs agents présents dans les états de Muri et Mayra avec la mention dans leur langue et en rouge sur deux lignes : “WANTED, dead or alive” et en dessous, en gras et souligné “PREFERABLY DEAD.” Il relit le petit message de ce matin où il est marque avec une simplicité déconcertante : « Trois suspects éliminés. » Il regrette de ne pas été plus clair en donnant les instructions à l'agent censé intercepter le dénommé Ach. Il sait maintenant, qu'il aurait dû lui accorder la possibilité, ou plutôt lui donner l'ordre, de fabriquer un accident mortel à cet agent, si cela sera la seule façon de l'arrêter. Il craint avant tout, la réaction de son chef, Seth, qui n'est pas un exemple de compassion et de tendresse, mais plutôt le contraire. Puis, il n'y a pas seulement Seth, mais aussi le roi Ra-Ta lui-même qui ne tolère pas qu'on s’en prend aux familles royales. C'est surtout le fait que ce dénommé Ach a réussi à faire brûler vifs deux adolescents : la très populaire princesse Ussa et son compagnon et ami d'enfance, Leith. Il range les journaux et quitte son bureau pour la réunion avec son chef, Seth, qui doit être au bureau entre temps. Il craint, avant tout, cette réunion, car Seth, tout comme le roi Ra-Ta lui-même, ne va pas apprécier ce qu'ils écrivent les journaux. Surtout les journaux des états Mayra et Muri qui ne sont pas sous contrôle d'état et libre d'écrire ce qu'ils veulent pour autant que ce soit la vérité. Il sait qu'en cas de problèmes, c'est lui le fusible et c'est pour lui la cour martiale avec son verdict prévisible. Il sort de son bureau, descend le grand escalier, traverse la cour intérieure en suivant les colonnades et frappe à la porte du bureau de son chef.

— Entrez !

Il entre dans la pièce et en voyant qui est présent, son coeur se serre. Mis à part son chef, il y a le roi en personne qui s'y trouve et l'attend avec les journaux devant lui au bureau de Seth. Le roi Ra-Ta, en grand uniforme, qui est resté debout derrière Seth, ne lui laisse pas le temps de se présenter dignement et lui dit manifestement très mécontent :

— À genoux ! Là ! Taisez-vous, attendez et ne répondez que sur les questions que l'on vous pose. Le roi saisisse un des journaux présents sur le bureau et continue :

— Nous avons tout reçu ce matin un petit message disant : « Trois suspects éliminés. » Vous appelez ça des suspects ! La future reine de Mayra avec son ami ! Deux adolescents qui plus est ! Et par comble de malheur, cela ne vous suffit pas ! Il faut que monsieur fasse brûler des oeuvres anciens de plusieurs fois millénaires, dont certains exemplaires étaient uniques et irremplaçables.

— Mais..... Le roi ne lui laisse pas finir sa phase et lui lance :

— Je vous avais dit de ne parler qu'en cas d'une question posée et pas autrement. Taisez-vous. Vous n'êtes qu'un incapable. Au lieu de me monter une section d'un service secret digne de ce nom, vous collectionnez des malfrats organisés en bande qui ne savent que voler, escroquer, détruire et tuer juste pour le plaisir de tuer. Il me semble que l'opération “silence” a bien pris de l'eau. Toute la population s'interroge à présent sur les événements curieux survenus ces derniers mois. L'opération a fait beaucoup trop de bruit ces derniers jours et ce sont vos malfrats qui sont les principaux coupables. Vous savez ce qu'on fait dans l'état de Mayra avec ces genres de personnes ?

— Non sire, répond-il.

— Eh ! Bien, je vais vous le dire. Comme vous devez le savoir, les gens du “La loi d'une” ne peuvent pas tuer eux-mêmes, leur religion le leur interdit. Or les fourmis par exemple n'ont pas cette contrainte. En particulier les rousses, qui sont organisées en fédérations de plusieurs citées, tout comme nous. Il n'est pas plus simple que d'attacher un condamné sur une fourmilière. Les fourmis vont avertir toute leur fédération et se régaler de sa chair en ne laissant que les os et des tendons. Les agents, vos malfrats donc, dont on peut voir les dessins dans ce journal, vont tous subir ce traitement et je peux vous garantir que leur mort sera lente et douloureuse. J'ai envoyé un ordre très strict à toutes les polices et fonctionnaires de l'ordre public de ne pas s'y opposer. Les Celtes réservent, eux aussi, un traitement particulier à ce genre d'individu ; ils l'attachent aux poteaux et laissent le travail aux corbeaux et autres rapaces. Alors, levez-vous et venez ici, dit-il en désignant le bureau où il se trouve une feuille de mise en examen pour la cour martiale à côté d'une petite arme à feu avec une seule balle.

— Alors, dit le roi au dénomme Aker, prenez un de ces deux. Vous pouvez vous retirer dans la pièce à côté, là derrière cette porte. Si vous choisissez la cour martiale, ce sera le déshonneur de votre famille, sinon il y a eu un petit accident regrettable et l'honneur de votre famille restera sauvé. Est-ce que je me suis fait bien comprendre ?

— Oui sire, répond-il, saisisse l'arme et va dans la pièce désignée par le roi un instant plus tôt où on pouvait entendre un claquement et un bruit sourd d'un corps tombant par terre.

— Seth, dit le roi, faites-moi évacuer ce corps dans la pièce à côté et organisez-lui un bel enterrement avec tout le tralala et honneurs. Puis en ce qui concerne l'opération “silence” cherchez à éviter les dégâts, communiquez à la population que ce sera comme les deux cas précédents. Dites-les qu'il n'y a pas grand danger, mais que les temps vont être durs. Il en reste assez de scientifiques avares d'argent pour confirmer cette thèse, surtout que l'on leur dit l'importance de devoir éviter une vague de panique. Suis-je assez clair ?

— Oui sire. À votre service.

— Gardes, nous allons rentrer, préparez-moi la voiture.


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Ce n'est pas la joie, ce matin au palais royal. L'atmosphère y est plutôt pesante. Dans les appartements privés du couple royal, Séléné et Pâris de Bel-Ra prennent seuls leur petit-déjeuner, en silence, sans la présence des serviteurs, qu'ils ont congédié. La reine, Séléné, doit régulièrement sécher ses larmes avec un mouchoir, qu'elle a mis à côté de son assiette. Elle mâche sans trop de goût sa tartine confiture, un met dont elle se raffole autrement. Le roi, Pâris, n'est pas mieux loti, il n'a fini son assiette qu'à moitié. Il le repousse et en regardant son épouse, il dit :

— Qu'est-ce que nous avons fait pour offenser Ra d'une telle façon qu'il nous prend notre fille et son compagnon ?

— C'est terrible, gémit-elle, d'être brûlé vif. J'espère qu'ils n'ont pas trop souffert et qu'ils soient morts étouffé par la fumée avant d'être brûlé.

— Êtes-vous d'accord, chère épouse, d'accorder à son compagnon Leith un enterrement royal. Je préfère les enterrer ensemble. Ils étaient inséparables de leur vie, les laissons-nous rester ensemble dans la mort.

— Comptez-vous, cher époux, leur faire un mariage posthume ?

— Ce sera une bonne idée, je la discuterai avec les dignitaires religieux.

C'est en ce moment qu'un serviteur entre avec un message, dont le roi ne reconnaîtra pas tout de suite l'émissaire.

— Un message urgent sire, dit-il.

— Allez-vous en ! Je ne suis là pour personne.

— Mais... Le roi ne lui laisse pas finir sa phrase et dit :

— Partez et laisse-moi ce message, je le regarderai plus tard.

C'est quand le serviteur pose le rouleau avec le sceau royal de Ra-Ta sur la table à côté de son assiette, terminé à moitié, que le roi comprend qu'il faille mieux le lire tout de suite et ne pas attendre. Il brise le sceau, déroule le parchemin royal et lis :

Cher confrère,

Je suis aussi peiné que vous et je vous présente mes sincères condoléances pour la perte de votre fille, la future reine, et son ami.

J'ai donné l'ordre à tous les services d'ordre, les polices de sécurité d'état et de l'armée de ne pas s'opposer à la colère populaire. Je vous encourage à identifier les responsables de cet ignoble attentat, tels qu'ils ont apparus dans vos journaux, et de laisser faire la population. Mais faites attention, la plupart de ces soi-disant agents secrets avèrent être des anciens malfrats issus des Belzebubs et sont très dangereux. En connaissant la qualité de vos services, n'hésitez surtout pas à les poursuivre, y compris dans mon état, je vous donne carte blanche.

En ce qui concerne votre enfant et son compagnon, j'imagine que vous allez les enterrer ensemble. Acceptez-vous ma présence à l'enterrement ? Si oui, communiquez-moi la date, je viendrai assister en personne à la cérémonie.

Recevez, cher confrère, l'expression de ma respectueuse amitié.

Au nom de mon peuple, Ra-Ta.

Pâris de Bel-Ra lève la tête et regarde son épouse qui n'arrête pas à s'essuyer ses larmes et lui dit :

— Je vais annuler tous mes rendez-vous de la journée et je compte me rendre au temple d'Ozin, est-ce que vous venez avec moi, Séléné. On pourrait parler à nos chers disparus. Ce sont peut-être eux qui savent le mieux ce qu'on doit faire maintenant.

— Je ne sais pas si j'ai la force mon cher, dit-elle entre deux sanglots.

Quand il regarde vers la porte, Pâris de Bel-Ra voit qu'un membre de la garde royale attend patiemment avec une personne, visiblement un responsable de la police scientifique, que l'on leur accorde le droit d'enter dans la pièce.

— Avancez, quelle nouvelle me portez-vous ?

— Un sujet difficile sire, dit l'homme, il s'agit les os qu l'on a trouvés dans l'entre-sol.

— Je ne veux rien savoir. Mettez-les chacun dans un cercueil et laissez-nous tranquille.

— Mais sire ce n'est pas possible, parce que... Mais le roi ne lui laisse pas finir sa phrase et lui répond :

— Allez-vous en ! Notre peine est trop grande en ce moment pour discuter de ces genres de choses.

— Mais sire écoutez-moi s'il vous plaît.

— Je n'ai pas envie de discuter du sujet maintenant, s'il vous tient à coeur, faites-moi un rapport écrit et je le lirai plus tard.

— Oui sire.

Une fois l'employé de la police scientifique partie, le roi rappelle son garde et lui dit :

— Préparez-nous une voiture, nous allons au temple d'Ozin. Faites-nous une réservation exclusive de la salle centrale où il y a l'écran de communication.

— Oui sire, quand voulez-vous partir ?

— Dans un demi-heure.

— Séléné s'il vous plaît, venez avec moi parler à nos enfants, c'est très important.

Ce que le couple ne sait pas encore, c'est qu'une petite surprise leur attend au temple.


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Angélique, fâché à être réveillé en plein nuit par un texto bidon, essaie de mettre de l'ordre, pas seulement dans ses notes, mais aussi dans sa tête. L'endroit dont elle avait rêvé était sûrement le salon de l'appartement de Pénélope, qu'elle connaît maintenant. Elle entend soudainement des bruits derrière elle dans sa chambre. Elle se retourne et est aussi surpris que le couple royal Bel-Ra qui s'y trouve.

— Bonjour, dit-elle en regardant les deux visiteurs un peu plus attentivement et poursuit : vous êtes le papa d'Ussa, son portrait craché. Et en s'adressant à la dame : dans ce cas, c'est vous la maman, n'est-ce pas.

— Oui en effet, lui répond Pâris de Bel-Ra, nous sommes ses parents et nous comptons à lui parler. Nous ne comprenons pas pourquoi c'est vous qui soit venu nous parler.

— Moi ? Venir ? Mais c'est vous qui venez de débarquer dans ma chambre. Je commençais justement à trier mes notes, car j'étais en contact avec Ussa et Leith tout à l'heure. La seule chose que je suis autorisé à vous dire, c'est bien la célèbre phrase normande, la région où j'habite donc, « bien que oui, que non, » ou le « ni oui, ni non. »

— Vous voulez nous dire que nos enfants ne sont pas morts, lui demande Séléné.

— C'est justement ça que je voulais dire, lui répond Angélique.

Julien, en entendant parler dans la chambre de sa soeur, y entre sans frapper, reste surpris devant le spectacle et lui demande :

— Tu as encore de la visite ? Mais les présente-moi.

— Monsieur de Bel-Ra, madame, voici mon frère Julien, l'amoureux de votre fille. Julien je te présente monsieur et madame de Bel-Ra, tes futurs beaux-parents.

— Enchanté, leur dit Julien.

— Je suis ravi de faire votre connaissance, Julien, lui dit Séléné.

— Moi également, dit Pâris.

— Je suis désolé Pâris, lui dit Angélique, je peux utiliser votre prénom n'est-ce pas, mais je ne peux rien vous dire de plus, pour votre propre sécurité, celle de votre fille et son compagnon. Le temple où vous vous trouvez en ce moment est peut-être surveillé par des gens pas trop honnêtes. Je suis certaine que mes paroles ne peuvent, contrairement aux vôtres, pas être écoutés. Faites donc semblant d'être très peiné par la disparition de votre fille et armez vos gardes. C'est pour votre propre sécurité. Ne sortez pas de ce temple avant vos gardes seront revenues avec les armes et ne rentrez qu'après chez vous.

Julien, après avoir écouté encore un moment passivement pendant que sa soeur continue à discuter avec un couple royal comme ils étaient des copains de lycée, regarde sa montre et dit :

— Je peux vous laisser ? Je dois aller au club nautique. On m'attend là-bas. Au-revoir à vous, au-revoir ma petite soeur.

— À tout à l'heure mon grand frère, dit Angélique en mettant l'accent sur “grand”.

— Au-revoir Julien, lui dit Séléné, vous devez beaucoup plaire à Ussa. Elle aime des garçons comme vous.

— Au-revoir Julien, lui dit Pâris, vous ressemblez beaucoup à Leith. Ussa nous a cassé les oreilles avec son voyage sans retour vers un royaume inconnu où elle et Leith allaient se marier avec un frère et sa soeur. Je suis très enchanté de vous connaître, même si je n'ai pas la moindre idée où vous vous trouvez.

— Onze mille huit cents ans dans votre futur, dans un pays que vous appelez la Gaulle, lui répond Angélique.

Elle continue à lui narrer ce qu'elle sait sur l'avenir de leur pays et les événements à venir, mais elle ne se montre pas trop optimiste en ce qui concerne les conséquences de la collision de la comète avec la terre.

— Voulez-vous dire par cela que cette théorie avancée par les maîtres Ar-Arart et Amilius n'est pas une invention de leur part et qu'une réelle catastrophe va se produire ?

— Oui mon cher Pâris, dans cinq à six jours tout au plus.

C'est en ce moment que le roi jette en regard sur le globe-lampe sur le bureau d'Angélique et lui demande en désignant sa lampe de bureau :

— Je perçois qu'un changement important a eu lieu entre temps. Je ne vois plus notre pays sur ce globe-là et les pôles ne sont pas au bon endroit non plus.

— Tiens, dit-elle, Leith m'a fait le même réflexe. Vous devez demander le contact avec les maîtres, ils seront en mesure de vous communiquer plus de détails. Mais dites, par précaution, vous-même le minimum, laissez-les parler. Nous, mes copains, copines, mon frère et moi, allons demain chez une voyante qui travaille avec une boule de cristal pour prendre contact avec vous et les vôtres.

— À demain, lui dit Pâris.

— À demain Pâris, au-revoir Séléné, leur dit Angélique. Oh oui, avant que je l'oublie, faites bien analyser les os calcinés par des experts de la police scientifique, vous allez avoir une surprise. Puis en ce qui concerne votre peine, jouez la comédie encore quelques jours et ne parlez surtout pas ici dans le temple au sujet de votre fille ni de Leith. Attendez être chez vous ou dans un lieu sûr. Dehors entouré de vos gardes par exemple.

Le couple royal a, après avoir envoyé des gardes chercher les armes, une longue conversation avec les maîtres Ar-Arart et Amilius concernant les événements à venir et les éventuels mesures à prendre. Une fois dehors et suffisamment éloigné du temple, Séléné lance à son époux :

— Je suis très attristé que nous n'avons pas pu voir Ussa et son compagnon. Normalement, on peut dans ce temple communiquer avec ceux qui sont morts, non ?

— Ce temple permet uniquement la communication avec des morts. Ce qui pourrait signifier qu'Ussa et son compagnon ne sont pas morts. Je constate d'ailleurs, que ce temple permet apparemment aussi la communication avec des êtres vivant ailleurs, dans d'autres, comment le dire, présents, peut-être.

— Angélique, pourquoi n'a-t-elle pas dit où se trouvent les enfants ?

— Je crois, lui répond le roi, qu'Angélique a raison. Elle, Angélique donc, ne peut nous communiquer l'endroit où se cachent les enfants et cela pour leur et notre sécurité. J'ai dû écouter le fonctionnaire de la police ce tout à l'heure. J'espère qui m'a fait un rapport confidentiel, sinon je le convoquerai. Rappelle-moi que je convoquerai le préfet Assen-Ni pour l'après-midi. Je lui donne carte blanche pour nettoyer notre pays de ces malfrats.

— N'oubliez surtout pas à contacter Ajax. Lui est l'homme de la situation, lui dit Séléné.


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Pénélope, très mal à l'aise ce matin, chipote son petit-déjeuner qu'elle mange sans trop de goût. Elle mange parce qu'elle doit avoir mangé le matin pour pouvoir travailler. Elle espère avoir un peu de soutien, de compassion de part de ses clientes, qui, comme elle, ont de la peine à cause de la disparition de la princesse héritière et son compagnon. Elle laisse une partie de son assiette là et descend un étage pour aller ouvrir sa boutique. Elle commence, comme toutes les autres matinées, à sortir ses ustensiles de l'armoire, quand soudainement elle entend des appels “au secours” en dessous d'une autre armoire. Elle se souvient qu'il y a une trappe et un escalier vers des caves en sous-sol, mais pour dégager cet accès, il lui faut vider l'armoire et ouvrir la trappe qui se trouve là au fond. Elle commence à la vider, pendant que les cris d'au secours continuent, et arrive finalement à ouvrir la trappe. C'est le choc. Là-dessous il y a trois personnes, Leith et deux filles dont elle reconnaît une, Ussa, mais l'autre, une grande fille blonde aux allures athlétiques et encore jeune, à peu près l'âge à Leith, elle ne la connaît pas. Le comble est que cette fille commence à se dissiper lentement en air pour disparaître complètement. Leith et Ussa arrivent avec son aide que difficilement à sortir de la trappe, qui est assez étroite. C'est Leith qui lui parle en premier.

— Salut Pénélope, il y a quelque chose qui ne va pas ? Tu as une triste mine. Que arrive-t-il ?

— Mais, lui répond Pénélope, on est tout convaincu que vous étiez morts. On a trouvé vos squelettes calcinés. Mais comment est-il possible que vous soyez là. Raconte-moi.

Leith et Ussa lui racontent ce qu'il leur est arrivé. Le feu, la porte de secours bloquée, l'apparence d'Angélique leur guidant vers une sortie secrète, l'idée farfelue de Leith de poser ces deux squelettes d'étude de l'autre côté de la porte et de laisser cette porte fermée à clef, le périple dans les couloirs sous-terrains et finalement l'attente sous la trappe. Leith finit avec les mots :

— Ne dis surtout rien à personne, joue la comédie de la femme en peine et appelle d'urgence Ajax.

— Tu peux, je peux te tutoyer n'est-ce pas, lui dit Ussa, nous cacher quelques jours j'espère. Pour l'instant seuls Angélique, toi et Ajax peuvent savoir où nous sommes. Laisse le reste du monde croire que nous sommes mortes. C'est mieux pour notre sécurité. Je suis certaine que mes parents après les premiers moments de peine vont essayer de communiquer avec nous au temple d'Ozin. C'est là qu'Angélique leur expliquera la situation.

— Aides nous à remonter les livres, lui dit Leith, on a ramené quelques-uns. Les plus anciens et les plus précieux.

— Quelques-uns ? Dit Ussa, des tonnes ! J'ai encore mal au bras. Tu aurais dû voir le spectacle. Nous, Angélique et moi, mortes d'inquiétude et monsieur, ici présent, se balade tranquillement dans la fumée à chercher des livres, comme s'il était en balade de santé à la campagne.

— Le plus difficile, dit Leith, c'était de mettre ces deux squelettes de l'autre côté de la porte blindé. Il y avait déjà un brasier infernal avec énormément de fumée, mais il fallait faire une mise en scène. Il ne suffisait pas de juste mettre les squelettes, il fallait les mettre tel que ça ressemble à deux personnes qui cherchaient à fuir le feu.

— Alors, là, dit Pénélope, tu as réussi. On n'entend parler dans la ville que de vous et de votre mort. Puis, il paraît, la rumeur circule en tout cas, que Ra-Ta ne s'oppose pas à la colère populaire, qui signifie en texte clair que les agents dont les dessins ont paru dans les journaux ont été déclarés hors la loi.

— On peut rester ici pendant quelque temps alors ? Tu peux nous cacher, lui demande Ussa.

— Bien sûr, mais aidez-moi d'abord à remettre tout ça à sa place. Je ne veux pas que mes clientes soupçonnent quelque chose. Ah oui. On doit monter vos bouquins d'abord. Montez-les au grenier. C'est là que vous allez vous installer pour l'instant et après on verra. Vous verrez, ce n'est pas le palais royal, mais il y a tout le confort nécessaire. J'y loge ma visite quand la famille de la campagne trop éloignée pour rentrer le même jour vient me voir. Je viens vous avertir quand vous pouvez descendre pour le dîner. Je vais essayer de contacter Ajax et à l'inviter pour le dîner, comme ça, on pourrait discuter un peu. Vous pouvez rester ici, dans mon appartement, à condition de ne pas faire du bruit, sinon montez au grenier, là vous serez tranquille.

Ussa et Leith montent ensuite avec les livres et la sacoche d'étudiant de Leith au grenier où ils restent à fouiner dans livres et continuent ainsi le travail commencé la veille au soir dans le sous-sol de la bibliothèque. Leith est, même si les recherches restent vaines jusqu'à lors, de l'avis que les soi-disant mythes ne le sont pas et sont le résultat des calculs basés sur les observations à long terme faits par les anciens antérieurement à la date de la dernière destruction. C'est précisément la raison pour laquelle il a ramené les oeuvres les plus anciens. Ils ne voient pas le temps passer et c'est Pénélope qui les appelle pour le dîner.

— Alors, vous vous n'ennuyiez pas trop là haut ?

— Non, lui répond Leith, on n'a pas vu le temps passer. La lecture de ces livres anciens prend du temps, tu sais.

— Alors, tu as trouvé ce que tu cherchais, demande-elle à Leith.

— Non, pas encore, mais on garde l'espoir.

— Mais, qu'est-ce que tu cherches exactement.

— Des références et des calculs faits par les anciens, répond Ussa, car Leith est d'avis qu'ils avaient des connaissances astronomiques et mathématiques supérieurs aux nôtres. Il pense notamment que ces soi-disant mythes ne sont rien d'autre que leurs avertissements à leurs descendants.

— Des avertissements déguisés en mythes, demande Pénélope.

— Oui, répond Leith.

Pénélope va ensuite à la cuisine pour préparer le repas et entend les deux discuter dans sa salon comme il y avait une troisième personne.

C'est Ussa qui vient soudainement à la cuisine et lui dit :

— Tu peux venir une minute, tu dois faire connaissance à une personne.

— Qui donc ?

— Ce n'est pas un fantôme qui est dans ton salon, mais c'est Angélique qui a répété son exploit d'hier soir, elle est revenue nous dire bonjour.

— Prends ces deux plats là, le dîner est prêt, dit-elle à Ussa.

Quand Pénélope entre accompagné d'Ussa dans le salon, les plats de la nourriture dans les mains, pour s'installer à table avec les autres, elle y voit une fille blonde et assez grande, presque aussi grande que Leith. Elle et lui discutent, c'est à dire c'est lui qui parle et c'est elle qui répond avec des gestes sans qu'elle parvient à parler. Elle lui dit bonjour, puis Angélique lui répond avec des gestes. C'est alors que Pénélope commence à lui questionner de telle sorte, qu'elle peut répondre en faisant oui ou non de la tête. Pénélope est surtout ravis, qu'elle répond affirmativement la question si elle ne connaît pas un copain pour lui dans la trentaine, voire la quarantaine. La conversation se termine sur la sonnerie de la porte d'entrée, car Angélique finit, comme elle a fait sous la trappe, par venir de plus en plus transparent pour se dissiper complètement. Pénélope, qui descendait ouvrir la porte, revient avec Ajax.

— Salut tout le monde, lance-t-il, vous allez bien ?

— Oui, répond Ussa, ça va, mais il y a mieux.

— C'est qui de vous deux qui a eu l'idée de mettre ces deux squelettes derrière la porte blindée ? Le pays entier croit que vous étiez brûlé vifs.

— Oh ! C'est moi, lui dit Leith, je me suis aperçus qu'il y avait des gens, tu sais lesquelles, qui voulaient nous tuer à tout prix. J'ai voulu donc leur faire croire que leur combine avait marché pendant le temps nécessaire de les identifier et de les neutraliser.

— Alors, là, tu as réussi, lui répond Ajax, mais le coup était un peu dur pour les parents d'Ussa, ils ont beaucoup de peine et ne croient toujours pas que vous êtes bien vivant.

— Je ne suis pas seulement navré, lui dit Ussa, mais très peiné de leur faire subir un tel traitement, mais je crois que Leith a raison. C'est mieux pour notre sécurité et celle de mes parents.

— C'est ce qu'Angélique leur avait dit, répond Ajax.

— Angélique ? Lui demande Ussa, comment ça ?

— Eh bien, ils se sont rendus au temple d'Ozin pour prendre contact avec vous et c'est elle qui est venue leur parler. Elle n'a cependant pas voulu leur dire si vous étiez vivants ou morts ni où vous vous trouvez. Elle a également dit à votre père qu'il doit armer ses gardes et de ne parler des événements qu'en lieu sûr.

— Oui, on vient de parler à Angélique nous-mêmes il y a un moment, lui répond Ussa. Elle est d'avis qu'on doit éteindre nos communicateurs pour éviter qu'ils peuvent nous localiser par ce biais.

— Je vais prendre les mesures nécessaires et j'essayerai de convaincre vos parents que vous êtes en sécurité.

C'est en ce moment que Pénélope les appelle depuis la cuisine, où elle était partie pour y chercher quelque chose, pour demander si quelqu'un d'entre eux ne peut pas mettre un plat de plus à table pour Ajax. Ils discutent pendant le repas des différentes choses et surtout l'événement de tout à l'heure, le fait qu'Angélique soit venu leur parler. C'est Ussa qui se sent plutôt mal à l'aise et devient tout rouge quand ils commencent à lui questionner sur Julien, le frère d'Angélique. Ça lui fait par contre vraiment plaisir que ses parents ont pu faire sa connaissance au temple pendant qu'ils ont parlé à sa soeur. Ce qu'il lui fait sourire, c'est le fait qu'Angélique se soit moqué du protocole et a parlé à un couple royal comme elle le fait à ses profs, copains et copines d'école.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Le “client”

Lorsqu'il arrive au Jardines, Ajax voit qu'il y a déjà son complice Jou-el en grande discussion avec Abdubu. Il se met à la même table qu'eux, devine le sujet de leur conversation et demande :

— C'est au sujet de l'incendie de la bibliothèque ?

— Oui, lui dit Jou-el, il y a plusieurs personnes qui ont vu notre “client” à proximité quand l'incendie s'est déclaré.

— Oui, dit Ajax, c'est cela que Pénélope m'a dit il y a juste un moment. Je viens de chez elle, elle m'a offert le dîner. On a mangé tous les deux et discuté de cet ignoble attentat. C'est elle qui a également vu ce même individu qui traînait dans les rues, juste avant le meurtre de Maître Amilius.

— Ce n'était pas elle qui avait vu sortir notre bonhomme de l'escalier menant aux portes de secours, lui demande Abdubu.

— Je crois, lui dit Jou-el, qu'elle nous avait parlé de ça hier après-midi, quand on dut l'amener chez elle.

— J'ai entendu dire, dit Abdubu, que la sortie de secours du sous-sol a été bloqué avec un manche à balai coupé à la bonne taille.

— C'est possible, lui répond Ajax, mais je n'ai aucune confirmation de cette rumeur.

— Il n'y avait plus, lui demande Jou-el.

— Non, quand la police est venue inspecter les locaux et les environnements, ils n'ont rien trouvé de suspect.

— C'est quand même curieux qu'ils n'ont pas pu sortir par les sorties de secours. Ussa avait les clefs du sous-sol et ils auraient pu descendre là et attendre les secours, que pensez-vous ?

— C'est là le problème, lui répond Ajax, la salle du sous-sol, même considéré à être ignifuge, était envahie de la fumée. Puis il y a quelque chose d'autre qui ne colle pas. C'est que l'armoire au fond a été vidée, comme si quelqu'un y cherchait quelque chose.

— La serrure de la porte de secours du sous-sol, a-t-elle été inspecté, lui demande Jou-el.

— Non, je ne crois pas, mais il faut que je le vérifie auprès de la police scientifique.

— Les empreintes digitales, ont-ils été pris dans le sous-sol ?

— Oui, mais ce sont ceux d'Ussa, Leith et le personnel spécialisé de la bibliothèque, qui est normal, car ce sont eux qui y ont accès et s'y rendent régulièrement.

— Mais, je ne comprends pas pourquoi Ussa et Leith ne se sont pas rendus au sous-sol s'ils avaient les clefs, lui demande Jou-el.

— C'est là le problème, lui répond Ajax, la porte a été fermée de l'intérieur de telle sorte, qu'on ne pouvait pas l'ouvrir de l'autre côté.

— Maintenant autre chose, que ferons-nous de notre zozo flinguer ?

— Tu as vu les journaux de Muri, lui demande Ajax.

— Non.

— Alors, lis, dit Ajax en jetant un journal de provenance des états Celtes. Pas mal comme titre, non ?

— On pourrait faire des affiches et les distribuer sous la main, la population fera le reste.

— Oui, c'est ça, dit Ajax, je souhaite les fourmis rousses bon appétit et qu'ils ne se pressent pas trop les bouffer.

— Que comtes-tu faire d'autre à présent, lui demande Abdubu, qui écoutait silencieusement la conversation.

— Ce sera peut-être une bonne chose si on se mettait à la chasse, répond Ajax. Tu peux nous rejoindre Jou-el ?

— Bien sûr, mais il faut que j'aille d'abord voir mes copains de la garde royale, si tu vois ce que je veux dire.

— Alors, Abdubu, porte-nous une autre tournée.

— La même chose ?

— Oui, ça va, dit Jou-el.

— Moi je prends une bière, répond Ajax à Abdubu.

Quand Abdubu revient avec les consommations, il demande, sans s'adresser à quelqu'un de particulier :

— J'ai entendu dire que plusieurs personnes ont vu une apparition d'une fille blonde, dont la description pourrait correspondre à celui que Leith a fait de sa gauloise.

— Je l’ai entendu aussi, lui dit Jou-el, on m'a dit qu'elle ait traversé un policier, voulant l'arrêter, de part en part.

— Un pompier l'a vu également traverser la porte de l'entre-sol en feu sans l'ouvrir, dit Ajax.

— Je sais que ni Leith ni Ussa croient aux anges, mais ce phénomène y ressemble beaucoup, dit Abdubu. C'est peut-être qu'elle qui était venue les chercher. Non ?

— Je ne sais pas, lui répond Jou-el, mais c'est l'air d'être son ectoplasme qui était venu les secourir.

— Ectoplasme ? C'est quoi ça, lui demande Abdubu.

— Son âme, si tu veux, lui répond Jou-el, mais ce sont seuls les gens ayant un don de médium qui en sont capables. La gauloise de Leith en est peut-être une. C'est même possible, qu'elle ne le sait même pas.

— Comment ? Elle ne le sait pas ? Comment l'est-il possible, demande Ajax ?

— C'est pour elle comme pour la plupart d'entre nous, lui répond Jou-el, ça se passe dans les rêves, c'est là que l'âme part pour aller se balader ailleurs. Tu n'as jamais entendu parler de ce vieil homme qui venait chaque jour s'asseoir sur un banc devant la salle des fêtes ?

— Oui, vaguement, lui répond Ajax, pourquoi.

— Alors, dit Jou-el, il avait déclaré une fois à un gamin, qu'il venait en rêve depuis une autre planète dont la lumière mettait quatre cents-ans à venir vers nous. Un beau jour il est parti plus tôt et on n'a plus revu depuis. Il est peut-être mort.

— Mais, lui demande Abdubu, il venait et partait comment ?

— On ne l'a jamais vu venir, mais quand il partait, il se dissolvait en air. Pffft, comme ça, lui répond Jou-el en faisant un geste de sa main en air.

Une fois leurs boissons consommées, les deux amis partent chacun dans une direction pour s'en occuper du “client” et ses comparses.


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Quand le roi monte le grand escalier double de son palais pour rejoindre les appartements royaux, il ne trouve d'abord pas sa femme, Séléné. Il la trouve finalement dans une des chambres au fond, joliment décoré de tapis orientaux là où leur fille Ussa a ses quartiers. Elle est assise là sur le lit d'Ussa et pleure avec une robe de petite fille dans ses mains. Le roi, navré par la peine de sa femme, s'assoit à côté d'elle et essaie de la consoler.

— Séléné, chère épouse, pourquoi pleures-tu ? Garde l'espoir ! Elle n'est sûrement pas morte.

Séléné de Bel-Ra, surpris par le fait que son mari lui tutoie, le regarde et lui répond de la même manière :

— Comment peux-tu rester insensible à la peine, mon cher ? Je n'arrive pas à croire qu'elle sera encore vivante. Tu vois cette robe ? Elle était transmise de grand-mère à petite fille et de mère en fille, chaque fois pour l'aîné. J'ai beaucoup de peine à accepter qu'Ussa soit la dernière a été baptisée dans cette robe.

— Chère épouse, j'ai rendez-vous tout à l'heure avec les fonctionnaires de police et le préfet et je reviendrai de te voir et dire ce que l'institut médio-légal a pu trouver.

— Mais comment peux-tu être aussi dur, mon cher époux ?

— Je commence à croire que cette gauloise qu'on a vu ce matin existe pour vrai et qu'elle essaie de nous protéger. Faisons donc confiance en elle. Si Ussa et Leith sont encore en vie et toujours avec nous, ils finiront bien par refaire surface au moment voulu. Essaie-toi te calmer un peu. Veux-tu que j'appelle un médecin ?

— Non, ça va.

— Je crois qu'il sera mieux si tu puisses dormir un petit peu cet après-midi. J'appelle un médecin et je reviens à la fin de l'après-midi pour voir si ça va mieux.

Le roi descend le grand escalier et tourne à droite vers son bureau. La convocation de cet après-midi ne nécessite pas d'énormes espaces de réunion, qui ont normalement lieu de l'autre côté du rez-de-chaussée. Il pourrait donc recevoir le préfet et les quelques fonctionnaires de police dans son spacieux bureau. En attendant les invités, il ouvre le document que le fonctionnaire de la police scientifique voulut lui remettre ce matin et le lit. « Bon sang, » dit-il pour lui-même, « j'ai dû l'écouter ce matin. Ça nous l'aurait épargné bien de la peine. » Le document est en fait formel, les os calcinés retrouvés devant la porte ne pouvaient dans aucun cas être ceux d'Ussa et Leith. Ils étaient, premièrement beaucoup trop vieux, à la première vue plusieurs siècles. Deuxièmement, ils s'y trouvaient des petits trous, faites pour attacher des os les uns aux autres, comme on le fait pour un squelette d'études. Quand il se lève la tête, il voit qu'un membre de la garde attend avec le préfet l'autorisation d'entrer.

— Entrez et asseyez-vous.

— Bonjour votre excellence.

— Je ne vais pas vous cacher mon mécontentement en ce qui concerne les événements des derniers jours.

— Je regrette, votre excellence, mais les crimes sont difficiles à élucider et demandent beaucoup de patience.

— Je regrette, répond-il d'un ton sec, mon cher préfet, mais là vous me mentez ! En fait, j'ai été informé par mes sources secrètes, que vous avez demandé à la police de classer certaines affaires. Celui du meurtre de Maître Amilius par exemple, qui a beaucoup affecté ma fille et son compagnon. Vous savez bien, que vous n'avez pas d'ordres à recevoir de part de Poseidia. Tout ce que la fédération décide passe d'abord par moi et c'est moi qui prends les dispositions dans notre pays. Il y a donc ni police ni préfet ni autre personne à recevoir des ordres de part de Ra-Ta et sa police secrète. Est-ce que je me fais bien comprendre ?

— Oui votre excellence.

— Bon ! Je ne vous fais pas subir les vices chers à Ra-Ta, car il vous aurait posé devant vous une feuille de mise en examen pour la cour martiale et une arme à feu charge d'une seule balle. La seule chose que je vous demande, c'est de chasser les individus déjà identifiés et d'identifier les autres. Je viens de recevoir carte blanche de part de mon confrère Ra-Ta. Vous pouvez chasser sur son territoire, car il a plus confiance à nos forces qu'aux siens. Je vous donne donc également carte blanche et concentrez-vous surtout sur les Belzebubs, car ce sont eux les plus dangereux.

— Oui sire, à vos ordres.

— Vous pouvez disposer et fait entrer ces deux policiers qui attendent là dehors.

Le préfet s'incline et part, comme il se doit, du bureau en reculant.

— Entrez et asseyez-vous, lance-t-il aux deux policiers qui attendent patiemment d'être reçus. Quelle bonne nouvelle me portez-vous ?

— Est-ce que votre excellence a pu lire mon rapport, lui demande le fonctionnaire de la police scientifique.

— Oui, je viens de le lire. Acceptez-vous mes regrets de ne pas avoir écouté ce matin ?

— Ce n'est rien votre excellence, je comprends votre peine. J'aurais réagi de la même manière.

— Laisse tomber ce “votre excellence” s'il vous plaît et expliquez-moi plutôt ce qu'il est arrivé. Avez-vous une idée où ma fille et son compagnon se cachent ?

— Non sire, pas le moindre. Ils étaient sûrement au sous-sol quand ces voyous ont mis le feu. Mais nous ignorons comment et par où ils ont pu y sortir.

— Par la porte de secours. Non ?

— Non, c'est justement là où il y a un problème. Le mécanisme était déverrouillé, mais on a trouvé des traces de bois sur la serrure à l'extérieur, ainsi sur la paroi de l'autre côté. La porte a été bloquée et quelqu'un a enlevé le dispositif de blocage juste après l'incendie. On interroge en ce moment tous ceux qui ont assisté au spectacle désolant pour voir qui aurait pu enlever ce dispositif. C'est sûr que votre fille et son compagnon n'ont pas pu sortir par là. Avec le nombre de spectateurs qu'il y avait, il aurait sûrement eu un qui les aurait vus. L'énigme qui nous reste à résoudre, c'est de savoir où se trouve la sortie secrète, car jusqu'à présent, personne n'est parvenu à la trouver.

— Continuez vos recherches et restez très discret. Ne communiquez surtout rien à la presse. Pour eux Ussa et son compagnon doivent rester morts pour autant de temps que vous n'avez pas mis la main sur les malfrats de Ra-Ta et Co.

— Merci sire, nous ferons notre mieux.

— C'est bon, vous pouvez disposer.

Le roi sort de son bureau en même temps qu'eux et il les accompagne jusqu'à l'escalier. Il remonte ensuite aux appartements royaux pour dire la bonne nouvelle à son épouse, qui se trouve toujours dans la partie réservée à Ussa et regarde avec des larmes aux yeux ses vêtements de petite fille.

— Séléné, chère épouse, ne pleures pas, dit-il en s'asseyant à côté d'elle. La police scientifique a pu identifier les os calcinés.

Séléné s'effondre de nouveau en pleurs en gardant une petite robe appartenant à Ussa dans les mains et dit :

— Ne me parles plus de ces pauvres enfants, je ne peux plus.

— Mais écoute-moi, lui dit son époux qui commence à s'énerver, c'est justement ce que je voulais te dire. Ces os ont plusieurs siècles d'âge et ne peuvent être ni ceux d'Ussa ni ceux de Leith. C'est sûrement une idée farfelue de Leith de faire croire à tout le monde qu'ils étaient brûlés vifs. Il a voulu se cacher avec Ussa le temps nécessaire de neutraliser les voyous qui circulent en ce moment dans notre pays. Rappelle toi, ce que cette gauloise nous avait dit : jouez la comédie pendant encore quelques jours et vous verrez.

— Mais. Ils se cachent où donc et pourquoi se cachent-ils ?

— Où ? Je ne sais ni plus que toi ni plus que la police. Pour qui ? Oui je le sais. Ils se cachent des sbires de la BSI, des anciens voyous du groupe Belzebubs. J'ai d'ailleurs prévu de me rendre à nouveau au temple pour parler à cette gauloise, si elle le veut bien, pour en savoir plus.

— Elle s'appelle Angélique n'est-ce pas, lui demande-t-elle.

— Oui. Puis l'amoureux d'Ussa, Julien, qui est un nom romain je crois. Un beau garçon. Si jamais elle va le trouver là où il se trouve, nous ne pourrons plus parler, ni à elle, ni à lui, ou avec difficulté, car elle se trouvera, comme lui, onze mille huit cents ans dans l'avenir dans un pays qui n'est actuellement que toundra et couvert de glace et neige.

— Je crains pour Ussa, elle a tellement vite mal du pays. J'espère que Julien et Leith parviennent à lui soutenir dans ses moments difficiles. Je ne crains rien pour Leith, il s'adapte à tout. Il garde ces deux pieds par terre et essaye de faire le mieux.

— Oui, il a bien gardé son sang froid si c'est lui qui a mis les squelettes de l'autre côté de la porte.

— Bien sûr que c'est lui. Ce n'est sûrement pas Ussa, elle n'ose pas faire ces genres de choses. Elle craint le feu avant tout.

— Ce qui me chagrine le plus, c'est que dans une semaine tout sera fini ici, plus de villes, plus personne et un pays qui se trouvera à douze mille pieds au-dessous le niveau de la mer. C'est ce que m'a dit l'amie de Leith, sa gauloise. Elle ne le dit pas directement, mais dans son présent, notre futur donc, notre pays n'y est plus.

— C'est navrant de savoir cela d'avance.

— C'est peut-être mieux, comme ça nous pouvons nous organiser et élaborer un plan d'évacuation.


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Angélique, qui n'est pas revenu au club après le dîner, car la météo laisse à désirer, se trouve à la maison avec sa copine Alice et fouillent sur Internet pour trouver des informations concernant l'Atlantide. Pendant Alice continue un dialogue sur MSN, Angélique téléphone la bibliothèque pour savoir si elle est ouverte cet après-midi. La gérante lui dit : « En principe non, mais qu'elle pouvait venir quinze heures trente. » Angélique ferme le clapet de son téléphone mobile et lance à Alice :

— C'est bon, on a la bib pour nous toute seule.

— On y va tout de suite ?

— Non, dans une heure, elle, la gérante donc, n'est pas encore là, elle vient à quinze heures trente.

— Puis, lui demande Alice, une fois que tu as les textes, que comptes-tu en faire ?

— Je sais que mon gars rêve souvent de moi. Je vais lui donc lire les passages les plus importantes des textes de Platon en espérant qu'il m'écoute.

— Tu dis “mon gars”, t'es déjà sûr de lui ? Tu es sûr que tu vas le voir en chair et en os ?

— Mais, je t'avais bien raconté ce matin ce qui m'était arrivé hier après-midi non ?

— Oui, le pauvre. Je parie qu'il n'avait encore jamais vu une nana à poil et toi tu ne trouves rien de mieux que de lui faire un strip-tease.

— Je dois t'avouer que j'étais aussi gêné que lui. Il venait de débarquer dans la salle de bain pendant que je prenais une douche. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Je ne savais pas que faire, alors j'ai choisi l'attaque frontale. Je me sentis venir tout rouge quand je me suis aperçu de sa réaction. Il ne disait rien, mais il avait réagi d'une manière bien visible, tu sais ce que je veux dire. Puis, je me suis pressé de me sécher et d'enfiler mes fringues. Tu as dû voir mon frère et Ussa, quand leurs regards se sont croisés. Ce n'était pas un coup de foudre, mais un court circuit d'une centrale nucléaire. Ils ont mis un sacré moment pour revenir sur la terre ferme en tout cas.

— Puis toi, lui demande Alice, tu n'étais pas aussi impressionné qu'eux par ton mec.

Mais Angélique se sent rougi et ne répond pas, puis se contente de regarder rêveusement le plafond de sa chambre. Alice, voyant qu'elle n'obtenait pas réponse, change le sujet et revient sur ce qu'elles cherchaient et lui dit :

— Concernant ton Atlantide, ne cherchais-tu pas autre chose ?

— Oui, j'avais oublié, les endroits où ils ont pu fuir, ou plutôt ce qu'il en reste comme traces. Telles que Basques, Berbères par exemple. Puis pas seulement ça, il faudra trouver l'endroit où est tombée leur fichue comète. Leith semble penser que ça doit être quelque part dans le triangle des Bermudes.

— Je le demanderai à mon père, lui dit Alice, il joue parfois au billard.

— Billard ? Où es-tu allé chercher ça ? Lui demande Angélique, qu'est-ce que le billard a à voir avec un déplacement de pôles?

— Je ne sais pas si tu as déjà vu jouer quelqu'un au billard, lui répond Alice, mais pour faire un coup tordu, ils font tourner la bille sur elle-même, ce qu'ils appellent un effet.

— Je ne vois toujours pas où tu veux en venir, lui dit Angélique.

— Or, pour obtenir cet effet, lui dit Alice, ils tapent la boule décalée par rapport au centre et ça fait tourner la boule sur lui-même. C'est cela qui est sûrement arrivé à la terre, à mon avis. Elle a reçu ce gros caillou, cette comète donc, dans la gueule et c'est cela qui lui a fait changer l'angle de la rotation. Je ne le vois pas autrement. Par contre, pour obtenir cet effet, elle, cette comète donc, aurait dû frapper la Terre en angle et décalé par rapport au centre, comme on le fait avec une boule de billard.

— Mais, comment vois-tu ça ?

— Eh bien, pour déplacer les pôles, il faut déplacer l'angle de la rotation terrestre.

— Bien ma prof de math, merci pour la leçon. On cherche donc un trou ou un cratère sous-marin et on demande mon gars de vérifier si ce trou existe à son époque et ils risquent être dans la merde si ce trou n'y existe pas encore.

— Dis-donc, tu ne me disais pas quelque chose sur le triangle des Bermudes, là où ils disparaissent des bateaux et des avions. Moi, je suis persuadé que ton gars et son ami d'enfance, Ussa, viennent vers nous de cette façon, mais dans l'autre sens.

— Mais comment vois-tu ça.

— Mais, c'est simple, lui dit Alice, au moment que tout sombre dans l'eau, leurs centrales énergétiques explosent à cause des courts circuits et les propulsent vers notre époque. T'en fais Angélique, ils vont finir par arriver. Restes optimiste. On va faire une petite fête quand ils sont là, qu’en penses-tu ?

— Je ne sais pas. Je verrais. Alors, en y va, dit Angélique en regardant sa montre. Enregistre-moi tout ce que tu as trouvé et éteins-moi cet ordinateur. Je lirai les textes ce soir et chaque soir avant d'aller dormir, comme ça, il pourrait les noter quand il rêve de moi.


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Pénélope, qui se rend souvent chez Abdubu après avoir fermé sa boutique, est aujourd'hui trop pressée à monter chez elle. Elle ne veut pas laisser ses invités d'infortune seules et tient à leur tenir compagnie. Quand elle monte l'escalier vers son grenier, elle les voit toujours plongé dans leurs livres, les épluchant minutieusement en prenant des notes çà et là.

— Alors, les amoureux, vous avez trouvé quelque chose ? Je vois que vous avez pris des notes.

— Comment amoureux, lui demande Ussa.

— Bien ! Vous êtes bien amoureux tous les deux d'un frère et sa soeur ? Non ?

— Ah bon, si tu le vois comme ça. Oui, lui répond Leith.

— Alors, vous serez beau-frère et belle-soeur après. Mais je ne vois pas très bien comment vous allez faire le voyage.

— Nous non plus, lui répond Ussa, mais ça ne risque pas être une promenade de santé en campagne.

— À propos vous bouquins et ces notes que vous semblez prendre, qu'est-ce que vous avez trouvé.

— C'est navrant, mais même si certains détails ne sont pas là, Angélique semble avoir raison. Eh, Ussa passe-moi ce livre là, il y a une carte du monde là dedans. Tu vois, dit-il à Pénélope en ouvrant le livre à une page où il figure une carte de la zone polaire ; notre pôle nord est ici, mais Angélique avait sur son bureau une lampe en forme de globe et son pôle nord était là, dit-il en pointant le doigt quelque part au milieu d'une mer entre le Groenland et la Sibérie. Cela fait une différence de treize degrés. L'Arctique et notre pays s'y trouvent donc treize degrés plus au sud et le déplacement a été fait sur cette longitude, dit-il en faisant une ligne avec son doigt sur une carte de l'Atlantique avec le pays. Maintenant nous cherchons l'endroit d'impact le plus probable dans cette zone, dit-il en faisant un cercle avec son doigt sur le triangle des Bermudes et les côtes de l'Amérique du Nord.

— Comment veux-tu chercher l'endroit, alors, lui demande Pénélope ?

— Bien, répond-il, Angélique doit avoir un cratère d'impact quelque part dans cette zone, là où nous ne l'avons pas.

— Tu penses qu'il tombe dans la mer, lui demande Ussa.

— Bien sûr, répond Leith, un impact sur le continent aurait le même effet que celui qui a tué tous les dragons29 il y a soixante-cinq millions d'années. Le fait qu'Angélique existe à onze mille huit cents ans signifie à mes yeux que la comète tombera forcément dans la mer, créant ainsi un déluge. Puis, si elle tombe dans la mer des Bermudes, la croûte terrestre ne tiendra pas, trop fragile et trop mince. L'impact de la comète va pousser la croûte terrestre aux endroits les plus fragiles vers le bas et amène notre pays avec.

— Bon, dit Pénélope désireuse de changer le sujet, vous venez pour le souper dans un instant. Je vais fermer les rideaux, ça fait plus discret.

Pendant que Pénélope descend mettre la table et commence à préparer le souper, les deux amis continuent à chercher et feuilleter les livres anciens jusqu'à ce qu'elle les appelle que la table les attend. Une fois à table elle leur demande :

— Vous comptez rester ici, ou désirez-vous partir ailleurs ?

— Je pense qu'il vaut mieux, qu'on part ailleurs, lui dit Ussa.

— Oui je le crois, dit Leith, que c'est mieux pour ta sécurité et le nôtre. Je sais que Maître Amilius a fait construire une pièce au grenier, comme le tien. Cette pièce à une entrée secrète, mais on peut y accéder depuis les toits. Il y a tout confort et je suis sûr que les sbires de Ra-Ta n'ont pas pu trouver l'accès.

— C'est bon, tu peux y aller en passant par les toits depuis mon grenier, je laisserai la fenêtre ouverte. Comme ça tu pourrais venir me voir, si nécessaire. Mais il faudra mieux que Ajax vérifie si la voie est bonne.

— C’est ça, dit Ussa, je ne crois pas que quelqu'un nous cherchera dans une maison supposée vide.

— On verra ça demain, n'est-ce pas, dit Pénélope.

— Oui, dit Ussa, on peut rester là pour cette nuit et même pour demain. Nous serons discrets, mais nous ne pourrons pas faire de la lumière là haut. Ça sera trop voyant.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Le temple trafiqué

Ce beau matin du huitième jour Lion, nos deux comparses, Ajax et Jou-el, se trouvent dans l’arrière salle de l'estaminet “Les Jardines” en attendant d'autres clients. Ils ont en effet préféré donner rendez-vous ici, plutôt que dans un endroit plus voyant. Surtout maintenant, que la chasse au voyous est ouverte. Un va-et-vient inhabituel d'un commissariat sera forcément suspect, mais dans un troquet comme celui de Abdubu, de telles allées et venues sont plutôt normales. Sur une table se trouve une carte de la ville, marquée de petits points comme des chiures de mouche. Ce sont des endroits où les individus ont été vus par la population, qui se montre très coopérative. Certains n'hésitent pas à contacter Abdubu dans son café pour lui laisser un message ou un indice, qu'il pose ensuite sur la table de la salle de réunion improvisée.

— Salut vous deux, dit Abdubu, vous prenez quelque chose ?

— Moi un café avec du lait chaud et quelques tartines-confiture si t'en as, lui dit Ajax, je n'ai rien mangé ce matin.

— Comment peux-tu avaler cette saloperie abyssinienne, lui demande Jou-el.

— Rien de mieux pour prendre la forme le matin, lui répond Ajax.

— Et toi, demande Abdubu à Jou-el, comme d'habitude ?

— Oui, ça va, lui répond-il.

Pendant qu'il cherche les boissons et quelques petites choses à manger, les deux amis commencent à faire un plan de stratégie. Il devient clair que certains de ces individus qu'ils cherchent, se cachent en allant d'hôtel en hôtel, où ils restent rarement plus que de deux à trois jours. Ils ont décidé de prendre contact avec des confrères à Ajax dans d'autres villes. Ajax est persuadé qu'ils ne demandent même pas à être énumérés si le travail est pour l'intérêt du pays. En attendant que les contacts de la garde royale et de la police scientifique viennent les rejoindre, ils dressent une liste d'hôtels et auberges à surveiller, quitte de les payer une petite prime de la caisse royale, car Ajax est persuadé que le roi est tellement furieux qu'il n'hésitera pas à payer des primes et des dessous la table. C'est à ce moment-là que Abdubu revient avec les boissons et quelques petits trucs à manger et s'assoit en moment avec eux.

— Si tu vois Pénélope, lui dit Ajax, peux-tu lui dire de venir ici.

— Bien sûr, lui répond Abdubu, elle va certainement venir comme elle le fait habituellement ; comme un courant d'air.

— On veut lui demander quelque chose, dit Jou-el, elle voit beaucoup de monde, vois-tu.

— J'aimerais vous signaler, dit Abdubu, que je ferme cet après-midi. Demain, je suis de garde sur le “Phénix30” et je tiens à faire ce devoir.

— Tu as besoin d'aide pour transporter le bois, lui demande Ajax, sinon on vient te donner un coup de main.

— Non ça va aller, répond Abdubu, il y a toujours assez de volontaires pour apporter le bois. C'est le monter au sommet de la tour qui est le plus dur.

— Tu dois le porter à bras, lui demande Jou-el.

— Non, on a un treuil manuel au centre de la tour.

Pendant qu'ils discutent encore un moment, ils n'ont pas remarqué que Pénélope venait d'entrer. En ne voyant personne, elle appelle :

— Alors, les mecs, vous dormez dans l'arrière salle ?

— Viens nous voir une minute, lui dit Jou-el, on a quelque chose d'important à te demander. Puis il continue en s'adressant à Abdubu :

— Apporte-lui à boire et ferme la porte s'il te plaît.

— Mais, dit-elle étonné, je ne voulais que chercher quelque chose pour moi et mes deux clientes.

Abdubu, revenu entre temps avec un thé-glaçons, lui demande :

— Je te prépare quelque chose à emporter ?

— Oui, dit-elle, un chocolat et deux thés.

Pendant que Abdubu part préparer les boissons demandé par Pénélope en fermant la porte derrière lui, elle demande ces deux amis :

— Qu'est-ce que vous voulez, c'est au sujet d'Ussa et Leith ?

— Oui, lui répond Ajax, entre autres. Tu peux parler ici, Jou-el est de notre côté. Il sait également où se cachent les deux.

— Tu l'as dit, lui demande Pénélope.

— Non. Il l'a deviné. Il n'est pas né de la dernière pluie tu sais.

— C'est grave, lui répond Pénélope, cela veut dire qu'il y a d'autres qui ont pu tirer la même conclusion. En fait, continue-t-elle, Leith est d'avis qu'ils pourraient se cacher dans le grenier de Amilius. Pour cela c'est vous qui devez vérifier si la voie est libre. Leith m'a dit que personne ne chercherait quelqu'un dans une maison supposée vide.

— Ce n'est pas aussi grave que tu crois, lui répond Ajax, nous avons des informations que la presse et des gens ordinaires n'ont pas. Nous savons par exemple que des os calcinés retrouvés ne pouvaient dans aucun cas être ceux d'Ussa et Leith. Nous savons également qu'ils n'ont pas pu fuir par la porte de secours. Par où ils sont passés, nous l'ignorons. En ce qui concerne le lieu où ils se cachent, c'est un léger changement dans ton attitude qui nous a mis la puce à l'oreille. Le jour de l'incendie tu étais vraiment peiné, puis le lendemain, tu ne faisais que semblant. Ce n'est pas visible pour d'autres, mais nous te connaissons bien et nous l'avons bien vu. Tu te n'en fais pas, l'idée de Leith est bonne et on va vérifier ça.

— J'ai des contacts avec la garde royale, lui dit Jou-el, ils s'en occuperont. Viens nous trouver demain au début de l'après-midi dans la maison du thé dans le parc.

— Le parc, comment le parc, lui demande Pénélope.

— Eh bien ! Abdubu ferme dans l'après-midi et n'ouvre qu'après-demain à midi.


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Le préfet, Assen-Ni, attend dans son bureau Ax-Tell, le chef de la police de la région, qu'il a convoqué sur l'ordre du roi. Ax-Tell n'a pas besoin de venir de loin, car l'hôtel de la police est dans le même bâtiment que la préfecture de la région. Le préfet a étalé devant lui des différents journaux où ils figurent la plupart des suspects. Surtout les journaux de l'état voisin, Muri, l'état des Celtes, ne laissent aucun doute du sort qu'ils attendent là-bas. L'ordre de fermer les frontières, surtout celles avec l'état d'Alta, a déjà été donné. Tous les trains, routes et aéronefs sont contrôlés. C'est pendant qu'il lit le rapport de la police scientifique, que le chef de la police fait son entrée et le salut :

— Bonjour monsieur le préfet, vous voulez me voir ?

— Bonjour Ax-Tell, asseyez-vous. Vous devinez probablement le sujet de notre conversation, n'est-ce pas ?

— En effet, mon cher Assen-Ni, on a pris beaucoup trop de risques en écoutant les ordres de Poseidia sans aller consulter le roi.

— Est-ce que vous avez lu le rapport de la police scientifique concernant l'incendie de la bibliothèque ?

— Oui, mon cher. Ce qu'il faut encore ajouter, c'est que les restes de bouteilles indiquent qu'elles ont contenu du rhum à fort degré alcoolique. De plus, mais cela a été marqué dans le rapport, des traces d'un produit inflammable ont été trouvées.

— Sait-on comment il, ou ils ont pu entrer, je crois que la porte est censée être sécurisée, non ?

— Je ne sais pas, si vous vous le rappelez, mais il y a eu un journaliste qui avait réussi à ouvrir cette porte avec des outils achetés chez une quincaillerie. Alors, des voleurs et des agents de la BSI, qui ne sont que voyous recyclés, n'auront aucun problème à y entrer.

— Les os calcinés, comment ont-ils pu arriver là où ils étaient.

— Nous supposons que c'est le compagnon de la princesse qui l'a fait. Lui avait probablement compris que ce sont eux qui étaient visés par cet attentat.

— On peut donc supposer qu'Ussa et lui se trouvaient dans le sous-sol, puis enfermé, car si je lis le rapport, la sortie de secours avait été bloqué. Je constate également que personne ne les a vus sortir par là. Ce que je sais, qu'il y a plusieurs personnes qui ont vu des individus suspects correspondant aux dessins sortir par l'escalier de secours.

— Savez-vous où se cachent Ussa et son compagnon en ce moment ?

— Non je n'ai pas la moindre idée. Nous ne savons d'ailleurs pas comment et par où ils ont pu sortir de cette salle en sous-sol. La seule curieuse chose que m'a rapporté un policier, c'est qu'il a vu une fille entrer dans la bibliothèque et en voulant l'arrêter, elle lui traversait de part en part comme elle n'existait pas physiquement. Un pompier m'a d'ailleurs rapporté que cette même fille traversait la porte de l'entre-sol en feu sans l'ouvrir. C'est sûr qu'elle était venue secourir Ussa et son compagnon, mais par où et comment, nul ne le sait. On soupçonne qu'il y ait une sortie secrète en sous-sol datant de l'époque féodale, mais personne n'est encore parvenu à la trouver. Puis il y a aussi dessous notre ville un dédale de couloirs, d'escaliers et d'autres accès, telle que seulement une personne s'y connaissant peut y entrer sans se perdre.

— Mettez vous en chasse et trouvez-moi ces individus envoyés par Ra-Ta. Le roi nous donne carte blanche. Essayez peut-être à contacter la garde royale. Eux ont un service secret interne qui travaille surtout avec les détectives privés. Vous pouvez peut-être mettre des agents en civil sur le coup, que pensez-vous ?

— Carte blanche me disiez-vous ? Ce ne vaut pas la peine de les emprisonner dans ce cas, nous connaissons quelques indiques qui savent s'en occuper. Nous éviterons ainsi des problèmes diplomatiques avec Ra-Ta.

— Il n'y a pas problème avec lui, la suggestion de faire ce que vous dites vient aussi de lui. C'est dans ces termes, qu'il avait donnée carte blanche à notre roi, y compris sur son territoire. J'ai une information non confirmé selon laquelle le responsable de la section opérations secrètes avait eu un accident d'arme à feu.

— Oui, je l'ai entendu aussi. Il a eu le choix entre suicide et cour martiale.

— Mis à part ces individus, les anciens agents de la BSI, il faut s'occuper des Belzebubs. Ce sont eux les plus dangereux. Ils pourraient extorquer un sauf conduit pour figurer sur le plan d'évacuation, puisque ni argent ni autre aura encore valeur dans une semaine.

— Dans une semaine ? C'est donc vrai, cette histoire d'étoile tombant sur la terre ?

— Hélas, oui.

— Mais ce plan d'évacuation ? Qui s'en occupe ?

— Cela se passe sur l'ordre direct du roi et c'est l'armée qui s'en occupe. Le gros des troupes est d'ailleurs déjà rentrés au pays. Nous avons une centaine de navires de guerre à notre disposition. Je suis aussi certaine que le roi va réquisitionner les navires commerciaux. Mais revenons sur notre sujet, contactez dès maintenant les détectives et journalistes qui ont travaillé sur notre sujet. Ils sont bien informés et vous pouvez vous économiser du travail et des forces pour les concentrer sur l'essentiel.

— Avez-vous autre chose, mon cher Assen-Ni ?

— Non, c'est tout pour aujourd'hui.


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Angélique tourne en rond dans sa chambre. Elle ne sait trop par quoi commencer ni où ni comment. Elle a bien lu les textes de Platon la veille avant qu'elle aille dormir, mais elle aimera bien savoir si Leith, son gars comme elle l'appelle maintenant, a entendu sa lecture. Elle a pris rendez-vous avec la vieille Monique et attend maintenant Alice et son frère qui voulait venir aussi. Elle est un peu fâchée contre elle-même, car elle aurait eu le temps hier pour faire un aller-retour au Havre, chercher une carte maritime dans une boutique spécialisée. Elle a passé toute cette matinée à chercher sur la toile, mais sans trop de succès. Toutes les informations qu'elle a pu trouver, manquent de précision. C'est tout comme si les connaissances géographiques s'arrêtent au-delà des quelques kilomètres des côtes. C'est au moment qu'elle voulut se remettre à la recherche sur Internet, qu'elle entend entrer son frère accompagné d'Alice et Audrey qui a voulu venir également.

— Salut ma belle, lui dit Julien.

— Salut Angélique, disent Alice et Audrey en choeur.

— Salut, dit-elle sans s'adresser à quelqu'un de particulier, qu'est-ce que vous avez fait ce matin ?

— Bof. Rien de spécial, lui dit Julien, c'est assez calme.

— On a rendez-vous à quelle heure, lui demande Alice.

— Dans une demi-heure, dit-elle en regardant sa montre. Nous devrons y aller maintenant, si on ne veut pas être en retard.

Ils discutent, pendant qu'ils remontent à vélo la rue menant au petit immeuble où habite Monique, de tout et de rien, même si le sujet principal c'est ce qu'ils vont aller voir. Une fois arrivée, c'est Monique qui les attend déjà sur le pas de sa porte et salut les :

— Salut les jeunes, quel bon vent vous amène.

— Salut Monique, lui dit Angélique, c'est sympa de nous aider.

— J'ai plutôt l'impression que tu veux aider ton ami atlante, n'est-ce pas ?

— Oui, lui répond-elle en rougissant un petit peu, c'est pour aider mon gars. Mais la communication est plutôt difficile. Tu crois que ça marchera avec ta boule ?

— Je ne sais pas, lui répond Monique, on ne m'a jamais posé des questions pareilles. Ces jours c'est, dans l'ordre, le fric, le boulot, l'amour et parfois ils veulent savoir si leur partenaire les a faits cocu, mais ceux-là je les envoie chez un copain qui a un bureau de détective privé. Je ne fais pas son boulot et lui, il ne fait pas le mien, chacun son truc, n'est-ce pas ? Mais on parle, entrez et essayons-nous de prendre contact avec le gars d'Angélique.

Pendant que les jeunes entrent, Monique prend ces ustensiles pour les poser sur la table du salon, car son bureau qui se trouve dans une ancienne chambre à coucher est trop petite pour recevoir tout ce monde. Elle met quelques fauteuils et des chaises en demi-cercle autour de la table basse sur laquelle elle a mis un tapis de table pourpre. Elle place soigneusement la boule de cristal au milieu et deux chandeliers, qu'elle allume. Une fois les stores baissés, elle invite les jeunes à prendre place :

— Angélique, tu te mets là, à côté de moi. Julien toi tu te mets de l'autre côté. Alice et Audrey vous pouvez choisir de vous mettre à côté de Julien ou d'Angélique, c'est comme vous voulez. Vous devez choisir votre position telle que vous ne voyez pas les bougies dans la boule, mais uniquement leur lueur. Puis elle continue en s'adressant à Angélique : as-tu les expliqué comment il faut faire pour la concentration.

— Oui Monique, c'est fait. On peut commencer ?

— Alors, concentrez-vous sur l'endroit où se trouvent vos amis. Ils sont toujours dans cette maison où il habite l'esthéticienne, n'est-ce pas ?

— Je crois, lui dit Angélique, qu'ils avaient prévu aller ailleurs, mais ce n'est pas encore fait.

— Bien, dit Monique, on y va.

Après avoir effectué quelques tentatives infructueuses, une image d'un grenier joliment arrangé, où on peut observer deux jeunes gens en train de feuilleter des livres anciens, devient visible. Après un moment tous les membres du groupe ne peuvent pas seulement les voir, mais aussi les entendre. C'est Angélique, la première à tenter les appeler :

— Leith, m'entends-tu, c'est Angélique qui te parle.

Leith, entendant Angélique, regarde autour de lui pour voir où elle est, mais c'est sa compagne qui répond en première :

— Tiens j'entends la voix d'Angélique qui t'appelle.

— Oui, j'ai entendu, lui répond Leith, mais je ne vois rien.

— Nous te voyons, lui dit Angélique, tu ne nous vois pas ?

— Je te vois nulle part, lui répond-il, mais que signifie-t-il donc nous ?

— Eh bien ! Moi, mon frère Julien et deux copines, Alice et Audrey. Zut, j'oublie de mentionner Monique, notre médium. Mais j'ai une question à te poser Leith. As-tu pu m'entendre cette nuit quand je t'ai lu les textes que tu m'as demandés. Je les lirai cette nuit de nouveau, concentre-toi de telle sorte que tu ne manques pas la lecture.

— Oui, lui répond Leith, je n'ai entendu qu'une partie, je m'efforcerai de t'écouter à nouveau cette nuit. Une question, si tu te souviens bien les textes, est-il marqué « un jour et une nuit » ou « une nuit et un jour » ? Je ne me le souviens pas bien.

— Non, lui répond Angélique, c'est d'abord le jour et ensuite la nuit, pourquoi demandes-tu cela.

— Parce que la comète croise l'orbite terrestre tôt le matin. Mais, as-tu pu trouver une cratère quelque part ?

— Non, lui répond Angélique, je me suis cassé la tête toute la matinée là-dessus, mais en vain. Ce sont les détails qui me manquent. J'aurais besoin d'une bonne carte maritime, telles que les marins les utilisent, car ils y figurent toutes les profondeurs.

— Mais on les aura après-demain, lui dit Julien, quand on prend le voilier au port de Fécamp.

— Salut Julien, dit Ussa qui entend sa voix, je ne te vois pas, mais ça fait tellement bien de t'entendre. J'ai hâte d'être près de toi, de te tenir dans mes bras et de me sentir dans les tiens.

— Angélique, lui dit Leith, ne dit encore rien aux parents d'Ussa et à personne d'autre, dit les que nous sommes en sécurité, entre bonnes mains et qu'on rentre demain ou après-demain. D'accord.

— Oui mon amour, répond-elle.

C'est alors que les jeunes discutent encore un moment ensemble, mais soudainement c'est l'image dans la boule de cristal qui commence à changer. Ils voient l'intérieur d'un temple et ce qui est plus inquiétant, c'est qu'un technicien semble tripoter les circuits d'un écran. Ce qu'il tripote semble plutôt à un mouchard qu'à un circuit qui doit s'y trouver. Après un moment ils voient entrer un couple que reconnaissent Angélique et Julien à être Séléné et Pâris de Bel-Ra.

— Bonjour Séléné, bonjour Pâris, dit Angélique, comment allez-vous.

— Comment avez-vous pu nous voir, dit Pâris de Bel-Ra, nous ne vous voyons pas encore, l'écran ne marche pas encore ?

— Nous vous voyons dans une boule de cristal, dit Julien.

— Oui, ajoute Angélique, ce n'est pas seulement vous que nous voyons, il y a aussi un technicien qui enregistre tout ce que vous dites et faites. Il se trouve en sous-sol, dessous vos pieds. Dites alors le minimum, il ne semble pas pouvoir nous entendre. Répondez, si possible, uniquement avec oui ou non et essayez de ne pas montrer vos émotions. On a eu tout à l'heure contact avec Ussa et Leith et ils nous ont demandé de ne communiquer qu'une seule nouvelle ; celle que vous allez avoir demain ou après-demain un signe de vie d'eux, le temps nécessaire d'éliminer les individus dangereux.

— Merci Angélique, dit Séléné, nous vous voyons en ce moment et vous devez nous voir sans cette boule.

— Mais ça alors, exclame Monique, je n'ai jamais vu pareil. Regarde-moi ça. Ils se trouvent dans mon salon. Ce sont qui Angélique ? Présente-nous les !

— Je vous présente, dit Angélique, ses excellences madame et monsieur de Bal-Ra, Séléné et Pâris pour les intimes. Madame, monsieur, ici à ma gauche Alice, à ma droite madame Monique, notre médium, mon frère que vous le connaissez déjà, puis à droite de mon frère, Audrey. Notre bande n'est pas au complet, car il manque André, Rodolphe et Philippe, qui sont restés au club nautique.


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Pâris et Séléné de Bel-Ra préparent leur voyage en voiture pour se rende au temple d'Ozin. Le roi, Pâris de Bel-Ra, a su convaincre sa femme de lui accompagner. Même s'il sait qu'ils ne peuvent pas communiquer avec leur fille, ils le peuvent avec Angélique et son frère, qui ont promis d'être au rendez-vous. Il espère qu'elle peut lui donner quelques indications ou au moins de nouvelles de sa fille et son compagnon. Soudainement il se rappelle son rêve de cette nuit, car il a vu cette gauloise qui lui disait d'emmener des gardes avec lui pour pouvoir inspecter le temple, mais elle n'a pas su dire davantage. Puisque, visiblement important pour elle, il prend la précaution d'inviter un responsable de la police accompagné des agents et muni des dessins d'identification.

— Séléné, êtes-vous prête, demande-il à son épouse.

— Oui mon cher époux, on peut y aller ?

En route, ils passent devant le haras et le centre d'équestre de la famille à Pénélope, les Axarz, surchargé d'histoire, car c'est là qu'Ussa et Leith ont fait connaissance. Sa maman venait souvent avec lui en voisin depuis l'immense propriété des Ajahel, producteurs de pommes, poires, cerises, prunes, cidre et des différentes eaux-de-vie. Pour l'instant Séléné préfère oublier les circonstances qui lui ont amené à se reposer en campagne accompagnée d'Ussa qui n'avait que six ans à l'époque. C'est là qu'Ussa a pris un petit garçon pour son petit frère qu'elle venait de perdre. Une amitié de deux personnes devenues inséparables et qui dure jusqu'à aujourd'hui. Arrivés au temple, le couple y entre en passant les immenses colonnades et en traversant le rideau purificateur à l'entrée. C'est à peine qu'ils sont entrés au centre du temple et même avant l'écran de communication a pu être activé, qu'ils entendent la voix d'Angélique qui leur accueille. Une fois l'écran activé, ils voient qu'Angélique est accompagné d'amis et se trouve chez une dame se servant d'une boule de cristal pour communiquer. C'est après les premières présentations informelles des personnes présentes que le roi lui demande :

— Angélique, je peux vous appeler par votre prénom, n'est-ce pas, est-ce que vous avez de bonnes nouvelles pour nous ou est-il encore trop dangereux d'en parler ?

— En ce qui concerne Ussa et Leith, vous allez avoir des nouvelles dans deux jours tout au plus. Ils m'ont fait d’ailleurs promettre de ne rien dire, car les suspects ne sont toujours pas identifiés. Mais avant que je continue de vous parler, j'aimerais vous signaler que ce temple est sur écoute et tout ce que vous dites et faites est enregistré. Ne répondez donc que par non, oui ou dites le minimum. D'autre part, nous, mes amis et moi, venons voir en utilisant cette boule là, des individus qui se trouvent en sous-sol de ce temple et ce sont ceux que vous cherchez. Avez-vous pris avec vous suffisamment de gardes et des agents de police pour mener une action ?

— Oui.

— Alors ne brochez pas, ce qui prévaut aussi pour vous, Séléné. Faites comme si vous ne sachez rien. Je vous suggère, une fois à l'extérieur, que vous fouillez le bâtiment de haut en bas. Il sera peut-être bien si vous pouvez débrancher tout les liens vers l'extérieur, y compris celui qui fournit l'énergie de fonctionnement. Branchez-le à une source autonome, comme celles qui fournissent l'énergie pour vos bateaux.

— Oui, ce sera une bonne idée, dit Paris, concernant l'événement, c’est pour quand ?

— Là c'est Leith qui a plus d'informations, car les miens sont trop vagues, trop reculés dans le temps pour pouvoir calculer au jour près. Il m'a dit que ce sera dans six jours, tôt le matin, vous avez donc encore cinq jours pour vous préparer.

Pendant qu'Angélique lui donne encore quelques précisions, c'est Séléne qui commence une bavardage avec Julien et les deux autres filles présentes, tandis le roi continu à bavarder avec Angélique au sujet des événements à venir. C'est soudainement Monique qui intervient, car elle venait à tirer, sous les regards incrédules du couple Bel-Ra, des cartes de tarot en leur disant :

— Je vois dans les cartes que vous allez avoir une séparation douloureuse, préparez-vous. Ni votre fille ni son compagnon sont en danger, même si elle va avoir une expérience effrayante. Préparez-lui des valises étanches, capables de flotter avec toutes ses affaires de petite fille et celles dont elle a besoin dans sa nouvelle vie et confiez-les à son compagnon. Faites-le, c'est très important et n'oubliez surtout rien, comme pour un voyage important. Je vois pour elle des problèmes du mal de pays.

— Elle avait ce genre de problèmes dans le passé, lui répond Séléné, je sais ce dont elle a besoin.

— C'est curieux ce que vous faites, lui dit Pâris, Ussa m'a parlé d'une personne sur une foire qui faisait pareil comme vous et a utilisé les mêmes genres de cartes. Que voyez-vous d'autre ?

— Elle va venir, désolé Julien, très vieille. Bien au-delà des cents ans. Son compagnon, Leith va avoir, comme Angélique dans les quatre vingt-dix ans et meurent avec un écart de six mois seulement. Votre fille aura plusieurs enfants, mais je ne veux pas dire quand et combien, car ce n'est pas bon de le savoir d'avance, n'est-ce pas Julien. Il vaut mieux garder la surprise, car la première sera une surprise et viendra par surprise.

— Tu parles au féminin, lui demande Julien, est-ce sera une fille ?

— Oui mon cher, mais quand, tu le verras quand ce sera le moment. Puis en regardant le couple Bel-Ra, elle continue : même si la communication est difficile, vous restez en contact régulier. C'est moi qui vous le garantie, si ce ne marche pas autrement, j'en suis capable et je vous porterai les nouvelles d'ici de temps à autre.

C'est après quelques modalités que le couple royal prend congé des amis présents chez Monique. Ils se promettent de reprendre contact d'aussitôt possible. Dès que le couple royal est sorti du temple, il lance à ses gardes :

— Fouillez-moi le tout. Fermez toutes les accès et amenez toute personne avec vous qu'on ne connaît et surtout ceux qui figurent aux dessins.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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On se cache.

Penelope connaît bien le salon de thé du parc, un bâtiment octogonal vitré avec une terrasse sur le devant avec des tables et chaises en fer, peint, comme l’édifice lui-même, en blanc, tenu par Mélia, la fille d'une de ses clientes. Elle ne s'y rend pas souvent, car un peu trop loin de sa boutique. Mais pour aujourd'hui elle a prévu un peu de temps. Elle y va avec sa cliente, la mère de Mélia. Quand elles y arrivent, elles voient que Ajax, Jou-el ainsi que deux autres hommes s'y trouvent autour d'une table et discutent, penchés sur une carte de la région, une autre de la ville où les points en chiures de mouche se sont multipliés et également un tas de fiches munies de dessins. En se dirigeant vers leur table, Pénélope dit à sa cliente :

— Va dire bonjour à ta fille et commande un thé avec des glaçons pour moi. J'ai deux mots à leur dire.

Pendant sa cliente va voir sa fille, Pénélope s'assoit à table avec les autres et les salut :

— Bonjour, tout va bien ? Ce sont des copains à toi, Jou-el, dit-elle en désignant les deux hommes qu'elle ne connaît que vaguement ?

— Oui, lui répond-il, ce sont Midas et Laïos, deux membres de la garde royale. Le seul qu'on attend encore est Jason, un confrère à Ajax. Il doit venir de l'autre côté du lac.

— Tiens, dit Pénélope, il y a un bateau qui vient d'arriver au port, c'est peut-être lui.

— Ça se pourrait, lui répond Ajax, il possède un bateau qu'il partage avec d'autres. Il sait faire la traversée aussi vite que le contour du lac en train ou voiture.

— Il y a du nouveau concernant nos “clients”, lui demande Pénélope ?

— Oui, lui répond Jou-el, on a repéré notre “client”. Il loge au “Soleil Levant.”31

— Eh ! Bien ! Il ne s'emmerde pas, lui dit Pénélope. Ce n'est pas particulièrement bon marché. Il a dû toucher une bonne prime je pense. Il y reste depuis longtemps ?

— Non, lui répond Jou-el, depuis une semaine. Mais c'est déjà trop long pour quelqu’un qui cherche à se cacher.

— Qu'est-ce qu'allez-vous faire maintenant, lui demande Pénélope ?

— C'est nous qui s'en occuperons, lui dit un des hommes présents, mais ne dis rien à d'autres personnes. Demain il ne sera plus de ce monde. Nous connaissons assez de volontaires pour s'en occuper. C'est même possible qu'il ait déjà le cul sur une fourmilière à l'heure qu'il est.

— Mais c'est dégueulasse de mourir comme ça, dit Pénélope.

— Alors, lui répond Ajax, tenter de faire mourir une princesse et son compagnon dans un incendie ne l'est pas ? Poignarder et mutiler un vieux savant qui n s'intéresse qu'aux étoiles, ne l'est pas ? Ces deux physiciens brûlés vifs dans leur laboratoire, ne l'est pas. Ne fais pas sentiments pour ces voyous ! S'il te plaît.

— Bon, si tu le vois comme ça, d'accord, lui répond Pénélope. Mais, une question, peut-on cacher nos deux jeunes amis au grenier de Amilius, ou doivent-ils rester encore un jour chez moi ?

— Nous allons visiter la maison du maître tout à l'heure, lui dit Ajax. Nous allons faire semblant de chercher des indices, pendant d'autres sécurisent le bâtiment. On peut aller au grenier de Amilius par les toits depuis ton grenier, je crois. Non ?

— Oui c'est ça, dit-elle. C'est cela qu'on avait prévu faire à la tombée de la nuit. Si c'est bon, viens faire un petit saut pour me le dire.

C'est en ce moment que Mélia vient avec les boissons et sa mère et ils s'assoient en moment à table avec eux. Le sujet de la conversation dérive vite au sujet brûlant ; les événements à venir. Il s'avère, en effet, qu'il y a beaucoup plus de gens qui le savent et pensent comme les familles à Leith et Pénélope. Ils voient en cette catastrophe annoncée une punition divine et ne veulent pas partir. La mère de Mèlia fait comme le reste de sa famille, elle ne part pas. Mélia elle-même a prévu, tout comme Pénélope, de prendre un bateau et de rejoindre des amis au nord dans deux jours. Pénélope, elle, veut bien partir avec ses cousins, cousines et Ajax, mais ils ne peuvent partir qu'en quatre jours, qui est, elle le sait, très risqué. Leith lui a bien dit de ne pas trop attendre et que la comète va heurter la terre le treizième jour Lion au petit matin, soit en cinq jours. C'est en ce moment que Pénélope voit venir un homme qu'elle connaît vaguement et le salut :

— Salut ça fait une paye que je te n'ai pas vu. Tu vas bien ?

— Oui, lui répond l'homme répondant au nom de Jason, ça va, mais il y a mieux.

— Tu pourrais venir un peu plus souvent, on te voit plus depuis que tu habites de l'autre côté du lac, lui répond Ajax.

— Eh, les filles, dit Pénélope, s'adressant à Mélia et sa mère, on s'en va et laissons-nous ces messieurs entre eux. Ils ont des choses importantes à discuter et n'ont pas besoin de nos oreilles. Alors, dit-elle en s'adressant à Ajax, tu viens tout à l'heure ?

— Oui, dit-il, tout à l'heure.

— Alors, dit Ajax à Jason, tu as progressé dans tes filatures ?

— Oui, je crois. J'ai pu prendre des images de ce type-là, lui répond Jason en désignant un dessin sur la table, il logeait au “Bel Horizon 32» avec ceux là et sort deux clichés de sa poche.

— Tiens, tu as un de ces nouveaux appareils qui permettent de faire des clichés instantanés ?

— Oui, la dépense fallait la chandelle, répond Jason à Ajax, ça nous évite de devoir faire des dessins.

— Mais ! Je connais celui là, dit Jou-el, c'est le parrain de la région des Belzebubs. L'autre m'est familier, mais je n'arrive pas à mettre un nom dessus.

— Je crois le connaître, dit Laïos, je l'ai déjà vu, mais pas par ici, c'était dans la région portuaire de Amaki.

— Oui, ajoute Midas, il pourrait être le parrain local de là-bas. Il me semble bien, que je l'ai vu là-bas aussi.

— Bien messieurs, dit Jou-el, il faut s'en occuper. On a donc la preuve que ces soi-disant agents secrets travaillent avec la pègre locale et ne sont rien d'autre que d'anciens voyous.

— C’est ça, dit Ajax, le préfet craint en effet qu'ils pouvaient essayer à extorquer un sauf-conduit pour le plan d'évacuation en capturant la princesse Ussa ou un autre membre de la famille royale.

Ils discutent encore un moment pour peaufiner le plan d'identification et de la recherche des anciens agents de la BSI avant de se quitter.


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Ajax, après avoir réglé sa note, quitte le parc, traverse le boulevard de Parfa et remonte, accompagné de Laïos et Midas, la petite rue avec plein de petits commerces jusqu'à croisement où ils se trouvent la boutique de Pénélope et le bureau du Maître Amilius. Il voit que les policiers et le serrurier qu'il avait demandé de venir, l'attendent déjà. Il les salut en disant :

— Bonjour, avez vous dû attendre longtemps ?

— Non, lui répond un des policiers, nous venons d'arriver.

— Ça va, dit le serrurier, je craignais déjà de vous faire attendre.

— Alors, dit Ajax, vous-avez emmené une nouvelle serrure sécurisée avec vous ? Celle qu'il y a maintenant, s'ouvre avec une épingle à cheveux.

— Qu'est-ce que devrons nous chercher, lui demande un autre policier ?

— Des empreintes digitales, des traces telles que cheveux et autres petites poussières permettant d'identifier le ou les coupables.

— Ce n'était pas déjà fait par l'autre équipe, lui demande, un policier ?

— Non, lui répond Midas, cela a été délibérément négligé sur l'ordre de Poseidia.

— Comment, ordre de Poseidia, lui répond Laïos, depuis quand obéit-on aux ordres de là-bas ?

— C'est justement là, qu'il y a un problème, lui répond Ajax, le préfet a réagi après avoir reçu des ordres très stricts depuis la capitale fédérale. Il a cru que le roi était au courant sans le vérifier et il avait donné l'ordre à Ax-Tell, le chef de police, de se taire et classer certaines affaires. Il n'y a donc pas eu de recherches sérieuses. Il nous faut tout recommencer depuis zéro et sécuriser ce bâtiment pour une raison qu'on ne peut vous révéler en ce moment sans mettre certaines personnes en danger.

— Ah oui, dit Laïos aux policiers, essayez de cataloguer les livres et surtout ceux qui semblent manquer. Totalisez le poids manquant, car il se pourrait que Amilius eut caché des livres. D'après les rapports, il n'y a pas eu circulation de voitures le matin de meurtre. Les malfrats sont donc venus à pied qui signifie qu'ils n'ont pas pu emmener beaucoup de livres avec eux.

— Devrons-nous inspecter toutes les pièces ici, lui demande un policier.

— Oui, y compris l'observatoire au grenier, lui répond Ajax, puis continue en s'adressant à un des policiers : c'est vous qui allez commencer avec l'observatoire. Prenez tous les indices habituels et avertissez-moi quand vous avez fini là-haut. Allons-nous commencer avec la cuisine et continuer avec son salon, dit-il en s'adressant à Laïos.

Il s'avère rapidement que tous les livres importants manquent, ainsi que certains carnets de notes que le maître avait par dizaines. Un petit calcul apprend à Ajax que c'était virtuellement impossible, même pour deux ou trois hommes, de porter un tel poids, pour ne pas parler du volume que ça représente. En même temps un des policiers chargés d'inspecter le bureau, lui rapporte que des objets plutôt volumineux et lourd semblent manquer. Parmi ces objets figure un globe d'une taille de deux pieds. Un des policiers se souvient de l'avoir vu chez le maître. Impossible donc de l'avoir emporté sans se faire remarquer. Mais les surprises n'arrêtent pas là, le télescope trouvé en pièces à l'observatoire, s'avère avoir été démonté et non pas cassé. De plus que certaines petites pièces détachées indéfinissables trouvées au bureau s'avèrent appartenir au télescope de l'observatoire, où ils semblent manquer. La question “” reste entier. Où a-t-il pu cacher tout ce matériel et livres ? Pour les livres, Ajax a une petite idée, qu'il ne communique pas aux autres, car il va voir Pénélope tout à l'heure et c'est elle qui en sait sûrement quelque chose. Il aime bien chercher l'accès à la soi-disant cache que le maître avait fait construire, mais il faut que les policiers aient fini leur investigation et partent avec Laïos et Midas, car pour le reste, seul Jou-el, dont il attend l'arrivée, a été mis dans la confidence et ils aimeraient chercher l'accès à cette pièce cachée, que le maître avait fait construire au grenier, pour vérifier sa sécurité.


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Pénélope, finissant sa dernière cliente de la journée, est peu surprise de voir entrer Ajax. Elle l'attendait en fait pour savoir ce qu'elle allait faire de ses deux invités. Pendant qu'elle met sa cliente sous un casque sèche-cheveux, car elle lui n'avait fait que sa coiffure, elle lance à Ajax :

— Assois-toi là, en lui désignant un fauteuil de coiffure.

— Mais, lui répond Ajax, je ne suis pas venu pour me faire coiffer ni me faire une beauté.

— Tu as vu tes cheveux, lui dit Pénélope, c'est carrément des nids d'oiseaux. T'appelles ça se soigner ? Je ne sors pas avec un mec qui ne sait se soigner. Alors, continue-t-elle en faisant sourire sa cliente, laisse-toi faire, je t'arrange ça.

Pendant qu’Ajax s'assoit dans un fauteuil pour se faire laver et coiffer ses cheveux, la conversation reprend assez vite le sujet commencé dans le parc quelques heures plutôt. La cliente présente semble avoir vu des individus suspects, qui pourraient, d'après ses descriptions, être les mêmes qu'aux clichés de Jason. Elle les avait vus aux alentours de la gare et conclut qu'ils étaient venus par là. Elle ne sait pas par où ils sont partis. La seule chose qu'elle se souvient, c'est qu'ils partaient à pied en suivant la rue centrale en direction ouest. Ajax décide de prendre ses coordonnées et de revenir avec son confrère Jason pour une identification formelle. Pénélope qui a fini sa cliente entre temps, demande à Ajax pendant qu'elle finit la coupe de ses cheveux :

— C'est bon Ajax, j'ai fermé la porte. Tu peux parler maintenant. Tu as pu sécuriser la pièce au grenier de Amilius ?

— Oui, il n'y a pas danger. Les sbires de Ra-Ta n'ont pas trouvé l'accès. Ils s'y trouvent d'ailleurs le télescope, le globe, deux astrolabes, la plupart des livres manquantes et ses notes. Il me semble qu'il doit y avoir un testament certifiant que Leith est son héritier universel.

— Regarde tout à l'heure dans mon bureau, il m'a donné des trucs importants à garder. Ils sont cachés dans des classeurs de comptes et se trouvent mêlés avec les miens.

— Ah bon ? C'est toi qui les as ?

— Oui, lui répond-elle, il les a donnés à Leith dans un classeur de comptes, qui me les a apporté. Mais montons à l'étage, je vais préparer un petit souper pour nous quatre et ensuite, une fois la nuit tombée, on peut les accompagner à la demeure de Amilius.

— Veux-tu que je viens avec toi, demande-t-il.

— Oui, ce sera mieux. Comme ça tu peux les assurer un peu. Ils craignent toujours être vu et démasqués.

Pendant que Pénélope part dans sa cuisine pour préparer un léger souper pour elle et ses trois invités, Ajax se rend au grenier et jette un regard surpris autour de lui. Il ne s'attendait pas à y trouver une pièce aussi joliment arrangé. Les deux jeunes n'ont même pas entendu l'entrer et sont surpris de le voir si soudainement apparaître devant eux. C'est Leith qui le salut en premier :

— Salut Ajax, comment vas-tu ?

— Ça va, répond-il, toujours dans vos bouquins, n'est-ce pas ? Que cherchez-vous, toujours cette fichue étoile ?

— Non, lui répond Ussa, nous sommes seulement curieux comment un voyage en travers de onze mille huit cents ans peut se produire. On cherche en ce moment dans les textes anciens s'il y en a eu d'autres du même genre dans le passé.

— En avez-vous trouvé ?

— Oui, lui répond Leith, au moins une histoire dans les textes sacrés d'un vieux berger montant paître ses moutons ; il aurait retrouvé en descendant son petit-fils âgé de quatre-vingts ans, qui lui narrait que tout le monde le croyait mort, disparu.

— N'oublie surtout pas ce fait divers qui avait apparu dans les journaux il y a quelques années, dit Ussa. Il y avait un type qui était venu voir un journal de Amaki en leur racontant qu'il avait vu la ville et le port sombrer dans la mer. Il disait que c'était affreux à voir, tous ces gens en train de se noyer. Il y avait également en train qui déraillait à ce moment-là, dont seul les quelques passagers du premier wagon ont été sauvés, grâce au fait qu'il se désintégrait pendant le déraillement. Il a vu les passagers flotter sur des pans de wagon vers le large. Ce qu'il lui restait en mémoire est le fait qu'un des naufragés a été secouru par un voilier venu de nulle part, qui en plus, partait dans le nulle part peu après avoir secouru d'autres passagers d'un bateau apparemment en difficulté.

— Oui je m'en souviens vaguement, lui répond Ajax, on a tout cru qu'il s'agissait d'un farfelu voulant faire l'intéressant.

— Ce n'est peut-être pas aussi farfelu qu'on croit, lui répond Leith, on sait maintenant que c'est bien cela qui risque nous arriver dans cinq jours au petit matin.

Soudainement ils entendent quelqu'un qui monte l'escalier. C'est Pénélope qui vient les chercher pour le souper. Elle n'avait pas envie de les appeler en bas de l'escalier, car trop indiscret. En mettant sa tête dans l'entrebâillement de la porte, elle les dit :

— Alors, vous venez souper ou quoi. Vous ne vous nourrissez pas de vieux livres. Non ? Ne pressez-vous pas pour partir, car on doit attendre la tombée de la nuit avant qu'on puisse passer chez Amilius par les toits.

Les quatre amis ne parlent pendant le souper que des banalités et les faits évoqués par le confrère de Ajax, Jason. Les discussions dérivent assez vite sur la nouveauté qu'il ait utilisée, son appareil à clichés utilisant des petites plaques avec une émulsion sensible à la lumière. Soudainement, c'est Leith qui se souvient qu'Angélique a un appareil semblable, sauf qu'elle utilise ni plaque ni autre support. C'est, selon Leith, que l'appareil mémorise lui-même les images, que l'on peut ensuite imprimer, utilisant un dispositif approprié. La discussion continue ensuite sur l'étrange dispositif à deux roues mue par un pédalier qu'Angélique et son frère utilisent pour se déplacer. Ussa, qui se mêle de la conversation, déclare qu'elle et Leith ne comprennent pas comment on peut rester debout sur une telle mécanique. Ajax, lui, est d'avis qu'il y a sûrement truc, comme avec les tours de magie. Pénélope, qui avait débarrassé la table entre temps, revient avec quatre verres et des différentes bouteilles. Après avoir dégusté en silence des produits dont une partie vient du domaine des Ajahel, la famille de Leith, Pénélope leur dit :

— C'est l'heure les enfants, il faut y aller.

— J'ai peur, dit Ussa.

— Ne regarde pas en bas, lui dit Ajax, Leith va te tenir.

— Ce n'est pas si grave, leur dit Pénélope, on ne passe pas au bord des toits. Ajax, as-tu bien déverrouillée la fenêtre du grenier à Amilius tout à l'heure ?

— Oui, on peut l'ouvrir de l'extérieur.

— Les gens qui habitent entre les deux maisons, ne risquent-ils pas nous entendre, lui demande Ussa ?

— Non, lui répond Pénélope, ils sont partis dans le nord chez leur famille pour quelques semaines.

— Ils ne risquent pas revenir dans ce cas, lui dit Leith.

— C'est ce que je pense, dit Pénélope, c'est comme les deux Macs, ils ne vont pas tarder à partir aussi. Ceux qui restent mettent, comme ma famille et celle de Leith, leur destin aux mains de Ra.


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Après avoir terminé leur périple par toits, les quatre amis se trouvent au grenier au-dessus l'appartement de Amilius, juste à côté de l'observatoire. La pièce n'est pas aussi confortable que celle de Pénélope, mais est, comme la sienne, équipée d'une salle d'eau, une toilette et un petit coin cuisine. Pénélope a d'ailleurs emporté de la nourriture pour quelques jours, telle qu'ils n'ont pas besoin de sortir. Ussa et Leith constatent que Amilius ait pris conscience du danger et a mis plusieurs objets de, à ses yeux, valeur dans cette pièce. C'est Ajax qui voit qu’il s'y trouve le grand télescope, le globe de son bureau, les astrolabes et apparemment ses carnets de notes. Leith commence à inspecter le contenu des armoires où ils se trouvent les différents livres dont un que le maître ait utilisé pour lui lire le mythe de la fin du monde. Ajax inspecte la porte donnant accès à l'observatoire, pour voir s'il n'a pas été violé et que le mécanisme de verrouillage marche bien. Il montre ensuite les espions par lesquels on peut observer la pièce en dessous et l'observatoire.

— Vous n'allez pas vous ennuyer, leur demande Pénélope ?

— Non, c'est pour cela qu'on a emmené les livres, puis Amilius a laissé assez d'autres. Nous allons continuer nos études ici et nous ne risquons pas de nous ennuyer.

— Ussa, tu crois pouvoir venir toute seule chez moi par les toits ?

— Je ne suis pas sûr, mais je vais l'essayer quand il le faut, répond-elle.

— Pour moi, pas de problème, lui répond Leith à Pénélope.

— Alors, je laisse la fenêtre du toit ouvert, comme ça tu peux venir me voir s'il y a un problème, dit Pénélope sans s'adresser à quelqu'un de précis.

— Alors, Ajax, lui demande Leith, les sbires de la BSI ont-ils pu trouver cet endroit. Y a-t-il des microphones, d'espions ou autres trucs ici ?

— C'est cela que je suis en train de vérifier, lui répond Ajax.

— Eh ! Dit Pénélope à Leith, le maître m'a laissé une lettre pour toi, il fallait l'ouvrir s'il lui arrivait quelque chose. Je pense qu'il a senti quelque chose venir, car il m'a fait cette lettre il y a quelque temps déjà.

Leith ouvre la lettre plutôt épaisse, voit qu'il contient une feuille ressemblant à un testament et des listes d'objets, ainsi qu'une lettre adressée à Ussa à lui remettre à l'occasion de son dix-neuvième anniversaire.

Cher Leith,

quand vous lisez ces lignes, c'est que je ne suis plus de ce monde. J'ignore comment je vais quitter ce bas monde mais assurez-vous que, où je serai, je serai bien. N'ayant plus de famille ; je n'ai pas d'autre héritier que vous. Vous êtes la personne capable de continuer mes oeuvres, de s'occuper de mes clients, faire leurs courriers et démarches officiels, guider les gens du quartier dans leurs vies et leur apporter le soutien nécessaire dans la peine. Ils ont autant confiance en vous qu'en moi. Mis à part un héritage, ce document vous élève officiellement au rang de compagnon, qui signifie que vous êtes désormais autorisé à effectuer un baptême, à effectuer un mariage religieux et à conduire un culte d'enterrement. Inutile de vous rappeler que vous avez déjà conquis le droit de guider les gens dans leur chemin vers la sagesse. Voulez-vous bien lire cette lettre à haute voix devant deux témoins au moins ; c'est ainsi qu'il prend effet officiellement.

Je, soussigné Maître Amilius Axis, donne et lègue à Leith Ajahel tous les biens mobiliers et immobiliers, tous les droits et obligations liées à ma fonction, qui composeront ma succession sans exception ni réserve. Je déclare en outre révoquer tout autres testaments et dispositions que j'aurais pu prendre antérieurement.

Fait et écrit entièrement de ma main à Osuo le 12'206 quinzième jour Gémeaux.

Amilius Axis

Quand Leith a fini à lire la lettre, il explique à ses compagnons ce que c'est et recommence à le lire, mais à haute voix cette fois. Puis il finit par déclarer :

— Cette lettre a donc à peu près deux ans, puisque nous avons le huitième jour Lion, 12 208.

C'est Ussa la première à réagir en disant :

— Tu peux célébrer mon mariage alors ! Tu le fais, n'est-ce pas Leith ? Tu me dois ça !

— Je te rappelle, répond-il, qu'on a les mêmes droits à présent. Tu pourrais donc célébrer le lien en retour.

— Eh bien ! Dit Pénélope, le beau-frère marie sa belle-soeur et la belle-soeur marie son beau-frère.

— Comment ça, lui demande Ajax, qui n'est visiblement pas à la même page.

— Tu ne le savais pas encore ? Lui demande Pénélope, ils sont tous les deux amoureux, mais d'un frère et sa soeur.

— Alors, dit Ajax à Leith, ta belle gauloise à donc un frère.

Mais c'est une Ussa rougissante qui lui répond :

— Oui, c'est au temple d'Ozin que j'ai fait sa connaissance, plutôt foudroyante. J'étais complètement perdu quand je le voyais pour la première fois. Je ne m'attendais pas à cela. Je savais de part de Leith qu'Angélique, sa gauloise donc, avait un frère, mais qu'il produisait cet effet sur moi, non je l'ignorais.

— Tu es visiblement très amoureuse, ça se voit, lui répond Pénélope, cette couleur rouge sur tes joues te va bien.

— Ne le taquine pas davantage, lui dit Ajax, tu ne sais jamais ce qu'il va t'arriver.

— Tu aurais dû voir Leith, dit Ussa, quand on se trouvait dans sa salle d'eau. Angélique se lavait sous un robinet qui versait de l'eau en pluie, elle était toute nue. Elle sortit cette petite cabine en croyant qu'il y avait son frère. Quand elle s'est aperçue que c'étaient Leith et moi, elle se sentit très gêné, mais ne le montrait pas et a effectué une pirouette devant Leith en lui demandant : « Alors, je te plais ?»

— Alors, lui demande Pénélope, elle était vraiment belle ? Elle te paît ?

Mais c'est Ussa qui répond : il n'a certes rien dit, mais il a bien réagi comme un homme sain de corps et d'esprit devrait réagir en présence de la fille de ses rêves quand elle se montre tout nu devant lui. Après, elle s'est habillée et nous sommes partis chacun dans une chambre. Lui a suivi Angélique, tendis moi je suivais Julien, c'est comme ça qu'il s'appelle, dans sa chambre.

— Tu as parlé de quoi alors lui, demande Pénélope ?

— De tout et de rien, je m'en souviens plus. Tout ce que je me souviens, c'est qu'il s'en occupait d'un club nautique au bord de la mer. Ils avaient là des petits bateaux à voile, mais aussi des trucs qu'on ne connaît pas, une sorte de planche long de six à sept pieds, capable de porter homme avec une voile dessus.

— De quel bois était-il fait, lui demande Ajax.

— J'ignore, car celui-la que julien avait dans sa chambre, était peint en blanc. Je pense que cela doit être du balsa ou une autre matière très légère. Il arrivait à le lever avec une seule main, or une planche en bois ordinaire sera trop lourde pour pouvoir le faire.

Pendant qu'ils discutent encore un moment des différents sujets qui leur passent par la tête, ils ne voient pas le temps passer. C'est bien passé minuit que Ajax et Pénélope prennent congé des deux jeunes, qui ne tardent pas à aller se coucher.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Le texte de Platon.

Ussa, à moitié réveillée, ne se réalise pas où elle se trouve ce matin très tôt du neuvième jour Lion. Le jour commence à peine à se percer et ce sont une lumière et des petits bruit qui l'ont réveillé. En se croyant chez elle, elle appelle sa mère :

— Maman ! Puisqu'elle n'obtient pas de réponse, elle l'appelle à nouveau, mais plus fort : MAMAN !

Elle se retourne dans son lit et essaye, sans succès, de se ré-endormir. Mais elle n'arrive plus à s'endormir et fâché de ne pas avoir obtenu une réponse, elle s'écrie à nouveau :

— MAMAN, qu'est-ce que vous faites dans ma chambre, vous fouillez dans mes affaires à présent, vous n'avez plus confiance en moi ?

C'est à cet instant-là que Leith, surpris par les appels d'Ussa, se réalise que sa compagne se croit chez elle et lui dit :

— Ussa ! Ussa, tu n'es pas chez toi ! Réveille-toi !

Ussa, qui n'est pas encore revenue du pays de ses rêves, se frotte les yeux et regarde son compagnon et lui demande :

— Qu'est-ce que tu fous si tôt le matin ? Tu n'as pas pu me laisser dormir un petit peu ? Je n'ai pas d'habitude de me réveiller si tôt !

— Désole Ussa, lui répond Leith, mais je dois absolument écrire ce qu'Angélique m'a lu tout à l'heure, avant que mes souvenirs de ce rêve s'évaporent.

Ussa, comprenant qu'elle ne faille absolument pas déranger son ami pendant qu'il écrit, se lève et va dans la salle d'eau pour se laver et s'habiller. Leith continue entre temps à écrire et à compléter les informations fournies par la copine de ses rêves. Il ne se soucie guère de ce qu'il se passe autour de lui, car il faut avoir écrit tout ce qu'il eut rêvé dans les minutes qui suivent son réveil. Quand Ussa a fini de se laver et de s'habiller, elle vient vers son compagnon et lit ce qu'il écrit. Surprise par le contexte du récit, elle va vers l'étagère avec les vieux livres de Amilius et commence à chercher en prenant un, le feuilleter, le remettre et ré-commerce avec un autre. Leith qui voit sa compagne fouiner dans les vieux livres, le demande :

— Ussa, que cherches-tu ?

— Eh bien ! Ce que tu as écrit m'est familier. Même si une partie de ce que tu as écrit figure dans les sept fléaux, il y a une qui m'est familier. Je ne sais pas si tu as bien regardé, mais ton récit parle d'une armée équipée de chevaux, de chevaliers, des frondeurs et autres, tandis celle de maintenant a bien d'autres armes. Il me semble que les anciens avaient déjà enterré dans les temples des informations concernant notre société, comme les scientifiques et sages l'ont fait il y a quelques années.

— Oui, lui répond Leith, je m'en souviens. Il me semble qu'ils ont fait pareil que les anciens : dans les pays de Yuk, dans un temple d'Égypte et dans la pyramide de Sus.

— C’est ça, dit Ussa, la situation décrite dans les récits que tu viens d'écrire correspondent à la vie de quelques centaines d'années en arrière. Je dirais de trois à cinq cents ans, car l'évolution technique a été assez fulgurante ces deux derniers siècles.

— Je pense, lui dit Leith, que le récit de la fin du monde dû être transmis oralement, car il fait mention d'une guerre avec le peuple Hellénique, que l'on aurait perdu, mais pas celui avec le peuple Saneid, qui mobilise pourtant tous nos efforts en ce moment.

— Tu as peut-être raison, car nous avons à répétition des problèmes avec les Helléniques et spécialement avec ceux du conté de Athènes. Les survivants ont sûrement dû transmettre le récit de la disparition oralement et ont fait un plus un égal deux quand ils ont retrouvé les écrits des anciens dans le temple Égyptien.

— Oui, lui répond Leith, cela signifie également que les informations et objets cachés il y a quelques années, n'ont pas encore été retrouvés par les contemporains d’Angélique.

— Ce que je trouve bizarre, lui dit Ussa, que la société, dans laquelle Angélique et Julien vivent, n'a pas pu trouver nos informations ni nos traces. Ce que je ne comprends pas, c'est que le peuple de Yuk n'ait pas pu transmettre le moindre indice. Ne l'ont-ils pas trouvés ? L'ont-ils été détruits, peut-être.

— Je crois, lui répond Leith, que tu as raison de croire que certaines traces et indices ont été détruits. Tu sais, toute nouvelle religion considère les anciens qu'il remplace comme hérétique et les récits les concernant sont souvent détruits. C'est ce qui est probablement arrivé aux textes anciens cachés au pays de Yuk. Il est à espérer que la pyramide de Sus a résisté et que les informations là dedans sont restées intactes.

— Pourquoi dis-tu ça ? Lui demande Ussa.

— Parce qu'une société capable de plonger et chercher à une profondeur au-delà mille cinq cents pieds, est forcément aussi avancée que la nôtre actuellement et a sûrement la sagesse de ne pas piller et détruire le savoir des anciens.

— J'espère que tu as raison.

— Comment ?

— Une société techniquement avancée n'a pas forcément développé son niveau culturel et spirituel. Il est même possible que le développement technique et industriel les a conduits à un appauvrissement de celle-ci.

— Sais-tu, lui demande Leith, quel genre de religion Angélique et Julien ont ? Angélique ne m'a pas parlé de cela quand on a discuté ensemble, mais elle ne me semble pas très pieuse. Ce qui me chagrine un peu, c'est qu'elle n'est pas végétarienne. Son frère non plus je crois.

— Je crois, lui répond Ussa, qu'ils vénèrent un seul dieu et que leur religion est issue de celle des Hébreux.

— Je crois que tu as raison, dit Leith. Ils ont un calendrier dont ils comptent les années depuis la naissance de leur guide spirituel. Puis ce qui est curieux, c'est qu'ils utilisent l'astrologie non pas comme calendrier, comme nous le font, mais comme moyen de prédire l'avenir. De plus, ils n'ont plus adapté depuis longtemps les positions des signes de sorte qu'ils ont un décalage de deux mille cent soixante ans à l'heure qui vivent. Je m'en suis aperçu quand j'ai essayé de ré-calculer des données. Les données qu'Angélique a déjà pu fournir sont par contre bonnes. Ce sont positions astrologiques qui ne collent pas. Elle a donc dû se servir d'une autre base que l'astrologie.

— Comment, décalage ? Lui demande Ussa.

— Tu devrais te souvenir que le rapport entre l'équinoxe de printemps et le calendrier astrologique décale un jour toutes les soixante et onze années. Chez Angélique, ils n'ont plus fait ce décalage depuis deux millénaires et ils se trouvent ainsi avec un peu moins qu'un mois de différence. De sorte que le signe Cancer se trouve à leur position Lion, Lion à Vierge, Vierge à Balance, ainsi de suite. Ce qui veut dire qu'une personne née sous le signe de Balance, comme toi, est en réalité Vierge.

— Mais ce n'est pas sérieux, dit Ussa, ils ne se sont pas aperçus de l'erreur ?

— Sûrement, mais cela n'a plus aucune importance depuis qu'ils ne l'utilisent plus en tant que calendrier, mais seulement pour raconter des babars.

Pendant que Leith continue à étudier ses notes qu'il venait de faire, Ussa se met à fouiner dans les armoires de Amilius sans chercher quelque chose de spécifique. Elle désire seulement satisfaire sa curiosité.


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Ajax qui est venu assez tôt à la boutique de Pénélope, la trouve encore fermé et surprend sa propriétaire à son petit-déjeuner. Pénélope est, elle aussi, surpris de le voir débarquer chez elle à une heure aussi matinale. Surtout qu'ils ont fini assez tard la veille au soir, ou plutôt tôt le matin, car après avoir quitté les deux jeunes, ils ont encore pris quelques boissons chez elle, avant qu'il partit chez lui. Pendant qu'ils montent l'escalier montant à l'appartement de Pénélope, elle lui demande :

— Alors ? Tu n'es pas trop fatigué ? Je ne t'ai jamais vu aussi tôt chez moi. Que arrive-t-il ?

— Oh, ça va. J'ai eu pire que ça. Il m'est assez souvent arrivé de devoir veiller plusieurs nuits de suite. Notre boulot n'est pas de tout repos, tu sais. Et toi ? Ne risques-tu pas de mélanger peigne et ciseaux ?

— Tu parles, tu sais bien que je supporte encore des nuits en raccourci, ou faut-il que je te fasse un dessin ?

— Effectivement, mais les fois qu'on était sorti, le lendemain tu ne travaillais pas et tu pouvais rester au lit le matin.

— Tu sais, quand on a l'habitude de se lever tôt le matin, on se réveille quand même. Je me pique une petite sieste au début de l'après-midi dans ces cas là.

— As-tu des nouvelles de nos amis ? Ont-ils bien dormi ? Que font-ils en ce moment ?

— Mais ! On vient de les quitter hier soir sur le tard, ils ne sont peut-être même pas levé. On ne peut pas y aller de toute façon, car trop voyant pendant la journée. Tu devrais revenir ce soir quand il commence à venir nuit.

Arrivé chez elle dans son appartement à l'étage, elle met son petit-déjeuner, qu'elle prenait dans la cuisine, sur la table de salon et ajoute une assiette et demande :

— Tu prends quoi ? Du thé ? Ou préfères-tu autre chose ?

— T'en as du café, demande-t-il.

— Oui, j'en ai cette saloperie Abyssinienne, j'en prends parfois moi-même. Rien de mieux pour couper le sommeil. Tu le prends avec du lait chaud, n'est-ce pas. C'est ce que je me souviens en tout cas.

— Oui, c'est ça.

— Je fais griller des petits pains ? Je crois que t'adores cela avec de la confiture. Non ?

— Oui, merci.

— Tu sais, lui dit Pénélope, je ne m'en fais toujours pas que tout ici soit fini dans une semaine. Je viens de parler tout à l'heure avec maman, puis elle pense, comme la famille à Leith qui habite à côté d'eux, qu'on aurait une bonne chance de s'en tirer. Que penses-tu ?

— Nul ne le sait, mis à part Ra. Maître Amilius avait bien calculé que cette comète croise l'orbite terrestre dans cinq jours au petit matin et que la chance de s'en tirer était de sept pour-cent. D'autre part, les officiels de Poseidia n'ont pas tout à fait tort quand ils disent que ce soit comme les deux dernières fois et que l'île va certainement subir des dégâts importants, mais que la majorité de la population survivra.

— C'est ce que ma famille pense. Ils veulent aller en compagnie des Ajahel au temple pour prier Ra de les épargner ou de les accorder une faveur pour la prochaine ré-naissance.

— Tu crois à ça, lui demande Ajax.

— Je ne sais pas, je ne suis personnellement pas pratiquante, mais mes parents et surtout ma mère sont très croyants et pieux, tout comme ceux de Leith.

— Moi non plus, mais je garde espoir de m'en sortir. Tes cousins, ne veulent-ils pas aller vers le nord ? Tu ne pars pas avec eux ?

— Oui, c'est bien ce que j'ai prévu. On va rejoindre les Macs, eux ont encore des terres de l'autre côté où on peut faire paître des moutons pendant l'été. Puis la zone est très bonne pour la pêche. On ne risque pas d'y mourir de faim. Tu pourrais venir avec nous, si tu veux. Mais il faut que tu sois au port le matin au plus tard. On part, sauf imprévu, dans quatre jours. C'est certes un peu tard, mais pas encore trop tard.

— Ça pourrait se faire, lui répond Ajax, mais j'ai éventuellement une alternative. Tu connais Jason, peut-être ? Il a avec deux autres amis un grand bateau sur le lac et il voulait faire de même. Son bateau possède un engin acheté chez les Saneid qui fonctionne avec de l'huile et a une autonomie de deux mille miles nautiques au moins. Il voulut tout simplement attendre au milieu du lac que le pays sombre et filer ensuite au nord. Je sais que c'est risqué, mais il y a une chance de réussir.

— Je ne sais pas, lui dit-elle, mais j'ai fait il y a quelque temps un rêve qui m'intrigue. Dans ce rêve je me suis réveillé un piteux état dans un hôpital très sophistiqué. Il y avait des appareils partout, j'étais attaché à un tas d'appareils divers avec des fils, des tuyaux et autres. Une technologie que je n'ai jamais vue par ici. Je suis persuadé que c'était le pays de la gauloise où j'étais. Tu crois que je vais faire le voyage avec eux ?

— Je ne sais pas ma chère, on ne sait jamais. Garde espoir !

— Eh ! S'écrie-t-elle en regardant l'heure, il faut qu'on se dépêche. J'ai des clients ! Moi ! Je travaille aujourd'hui tu vois. Fin du monde ou pas fin du monde, il faut servir des clients. Beaucoup ignorent encore ce qui va arriver ou ne veulent tout simplement pas le savoir. Il faut bien les servir. Non ? Alors, tu viens ce soir, voir nos deux invités ?

— Oui, à ce soir à la fermeture.

— Salut Ajax, à ce soir et merci pour ta visite.

C'est quand il quitte la boutique de Pénélope, qu'il voit Jou-el partir en direction de l'estaminet de Abdubu et décide de faire de même.


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Quand Jou-el entre chez Abdubu, il voit qu'il n'y a pas encore grand monde à cette heure matinale. Il y a quelques commerçants qui y prennent leur petit-déjeuner à défaut de l'avoir pris chez eux. Puis quelques clients réguliers, retraités depuis un certain temps déjà, qui cherchent à meubler leur temps libre en jouant au domino ou dés. Jou-el s'assoit à la table habituelle et attend que Abdubu a le temps de lui servir. À peine assise, c'est Abdubu qui l'appelle, car il avait déjà reçu une communication demandant à parler à Jou-el ou Ajax et leur laisser un message d'appeler le commissariat dès qu'ils arrivent, car, à ce qu'il paraît, ils ont tous les deux éteint leur communicateur personnel pour ne pas être repéré par le BSI. C'est Ajax qui vient d'entrer pendant que Jou-el prend une communication avec le commissariat. Abdubu le salut :

— Salut Ajax, comment vas-tu ? Tu as l'air à être un peu fatigué, tu as dû veiller ?

— Salut Abdubu, lui répond Ajax, j'ai effectivement veillé, mais pas là où tu crois. J'ai fini la soirée chez Pénélope, on a discuté jusqu'à tard la nuit.

— Tu finis par la marier, ne crois-tu pas ?

— Tu sais très bien, que personne, même pas Pénélope, ne replacera feu ma femme. J'ai eu trop de peine quand elle est partie rejoindre le royaume de Ra. Une peine qui perdure. Peut-être que le temps me guérit, mais pour l'instant, il faut que je cherche à vivre avec.

— Désolé, je ne voulais pas te blesser, lui répond Abdubu.

— Ce n’est pas grave. Tu me portes un café avec du lait chaud, s'il te plaît ?

— Des petits pains, pains-grillés-confiture ?

— Non, ça va, je viens en manger chez Pénélope. Je viens de lui dire bonjour en passant et elle était à son petit-déjeuner.

— Tiens, salut Ajax, lui dit Jou-el qui revient à table, on a du nouveau. Il faut qu'on aille identifier quelqu'un. La police a repêché ce matin très tôt un corps gravement mutilé du port de plaisance.

— Ils ne savent pas qu'il est, lui demande Ajax.

— Oui, ils ont bien une petite idée, mais ils aiment une identification formelle, car il se peut qu'il s'agisse de notre client. De plus, ils ont chopé quatre autres, que nous devrons aussi identifier.

— Puis a-t-on du nouveau de Jason ?

— Non, lui répond Jou-el, et toi ?

— Non plus, mais on s'est quitté hier après-midi. Je sais qu'il travaille vite, mais aussi vite que ça. Puis, nos deux voyous suprêmes des Belzebubs, a-t-on du nouveau ?

— Oui, lui répond Jou-el, ils logent effectivement dans “Bel Horizon” et sont surveillés par des agents de la garde royale.

— Mais, dis-donc, ils ne s'emmerdent pas, ils volent et extorquent de l'argent pour mener la belle vie.

— Je pense plutôt qu'ils se cachent. Ils semblent penser que ces palaces comme le “Bel Horizon” sont des lieux sûrs.

— Sûrement, lui dit Ajax, mais c'était sans compter sur la curiosité d'une cliente à Pénélope.

— À propos de ces clientes, viennent-elles à l'identification ?

— Je ne sais pas, lui dit Ajax, ce n'est pas sûr qu'elles oseront venir. Je sais que les suspects nous ne voient pas mais est-ce suffisant pour les assurer.

— On pourrait le leur demander, lui répond Jou-el, qu’en penses-tu ?

— Abdubu ! Hé ! Abdubu où es-tu ? S'écrie Ajax, viens nous porter une autre tournée, ensuite on part.

C'est un peu plus tard que Pénélope voit, surprise, entrer ses deux copains de bistro et les salue :

— Salut les mecs, c'est pour un masque ou une coupe ?

— Salut la belle, lui dit Jou-el, on a une question à te poser.

— Pose-le seulement, je ne suis pas sûr de pouvoir répondre, mais tu peux toujours le poser.

— Alors, dit Jou-el, il s'agit d'identifier des suspects au commissariat. C'est sûr que les suspects ne peuvent pas voir les personnes de l'autre côté du miroir, mais nous ne sommes pas sûr si tes clientes oseront venir. Tu crois qu'on peut le leur demander ? Il sera mieux qu'elles viennent de leur propre gré, au lieu de les convoquer. Nous serons avec elles pour les assurer pendant l'identification. Ce sera peut-être bien si tu pourras aller toi-même au commissariat, tu les as également vus aux alentours de la bibliothèque, n'est-ce pas ?

— Oui, lui répond-elle, j'irai là-bas vers la fin de la matinée, quand j'ai un moment de libre. Il faut que je fasse mes courses de toute façon. En ce qui concerne mes clientes, je crois qu'elles seraient d'accord à condition que vous y soyez également.

C'est en ce moment qu'une des clientes présentes se mêle de la conversation et demande :

— Voulez-vous que je vienne avec vous pour identifier l'individu qu'ils ont repêché ce matin ?

— Ils ont repêché quelqu'un ce matin, lui demande Pénélope.

— Oui, lui dit Ajax, c'est probablement notre “Cient” et il n'est pas beau à voir. Âmes sensibles s'abstenir. Vous pouvez madame, mais on vous prévient que ce sera pénible à voir. Si vous avez vu d'autres suspects, n'hésitez pas à venir avec nous. On peut attendre un petit moment pour laisser Pénélope finir son travail.

— Oui je viendrai, il me semble bien, que j'ai vu d'autres zozos qui n'ont rien à chercher ici dans notre ville. Mais si ce type qu'ils viennent de repêcher ce matin est vraiment horrible à voir, je préférai de ne pas devoir l’identifier.

— Non, lui dit Jou-el, il n'y a pas de problème.

— Nous le ferons, ajoute Ajax.

Pendant que Pénélope finie sa cliente, elle, Jou-el, Ajax et la cliente présente discutent un peu de tout et de rien où le sujet qui fâche est toujours les événements à venir. C'est étonnant que certains ont les mêmes idées, la cliente a, elle aussi, de la famille dans le nord et compte y aller dans les jours qui suivent. Elle affirme que cette lointaine famille a, comme celle des deux Macs, des terres sur le continent. Elle sait, que survivre comme le font les sauvages, n'est peut-être pas très gaie, mais il faut que quelqu'un le fasse pour que la société puisse se reconstruire.

— Alors, dit-elle, je suis prête, je viens avec vous ?

— On y va donc, lui dit Ajax et continue en s’adressant à Pénélope, tu viens tout à l'heure ?

— Oui, lui répond-elle, mais ne m'attend pas, je viens plus tard dans la matinée, j'ai une cliente qui peut venir d'un moment à l'autre.

Quand ils montent la rue vers la haute-ville, tous plongés dans leurs pensées, ils échangent peu de paroles. En passant devant la salle des fêtes, ils regardent tous pour voir si le vieil homme sera peut-être revenu, ce qu'il n'est pas le cas. Quand ils entrent dans le commissariat, ils font signe à la dame de les attendre pendant qu'ils vont vers la morgue où est entreposé le corps du “client”. C'est Ajax qui le reconnaît en premier.

— Oui, dit-il, c'est bien lui. Je le reconnais à cicatrice laissé au visage. C'est une marque et non pas une blessure.

— Mais il n'en reste pas grande chose de lui, s'exclame Jou-el, et ce ne sont pas seulement les fourmis qui ont fait cela.

— Ça va, dit Ajax, on va identifier les autres pour voir si on connaît quelques-uns d'entre eux ?

En passant par la réception, où la dame les attend patiemment, ils vont vers la salle d'identification où il faut choisir le suspect parmi des faux suspects en travers un miroir à sens unique. Sur les quatre suspects, trois ont été formellement identifiés par les trois personnes.

— Vous m'accompagnez, demande la dame aux deux amis.

— Oui, pourquoi pas. Vous venez en moment avec nous ? Nous allons chez Abdubu.

— Abdubu ? Leur demande la dame, qui est-ce ?

— Ah, lui répond Jou-el, c'est l'estaminet “Les Jardines”, c'est comme ça que nous l'appelons.

— C'est le nom du propriétaire, ajoute Ajax, il est d'origine Perse. On mange très bien chez lui.

— C’est ça, dit Jou-el, même Leith, l'élève de Maître Amilius, qui est végétarien, y trouve son compte.

— Alors, je viens avec vous, je n'ai pas encore pris mon petit-déjeuner.

— Ah bon ? Lui dit Ajax, mais même si c'est un peu tard, Abdubu s'arrange, il a toujours quelque chose pour ses clients.

La conversation, en descendant vers le café de Abdubu, se porte très vite sur les habitants du quartier où on passe en revu tous les petits ragots que l'on raconte sur eux.


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Ussa, en fouinant systématiquement les armoires de Amilius, vient de tomber sur un dispositif qu'elle reconnaît vaguement. Il s'agit d'un petit piédestal munis de différents boutons et réglages avec une boule de cristal monté dessus. Elle se rappelle maintenant que ses grands-parents en avaient un. Ils se servaient jadis pour communiquer et recevoir des nouvelles. Elle sort le vieil appareil de l'armoire, le pose sur la table et commence à le tripoter. Mais l'appareil, n'ayant plus servi depuis longtemps, n'a plus d'alimentation électrique et les cartouches d'alimentation, contenant une électrode en zinc et une en graphite dans une solution acide, n'existent plus depuis un certain temps.

— Eh ! Leith ! Tu sais comment faire marcher ce truc ?

Leith très concentré sur ses textes, se retourne surpris par l'appel de sa compagne et lui demande :

— Quel truc ? En voyant ce qu'Ussa fait, il ajoute : Ah ! Un vieux Biovox, ça marche avec des cartouches qu'on appelait jadis piles, ils n'existent plus.

— On ne peut pas en fabriquer ?

— Oh ! C'est simple, deux métaux différents dans un récipient contenant un acide ou de l'eau salée. Mais regarde bien, Amilius a peut-être des vieux appareils qui s'alimentent de la lumière solaire. Tu pourrais démonter la cellule pour l'utiliser sur le Biovox.

— Je regarderai.

Pendant qu'Ussa continue de faire systématiquement les armoires pour voir s'il y a quelque chose, une bricole ou d'autres ustensiles utilisables jusqu'à Leith l'interpelle et dit :

— Eh ! Ussa ! Regarde dans cette armoire, là, Amilius y a ses bouquins et ustensiles pour ses leçons de physique dedans, je les ai vus tout à l'heure quand tu fouinais dedans.

— Je n'aime pas trop les leçons de physique, dit-elle.

— Regarde bien, il y a sûrement de quoi fabriquer une alimentation pour ton Biovox. Mais qu'est-ce que tu comtes faire avec ?

— Je n'en sais rien. Mais si mes souvenirs sont bons, cet appareil utilisait la télépathie et c'est justement cette technologie qui est utilisée par le temple de Ozin où on a communiqué avec Angélique et Julien. On peut toujours essayer. On ne peut que gagner. On n'a rien à perdre, essayons-nous donc.

Pendant que Leith continue à écrire de ce qu'il se souvient, Ussa à sortie une vieille malle de l'armoire et parvient à l'ouvrir malgré le fait qu'elle n'a pas la clef. Il s'avère que cette malle contient d'objets dont le maître s'est servi pour les leçons de physique et, comme Leith a soupçonné, ils s’y trouvent des récipients divers, plaquettes de zinc et cuivre, tous très corrodées, des fils divers et aussi un petit instrument pour constater la présence de l'électricité. Un appareil normalement utilisé lors des cours de physique pour constater la présence de courant si on trempe deux métaux différents dans une solution acide ou dans de l'eau salée. Ussa a entre temps démonté le compartiment prévu pour les cartouches et vérifie qu'il y a bien les bornes de fixation pour les fils, puis demande à son compagnon :

— Eh ! Leith, il faut combien d'unités zinc-cuivre pour remplacer quatre cartouches ?

— La moitié en plus, je crois. Mais vérifie-le, tu as un bouquin de physique juste à côté de toi. C'est sûrement marqué, cherches dans la section “éléments galvaniques”, c'est comme ça qu'on les appelle.

— Il faut brancher quel fil sur la borne rouge, lui demande Ussa qui entre temps a rempli six récipients, faut de mieux, de l'eau salée et y a mis les plaquettes de zinc et cuivre.

— Celui du cuivre et le bleu sur le zinc, puis les éléments tu branches chaque fois une plaquette de zinc à une de cuivre.

— C'est ce que j'ai fait, c'était juste pour savoir comment brancher ce machin.

— Notes peut-être exactement tout ce que tu fais et dans l'ordre, on ne sait jamais à quoi ça peut servir, lui dit Leith.

— Oui maître, lui répond Ussa avec un grand sourire.

Leith continue à faire ses notes et cherche çà et là des informations dans les vieux livres de son maître, pendant qu'Ussa s'acharne sur son bricolage. Elle l'avait complètement démonté pour y ôter un circuit qui servait pour l'identification d'autres appareils et cela sans oublier de noter soigneusement ses gestes. Soudainement, après un grand nombre d'essais infructueux la rendant de plus en plus nerveuse, elle exclame soulagée :

— Leith ! Ça marche ! Viens voir, on voit Angélique et Julien sur une plage de galets. Ils sont en train de s'occuper des clients qui veulent utiliser ces planches avec une voile dessus. Angélique dort, elle est allongée devant la cabane de son frère sur une sorte de matelas de plage.

— Appelle-les, peut-être entendent-ils nous, lui dit Leith.

— Julien ! Julien, m'entends-tu ? C'est Ussa qui te parle.

Julien, surpris, jette en regard circulaire, mais en ne voyant personne, il demande :

— Où es-tu ? Je ne te vois pas.

— Il me semble avoir entendu sa voix, lui dit Leith, tu ne pourrais pas demander quelque chose à Angélique.

— Mais viens la demander toi-même, lui dit Ussa, elle sera contente d'entendre ta voix.

Quand Leith perçoit dans la boule qu'Angélique dort, il lui dit : Angélique, ne te réveilles pas tout de suite. J'ai quelque chose à te demander. M'écoutes bien et notes mes questions dès que tu te réveilles. La première chose est très simple ; dis-moi, utilisez-vous toujours les degrés de latitude et de longitude ? Si oui, comment est la terre divisée en degrés ? Deuxième chose, d'après ce que tu m'as lu, les plus hautes montagnes de notre pays sont toujours au-dessus le niveau de la mer. Peux-tu me chercher les cordonnées du plus haut montage qui devrait se situer au milieu de l'atlantique. La troisième chose, ce sont les cordonnées des colonnes de Héraclès, qui ne s'appelle certainement pas ainsi chez toi. C'est comme ça que nous appelons le détroit entre la péninsule Ibérique et l'Afrique. Une fois trouvée, rends-toi chez ta voyante, comme ça on pourrait bavarder un petit peu.

— Julien vite ! Apporte-moi un stylo et un bout de papier. C'est Leith qui me demande de vérifier des trucs et d'aller chez Monique pour lui donner la réponse, exclame Angélique.

— Mais, lui dit Julien, il t'entend et il te voit, tu peux lui dire bonjour quand même. Ah oui ! J'allais l'oublier, bonjour Ussa, grosse bise ma belle. Je te ne vois pas, mais tu sembles pouvoir nous voir. Tu es où ? Dans ciel ?

— Oui, au-dessus toi, lui dit Ussa.

— Grosse bise mon amour, dit Angélique, répondant à son copain atlante.

— Toi aussi Angélique, grosse bise, répond-il.

Julien et Angélique regardent, pendant qu'ils parlent à leurs amis atlantes, un peu incrédule dans ciel sans pour autant y voir quelque chose. C'est après un moment qu'Ussa leur dit : « Oui, c'est par ici, vous regardez dans la bonne direction maintenant. » Alice, arrivant sur les lieux avec sa planche, dit : « Tiens Angélique, j'ai entendu ton beau copain. Où est-il ? Je ne le vois pas ! » Ussa, bonne observatrice, les regarde un moment et pense pour elle-même : « Oh la la, Angélique est jalouse comme une tigresse et Alice aimerait bien lui piquer son copain. Ça promet ! » Et éteint l'appareil.

— J'ai faim et envie d'un thé ou un café avec du lait, dit Ussa, t'en veut aussi ? Je vais regarder ce qu'il y a dans ce placard.

— Placard ? Lui demande Leith.

— Oui ce petit coin là-bas, qui sert de cuisine. C'est à peine plus grand qu'un placard, tu ne trouves pas ?

— Bof ! Ce n'est pas un palace, juste un coin pour dépanner. La mienne n'est guère plus grande.

— Je nous prépare un petit-déjeuner. Je t'appellerai quand c'est prêt.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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On a flairé le danger.

Ajax et Jou-el se trouvent, après avoir quitté leur compagnie chez Abdubu et avoir fait le voyage jusqu'à la ville de Ozin, au “Au Bon Accueil” où ils attendent les techniciens et autres membres de la garde royale. Ils viennent de terminer un plat léger, car ils n'ont pas pu manger avant qu'ils partent en voyage. Ils sont accompagnés de deux prêtres du temple qui ont pris le soin de le fermer au public avec la mention : “Fermé pour entretien technique.” Les deux dignitaires religieux n'ont pas du tout compris pourquoi cette inspection soit nécessaire, ni pourquoi quelqu'un souhaitera connaître les propos et gestes des visiteurs. Pour eux c'est clair ; Ra a décidé de détruire le pays et la population, car devenu trop pêcheuse. Ils pensent qu'on n'échappe pas à son destin, inutile de paniquer, il fallait y penser plutôt et continuer de respecter l'ordre divin. C'est quand ils finirent leurs boissons que les personnes attendues viennent entrer et se mettent à leur table.

— Vous prenez quelque chose, leur demande Ajax.

— Oui, lui répond Laïos, la même chose que vous.

— Quel même chose, lui demande Jou-el, une bière, un pichet de vin ou un thé ?

— Non pas du thé, on prend une bière, lui dit Laïos, et continue : mais que cherchons-nous là-bas ?

— Il y a, semble-t-il, des équipements d'écoute installés par les sbires de Ra-Ta, et puis pour des raisons de sécurité du roi, il faut débrancher l'alimentation électrique et le mettre sur un générateur autonome. Vous avez pris un avec vous ?

— Ah ! C'était pour ça ! On n'avait pas compris pourquoi on devait prendre un avec nous.

— On y va maintenant ? Dit Ajax après avoir fini la tournée qu'il avait commandé et sans avoir oublié de faire le point sur les démarches à suivre.

En entrant dans l'ensemble du terrain entourant le temple, Laïos dit aux prêtres : « Regardez très bien autour de vous et signalez-nous tout ce qui vous parait in-habituel. » C'est un des prêtres, intrigué par une pierre d'allure bizarre, qui les appelle :

— Dit-moi, c'est normal ce truc-là ? Je ne l'ai pas vu auparavant.

— Non, ce n'est pas normal, lui répond Ajax, il faudra mieux voir cela de près. Vous pouvez-vous en occuper ? Dit-il à un des techniciens présents et continue en direction du temple sans attendre une réponse de sa part.

— Par où peut-on amener le générateur, demande un technicien, il est peut-être trop lourd pour le passer sur ces dalles de verre.

— Vous prenez la première à gauche et ensuite la deuxième, lui dit le prêtre, ainsi vous tombez sur une grille de service. On va là-bas pour vous l'ouvrir.

— Laïos, Midas, dit Ajax, vous pouvez accompagner monsieur le prêtre et faire un tour dans le jardin, car j'aperçois encore un de ces boîtiers, là-bas. Regardez, il y a sûrement des fils qui mènent dans le sous-sol du temple.

— Je viens avec vous pour inspecter le temple, lui demande Jou-el.

— Oui. On va d'abord inspecter la salle de contact et ensuite on continue dans les sous-sols et au local technique.

Après une inspection laborieuse, ils trouvaient une douzaine de points de prise de son et deux points de prise d'image, le tout relié à un boîtier dans le sous-sol. Ce boîtier se trouve connecté au système d'alimentation électrique en provenance directe de Poseidia. Le boîtier a été débranché et enlevé, puis l'alimentation électrique a été déconnectée du réseau et branché au dispositif autonome.

— Ça marche avec quoi cet engin, demande un des prêtres auxquelles on fait un petit stage de manipulation : comment le démarrer, l'arrêter et l'alimenter en carburant.

— C'est de l'huile, lui répond Jou-el, la plupart des bateaux en sont équipés. La majorité de ces machines viennent du pays des Saneids, ce sont eux qui ont inventé cette technologie. Il fonctionne toujours, partout, à condition d'y mettre de l'huile bien sûr, et ne dépend pas de la proximité d'une centrale énergétique.

— On peut rouvrir à présent, lui demande l'autre prêtre, il y a des gens à l'entrée qui veulent venir prier et parler à leurs ancêtres.

— Pour moi c'est bon, lui dit Ajax, que penses-tu Jou-el ?

— Pour moi aussi, on va finir à éliminer tous ces fils et après on rentre. Les techniciens peuvent s'occuper du reste. Ils ont nullement besoin de nous ni de vous. Je pense qu'on doit peut-être passer au palais pour informer le roi. Qu'en crois-tu Ajax ?

— Oui, c'est peut-être mieux de lui informer personnellement, mais il faut qu'on parte tout de suite. On ne peut pas se présenter trop tard là-bas. Puis continue en s'adressant au chef d'équipe des techniciens : « Il faut qu'on parte, vous pouvez vous en occuper tout seuls, n'est-ce pas. Déposez les équipements enlevés peut-être chez la police scientifique pour qu'ils les analysent. »

— Alors, Ajax, on y va ?

— Oui, c'est comme si on était déjà parti.

C'est en saluant les prêtres et les techniciens qu'ils partent en direction de leur voiture pour prendre le chemin de retour.


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Les deux Macs finissent leur journée comme d'habitude ; chez Abdubu. C'est là où ils attendent leurs amis à leur table habituelle en consommant leur première tournée de chopes. À la surprise générale, c'est Pénélope qui, in-habituellement tôt pour un après-midi ordinaire et le visage encore un peu pâle, vient d'entrer et s'assoit à leur table et exclame :

— La vache ! Vous aurez dû voir cette charcuterie !

— Quoi donc, lui dit Macdo, tu as encore pâle. Que t’arrive-t-il ? Qu'est-ce que t’as fait pour être si ému ?

— Eh bien ! Je viens du commissariat de police pour identifier des individus suspects, dont un à la morgue. Ils m'ont bien dit de ne pas y aller, mais j'ai insisté et ce n'est pas beau à voir.

— Ils ont chopé notre “client”, ou quoi ?

— Oui, répond-elle à Macdo, ils l'ont repêche au port de plaisance dans un état épouvantable. Une boucherie. Même s'il l'a bien mérité, ils auront pu l'épargner un peu. C'est tout juste qu'ils n'ont pas taillé en pièces.

— Ne fais pas de sentiments, s'il te plaît, lui dit Maci. Il a bien fait brûler deux adolescents vifs, a tué sauvagement un savant et d'autres j'en passe. Non pour moi c'est bien comme ça. Chez nous on l'aurait attaché à un poteau et laissé faire les corbeaux et autres oiseaux de proie.

— Mais c'est dégueulasse aussi, lui dit Pénélope.

— Qu'est-ce que tu aurais fait donc, lui demande Macdo.

— Sais pas ? Le laissé enfermé peut-être ? Dans une semaine il aurait fini noyé dans une cellule de prison.

— C'est ce qu'on va faire avec les autres, je pense, lui dit Maci, car ils ont chopé encore d'autres à ce qui paraît.

— Oui, c'est ça, lui répond Pénélope, j'ai dû les identifier. Ils en avaient quatre d'entre eux, mais je pense qu'il y a encore des individus très dangereux dans la nature. Une cliente à moi a perçu deux types que Jason, un confrère à Ajax, connaît et qui sont des parrains des Bezlebubs de la région.

— On ne peut pas les enfermer, ceux-là, lui demande Macdo.

— Je ne pense pas qu'ils ont suffisamment de preuves contre eux, lui répond Maci.

— Dit donc, leur dit Pénélope faisant le coq à l'âne, c'est quand est-ce que vous partez au nord.

— Demain, lui répond Macdo, on part à la fin de l'après-midi avec l'expresse de nuit. Comme ça nous serons chez nous après-demain au petit matin. Nos épouses nous attendront au bateau.

— Épouses ? Vous êtes mariés ? Tous les deux ? Leur demande Pénélope.

— Mais oui, lui répond Maci, qu'est-ce que tu crois. Nous ne sommes ici que pour le travail. Tu ne t'es jamais aperçu qu'on part parfois chez nous les fins de semaine.

— Oui, lui dit-elle, maintenant que tu le dis, je n'ai jamais fait attention, surtout que je suis souvent moi-même chez ma famille les fins de semaine. Mais tu connais le haras de mes parents, c'est à côté du domaine de la famille à Leith.

— Mais oui ! Bien sûr qu'on le connaît, lui répond Maci, on a fait des travaux chez vous. Tu t'en souviens plus ?

— Est-ce que tu bois quelque chose, demande Abdubu, venu vers leur table entre temps en s'adressant à Pénélope.

— Oui, lui répond-elle, un thé comme d'habitude.

— Il t'arrive à boire autre chose que ton Thé-Machin, lui demande Maci.

— Oui, bien sûr, ça dépend de l'heure de la journée.

C'est à ce moment-là que la porte de l'estaminet s'ouvre pour laisser passer Ajax et Jou-el, revenant de l'intervention au temple d'Ozin, qui se dirigent vers la table où les autres sont déjà assis et s'assoient également. Jou-el jette un journal sur la table où il figure un cliché d'un homme sauvagement mutilé à la Une. Le titre de l'article associé, lui aussi, est sans ambiguïté : « Enfin ! ». Dessous l'article figurent les clichés des personnes recherchées et lesquelles n'ont pas encore été trouvées. Abdubu qui attend qu'on lui commande des boissons, demande :

— Que prenez-vous ? Une bière, peut-être ?

— Oui c'est bon pour moi, lui répond Ajax.

— Un pichet de vin pour moi, lui dit Jou-el.

— Tu pars, demande Pénélope à Jou-el.

— Partir ? Où ça ?

— Tu ne rejoins pas le continent, lui demande-t-elle ?

Jou-el lui fait de grands yeux et n'a pas l'air comprendre de quoi qu'elle parle et demande encore une fois :

— Mais où veux-tu que je parte et pourquoi ?

— Mais d'après Leith et Amilius, tout sera fini ici dans une semaine, lui dit Pénélope. Les Macs partent demain à la fin de l'après-midi. Nous, mes cousins, quelques cousines, nièces et neveux, partons dans trois jours. Je ne sais pas encore où, mais on part.

— Mais, dit Macdo, on avait prévu que vous venez nous rejoindre, non ?

— Tu as encore beaucoup de travail à finir tout à l'heure, lui demande-t-elle ?

— Non ça va, pourquoi ?

— Comme ça tu pourrais faire un saut chez ma famille, ils sont déjà tous là. Tu les expliqueras, comment et où vous rejoindre. Je pense que ce sera le mieux si nous irons directement à l'endroit de vos terres. Mais dis-moi, avez-vous prévu de cacher vos bêtes pendant la tempête qui va suivre la collision de la comète avec la terre, car si mes souvenirs sont bons, la gauloise à Leith a dit qu'un déluge la suivra. Puis votre bateau, est-il grand ?

— C'est un ancien bateau militaire, lui dit Maci, assez robuste et assez de place pour hommes et bêtes. On a, en effet, bien prévu d'attendre la fin de la tempête, mais il se pourrait qu'on monte le tout aux hauteurs et de nous cacher dans les grottes qui s'y trouvent. Mais toi tu devrais partir plus tôt, ça fait trois jours de mer depuis ici avant d'arriver chez nous et tu vas te trouver en plein tempête. Puis, n'oubliez surtout pas prendre vos communicateurs personnels et mettez les en mode peer-to-peer33. Comme ça, on pourrait se causer et se repérer. Mais vous avez quoi comme bateau et où est-il ?

— Oh ! On a un bateau de pêche conçu pour supporter des tempêtes, il marche avec un engin des Saneids ou à la voile.

Jou-el qui avait écouté la conversation silencieusement ajoute :

— J'avais prévu de rejoindre Jason, le confrère à Ajax. Lui aussi, a un grand bateau, anciennement militaire, mais il est sur le lac. Il avait prévu de se mettre au milieu du lac et attendre là que la terre s'enfonce. Il lui suffit ensuite de partir.

— Tu pars où, lui demande Pénélope.

— On va suivre le vaisseau royal, mais il se peut qu'on aille vers le nord, comme vous.

— Si tu vas vers le nord, lance-nous un appel, on te dira où il faut aller.

— Toi, tu viens avec nous, n'est-ce pas Ajax, lui demande Pénélope.

— Oui, c'est que j'avais prévu, mais il se peut que je n'arrive pas à l'heure au port. Je partirai avec Jou-el dans ce cas-là.

Les amis discutent encore un moment de qui fait quoi et comment, puis les Macs donnent à tous ceux qui s'y intéressent les cordonnées du port aménagé dans un fjord de leurs terres. Ils disent y être à l'abri des tempêtes et qu'on n'y risque rien. C'est après que Ajax et Pénélope partent pour soi-disant prendre encore un verre chez elle et de sortir après. Ce qu'ils ne disent pas, c'est qu'ils comptent visiter les deux amis cachés au grenier de Amilius.


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Angélique, qui a encore appelé Leith quelques fois sans obtenir une réponse, en conclut qu'ils ont probablement éteint leur dispositif de communication. Elle commence à s'habiller et s'apprête à aller chez elle pour y chercher ce que son ami lui a demandé. Alice aimerait, elle aussi, venir avec Angélique chez Monique pour bavarder, mais elle n'ose plus le demander. Elle a commencé à comprendre, que cette fois c'est du sérieux pour Angélique et qu'elle n'a aucune intention de lui filer son amourette. Angélique prend son téléphone et essaie d'obtenir un rendez-vous avec Monique en lui expliquant la situation. Elle ferme le clapait de son téléphone et se retourne vers son frère et lui dit :

— Je viens te chercher d'ici une heure et demie ?

— Non, je n'ai pas le temps, lui dit son frère.

— Mais tu es salaud !

Son frère incrédule, la regarde, surpris par ses mots et sans comprendre sa réaction, lui demande :

— Salaud ? Tu me traites de salaud devant tout le monde à présent ? Qu'est-ce que je t'ai fait pour que tu me traites ainsi ?

— Pour Ussa, bien sûr ! Elle meurt d'envie de te voir et de te parler ! Elle sera terriblement déçue si tu ne viens pas. Tu n'as pas droit de la décevoir. Tu ne peux pas la mettre de côté pour quelques malheureuses planches à voile ! Tu crois que le roi de la cabane de plage ne peut laisser son royaume pendant une heure à quelqu'un d'autre pendant qu'il va voir sa princesse préférée ! Philippe ou Rodolphe peuvent très bien la garder pendant un moment. Tiens ils vientent par ici, demande-les donc !

— Oui, lui dit Alice, je trouve qu'elle a raison. Il faudra mieux que tu viennes avec nous.

Même si la petite phrase “avec nous” ait échappé à Julien, Angélique l'a bien enregistré, mais préfère ne rien dire en ce moment. Elle se sent déjà très nerveuse, tendue et, très inquiète pour son ami atlante, ne veut pas jeter de l'huile sur le feu.

— Alors, je vais à la maison pour chercher ces quelques combines que Leith m'a demandé et je reviens après.

Elle saute sur son vélo et va en direction du quartier où ils habitent. C'est Julien qui se retourne vers Alice et lui dit :

— Ce n'est peut-être pas une bonne idée de venir avec nous. As-tu vu comment Angélique a réagi quand tu as dit la petite phrase “avec nous”. Je trouve qu'Angélique a raison. Je ne veux pas que tu te sentes offensée, mais j'aimerais moi-même parler à Ussa seul avec Angélique. J'espère que tu le comprends.

— Désolé, lui répond Alice, je n'avais pas pensé. Mais, dit-moi, tu crois que c'est sérieux, cette fois. Elle réagit comme une tigresse chaque fois que je parle de son copain. Elle a peur que je le lui vole, ou quoi ?

— Oui, lui dit Julien, je la trouve changée ces dernières semaines depuis qu'elle se défonce pour lui. Figure-toi qu'elle a payé la moitié de la location du voilier. Elle est tellement convainque qu'on va les rencontrer qu'elle voulut absolument y aller, faisant le bonheur de mon père qui n'a plus navigué depuis des lustres.

— Moi aussi, je le trouve changée, lui dit Alice, c'est comme, si elle est devenue adulte.

— Alors, tu attends quoi, lui dit Julien.

— Attendre ? Quoi ? Tu parles de quoi maintenant, lui demande Alice étonnée.

— Eh bien ! Devenir adulte. Tu ne trouves pas qu'il faudra devenir un peu plus sérieux. Si tu continues comme maintenant, tu vas finir comme ta mère. Laisse tomber tes amourettes et cherches quelque chose de plus sérieux.

— Oui papa, lui dit Alice, tu parles comme mon père, il n'arrête pas de répéter la même chose.

Mais avant qu'elle ait encore pu dire quelque chose, c'est Rodolphe qui vient d'arriver et les salut :

— Salut la bande, que se passe-t-il, vous avez l'air tout sérieux. Vous vous ne disputez pas j'espère. Angélique, elle n'est pas là ?

— Non, lui répond Alice, elle a des choses à vérifier pour son copain. Tu sais, son ami atlante qui est presque aussi beau que Julien. Elle va sûrement revenir dans une heure, car elle et Julien vont chez Monique pour parler à leurs amours.

— Alors, répond Rodolphe, veux-tu que Philippe et moi gardons la baraque jusque tu reviens ?

— Merci beaucoup, ma soeur sera soulagée.

— Et surtout ta petite princesse, lui dit Alice, car c'est bien pour elle que tu vas chez Monique, n'est-ce pas ?

La bande commence à s'en occuper des quelques clients venus entre temps en attendant qu'Angélique revient. C'est après un moment que Julien reçoit un SMS de sa soeur qui lui dit de ne pas l'attendre et d'aller directement chez Monique.


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Quand Julien vient à l'adresse de Monique à l'heure prévue, il voit qu'Angélique n'est pas encore là, mais que Monique lui attend déjà et lui dit :

— Alors l'amoureux, tu fais attendre ta petite princesse ?

— Comment attendre, demande-t-il, je suis même avant l'heure ?

— Oh, ce n'est rien, lui répond Monique pendant qu'ils montent dans son appartement, ce sont eux qui sont venus me parler en premier. Ils, ou plutôt elle, ont bricolé un dispositif similaire au mien et m'ont contacté en premier, juste pour bavarder. J'ai entre temps réussi à les voir et il me semble qu'ils sont toujours cachés, mais dans un autre grenier cette fois.

— Tu as parlé de quoi avec eux ?

— Oh ! De tout et de rien. Ils ont surtout besoin d'être rassurés. Et puis, elle est tellement impatiente de te parler, elle t'aime vraiment. Son compagnon est toujours dans ses livres, il meuble son temps en continuant ses études. Ah ! J'entends la sonnette, ça doit-être Angélique.

— Salut la belle, lui dit Monique, entre, tes amis t'attendent déjà.

— Comment déjà ?

— Ils m'ont contacté il y a une demi heure, on a bavardé un petit peu de tout et rien. Tu sais, comme des ragots de quartier et autres.

— Salut mon amour, gosse bise, dit Leith à Angélique.

— Toi aussi, grosse bise Julien, dit Ussa, tu vas bien ?

C’est après cette introduction qu'Angélique préfère commencer avec le sujet pour lequel cette rencontre a lieu.

— Alors, mon amour, en ce qui concerne ta première question, la division de la terre ; elle est divisée en trois cent soixante degrés à l'Équateur, puis quatre-vingts au sud et au nord. Je parie que c'est pareil chez toi, n'est-ce pas ?

— Oui, c'est juste, lui dit Leith, mais je pense que vous n'avez certainement pas le méridien zéro au même endroit. Mais cela n'a aucune importance si tu me donnes les cordonnées des deux endroits que je t'ai demandés.

— Alors, m'écoutes bien, dit Angélique, la montagne s'appelle “Mont Pino34 ” et se trouve à 28 degrés 13 minutes Ouest et à 38 degrés 25 minutes Nord. Le détroit, que nous appelons “Détroit de Gibraltar”, se trouve 6 degrés 20 minutes Est et à 35 degrés 55 minutes Nord. Mais dit-moi comment peux-tu tout calculer avec ces seules deux informations ?

— Mais, lui répond Julien, c'est de la triangulation, tu as oublié tes leçons de math, ou quoi ?

C'est après quelques explications et l'étonnement des amis atlantes qu'on apprend les mêmes leçons aux filles et garçons, que la conversation devient plus intime. Les amoureux sont de plus en plus convaincues qu'ils vont se trouver en chair et en os, même s'ils ignorent tous les quatre comment.


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Pâris de Bel-Ra se trouve encore dans son bureau quand on lui annonce l'arrivée des détectives. Il n'est pas d'un très bonne humeur et a beaucoup de travail. La planification et la mise au point d'une évacuation ne s'improvise pas à la dernière minute. Il demande de faire entrer les deux détectives, qu'il connaît bien.

— Bonjour votre excellence, dit Ajax.

— Bonjour votre excellence, dit Jou-el.

— Bonjour messiers, laissez tomber vos “votre excellence” s'il vous plaît et asseyez-vous. Quelle bonne nouvelle me portez-vous ?

— Eh bien ! Sire, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne nouvelle. On vient du temple d'Ozin et il nous semble, d'après les premières investigations, que ce temple a bien été mis sur écoute. Nous avons trouvé une douzaine d'appareils à prise de son et deux prises d'image à l'intérieur du temple, dans la salle de communication et ailleurs. Toutes les personnes qui venaient y prier ou parler avec les anciens ont été enregistrées. C'est de cette façon qu'ils ont su qu'Ussa et Leith comptaient se rendre à la bibliothèque. C'est visiblement un acte des sbires de la BSI, le service secrèt de Ra-Ta, lui dit Jou-el.

Le roi ne dit rien, mais devient tout rouge et explose :

— Cet ignoble individu a osé s'attaquer à ma fille. Un acte dont ma femme ne s'est toujours pas remit. Je sais, même si c'est difficile à croire, de part de l'amie de Leith qu'ils sont vivants et en sécurité, mais ma femme ne le croit pas. Elle les croit morts. Elle se refuge dans la chambre d'Ussa et passe et repasse ses vêtements de petite fille dans les mains. Elle à beaucoup de peine voyez-vous !

— Je peux vous assurer, dit Ajax, et Jou-el en est témoin, qu'ils sont bien vivants et vous saluent bien.

— Comment ça, vous saviez où ils sont ?

— Oui sire, il n'y a que trois personnes qui le savent, ce sont nous deux et l'esthéticienne qui les a accueillis.

— Pourquoi de ne pas avoir dit quelque chose, lui répond le roi, n'ai-je pas droit de savoir que devient ma fille ?

— On a dû le promettre à votre fille elle-même, sire, lui dit Ajax, main sur le coeur. Elle craignait pour sa vie, celle de Leith et la vôtre, puis je crois qu'elle avait raison de croire cela. Vous avez vu le journal ? L'individu qui y figure était un des principaux suspects. C'était lui qui avait tout organisé. Quatre de ses proches collaborateurs sont aux mains de la police. On les laisse pour l'instant dans la prison, ils se noieront bien avec le pays. En ce qui concerne les autres, on les cherche, mais le risque que la population les trouve avant la police est très grand.

— Quand pouvez-vous m'emmener mes enfants ici, lui demande le roi ?

— Demain, ou après-demain au plus tard, lui répond Ajax.

— Bon, je vais le dire à Séléné, elle sera heureuse de le savoir. Pouvez-vous me tenir au courant personnellement ? Oh oui, avant que vous partiez, envoyez-moi mon secrétaire. Je vais convoquer une réunion extraordinaire des dix rois pour discuter des démarches à suivre.

— Vous allez partir à la ville de Sus pour cela, lui demande Jou-el, c'est quand-même un peu loin, ne croyez-vous pas.

— Non, lui répond le roi, pour une réunion informelle on est autorisé à utiliser un écran de communication. Un écran comme celui du temple d'Ozin, voyez-vous. Toutes les résidences royales en sont équipées. Je vais envoyer la convocation dès maintenant et ainsi on pourrait tenir la réunion demain.

— En ce qui concerne Ussa et Leith, leur dit le roi, vous me donnez les nouvelles aussi tôt que possible, n'est-ce pas ?

— Oui, lui dit Jou-el, bien sûr, mais il y a un mais. On a repéré les deux parrains des Bezlebubs ici dans la ville et nous craignons, comme le préfet le fait, qu'ils pouvaient essayer de prendre Ussa et ou Leith en otage pour extorquer un sauf-conduit pour le plan d'évacuation que vous êtes en train de faire en ce moment.

— Ne peut-on pas les enfermer par précaution, lui demande le roi ?

— Ce n'est peut-être pas très prudent sire, ils ne se doutent pas qu'ils sont surveillés par vos gardes. On a pu placer quelques-uns de vos agents parmi le personnel du palace où ils logent. Je crois si on les enferme, que les lieutenants vont prendre le relais et ça rend la situation encore plus dangereuse. Non il vaut mieux les surveiller. Ils ont d'ailleurs un repère non loin du temple et les prêtres sont d'accord de nous informer de tous leurs faits et gestes.

— Alors, bonne soirée, puis à demain si vous avez du nouveau.

— Vous aussi, sire, bonne soirée, lui dit Jou-el.

— Bonne soirée sire et bon courage à votre femme, lui dit Ajax, je saluerai Ussa et Leith de votre part, car je vais les voir tout à l'heure.

— Alors, salut-les bien de part de ma femme et de ma part, lui dit le roi.

Le roi se lève et les accompagne jusqu'à la grande porte d'entrée. En se retournant, il appelle son secrétaire de le suivre dans son bureau, car Pâris de Bel-Ra considère qu'il vaut mieux discuter des démarches à suivre concernant les événements qui auront lieu dans les quatre jours suivants. Surtout celui qui aura lieu dans quatre jours au petit matin.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Déjà parti !

Lejour est à peine levé quand Pénélope entend déjà la sonnette d'entrée. Elle n'a même pas commencé son petit-déjeuner et sort tout juste de la salle de bains. Quand elle descend ouvrir, surprise, elle voit qu'il y a Ajax avec un membre de la garde royale devant sa porte. Elle les salut et les demande :

— Eh les mecs, vous avez dormi devant ma porte ? Quel bon vent vous amène chez moi ?

— C'est pour nos deux amis, là-haut chez Amilius, lui répond Ajax. Tu crois qu'on peut les déranger ou faut-il attendre un petit peu.

— C'est encore un peu tôt, lui répond-elle, je crois savoir qu'Ussa ne se lève pas si tôt. Venez prendre le petit-déjeuner avec moi, je venais de m'installer. Comme ça j'ai un prétexte de ne pas manger debout dans la cuisine. Il paraît qu'il faut prendre son temps le matin et ne surtout pas se presser. Ce n'est pas bon pour le moral à ce qu'il paraît. Mais présente-moi ton copain. Il me semble que je l'ai déjà vu, mais je ne sais plus où.

— Alors, dit Ajax à Pénélope, je te présente Midas, il est membre de la garde royale. Tu as dû le voir l'autre jour dans le Salon du Thé du parc, mais je ne te l'ai pas présenté. Midas, continu-t-il en s'adressant à l'homme qui l'accompagne, je te présente Pénélope.

— Enchanté, dit-il.

— Enchanté, dit-elle et continue : vous montez avec moi, car je ne crois pas que vous pouvez aller chez eux en passant par la maison de Amilius. Je crois même qu'ils ont fermé l'accès au grenier depuis l'intérieur. Vous serez ainsi obligée de passer par les toits depuis mon grenier.

Arrivés chez elle au salon, elle installe son petit-déjeuner sur la table et y ajoute deux assiettes et les demande :

— Ajax, du café avec du lait chaud, je parie. Vous monsieur, vous désirez du thé ou, comme Ajax, du café ?

— Appelez-moi Midas et laisse tomber ce “monsieur”. J'aimerais du thé si vous en avez.

— Bien sûr que j'ai du thé, j'en bois moi-même. Pour le reste, pains grillés, beurre et confiture ?

— C'est bon pour moi, lui dit Ajax.

— Moi aussi, dit Midas.

— Prenez votre temps, je n'ai qu'une cliente dans une heure et demie. On a donc assez de temps pour manger et de faire un saut chez nos amis là-haut. Mais pourquoi voulez-vous aller les voir ?

— On croit que le danger s'éloigne, il est peut-être préférable, qu'ils, surtout Ussa, rentrent au palais. De plus, on voulait que Leith vienne avec nous à la bibliothèque pour voir quels documents qu'il faut absolument sauver et emporter avec nous lors le plan d'évacuation.

— Alors, c'est sérieux, demande-t-elle sans s'adresser à quelqu'un en particulier, on met en exécution un plan d'évacuation ?

— Oui, c'est cela, lui répond Midas, le roi travaille en ce moment avec d'autres rois et leurs services à la mise au point.

— Mais ce n'est pas trop dangereux pour Leith, demande-t-elle à Midas, revenant au sujet précédant.

— C'est justement là qu'on a besoin de toi, lui dit Ajax à la place de Midas, tu dois le transformer en ouvrier au service de la garde royale. Tu sais faire ça, non ?

— Pas de problème, je le ferai.


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C'est à peine qu'Ussa s'est levée, quand elle entend le bruit de la fenêtre du toit qui s'ouvre. Elle regarde par la porte entrouverte de la salle d'eau et voit que Ajax, Pénélope et un homme qu'elle connaît vaguement entrent. Elle dit à Leith qui est déjà debout depuis en moment :

— Hé, Leith. Sers-les quelque chose pendant que je m'habille.

— Ça va, dit Ajax, on vient de prendre un petit-déjeuner chez Pénélope. Ne te dérange pas Leith.

Mais Leith est déjà parti dans le placard, comme sa compagne appelle la cuisinette, et commence à préparer le petit-déjeuner.

— On n'a pas encore pris de petit-déjeuner, j'en fais pour nous et trois tasses de plus ne font pas de différence. Vous prenez quoi, monsieur, continue-t-il en s'adressant à Midas, c'est du thé pour Pénélope et du café avec du lait chaud pour Ajax, mais vous ? Café ou thé ?

— Un thé, lui dit Midas, je n'oserai pas demander autre chose, car vous avez à coup sur ni bière ni vin ici.

Ussa, ayant fini sa toilette entre temps, sort de la salle d'eau et les salue avant de s'asseoir avec eux à table.

— Alors, dit-elle, c'est une visite de politesse ?

— Oui et non, lui dit Ajax, on voulait voir si vous allez bien et si c'était convenable si vous allez vous rendre au palais aujourd'hui.

— OUI, dit elle, quand y va-t-on ?

— On vient vous chercher cet après-midi, mais, il y a un mais. On aimerait bien que Leith vienne avec nous. On va à la bibliothèque et il faut identifier des livres à emporter. C'est lui seul qui peut faire cela, il est le seul à les connaître.

— Mais ce n'est pas trop dangereux, demande Ussa ?

— Je vais lui déguiser en ouvrir de la garde royale, lui répond Pénélope.

Ussa regarde très anxieusement Leith et lui demande :

— Tu oses faire ça ? Pense à Angélique ! Moi je ne le ferai pas.

— Je suis sûr qu'elle le fera, lui dit Leith. C'est toi qui es et était visé, moi tout seul, je n'ai pas de valeur à leurs yeux.

— Mais, dit-elle, j'ai quand même peur pour toi Leith. Et ne me laisse pas seule ici, j'ai peur.

— Alors, lui dit Pénélope, viens chez moi, je suis toute la matinée à la boutique et à midi on peut manger ensemble. Qu'en penses-tu ?

— Alors, je viens avec vous, nos affaires, nous les récupérons plus tard.


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Séléné de Bel-Ra contemple la vue sur la rive gauche de l'Osuo, la rivière du même nom que la ville, et regrette de ne pas avoir une bonne vue sur le lac, car partiellement bouchée par les toits du parlement et le grand temple de la ville. Elle sait de part d'Ussa que même le petit studio de Leith a une meilleure vue que son appartement qui fait l'angle sud-est du palais. Elle est contente de revoir sa fille qui va venir cet après-midi. Séléné compte juste aller inspecter l'aile où se trouvent les chambres d'Ussa et Leith. Il vient, même s'il n'est pas membre de la famille royale, tellement souvent au palais visiter Ussa qu'il y a sa propre chambre. Soudainement Séléné entend son mari jurer comme un chiffonnier. Étonné, mais surtout indigné, elle descend au rez-de-chaussée où se trouve le bureau de son mari et lui demande :

— PÂRIS ! Je t'interdis de jurer ainsi ! Que se passe-t-il ?

Pâris de Bel-Ra, lui, très en colère, n'entend pas ou ne veut pas entendre ce que lui dit sa femme et continue :

— Le fumier ! Le salaud ! L'ordure. Tonnerre de Ra, l'emmerdeur nous a tous fait marcher. Il nous emmerde tous avec son service soi-disant secret et maintenant qu'on a besoin de tout le monde, il se barre. Pfft ! Comme ça.

— Mais, lui demande Séléne, tu parles de qui ?

— Mais de cet enfoiré de Ra-Ta bien sûr, lui répond Pâris sans se rendre compte que Séléné le tutoie, une chose qu'elle ne fait presque jamais. Qui d'autre ?

— Parti ? Comment parti ? Où ? Calme-toi un petit peu et explique-toi.

— Alors, quand je voulais réunir les dix rois pour discuter des événements à venir et mettre quelques points au clair, il s'avérait que ce monsieur avait déjà mis au point son propre plan d'évacuation. Tous les vaisseaux aériens civils et militaires ont été réquisitionnés par lui, pour servir lui-même et les nantis de l'état d’Alta. Il est parti lui-même il y a trois jours déjà, quand ça a commencé à barder chez lui. Et puis, à ce qui paraît, il sera parti avec tous les vaisseaux aériens capables de voyager dans l'espace en direction d'une planète de l'étoile Véga. C'est dégueulasse de laisser tomber les gens de cette façon là. On est là pour eux et non pas le contraire. C'est maintenant qu'ils ont besoin de nous.

— Les autres vaisseaux aériens, ceux qui n'ont pas l'aptitude d'aller dans l'espace, ils sont partis où alors.

— Ils évacuent les riches et des nantis vers les montagnes noires du pays de Om35 et chez les Dragons36 où ils croient être en sécurité.

— Alors, qu'est-ce que vous avez décidé ?

— Pour l'instant, nous avons désigné un prince volontaire qui veut bien essayer de prendre les choses en main et lui envoyer à Poseidia en tant que gouverneur. Les gens là-bas appartiennent pour la plupart au mouvement des Bélials et sont très matérialistes. Ils ont pour la plupart perdus foi en leur religion qui n'est pour eux plus un refuge. Ils craignent de ne pas être sur la liste d'évacuation et les premières échauffourées commencent à pointer le nez. Il faut chercher à les calmer un peu, car l'armée et la police ont vraiment autre chose à faire en ce moment que s'en occuper des révoltes.

— Ne faut-il pas mieux que ce prince soit de la même religion qu'eux ?

— Oui, effectivement ma chère, c'est ce qu'on a décidé. On a envoyé un prince de la même religion en tant que gouverneur.

— Avez-vous pu discuter quand même un peu et élaborer vos plans d'évacuation.

— Oui, ma chère, je suis content que les autres avaient également commencé à y penser et on pourrait à la première vue évacuer plus de monde que prévu. Il convient, par contre, à inciter les gens de se cordonner et de ne pas partir n'importe où et n'importe comment.

— Comment ça ?

— Eh bien ! Beaucoup ont leur propre bateau et autres vaisseaux et peuvent partir de leurs propres moyens. Ce qui faut prévoir c'est de la nourriture en conserves pour une très longue durée, de la semence pour ensemencer les sols à nouveau après le déluge et aussi de petits animaux tels que poules, chèvres et autres. Et puis, pour ne les pas oublier : outillages.

— On part où alors, tu as une idée, peut-être.

— Non, pas encore. Je pensais aller vers le nord. Vers les montagnes séparant la péninsule Ibérique et la Gaule. Mais il convient peut-être à attendre que le déluge finisse avant d'accoster.

— Tu crois que les bateaux seraient assez solides pour supporter du gros temps ?

— J'ai une petite idée. Je ne sais pas si tu te souviens de la chambre d'Angélique, car là il y avait au mur une image d'une sorte de double bateau. Il y avait deux coques reliés entre eux lui offrant une grande stabilité. Je pesais, même si je ne sais pas ce qu'ils en pensent mes ingénieurs navales, de relier mes bateaux de cette façon. Les grands bâtiments militaires à l'extérieur en tant que brise-lames et les plus fragiles à l'intérieur. D'après Angélique, la gauloise donc, il faudra prévoir plusieurs semaines de mer avant de pouvoir accoster en sécurité.

— Pourquoi donc ?

— Elle ne le sait pas exactement, car trop loin dans le passé pour elle. Son récit parle d'un déluge tel qu'il noiera toutes les terres n'épargnant que ceux qui vivaient en montagne. De plus, le niveau de la mer va, semble-t-il, monter de quatre cents pieds sur une centaine d'années. Nous devrons en tenir compte quand on construit des nouvelles cités.

— Pourquoi va-t-on pas là où vont les autres ?

— Sur le continent africain ? Comment veux-tu faire survivre autant de gens dans une région désertique ?

— Il y en a beaucoup de gens à évacuer ?

— Les textes sacrés avaient initialement prévu d'évacuer 144 000, mais si on ajoute tous ceux qui partent de leurs propres moyens, on obtiendront facilement le double. Mais n'oublie surtout pas que cela ne représente que demi pour-cent de la population. Aussi navrant que c'est, il n'y a pas d'issue pour ceux qui restent en arrière, le gros de la population donc. C'est pour cela que j’ai convoqué tous les chefs religieux pour demain-matin.

— Ça doit être assez pénible pour les familles appartenant au mouvement des Bélials, car si mes souvenirs sont bons, ils ne croient pas à la ré-naissance. Ils croient qu'ils ne vivent qu'une seule fois et qu'on rejoigne après soit le ciel, soit le monde des morts.

— Hélas oui. Mais pour l'instant, ce sont les hébreux à avoir mis au point un plan d'évacuation depuis assez longtemps.

— Eux ? Pourquoi donc ?

— Ils attendent, à ce qu'il paraît, un guide spirituel qui va naître au sein de leur communauté en Égypte. C'est pour cela qu'il partent tous là-bas en tant que travailleur immigré.

— Tu ne trouves pas qu'on devait parler de nouveau à l'amie de Leith.

— C'est ce que j'avais prévu pour demain, au début de l'après-midi. Tu viens avec ?

— Oui, bien sûr ! En espérant pouvoir dire bonjour à Julien, l'ami d'Ussa et pour ne pas l'oublier : Angélique. On lui doit beaucoup.

— Oui, c'est vrai. En plus, depuis qu'on fait la connaissance de cette fille avec sa spontanéité, on se tutoie.


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La famille Leblanc s'est levé tôt ce samedi, car ils, à l'exception d'Angélique qui tripote un vieil ordinateur portable qu'elle a emprunté à une copine, doivent faire leurs valises, charger la nourriture et autres ustensiles nécessaires pour un séjour en mer. La veille, Armand, le papa à Angélique et Julien, a été chercher le voilier à Cherbourg pour l'amener à Fécamp. La place doit en effet être libérée avant dix heures, onze au plus tard. Ce que Cécile, la maman, ne comprend pas, c'est qu'Angélique a voulu absolument prendre de la nourriture et de l’eau pour plusieurs semaines ou plusieurs personnes en plus. En ce qui concerne le carburant, le voilier a été livré avec les réservoirs pleins et doit être rendu ainsi. Cécile est en ce moment fâché contre Angélique qui, au lieu de charger des valises, tripote son ordinateur. C'est Julien qui est parvenu à calmer sa maman, car il sait que sa soeur prend tout ce qu'elle a collectionné de données avec elle. Il connaît sa soeur assez bien pour savoir qu'elle parvient à prévoir l'imprévisible. D'où l'étonnement de sa mère, qui est infirmière, quand Angélique lui eut demandé de prendre le maximum de matériel de secours avec. Son argument était tout simple : qu'il faudra bien être capable de soigner quelqu'un jusqu'à secours arrive, si par exemple un d'entre eux tombe et cogne la tête d'une telle façon qu'il reste dans le coma pendant une période prolongée.

— Angélique, qu'est-ce que tu fous, lui demande encore Cécile.

— J'ai besoin de mes documents et je ne peux pas prendre mon ordi. Je charge le tout sur ce vieux portable. J'y mets également des jeux, si jamais en risque de s'ennuyer.

— Tu pourrais nous aider quand même ! Ne trouves-tu pas ?

— Tout ce dont j'ai besoin est déjà dans la voiture et vous êtes trois à vous marcher sur les pieds. Reste cool maman, le bateau ne va pas couler pour dix minutes de retard et s'il y a d'autres pour prendre la place, ils attendront.

La route de Étretat à Fécamp n'est certainement pas long, mais quelqu'un doit les conduire au port, car impossible d'y laisser la voiture pendant les quinze jours qu'ils partent en mer. C'est Bernard Mercier, le papa de Alice, qui les conduit au port et ramène leur voiture à Étretat après. C'est également lui qui veille sur la maison pendant leur absence, un service qu'ils se rendent mutuellement pendant les vacances. Vider le pub de la boîte aux lettres, ouvrir les volets le matin, les refermer le soir et déplacer la voiture de temps à autre.

Charger le bateau, une fois arrivé à Fécamp, ne s'avère pas aussi facile que prévu, car le bateau se trouve un peu éloigné d'où ils ont pu garer leur voiture. Heureusement qu'il y a des chariots prévus pour transporter les bagages et autres choses jusqu'aux quais. L'installation prend moins de temps qu'on a pu imaginer initialement et Bernard a donc le temps pour visiter le bateau avant qu'ils aillent partir.

— Mais, dit-il, c'est assez grand, je croyais que tu voulais prendre un plus petit.

— Oui, lui répond Armand, c'est ce qu'on avait prévu, mais celui qu'on avait réservé avait une avarie et est en réparation. Du coup on a pu prendre un modèle plus grand pour le même prix. Celui-ci a quatre cabines et est prévu pour huit personnes à la place de six comme l'autre. De plus je crois qu'il a une plus grande autonomie en carburant, si jamais on manque du vent.

— Armand, lui dit Cécile, je vais vite acheter des magazines de mots croisés. Tu ne m'en veux pas j'espère ?

Angélique, qui a entre temps réussi à trouver comment brancher son ordinateur, l'allume et cherche un document qu'elle avait fait la veille. Elle l'ouvre et un ckeck-list apparaît sur l'écran. Ce sont elle et son frère qui commencent, sous les regards étonnés des adultes, à vérifier systématiquement tous les points de la liste, un à un.

— Tu parles de l'efficacité, leur dit Bernard, c'est bien signé Angélique, elle ne va jamais par demi-mesures. Personne d'entre nous n'a pensé de faire cela, car une fois en mer tu ne pourrais plus vite revenir en arrière pour chercher quelque chose.

— En effet, dit Armand, je crains qu'il n'y ait pas de boutiques flottantes sur le chemin.

— L'antenne satellite portable, demande Angélique à son père, il est où, puis fonctionne-t-il ?

— Il est là, lui dit-il, mais je ne l'ai pas essayé, branche le et regarde.

— La carte d'abonnement satellite, lui demande Angélique qui s'affaire à déballer l'antenne et de le brancher à la télé, c'est toi qui l'a, papa ? Sinon on ne pourrait que regarder des trucs gratuits et des bulletins météo.

— Non chérie, je l'ai pris avec moi. Tu imagines ta maman sans télé pendant deux semaines ?

— Tiens, dit Angélique, la voilà, il me semble qu'elle a acheté la boutique entièrement. Elle a pour au moins un mois de lecture avec elle. Elle ne risque pas de s'ennuyer.

— Tu hisses les voiles ici dans le port, lui demande Bernard.

— Non, lui répond Armand, on ne peut le faire qu'une fois dehors. Tu as vu comment c'est port ? Non on part en moteur et nous ne hisserons les voiles qu'une fois bien dehors. C'est une affaire d'hommes. N'est-ce pas Julien ?

— Tiens, dit Cécile revenue entre temps, tu connais ce vieux bonhomme là.

— Oui, répond Armand, on l'appelait “le capitaine” à l'époque. Il vient peut-être me dire bonjour. Ça fait des années, qu'on ne s'est pas vu.

— Salut vieux pote, dit-il, tu repars en mer, mais c'est bien. Ça me fait plaisir de te voir partir et avec la famille qui plus est. Tu pars où ? D'après que je te connais, tu vas faire un tour aux Açores avec eux. Non ?

— Oui c'est ça, lui répond Armand, mais je dois avouer que je le dois à ma fille. C'est elle qui nous a convaincu de faire ce voyage.

— Tu pars quand alors ?

— Maintenant. Notre ami Bernard Mercier, ici présent, nous a déposé et ramène la voiture à Étretat. Nous ne pouvons pas la laisser ici pendant deux semaines.

— Vous partez deux semaines ?

— Oui, il faut un peu cela pour cet aller-retour, je ne fais pas la course tu vois, juste une balade en famille.

Pendant que Bernard descend du bateau, “le capitaine” largue les amarres, que Julien ramasse. Armand, qui a déjà démarré le moteur, enclenche la marche arrière pendant les autres se saluent. Ceux restés au quai souhaitent aux marins de dimanche un bon vent. Les amis s'envoient les derniers saluts pendant que Armand pilote le voilier vers la sortie du port en direction de la Manche. Angélique sent un petit serrement au coeur quand elle voit la côte d'Albatre s'éloigner. « Les choses sérieuses commencent ! », dit-elle pour elle-même.

— Angélique, dit son papa, tiens la barre pour un moment pendant que nous hissons les voiles. Après on coupera le moteur. Tu peux garder le cap je pense ? Non ?

— Oui, capitaine, répond-t-elle avec un grand sourire en lui faisant un salut militaire.


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Leith, après que Pénélope lui a bien barbouillé, comme elle le dit, et transformé en ouvrir, a joint en compagnie de Midas une équipe de nettoyage chargé à débarrasser l'entre-sol de la bibliothèque. Ce sont eux qui prennent en charge l'évaluation des dégâts et éventuellement d'en sortir ces oeuvres qui peuvent encore être sauvés. Parmi les autres ouvriers se trouvent des agents de la police scientifique, qui ont d'habitude de travailler dans des conditions pareilles. Ils ont reçu en charge la tâche de mettre de côté tous les éléments de preuve, même si un procès n'est plus dans les probabilités. Pour la simple raison que le suspect numéro un a été repêché du port de plaisance et qu'un procès ne peut pas avoir lieu que dans quelques semaines. Or, les policiers présents savent tout ce qui va arriver dans quatre jours au petit matin, car mis au courant pour des différentes raisons. Pour les autres ouvriers, il s'agisse simplement d'un nettoyage comme un autre.

— Ulysse, avez-vous les clefs du sous-sol avec vous? Demande Midas à Leith qui a toujours les clefs sur lui.

— Oui, je vais vous l'ouvrir.

Après quelques tentatives infructueuses à ouvrir cette porte, car apparemment bloquée de l'intérieur, ils parviennent à l'ouvrir. C'est Leith, travaillant sous le faux nom de Ulysse, qui fait signe à Midas de refermer la porte.

— Tu as des dessins de suspects sur toi, lui demande Leith ?

— Pourquoi donc ?

— Mais, as-tu bien regardé ? Il y a parmi les ouvriers deux types qui figurent sur tes dessins. Regarde bien ! Tu verras !

— Que fait-on ?

— Contacte peut-être Ajax. On devait les suivre et voir où ils ont leur nid.

— Ce n'est pas bête comme idée, j'avais l'intention de les faire arrêter, mais il faut effectivement mieux les suivre et laisser faire la population.

Midas prend son communicateur et prend contact avec Ajax et lui explique la situation. Ajax juge qu'il faut effectivement mieux les suivre pour savoir où ils logent et surveiller cet endroit ensuite pour voir s'il y en a d'autres dans la nature. Après avoir terminé la communication avec Ajax, Midas prend contact avec Laïos et lui communique les zozos à suivre, mais de ne pas prendre action dans l'immédiat. Il lui dit que ce sera mieux qu'il contacte Ajax d'abord. Leith, ne faisant pas trop attention à la conversation, commence à faire le tour du sous-sol pour inspecter les oeuvres qui y sont entreposées. Il constate, en prenant un par ci par là, que, malgré de la saleté épouvantable, la plupart des oeuvres ont bien résisté à la fumée. Les dégâts d'eau sont aussi limités, car il semble que l'eau des lances s'est écoulée dans le même labyrinthe qu'ils ont pris le jour de l'incendie.

— Eh ! Midas, tu ne pourrais pas demander au transporteur de se garer devant l'escalier de secours ? On pourrait charger les livres plus vite. On n'aurait pas besoin de faire le tour dans l'entre-sol et l'entrée de la bibliothèque.

— Je m'en occupe. Y a-t-il autre chose ?

— Oui, il faudra peut-être mieux faire travailler ces deux suspects ici pendant que moi je fais l'inventaire de ce qu'il reste à l'entre-sol, qu'en penses-tu ?

— Je le voulais justement te proposer.

Leith a commencé entre temps à faire le tour des étagères contenant les précieux rouleaux sacrés. Il constate que l'idée de les mettre dans des tubes en carton s'avère inestimable. Ces tubes ont relativement bien résisté et la totalité des textes sacrés ont été épargnés. L'étagère à côté contient des vieux livres en reliure de cuir qui ont visiblement souffert et nécessitent un bon nettoyage.

— Alors, dit Leith, tu peux commencer à faire évacuer cette rangée de rouleaux, ils n'ont pas souffert et peuvent être entreposés dans l'état qu'ils sont. Les livres de cette rangée-là, doivent être transportés à un endroit de nettoyage. Le papier n'a pas souffert, mais les livres se trouvent dans un état épouvantable.

— Je commence toute de suite, ou faut-il faire autre chose d'abord ?

— Non viens m'aider par ici, ces livres ne sont peut-être pas aussi précieux que les autres, mais ils ont eu des dégâts d'eau et nécessitent une réparation. Il faut les mettre avec beaucoup de précautions de côté et il sera peut-être mieux de les transporter à part.

— Mais dit-moi, par où êtes-vous sorti d'ici. Je ne vois aucun trappe, ni autre moyen de sortir de ce sous-sol autre que la porte de secours.

— Par là, dans cette armoire s'ouvre une trappe si on y applique une manipulation spécifique. C'est Angélique qui l'a su comment, mais je ne me rappelle plus exactement la manipulation à faire. Puis, dans le dédale là-dessous, tu t'y perds à coup sûr. J'ignore comment elle est parvenue à s'y trouver, et puis je crois qu'elle ne le sait pas elle-même. Alors, si tu pouvais aller chercher nos zozos pour faire le boulot, je sors par la porte de secours et si tu m'ouvres l'autre, je pourrais entrer dans l'entre-sol sans que ces types me voient.

Une fois arrivée dans l'entre-sol, Leith commence le travail pour lequel il est venu. Il constate qu'ils restent, même si les la plupart des oeuvres ont brûlé presque entièrement, des exemplaires dont seul la couverture ou la reliure a brûlé par ci par là. C'est un des agents de police scientifique qui lui explique pourquoi. Le travail prend beaucoup de précaution et il ne remarque pas que l'heure du repas est très vire arrivé.

— Alors, monsieur Ulysse, lui dit Midas, vous venez manger avec moi chez Pénélope, l'esthéticienne, elle nous a invité à venir manger chez elle.

— Oui je viens, lui répond Leith, on peut reprendre le travail cet après-midi, n'est-ce pas ?


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Les celtes partent, eux aussi.

Comme convenu, Leith et Midas descendent à midi la rue commerciale, passent devant l'estaminet de Abdubu et entrent dans le salon de Pénélope qui les attend pour débarbouiller Leith. Midas monte l'escalier menant vers l'appartement de Pénélope et voit qu'Ussa s'affaire à mettre la table pour le dîner. Midas, très étonné de la voir occupée ainsi, lui demande :

— Eh ! La belle, c'est vous qui fait à manger à présent ?

— Mais oui, pourquoi pas ? Je sais faire la cuisine voyez-vous. J'aime bien m'occuper des tâches manuelles, la cuisine, coudre, bricolage, dessins et même peinture. J'ignore si vous l'avez remarqué, mais je sais habile de mes mains.

— Oui, je sais. Déjà au palais aucune serrure était sûre pour vous, si on avait perdu les clefs, il fallait appeler Ussa. Qui a vous appris cela ?

— Oh ! Pour les serrures ? Un vieil homme à tout faire quand j'étais encore une petite fille très curieuse. C'est lui qui m'a donné le ver du bricolage.

Pénélope qui a fini à démaquiller Leith entre temps monte accompagnée de lui l'escalier vers son appartement et lance à Midas :

— Notre Ussa se défend comme une grande en cuisine, tu ne trouves pas ? Je ne m'attendais pas à ce qu'elle est capable de faire. De plus, elle a eu le temps de me réparer deux serrures de placards qui fermaient mal. Mais, continue-t-elle en s'adressant à Ussa : qui t'appris à faire la cuisine comme ça. Tu connais non pas plus que moi, mais tu le fais comme un vrai chef.

— Notre cuisinière personnelle, lui répond-elle. Je lui assistais souvent, contre l'avis de ma mère qui trouvait que ce n'est pas une tâche pour une princesse héritière, dans notre cuisine de l'appartement. On a une cuisine à part pour nous tu vois. Même si on prend la plupart du temps les repas préparés par la cuisine du palais, on a une cuisinière personnelle pour préparer nos repas séparément. C'est elle qui m'appris à cuisinier. J'ai heureusement une bonne mémoire pour les recettes et je n'ai pas besoin de les noter.

— Je vous prépare des boissons, demande Pénélope. Y a-t-il quelqu'un qui prend un apéritif ? Ussa, toi tu prends un vin cuit je crois ? Non ? Leith, je ne te demande pas, je sais que tu ne bois pas de l'alcool si tu travailles après. Midas, un vin cuit également ?

— Oui, ça va, lui répond Midas.

— Oui, un vin cuit, ajoute Ussa.

Pendant le repas, les deux hommes narrent leur matinée, les dégâts d'eau, les livres couverts de saletés, les rouleaux sacrés restés intactes dans leurs tubes en carton, les livres miraculeusement échappés aux flammes, les deux suspects parmi les ouvriers faisant frissonner Ussa qui craigne pour la vie de son ami, et autres. C'est surtout Leith qui est content que les dégâts en sous-sol s'avèrent être moins grave qu'on avait imaginé.

— Ton père va prendre tous ces livres avec lui pendant l'évacuation, demande Pénélope à Ussa ?

— Je ne sais pas, demande-le à Leith, lui répond-elle. Il est certainement mieux renseigné que moi.

— Personnellement, dit Leith, j'ai pensé aux sous-sols du temple d'Ozin. Il est construit sur du basalte, lui très résistant. Tous ce qui est important et fait référence à notre société actuelle, peut y être entreposé pendant des millénaires. Le seul problème qu'il reste à résoudre est l'étanchéité des caisses, car, si je dois croire les renseignements d'Angélique, la zone où on vit va se trouver à des dizaines de milliers de pieds sous l'eau. J'avais pensé à remplir les caisses d'une liquide conservateur, de sorte que l'eau de mer ne peut pas y pénétrer. Une comme celle qu'on utilise pour réparer et conserver des vieux livres.

C'est alors que les discussions se portent sur les événements à venir et pourquoi de ne pas cacher les livres en surface. Leith est d'avis qu'il vaut mieux les cacher à un endroit sûr jusqu'à une nouvelle société soit à nouveau capable d'apprécier les anciens textes d'une autre société sans vouloir les détruire.


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Assen-Ni, en chemin au bureau après avoir pris son dîner chez lui, décide de changer son programme de l'après-midi et ne va pas, comme d'habitude, directement à la préfecture, mais entre d'abord au bureau de police où il demande à l'homme à l'accueil d'avertir Ax-Tell. Le chef de police, déjà présent, ne s'étonne pas, car il attendait une convocation de sa part.

— Bonjour monsieur le préfet, dit-il quand Assen-Ni entre dans son bureau.

— Bonjour monsieur, vous avez peut-être deviné que j'allais vous voir, n'est-ce pas ?

— Non monsieur, je m'attendais à une convocation de votre part. C'est au sujet des individus qu'on a trouvés, que vous êtes venu me voir si je ne me trompe pas.

— Vous en êtes où, en ce moment ?

— Pour commencer, je n'ai pas besoin de vous présenter le suspect numéro un. On l'a tout vu à la Une des journaux. Il a formellement été identifié par trois personnes au moins, dont une l'a vue sortir de la bibliothèque par l'escalier de secours, juste avant l'incendie. Nous avons quatre autres, identifiés eux aussi, en garde à vue, dont on attend les résultats des recherches de la police scientifique en matière de traces et des communications fait au même numéro à Poseidia.

— Même numéro vous dites ?

— Oui, on soupçonne que ce soit un numéro de la BSI.

— Sait-on si le suspect numéro un a fait des communications à ce numéro ?

— Oui, c'est ça. Il a fait la plupart de ses communications à l'estaminet “Les Jardines” tenu par un perse au nom de Abdubu. Là aussi, il a contacté le même numéro que les autres. Il s'agit donc bien des agents de la BSI.

— Qu'est-ce qu'on va faire d'eux maintenant ? Un procès ?

— Officiellement, oui. On les a mis en examen et on a dit que leur instruction judiciaire va commencer le vingt de ce mois.

— Mais c'est après la date fatal, on les a en réalité condamnée à une mort par noyade. Savent-ils ce qui va arriver ?

— Je ne sais pas. Probablement. Mais ce n'est pas sûr qu'ils savent la date exacte, car je crois savoir que même au sein de la BSI, le nombre de gens connaissant la date est restreint.

— C'est le cas chez nous je crois, dit le préfet. La plupart de la population ignore l'ampleur et la date de la catastrophe. C'est peut-être mieux ainsi. Puis je crois que seulement une toute petite partie, la princesse Ussa, ses parents et ses amis, connaissent les détails. Maître Amilius n'a pas eu le temps de les communiquer aux autres ou à la presse.

— On sait où est-elle ? Parce que les agents de la police scientifique sont formels, les os trouvés ne sont en aucun cas ceux des deux jeunes.

— Ce sont les deux détectives travaillant pour le roi qui sont au courant et personne d'autre. C'est mieux ainsi, comme ça ils sont en sécurité. Personne ne l'aurait l'idée à chercher des personnes supposées mortes. Ce qui est intéressant, c'est que Ajax a identifié deux autres agents de la BSI qui travaillent en ce moment comme ouvrier aux sous-sols de la bibliothèque.

— Dois-je, lui demande Ax-Tell, les interpeller ?

— Non, lui dit le préfet, vous allez mettre quelques agents en civil à disposition de la garde royale. Ils veulent surveiller leur nid pour savoir s'il y en a d'autres dans la nature. La démarche est intéressante, car on peut de cette façon savoir où ils se rendent et interpeller le tout d'ici deux jours.

— Et leur offrir un simple cours en direction du royaume de Ra, n'est-ce pas ?

— Non, je pensais plutôt à celui de Hadés.


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Pénélope, qui a fini de maquiller Leith de nouveau, lui demande :

— Tu viens ce soir chez Abdubu ?

— Non, lui dit Leith, probablement pas. Je suis sûr que la maman d'Ussa sera très déçue si je ne viens pas avec elle ce soir. Je suis navré pour les deux Macs, ils sont très sympathiques, mais je crois qu'ils ignorent encore qu'on ne soit pas morts. Mais tu peux leur dire au-revoir de ma part, n'est-ce pas ?

— Oui, je crois que c'est mieux. Je les dirai bonjour et bon voyage de ta part, ils comprendront. C'est effectivement mieux de rester avec ta belle compagne et ses parents, car ils n'ignorent pas qu'il ne reste que quelques jours de répit avant le grand événement.

— Mais, dit-moi, lui demande Leith, les Macs, ils partent assez tôt, non ? Je croyais qu'ils partaient à la fin de l'après-midi ?

— Oui c'est ça, lui répond Pénélope, je me suis gouré quand je te disais ce soir, car ils payent une tournée générale vers quinze heures. Ce sera sympa si tu peux venir. Tu viens ? Finis ton travail un peu plus tôt, ceux qui sont là-bas peuvent très bien se débrouiller sans toi. Alors, viens vers deux heures et demie ou trois heures moins quart chez moi et je te démaquille.

— Hé Midas, lance Leith à son compagnon de travail, nos deux zozos, reviennent-ils cet après-midi ? Si oui, il faudra les faire travailler pour nettoyer l'entre-sol, comme ça je pourrais finir les classements des livres en sous-sol. Qu’en penses-tu ?

— Oui, en effet, car si je te comprends bien, tu voudrais partir plus tôt n'est-ce pas ?

— C'est ça. Je n'ai plus que pour une petite heure de classements à faire et ensuite c'est le travail aux vrais ouvriers. Ussa, dit-il en s'adressant à sa compagne, tu peux peut-être chercher le Biovox au grenier avant que les gardes viennent te chercher. Il y a des cartons pou mettre le matériel et je suis sûr que Pénélope te donne un coup de main, n'est-ce pas Pénélope ?

— Mais, dit Pénélope, que comptes-tu faire avec ce bricolage. Il te sert à quoi ?

— Mais, lui dit Ussa, c'est clair, on aimerait bavarder un petit peu avec Angélique et Julien.

— Ah oui, je l'avais oublié, lui répond Pénélope, alors on va chercher ce machin avant l'arrivée des gardes ?

— Alors, Pénélope, lui dit Leith, tout à l'heure. Et en s'adressant à Ussa : à ce soir ma belle et dit déjà bonjour à tes parents de ma part.

C'est en route que Leith constate que Pénélope a fait un bon travail, car beaucoup de gens qu'il connaisse bien le saluent en disant : « Bonjour monsieur. » Arrivé à la bibliothèque, Midas envoie d'abord les deux agents de la BSI travailler à l'entre-sol et fait signe à Leith qu'il peut entrer par la sorti de secours. C'est en travaillant que Midas remarque l'absence de certains livres et demande à Leith après avoir vérifié que la porte est bien fermée et en désignant des places vides dans les rayons :

— Sais-tu où sont passés ces livres ?

— Ah oui, j'allais les oublier. Il faut faire le tour chez Amilius. Lui a aussi des choses très importantes qu'il faut entreposer en lieu sûr. Tu pourrais demander Laïos de venir avec l'équipe qui vient chercher Ussa et sécuriser le bureau de Amilius ? J'y ferai un saut avant de passer chez Pénélope tout à l'heure.

— Pourquoi donc ?

— Parce que c'est moi qui a pris ces livres quand on s'est enfui le soir de l'incendie. Puis il y a certains livres chez lui qui sont des copies ou des duplicata que je veux prendre avec moi. On ne sait jamais. Si ce voyage vers le royaume d'Angélique ce fait vraiment, je risquerai d'en avoir besoin.

— Tu y crois vraiment ?

— Oui tous les quatre.

— Quatre ?

— Oui bien sûr, Ussa, Julien, son amour, Angélique et moi.

— Tu comptes voyager comment ? Avec quoi ? Jusqu'à présent aucun de nos scientifiques n'ont pas pu trouver comment voyager dans le temps.

— Oui et non, lui dit Leith. Il ne faut cependant pas perdre de vu ce qu'il est apparu dans les journaux il y a quelques années. Tu te souviens de ce type qui a vu sombrer le port de Amaki dans la mer.

— Oui, lui dit Midas, je m'en souviens. Tu crois qu'il a fait un aller-retour de quelques années dans le futur.

— Oui, c'est ça. J'ai vérifié des anciens récits et archives à ce sujet et il y en a eu d'autres. Ce qu'il est curieux, qu'ils ont tout eu lieu aux mêmes endroits : la proximité du port de Amaki et au beau milieu du lac. Je ne sais pas si t'en souviens, mais il y a eu des bateaux qui ont disparu. Comme par magie.

Pendant qu'ils bavardent encore un moment, ils continuent à y travailler jusqu'au moment qu'il est temps pour Leith de se rendre chez Pénélope en passant par le bureau de Amilius.


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Pénélope, qui vient de finir sa dernière cliente de la journée, voit que Leith vient, toujours déguisé en ouvrier, dans sa direction pour se faire débarbouiller. Elle lui fait signe de s'asseoir pendant qu'elle accompagne sa cliente vers la porte qui lui demande un peu étonné :

— Vous coiffez des hommes à présent ?

— Juste des amis, je n'en fais pas une habitude, mais ça m'arrive de coiffer mes amis. Bonne journée madame et à la prochaine fois, lui dit-elle, même si elles savent tous les deux qu'il n'y aurait pas de prochaine fois.

Laïos, qui ne connaît Leith que vaguement, revient de l'étage avec Ussa et salut Leith :

— Bonjour monsieur, on se connaît ?

Ussa qui se retient toute juste pour ne pas pouffer de rire dit à son compagnon :

— Salut Leith, ça me fait rire de te voir ainsi. On te prend pour un ouvrir si on ne le sait pas. Pénélope a fait un bon travail de maquillage, c'est vraiment réussi.

Laïos, qui regarde les deux d'un oeil interrogatif, ne reconnaît toujours pas Leith et cherche dans ses souvenirs où il a pu voir cet homme. Son trouble est complet quand Leith salut Ussa et le tutoie en plus. Il lui semble bien, qu'il connaît la voix, mais ne sait toujours pas où la mettre. Tout à coup son visage s'éclaire et dit :

— Mais oui, j'y suis. Tu es Leith, le compagnon d'Ussa. Mais c'est qui, qui tu as maquillé de cette façon ? On ne te reconnaît pas du tout.

— C'est Pénélope, lui répond Ussa et continue en s'adressant à Leith : tu dois peut-être garder le maquillage pendant que tu finisses avec le demeure à Amilius. On doit passer par les toits pour ouvrir la porte du grenier, car elle est toujours fermée de l'intérieur.

— Eh, Ussa ! On devrait prendre le Biovox trafiqué avec nous au palais, on pourrait s'en servir ce soir.

— Oui Leith, c'est ce qu'on avait prévu.

— Comment vas-tu au palais ? Lui demande Pénélope, tu ne vas pas à pied, j'espère. Ce sera trop voyant.

— Elle s'installera dans la voiture du transporteur qui est garé devant la maison du maître pendant que nous allons déménager les livres les plus importants, lui répond Laïos. Ensuite ils reviennent demain ou après-demain pour chercher le reste. On a mis la plupart des individus dangereux à garde à vue. Entre temps on va, avec la bénédiction de Leith, utiliser le bureau du maître en tant que bureau de la garde royale pour pouvoir organiser l'évacuation.

— Alors ? On y va ? Demande Ussa et continue en s'adressant à Leith : tu viens plus tard me rejoindre au palais, n'est-ce pas.

— Oui, dit Pénélope, répondant à la place de Leith, on va tous accompagner les Macs à la gare et Leith peut te rejoindre après.


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Quand Macdo et Maci voient entrer Pénéope accompagné de Leith dans l'arrière salle, qu'ils avaient réservée pour l'occasion, ils exclament en choeur :

— Mais, on te croyait mort. Voilà le retour d'une mort-vivant.

— Bonjour à tous, vous allez bien ?

— Nous ? Oui ! Tu t'étais caché où avec ta princesse ? Demande Macdo.

C'est ainsi que Leith leur narre leur mésaventure de la bibliothèque. L'incendie, la porte de secours bloquée, l'apparence d'Angélique qui leur a permis de sortir du sous-sol par des couloirs existants sous la ville, la trappe dans une armoire à Pénélope et les jours passés au grenier.

— Oui, lui répond Maci, nous avons participé aux travaux, quand le maître a fait aménager son grenier.

Abdubu, venu dans l'arrière salle entre temps pour savoir si les invités désirent quelque chose, est soulagé de voir Leith vivant. Il leur demande néanmoins ce qu'ils désirent :

— Buvez quelque chose ? Un peu d'amuse-gueule peut-être ?

— T'en as, lui demande Macdo ?

— Oui, j'en avais préparé. Je savais que vous allez donner une petite fête. Y a-t-il encore beaucoup de monde qui va venir ?

— On attend encore Ajax, Jason, Jou-el, Midas et Laïos. Et puis, si tu vois d'autres qu'on aurait oubliés, envoie-les également. Mais dit-moi Abdubu, tu ne pars pas ?

— Partir ? Où ça ? Non, je fais comme la plupart des gens ici, je donne mon destin aux mains du seigneur. À lui de voir ce qu'il veut faire de moi. Je suis seul et je n'ai plus de famille, ni ici ni chez moi. Je verrais ce qui arrive. Le roi a besoin des gens capables de construire une nouvelle société. Un gérant d'un estaminet n'est sûrement pas une priorité et c'est tout ce que je sais faire. Je ne suis pas, dit-il en s'adressant aux deux Macs, un touche-à-tout comme vous deux.

— Et toi Leith ? Tu pars où, lui demande Maci.

— Oh, je vais sûrement rejoindre le vaisseau royal avec Ussa, même si on croit tous les quatre qu'on va se voir en chair et en os. D'après Angélique, c'est nous deux qui vont finir chez eux et non pas l'inverse. Mais pour te dire si cela se fait vraiment et si oui, comment, ça reste un mystère.

— Tu y crois dur comme fer, n'est-ce pas, lui dit Pénélope ?

— Oui, lui répond Leith, tout ce que je sais, c'est que, d’après Angélique, toi qui joue un rôle très important la dedans sans qu'elle puisse dire pourquoi.

— Moi ? Pourquoi moi ? Je vais rejoindre mes deux copains ici présents dans deux jours. Tu pourrais venir avec nous si jamais tu ne réussisses pas à rejoindre Ussa et ses parents. On a assez de place sur le bateau tu sais. Un de plus ou en moins.

— Mais amène Abdubu avec, dit Macdo, si Leith s'en va avec Ussa.

Abdubu qui revient entre temps mettre quelques boissons dont il sait que tout le monde en consomme, demande :

— Y a-t-il des personnes qui boivent autre chose ?

— Oui, dit Pénélope, un vin cuit, s'il te plaît.

— QUOI, dit Ajax, qui vient à entrer entre temps, tu bois autre chose que ton Thé-Machin ?

— Mais oui, répond-elle, j'ai fini ma journée et on fête le départ de nos amis. Je ne veux pas rester à boire du thé pendant vous vous amusez. Mais dit-moi, où sont-ils les autres ? Ils ne viennent pas ?

— Mais si, dit Ajax, ils sont encore au palais à déballer de la marchandise et trier ce qui doit être transporté au temple d'Ozin, et puis Jason doit venir de l’autre côté du lac.

— Temple d'Ozin, lui demande Maci, pourquoi là-bas ?

— Je ne sais pas exactement, mais c'est Leith qui a eu l'idée d'y cacher tout dans les sous-terrains du temple construits par les anciens.

— Oui c'est ça, dit Leith, c'est du basalte là-bas, la région est stable et peut supporter les grands tremblements de terre de sorte que les objets qui y sont entreposés restent à l'abri. La seule chose qu'il reste à faire est d'enfermer le tout dans les caisses étanches remplis d'une liquide conservateur pour les protéger.

— Ne vaut-il pas mieux les transporter au continent, lui demande Maci ?

— Ça a déjà été fait il y a quelques années par des scientifiques. De plus, au temps d'Angélique ses caches n'ont pas encore été découvertes ; ce qui est peut-être mieux.

— Comment ça ? Pourquoi cacher le savoir et des textes anciens, lui demande Maci.

— Mais, lui répond Macdo à la place de Leith, pas toutes les religions respectent la sagesse des autres. Il est même probable qu'ils y en ont qui imposent leur point de vue par les armes, comme Ra-Ta le fait.

— L'a fait, ajoute Pénélope, il est, à ce qui paraît, parti vers une étoile où une base scientifique existe. Mais, continue-t-elle en s'adressant aux deux amis partant, vous êtes les seuls à partir ou a-t-il d'autres qui vont avec vous ?

Les discussions qui suivent portent d'abord sur l'organisation, le lieu et autres détails de leur fuite, mais elle dérive vite sur d'autres sujets. Entre autres le voyage tant attendu de Leith et Ussa, ce qui intrigue manifestement Pénélope, car elle ne cache pas son désir à venir avec eux. Mais aussi les événements à venir et les éventuelles conséquences, car personne ose s'imaginer que le pays va sombrer entièrement. Le moment venu, tout le monde se lève et partent en direction de la gare. Chacun prend une part de bagage des deux amis en charge, car il y en a. Arrivés sur la place devant la gare, Leith les tape sur l'épaule et désigne une fenêtre du palais où Ussa les salut. Arrivés au quai, ils aident les Macs à s’installer et les font un dernier salut quand le chef de gare siffle le départ. Les Macs lancent alors un dernier mot à Pénélope, en voyant qu'elle s'essuie ses yeux avec un mouchoir, avant le train se met en branle :

— Alors, Pénélope, tu viens n'est-ce pas ? On t'attend sur le continent !

— J'espère, dit elle, mais j'ai, comme Leith, un étrange pressentiment qui ne me quitte pas, que je vais ailleurs, peut-être même avec eux. Bon voyage et bonne chance dans vos nouvelles vies.

— Vous aussi, disent-ils tous avec des larmes aux yeux.

Tout le monde quitte silencieusement la gare. Certains, dont Pénélope, avec des larmes aux yeux, car ils savent tous, qu'ils ne se verront plus jamais. C'est avec cette grosse pierre, appelant tristesse, au coeur que Leith va en direction du palais où il compte passer ces quelques jours qui lui restent avant l'événement final. Soudainement une fenêtre du palais s'ouvre et c'est Ussa qui lui crie :

— Eh ! Leith, invite donc Pénélope à venir avec toi, mes parents aimeront lui parler et remercier.

Pénélope, en entendant ce qu'Ussa criait à son compagnon, se retourne, quitte le groupe et va vers Leith en lui demandant :

— Tu es sûr, que je peux venir avec toi ?

— Oui, viens, lui répond-il, ils ne vont pas te manger.

Ce qu'ils n’ont pas remarqué, c'est qu'il y a deux hommes qui, en dépit de toutes les précautions et surveillance par la garde royale, ont pris note du fait qu'Ussa et Leith sont bien en vie et se dirigent vers rue où il se trouve “Bel Horizon”, pour y informer leurs patrons.


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Quand ils montent l'escalier du palais, c'est Ussa qui les attend déjà à la porte. Elle vient à leur rencontre et voit que Pénélope a des yeux mouillés. Intrigué, elle lui demande :

— Mais qu'est-ce qu'il y a ma belle ? Tu pleures ? Pourquoi donc ? Pourquoi cette tristesse ?

— Oh, lui dit Pénélope, je suis très triste, on vient tous de la gare. On a dit adieu à deux de nos amis qui sont rentrés chez eux. C'est comme un enterrement je suis sûr que je ne les verrais plus jamais et ça me rend très triste.

— Alors, lui dit Ussa en le mettant son bras sur son épaule, monte, mes parents aimeront faire ta connaissance. Je leur ai dit tout ce qu'il est arrivé. Mais pourquoi es-tu triste, tu ne prévoyais pas de partir chez eux dans les jours qui suivent ?

— C'est là le problème, je crois à mes rêves, car je fais parfois des rêves prémonitoires qui ont la fâcheuse tendance à se réaliser.

C'est alors qu'elle narre, pendant qu'ils montent vers les appartements royaux, son rêve à ses deux amis et n'oublie pas de mentionner l'hôpital, la sophistication des soins, son réveil avec cet affreux mal à la tête, la visite que lui ont fait ses quatre amis accompagnés d'un bel homme qui est apparemment le père d'une copine à Angélique. Les trois amis sont entre temps arrivés à l'étage où se trouvent les appartements du couple royal et d'Ussa. C'est Pâris de Bel-Ra qui les attend et souhaite bienvenu.

— Bonjour mes amis, merci d'être venu. C'est vous qu'on appelle Pénélope, demande-t-il à elle.

— Oui votre excellence, Pénélope Axarz pour vous servir, lui répond-elle en faisant une petite courbure.

— Laisse ces formalités s'il vous plaît, vous êtes ici chez les parents d'Ussa, le roi a son bureau un étage plus bas et c'est là qu'il reçoit des gens en audition. Vous êtes notre invité et on vous doit nos remerciements pour ce que vous avez fait pour notre fille et son compagnon. Vous restez avec nous pour le souper ? Vous avez quelqu'un qui vous attend ?

— Merci beaucoup, lui répond Pénélope, je resterai volontiers un moment, car je n'ai, hélas, personne qui m'attend.

Séléné, qui a remarqué la tristesse exprimée par ces propos, décide de se familiariser un peu avec et lui dit :

— Appelle-moi Séléné, dit-elle puis continue en faisant mine d'ignorer les gros yeux qu'Ussa lui fait, je peux te tutoyer n'est-ce pas ?

— Tu te rends compte, lui dit Ussa avant que sa mère puisse répondre, mes parents se tutoient depuis ils ont fait connaissance d'Angélique. J'étais moi-même très surprise quand je les entendais faire cela. Mais on ne le fait qu'entre nous. Quand il n'y a pas de personnel de service à l'étage.

— Pénélope, lui dit Pâris, tu peux m'appeler Pâris. On est actuellement entre nous, on a donné congé au personnel et c'est Ussa qui nous a préparé quelque chose.

— Oui je sais, qu'elle se défend très bien à la cuisine, lui répond Pénélope, et non seulement à la cuisine. Depuis qu'elle a passé quelques jours chez moi et dans le grenier de Amiluis, je n'ai plus de problèmes de serrures.

— Nous en sait quelque chose, lui dit-il, c'est pareil ici. Elle est très habile de ses mains et elle fait beaucoup de ses vêtements elle-même.

— Elle m'a même fait un toge de cérémonie, dit Leith, qui a écouté silencieusement la conversation. Moi je suis le contraire, si quelque chose ne marche pas ; j'appelle un spécialiste. Je sais faire des petites choses, mais comme Ussa le fait ? Non !

— Alors toi, lui dit Ussa, ne te minimise pas. Tu lis dix pages une fois et tu es capable des ré-écrire tel quel. Angélique, par exemple, t'a dicté une douzaine de pages en rêve que tu as fidèlement recopié une fois réveillée. Si moi je m'en souviens d'un rêve j'écris tout juste une dizaine de lignes et toi tu noircis facilement dix pages pleins de détails.

— Alors Ussa, lui demande son père, tu nous laisses sans boire quelque chose ? Et les amuse-gueule ? Ils sont où ?

— Laisse Ussa, lui dit sa mère, va chercher les amuse-gueule que tu as faite à la cuisine, je m'en occupe de madame Pénélope.

— C'est encore mademoiselle, Séléne. Ce n'est pas grave, mes clientes me disent aussi madame.

— T'aimes quoi ? Un apéritif je suppose.

— J'ai d'habitude de ne boire que du thé pendant la journée, mais je ne travaille plus après et je peux donc boire autre chose. Vous... Tu as du vin cuit peut-être, car je l'aime bien.

— Bon, dit elle, je n'ai pas besoin de demander les autres, au moins si un a changé d'avis.

— Eh ! T'appelles ça des amuse-gueule, dit Pénélope à Ussa qui vient mettre ses créations sur la table de salon, on aura plus besoin d'un souper si on a fini tout ça !

— C'est ce que je voulais faire. C'est bien plus sympa non ? J'ai encore des bols de soupe aux champignons pour ceux qui en veulent et des beignets que je garde encore au chaud pour le temps que vous finissez les entrées. Ah ! Oui, j'aimerais bien prendre contact avec Julien et Angélique après, qu'en dites-vous ?

— Oui, c'est une bonne idée, dit Leith.

Tout le monde est d'accord, qu'une tentative de contact sera faite après le repas. Le sujet de la conversation pendant le repas-amuse-gueule devient, après que Pénélope a narré encore une fois son rêve, très vite le passé commun. La première fois qu'ils ont fait connaissance de Pénélope qui venait alors ouvrir son commerce quand Séléné a passé ses jours de repos en campagne chez ses parents. Le fait qu'Ussa avait ramené un petit garçon qu'elle prenait pour son petit frère. Ils discutent ainsi jusqu'au milieu de la soirée où Ussa débarrasse, aidé par Pénélope, la table et y installent le vieux Biovoix trafiqué. Ussa montre toutes les manipulations à ses parents et leur montre le document, décrivant le mode d'emploi, qu'elle avait fait. Elle supplie ses parents de traiter cet appareil mieux que tout or et diamants, car d'une valeur inestimable.


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Armand, qui a laissé barrer Angélique un moment, prend contact radio avec un poste de pilotage de Cornouailles, car il doit leur annoncer sa position et se renseigner sur la présence d'autres navires dans le secteur, ainsi leur communiquer la direction qu'il compte prendre. Il monte sur le pont et modifie légèrement le cap suivant les indications reçues par radio. D'après le poste de pilotage de Cornouailles, ils seront ainsi tranquilles jusqu'au petit matin. Une fois enclenchée le dispositif électronique prévu pour garder le cap, il descend avec Angélique dans la cabine où ils comptent encore discuter un moment ensemble et enseigner à Angélique et Julien l'essentiel de la navigation. Là, c'est Angélique qui est un peu navré de constater qu'ils n'ont avancé, sur cette carte maritime portant le numéro 6561S37, que de quatre centimètres et demi, tandis que son père estime qu'ils ont bien avancé. Cécile jette parfois un regard interrogatif à sa petite famille, mais ne participe pas, elle est plongée dans une autre sorte de matière : ses bouquins de mots croisés. Elle est, en effet, contente que personne n'a le mal de mer, c'est déjà ça qui est gagné. De ce qu'elle s'étonne le plus, c'est l'effet du soleil. Même si elle ne l'a pas vu de la journée, elle sent très bien son effet. Armand lui a bien averti de mettre de la crème, mais comme il n'y a pas eu de soleil, elle ne l'a pas mis et les effets commencent à se faire sentir. Soudainement, Cécile lève, surprise, la tête et regarde autour d'elle, car elle a l'impression d'entendre d'autres voix et des petits bruits. C'est Angélique qui les entend également et réagit, à la surprise de ses parents, tout de suite :

— Salut mon amour, gosse bise, c'est toi et Ussa qui sont là ?

Sa mère lui lance un regard étonné et avant qu'elle puisse dire quelque chose, c'est la voix de Leith qui répond à Angélique :

— Grosse bise mon amour, oui c'est nous. On n'est pas seuls, on est cinq en ce moment. Il y a à part Ussa aussi ses parents et Pénélope.

— Bonjour tout le monde, répond elle.

— Bonjour mon amour, grosse bise, dit Ussa, tu fais quoi là.

— Bonjour mon amour, grosse bise à toi aussi. Notre père essaye de nous apprendre un peu de navigation marine. Ah ! Oui, avant que je l'oublie, bonjour tout le monde.

— Eh ! Leith, lui demande Angélique, dit-moi, où vous trouvez-vous ?

— Il va regarder une carte, patiente un petit peu pendant mes parents se présentent, dit Ussa.

— Alors, me laissez-moi présenter, dit une voix d'homme, je m'appelle Pâris de Bel-Ra et je suis, pour les quelques jours qui nous restent, un des dix rois de notre fédération, mieux connue par vous en tant qu’Atlantide et le papa d'Ussa.

— Moi, dit une voix de femme, je m'appelle Séléné de Bel-Ra, l'épouse de Pâris et maman d'Ussa.

— Enchanté, dit Cécile, continuant à regarder autour d'elle pour voir d'où viennent les voix qu'elle entend et poursuit : je suis, comme vous avez certainement deviné, la maman d'Angélique et Julien.

— Enchanté, dit Armand, je suis le papa de ses navigateurs en herbe.

— Mais, dit Ussa, où vous êtes en ce moment n'est pas votre salon. C'est maman qui vient de faire le réflexe que votre habitat n'est pas très grand.

— Non, lui dit Armand, en effet. Nous sommes en route vers l'endroit où vous avez habité. Nous nous trouvons ici dans l'habitacle d'un voilier que nous avons loué pour la circonstance.

— Tu es là Angélique, lui demande Leith, notes peut-être ce que j'ai pu trouver. Cherches sur ta carte la montagne la plus haute, celle que t'appelles Pino.

— Non, lui dit Armand, elle s'est trompée de nom. C'est sûrement la montagne la plus haute des Açores, qui est une île et s'appelle “Pico”.

— Bon, je veux bien “Pino” ou “Pico”, chez nous c'est un volcan et une montagne sacré et nous nous trouvons, note le bien Angélique, deux degrés quarante minutes à l'est et quatre degrés cinquante minutes au sud de celle-ci. Tu saurais le trouver de cette façon, n'est-ce pas. Je ne peux pas te donner nos références, car je crains qu’ils ne te soient pas très utiles.

Après cette brève introduction, les deux familles continuent leur bavardage pendant un moment jusqu'au moment qu'ils décident de se revoir le lendemain dans l'après-midi par le temple d'Ozin interposé où la famille royale comptait se rendre de toute façon. Angélique promet à Leith de chercher un endroit à allure de cratère de deux cents à trois cents miles nautiques, car ils ont découvert que le mile nautique est resté pareil, une minute d'arc à l'Équateur. Leith est d'avis, puisqu'un cratère est habituellement dix fois plus grand que l'objet céleste qui l'a fait, qu'il devrait, vu de la dimension de Arcturus, avoir cette taille. Il leur dit que la comète viendra demain certainement visible de la journée. Leith leur dit qu'on peut déjà le voir grossir d'heure en heure pendant la nuit. Les deux familles prennent ensuite congé les uns des autres après avoir souhaité bonne nuit et quelques salutations d'usage. Angélique, qui a entre temps repéré l'endroit où se trouvent leurs amis, constate avec l'aide de son père que c'est plus loin que prévu et qu'il faut mettre les bouchées doubles pour y être dans le temps prévu.

— Mais pourquoi veux-tu absolument y être dans un aussi bref délai, lui demande son père ?

— C'est important, je ne sais pas moi-même pourquoi, mais c'est important qu'on y soit dans les temps.

— Mais, lui dit Armand, tu sais que dans ce cas on ne peut pas y aller avec une allure de promenade. Ça signifie : tout le monde sur le pont et on fait la course, comme dans mes bons vieux temps. Ce me plaira bien, mais je ne sais pas si maman est d'accord.

— Bof, si cela vous faites plaisir, faites-le.

— Alors, c'est moi qui barre jusqu'à minuit. Qui prend la relève ? Toi Angélique ?

— Oui c'est bon pour moi, je réveille Julien à quatre heures alors.

— D'accord, lui dit son frère.

— On garde le même cap, demande Angélique à son père.

— Oui, jusqu'à quatre heures, je me lèverai aussi pour modifier le cap légèrement. Nous pouvons ainsi mieux avancer. Et gardez bien l'oeil partout, les cargos ne font pas de sentiments. En principe il y en a pas, mais gardez l'oeil bien ouvert quand même. Il vaut mieux les éviter.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Le cauchemar d'Ussa.

Leith se lève, se prépare dans la salle de bains et va, comme il a d'habitude de faire quand il est invité chez Ussa, dans la pièce aménagée en tant que salle à manger pour y prendre le petit-déjeuner. La maman d'Ussa, Séléné, y est encore et a déjà fini son petit-déjeuner. Tous les deux s'étonnent qu'Ussa n'est pas encore arrivé, de plus qu'aucun bruit a été entendu en provenance de sa chambre qui aurait pu leur indiquer qu'elle s'est levée. Séléné décide d'aller la voir, s'il n'y a pas de problème. Quand elle va vers les appartements où logent les deux jeunes gens, elle entend des petits bruits en provenance de la salle de bains et demande :

— C'est toi, Ussa ?

Mais Ussa ne répond pas et gémit des mots incompréhensibles. Sa maman, très inquiète, entre dans la salle de bains pour voir ce qu'il est arrivé à sa fille et la voit se mouiller le front et la tête de l'eau froide. Ussa, en entendant sa mère entrer, se retourne et le regarde d'une tête d'enterrement. Sa maman, toujours très inquiète, lui demande :

— Que t'arrive-t-il ma chérie. Pourquoi cette tête d'enterrement. peut-être trop mélangé le vin cuit et l'eau-de-vie de cidre vieilli38 ?

— Non maman, c'est cet affreux rêve que j'ai fait. Je te le raconterai tout à l'heure. J'ai l'impression avoir heurté la tête violemment contre le chevet de mon lit. J'ai dû m'agiter pendant mon rêve.

— J'appellerai le médecin ma chérie. Il vaut mieux qu'il regarde si tu n'as pas quelque chose. Alors, je te laisse t'habiller et on t'attend pour le petit-déjeuner.

Quand Ussa entre dans la salle à manger, le médecin l'attend déjà. Leith, surpris par la mine qu'elle fait, le regarde d'un air interrogatif et lui demande :

— Mais que t'arrive-t-il ? La tête que tu fais, qu'est-ce qu'il y a ma chère ? Ce ne sont sûrement pas les quelques boissons d'hier soir, tu as fait les fêtes avant et tu n'as jamais eu le mal de tête après.

— C'est sans doute cet affreux rêve que j'ai fait. J'ai peut-être cogné ma tête contre le chevet de mon lit.

— Tenez-vous tranquille un moment, mademoiselle, que je puisse vous examiner.

Le médecin procède à toutes les vérifications d'usage sans pour autant trouver l'origine du mal de tête. C'est quand il examine sa tête un peu plus attentivement, qu'il trouve une écorchure qui confirme la supposition d'Ussa. Il lui prescrit un léger médicament et lui donne le consigne de se reposer pendant la journée. Il estime que ce n'est sûrement pas grave et qu'il y a un côté émotionnel très important. Il lui suggère de raconter son rêve, ce qu'elle fait.

— Alors, dit-elle, le début de mon rêve reste un peu flou. Je n'ai, hélas, pas une aussi bonne mémoire pour ces genres de choses que Leith, mais je m'en souviens que nous nous trouvons sur un bateau avec d'autres gens. Lors ce rêve, je n'étais sûrement pas la personne que je suis maintenant, car il y avait un grand nombre de neveux, nièces cousins et cousines ainsi qu'un homme qui tenait un bistro. C'est soudainement qu'un des membres croyait entendre quelqu'un appeler Leith de loin. Leith, qui était avec nous, et moi sommes montés sur le pont et on voyait un beau voilier blanc, tel que l'on ne voit plus de nos jours. Sur la proue il y avait Angélique qui criait de tout son désespoir le nom de Leith en regardant vers la côte où les zones côtières disparurent sous les eaux de la mer. C'est là qu'Angélique cherchait Leith. Elle le croyait noyé et elle criait comme si on l'écorchait vive. Leith, qui avait entre temps déjà cherché toutes les valises, l'appelait sans succès. Moi je me sentais heureuse de voir qu'Angélique et sa famille étaient réellement venue nous chercher. C'est quand on était qu'à une dizaine de pieds de leur bateau, qu'Angélique nous a vu. C'est elle qui a aidé Leith de monter à bord et avait commencé à ranger ses valises. Ce qui est curieux et qui me fait penser que j'étais sûrement quelqu'un d'autre, c'est que je me voyais dans les bras de Julien. Mais. Quand je voulais monter à bord à mon tour, j'ai dû glisser et la dernière chose que je me rappelle, c'est que je cognais ma tête contre le bord du bateau. Inutile de dire que je me suis réveillé un sursaut, et puis c'est là que j'ai dû heurter ma tête contre le chevet de mon lit. Je me souviens seulement que je me trouvais à côté de mon lit avec un affreux mal à la tête. Je me suis ensuite allongé sans pouvoir m'endormir à nouveau.

— Vous êtes resté combien de temps ainsi, lui demande le médecin ?

— Oh ! Une heure tout au plus. Le mal a diminué un petit peu depuis. Vous avez peut-être raison que ça doit-être l'émotion.

— Reposez-vous aujourd'hui, lui dit le médecin, on verra demain comment vous vous sentez.

— Puis-je quand même aller avec mes parents et Leith au temple, lui dit Ussa, n'est-ce pas. C'est ce qu'on a prévu et promis à nos amis. Ils seront trop déçus si je ne venais pas.

— Mais bien sûr. Prenez peut-être une pastille contre le mal de tête avant de partir.

— Moi, dit Leith, j'ai fait il y a quelque temps déjà aussi un rêve où il figurait un bateau blanc. C'est peut-être le même. Je rêvais que j'étais à bord d'un bateau blanc avec une jeune fille de mon âge. Soudainement, quand je ne regardais pas, elle est tombée à l'eau et disparaissait sous les flots. J'étais choqué, car je croyais qu'elle allait se noyer. Un autre homme qui se trouvait à bord, en ta compagnie Ussa, sautait à l'eau à son tour pour le sauver, c'est ce que je croyais en tout cas. Je m'en souviens plus les détails, car il y a déjà un certain temps et c'était avant que j'aie fait la connaissance d'Angélique. Mais il y a sûrement une relation entre nos rêves.

— C'est ça, dit Séléné qui avait écouté silencieusement les récits, il est fort probable que ton rêve, Ussa, c'est ce qui risque arriver à Pénélope, la pauvre.

Le médecin les promet, avant qu'il parte voir d'autres patients, de revenir à la fin de l'après-midi, après qu'ils sont revenus du temple, vérifier l'état de santé d'Ussa. Les autres continuent leur discussion à savoir si un rêve peut être prémonitoire ou non. Séléné est d'avis que la partie qu’Ussa a rêvé correspond à un accident mettant Pénélope dans le coma jusqu'à son réveil à l'hôpital tel qu'elle l'avait décrite la vieille.


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Pendant que sa femme, sa fille et Leith babillent à la salle à manger sur un petit-déjeuner tardif, Pâris de Bel-Ra à déjà fait ranger des chaises et une table de réunion dans la salle au rez-de-chaussée prévue à cet usage. Le roi qui attend les dignitaires religieux sur le perron du palais, les salut et les accompagne personnellement un à un et une à une, car il y en a des prêtresses parmi eux, à leurs places. La plupart connaissent déjà le sujet, car la comète peut être observée de la journée à l'aide d'une longe vue. Ce qu'ignorent les gens, c'est l'ampleur et le moment exact de la catastrophe. Les dignitaires religieux se doutent déjà quelle dure tâche leur attend, parce qu'évacuer tout le monde n'est pas envisageable en raison des capacités de transport disponibles. Cette réunion doit éclaircir comment répartir ceux qui partent et ceux qui restent. Il convient en ce moment de rassurer les gens et surtout ramener les non-pratiquants au berceau et les convaincre qu'il y a bien une autre vie après la vie actuelle. C'est, selon le roi Pâris de Bel-Ra, la seule façon d'éviter des mouvements de panique.

— Bonjour à tous et toutes, dit Pâris, j'imagine que vous n'ignorez pas la raison pour laquelle vous êtes ici. Vous trouvez sur la table devant vous un document détaillé fait il y a quelque temps par le compagnon de ma fille et son maître. Vous allez voir que l'étoile, devenu visible depuis ce matin au moyen d'une longe vue, fonce droit sur nous et l'espoir qu'elle passe à côté de notre planète est minime. Je sais que de tels accidents ont eu lieu dans le passé et que le pays s'en est sortie. Je ne peux, pour l'instant, pas relever mes sources sans me ridiculiser, mais c'est devenu une certitude que ce qu'il va arriver à notre pays est bien ce que les sept fléaux ont prédit. Je dois, aussi navrant que c'est, ajouter que ce n'est pas comme le pays Lémuria qui a disparu il y a soixante-dix mille ans, une lente descente permettant l'évacuation de la population, mais un péril rapide.

— Sait-on la date et l'heure, demande David Levy, représentant des hébreux ?

— Je vais en venir, dit Pâris, le moment a été calculé par trois personnes différentes et c'est pour après-demain tôt le matin avec une certitude de quatre vingts-treize pour cent.

— Sur quels critères devons-nous sélectionner les candidats à l'exile, demande un représentant du mouvement des Bélials.

— Vous le verrez assez bien vous-même, lui répond le roi, on a besoin de tout le monde, mais surtout ceux qui savent travailler la terre et nourrir ceux qui établissent les nouveaux cités. N'oubliez surtout pas que les ressources vont manquer dans l'avenir et qu'une adaptation de la société sera nécessaire. Les savants qui savent tout faire et enseigner la sagesse et le savoir-faire des anciens doivent impérativement figurer sur la liste. Ne ramenez surtout pas de richesses et des appareils servant le confort personnelle avec, ils ne seront d'aucune utilité.

— Ne faut-il pas mieux mettre l'accent sur ceux qui restent et les volontaires à aider ceux qui ne peuvent pas partir, lui demande le responsable du temple d'Ozin, représentant des adeptes de “La Loi d'Une” ?

— C'est exactement la raison pour laquelle je vous ai convoqué ici, lui dit le roi. Y a-t-il parmi vous ceux qui craignent des problèmes ? Il faut éviter que les gens qui ne peuvent pas partir encombrent les routes en direction des ports pour ne pas empêcher des autres à y accéder. Il continue en s'adressant au responsable des hébreux : il paraît que vous avez votre propre plan d'évacuation. Il vous reste beaucoup de membres de votre communauté à évacuer ?

— La plupart des nôtres ont déjà gagné Poseidia pour l'embarquement sur la flotte que l'on a mis à notre disposition. Ceux qui restent se porteront volontaires pour assister ceux dans leur peine qui ne peuvent pas ou ne veulent pas partir.

— Cette organisation, que vous avez fait, est-il une évacuation ou a-t-il une autre raison, lui demande Pâris ?

— C'est plutôt un exil, lui répond David, notre communauté attend en effet un guide qui va naître parmi les nôtres en Égypte pour nous conduire au pays promis par notre dieu.

— On peut donc considérer que votre communauté se trouve déjà en sécurité, n'est-ce pas ?

— Oui, c'est cela sire.

— Communiquez les donc quand même que le danger d'un déluge est très grand, même en Égypte, et qu'il faut mettre hommes et bétail à l'abri pendant quelques semaines.

— Vous avez peut-être raison, un de nos rouleaux sacrés le mentionne en effet. Je vais contacter mon neveu Noah Levy, qui se trouve déjà en Égypte, et lui dire qu'il doit prendre les mesures nécessaires, s'il les n'ait pas déjà pris. Il comptait, en effet, construire une arche.

— Dit-lui de se dépêcher, il ne lui reste que quelques jours, lui dit Pâris et continue en s’adressant à la communauté Celte : vous, il vous en reste beaucoup de vos citoyens qui doivent encore partir, car je crois savoir qu'ils sont pour la plupart déjà partie gagner le continent de leurs propres moyens, n'est-ce pas ?

— Il nous en reste quelques-uns qui sont mariés à des gens d'ici ou ceux qui ne veulent plus partir. On a beaucoup qui disent : si notre pays meurt, nous mourons avec.

— C'est le cas de beaucoup d'entre nous, lui dit Hélène, une belle prêtresse local, ils ne veulent pas partir. Certains se sentent trop âgés, d'autres inaptes à ré-commencer à partir de zéro et encore ceux qui sont simplement attachés à leur terre et veulent, comme le dit mon confrère, mourir avec le pays.

— Le grand problème, dit Djen, un représentant du mouvement Bélial, c'est que beaucoup des nôtres ont perdu leur foi et qu'ils ne croient plus rien. C'est assez dramatique pour eux de ne pas pouvoir partir et d'aller vers une mort certaine. On essaye de mettre le maximum de gens ayant encore la foi sur le coup pour les assister à trouver le chemin vers leur destin.

La discussion s'engage ensuite sur les modalités de qui et comment, mais surtout sur le mode d'accompagnement de ceux qui restent. Tous les invités sont bien d'accord qu'il faut éviter la panique et des mouvements populaires insensés qui ne profitent à personne. La décision est prise de réglementer la circulation dès le lendemain matin. L'ordre du jour continu ensuite sur l'organisation des points de rendez-vous et il y a même certains qui veulent faire un tirage au sort comme cela se fait déjà dans l'état d’Alta et sa capitale Poseidia. La plupart estiment cependant qu'il faut trier les gens selon leur nécessité. Il convient d'expliquer aux désireux à l'exode que repartir et reconstruire une société à zéro n'est pas une affaire de tout le monde. L'assemblée considère qu'il est fort probable que la société doit revenir aux silex et outils en bois faute d'autres ressources, spécialement des minéraux, métaux, le charbon pour extraire le fer du minerai et autres.


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Leith est surpris de voir Hector, l'astrologue et astronome du roi, entrer dans leur appartement privé. L'homme, que Leith connaît de vue, lui affirme que c'est le roi lui-même qui lui avait dit d'aller le voir dans l'appartement au premier étage. L'homme au nom de Hector est en effet curieux comment Leith a pu savoir le déplacement de l'axe de la rotation terrestre. Lui et ses confrères ont pu tout juste déterminer qu'une rencontre fatal Terre-Arcturus est plus que probable et aurait de toute vraisemblance lieu au petit matin en deux jours, mais la précision de leurs calculs s'arrêtent là. D'autre part Leith aimerait bien calculer le nouvel emplacement du pôle nord, mais n'y arrive pas, car les calculs envisagés marchent seulement pour une surface plane et ne sont pas valables pour une sphère, ce qu'il explique à Hector.

— Vous voyez, j'ai bien essayé de calculer le nouvel emplacement des pôles, mais mes formules ne marchent pas pour le système des latitudes et longitudes telles que l'on utilise pour la navigation et la cartographie.

— Mais comment avez-vous voulu les recalculer ? Il faut connaître pour cela au moins deux positions sur la terre dont on sait les anciens et les nouveaux cordonnées. Or, pour en avoir les nouveaux, il faudra pouvoir regarder et mesurer dans l'avenir. Et c'est justement là où on a un problème. Jusqu'à maintenant, il n'y a personne qui est parvenue à le faire.

— C'est peut-être curieux et va sûrement à l'encontre de nos connaissances scientifiques, mais Ussa et moi sommes en contact régulier, devenu plus qu'amicale, avec deux jeunes gens, un frère et sa soeur, de notre âge vivant de toute vraisemblance à onze mille huit cents ans dans l'avenir.

Il lui raconte ensuite en quelques brèves lignes leur histoire, les premiers contacts par rêve interposé et l'entrevue dans la salle de bain d'Angélique. Le contact au moyen du Biovox trafiqué, la séance d'Angélique et ses amis chez une voyante et autres.

— Donc, si je résume, c'est elle qui vous a fourni les renseignements nécessaires ?

— Oui, c'est ça, cependant, j'ai dû laisser mes notes au grenier du Maître Amilius. Voulez-vous que je viens avec vous pour les chercher ? Le lieu est sécurisé par la garde royale en ce moment.


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Pendant qu'ils descendent la rue vers le bureau du maître, Leith lui raconte ce qu'il se souvient. Ce que Hector étonne le plus, c'est le fait qu'Angélique, l'amie de Leith, a neufs jours de plus au calendrier annuel. Ce qui est énorme et suppose un impact d'une violence inouïe. Il est tout à fait d'accord avec son jeune ami que le pays n'a aucune chance de s'en sortir si la comète heurte la terre de côté ouest de l'océan Atlantique. Arrivés au logement de Amilius et en avoir salué Pénélope au passage, ils montent l'escalier jusqu'au grenier.

— C'est là, où était le pôle sur un globe qui trônait sur le bureau d'Angélique, lui dit Leith en pointant un doigt sur le globe de Amilius. Et continue en pointant le doigt sur leur pays : puis tout ça n'était plus là. Les régions côtières ici et là avaient aussi disparues sous l'eau, dit-il en désignant les zones concernées.

— Vous avez où, vos chiffres, lui demande Hector ?

— Ah ! Oui, j'allais les oublier. Les voici, dit-il en lui remettant un cahier d'écolier où il avait griffonné ses notes.

— Je peux prendre vos notes jusqu'à ce soir ? J'aimerais les copier, vérifier vos observations et les renseignements de votre amie avec les miens. À propos, sait-elle où la comète a heurté la terre ? Il doit y avoir un cratère de, vu de la taille de Arcturus, plusieurs centaines miles nautiques.

— Non, elle ne l'a pas trouvé, elle a promis de bien regarder sa carte maritime pendant qu'ils viennent par ici. C'est-à-dire qu'ils comptent venir à l'endroit où devait se trouver notre pays. Dans sa société ils ont une période annuel de repos qu'ils appellent vacances, et puis c'est justement pendant leurs vacances qu'ils vont symboliquement nous faire une visite. On, Ussa ses parents et moi donc, comptait leur parler cet après-midi au temple d'Ozin.

— Mais, qu'est-ce que vous faites dire que la comète tombe forcément dans la mer et non pas sur le continent ?

— Mais, pour moi c'est clair, car, d'après Maître Amilius, un tel impact sur le continent créa une boule de feu brûlant tout sur son passage. Le simple fait qu'Angélique existe à onze mille huit cents ans, me signifie que tout n’a pas été détruite. Sinon elle aurait existé beaucoup plus tard, des millions d’années peut-être, ou même pas du tout.

— Comme celui qui a fait brûler la plupart des dragons il y a soixante-cinq millions d'années, ajoute Hector. On suppose qu'il y a eu une comète ou astéroïde qui est tombé sur le pays de Yuk à l'époque.

— Croyez-vous que le déluge annoncé soit le résultat du fait que la boule de feu de l'impact sera absorbé par l'eau de mer, faisant ainsi évaporer une grande quantité d'eau tombant ainsi ailleurs en tant que pluie diluvienne ?

— C'est probable. On n'a, hélas, pas de récits assez précis des déluges précédents pour savoir ce qu'il était arrivé. On sait tout juste qu'il y a eu d'autres déluges auparavant.

— Vous pensez sûrement, lui dit Leith, à ceux qui ont eu lieu il y a douze mille deux cent huit ans et quarante mille ans. Beaucoup de gens croient que le pays va survivre comme les deux cas précédents.

— Est-ce que votre amie sait combien de temps nous reste pendant la journée ?

— Non, rien de précis, lui dit Leith, elle parle cependant d'un terrible jour et une terrible nuit.

— C'est bien dans cet ordre là ? Non pas l'inverse ?

— Non, c'est bien ça, c'est moi qui ai fait le même réflexe et elle l'a dû vérifier.

— Je vois que vous avez noté que la plus haute montagne de notre pays, s'appelle “Pino” chez elle, une chose que vous avez changée en “Pico” et qu'il fait deux mille trois cents mètres. C'est quoi un mètre ?

— Oh ! C'est leur mesure, ça fait un dix millionième de la distance du pôle à l'Équateur.

— À peu près sept mille pieds donc, dit-il après un moment de calcul mental. Cela veut dire que notre pays se trouve à leur époque à plus de douze mille pieds sous l'eau. À croire leur récit, on n'a donc que de quarante-huit à soixante heures pour nous organiser, après, il faut être loin des côtes. Il vaut mieux rentrer au palais maintenant et informer le roi qu'il y a urgence. L'endroit exact de l'impact va déterminer de combien de temps nous reste pendant la journée, appelons le : “Jour-J”.

— Comment ça ?

— Eh bien ! S'il tombe près de nos côtes, on n'aurait guère de temps. S'il tombe de l'autre côté, sur les côtes du pays de Om, on aurait encore un petit peu de temps pendant la journée.


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Le préfet Assen-Ni, qui a assisté à la réunion du roi et les dignitaires religieux, entre, avant d'aller vers son bureau, dans le commissariat de police et se fait annoncer au chef de police, Ax-Tell, qui le reçoit aussitôt. Ce dernier le salut :

— Monsieur le préfet, je vous salue bien. Y a-t-il quelque chose que je peux faire pour vous ?

— Oui, mon cher, il y a quelques petites choses qu'il vaut exécuter tout de suite sur l'ordre du roi. La première chose est qu'il faudra réquisitionner tous les bateaux commerciaux pouvant transporter plus que cinquante personnes et ou cent tonnes de marchandises. Deuxièmement vous avez dès cet instant l'habileté de disposer des forces militaires et de la marine. Leurs bâtiments attendent déjà des ordres. Il ne vous reste qu'appliquer le plan d'évacuation dès maintenant. Ce qui nous amène à notre troisième point, c'est la réglementation de la circulation. Les personnes ne seront plus autorisées à circuler librement. Chacun peut aller visiter sa famille et revenir, mais ne peut plus aller vers les zones portuaires sans qu'il ait une autorisation ou dans le cas échéant se rendre à son propre bateau. Chacun qui possède un bateau, voilier, barque de pêche ou autre est invitée à prendre le maximum de gens et de marchandises avec lui. Les modalités seront disponibles dès le début de l'après-midi.

— La compagnie des chemins de fer, est-elle informée ?

— Oui, ils vont mettre tout en oeuvre pour faciliter les gens de voyager vers les ports.

— Que fait-on de ceux qui se trouvent en prison en ce moment ?

— On les laisse là, on leur offre un simple cours vers le royaume de Ra ou de Hadès suivant les cas.

— Que fait-on des émeutiers, s'il y en a ?

— Ce sont les militaires qui s'en occuperont. Tout émeutier tombera automatiquement sous la loi martiale. On n'a vraiment pas le temps à perdre à cause d'eux. Les militaires en font ce que bon leur semble, il ne faut pas s'en occuper.

— Ce sont qui, qui vont sélectionner ceux qui partent et ceux qui restent ?

— Les dignitaires religieux se sont mis d'accord sur les modalités. Mais il me semble qu'ils veulent sélectionner ceux qui sont capables de vivre dans des conditions près de l'âge de pierre. Ceux qui sont capables de se débrouiller.

— Ne me dis pas que c'est aussi dramatique que ça !

— À ce qui paraît. Oui ! Le roi a pu obtenir cette information des amis d'Ussa, qui vivent apparemment dans le lointain avenir. Leurs récits de notre pays et sa destruction dépasse toute imagination. C'est pire que ce que vous pouvez vous imaginer.

— Est-ce que la population sait ce qui va arriver ou sont-ils dans le floue comme nous l'étaient ?

— Je crois que l'ampleur du désastre n'a pas été communiquée. Pas chez nous en tout cas. Soit les journaux se taisent, soit ils ne savent rien non plus. Et puis, c'est peut-être mieux ainsi. De cette façon, l'évacuation paraisse être une simple précaution. C'est d'ailleurs ainsi que les dignitaires religieux veulent le présenter, car tout le monde connaît les récits des deux cas précédents. Là aussi il y avait des dégâts importants, même des déluges, mais le gros de la population a pu survivre.


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Le plan d'évacuation.

C'est déjà un moment que Pénélope est assise à la table habituelle en conversation avec le gérant de l'estaminet, Abdubu. Elle essaye le convaincre de fermer son établissement dès ce soir pour des, soi-disant, raisons familiales, car elle vient de découvrir que son copain a fait le marin et connaît de la navigation, sait se repérer en mer au moyen des étoiles en utilisant les outils appropriés. Elle vient tout juste de commander son Thé-Machin, que Ajax entre accompagné de Jou-el.

— Salut les mecs, vous allez bien ? Leur lance-t-elle.

— Salut la belle, lui disent-ils en choeur, encore au travail ?

— Mais oui, j'ai encore de la clientèle, même si ça diminue considérablement. Vous pouvez d'ailleurs le constater en regardant les clients qui viennent encore ici. J'essaye de convaincre Abdubu qu'il vient avec moi chez ma famille. On aurait de tout façon besoin d'un bon marin pour aller rejoindre les Macs.

— Bon marin ? Abdubu ? Tu étais marin autrefois ? Je n'y reviens pas, lui dit Ajax.

— Mais oui, j'ai fait de la navigation. J'ai commencé matelot, jusqu'à venir navigateur. C'était avant que j'aie repris un petit restaurant dans mon pays. Il y a eu une révolution chez moi, qui m'a obligé à partir. C'est ainsi que j'ai pu reprendre ce bistro. Mais il y a longtemps de cela, vous le savez bien.

— Alors, lui dit Jou-el, tu pars quand même, n'est-ce pas. Tu ne comptes pas rester ici quand il y a des gens qui ont besoin de toi ailleurs. Non ?

— Je ne sais pas, il faut voir. Je crois cependant qu'il vaut mieux fermer. J'offre dans ce cas un petit verré ce soir. Vous revenez ce soir ? Je préparerai quelque chose. C'est sûr eh, Pénélope, je peux venir avec toi et ta famille ? Non ?

— Mais bien sûr, qu'est-ce que tu crois. Je te présenterai Félicité, ma cousine, elle te plaira. On aurait besoin de tout le monde où on va dans deux jours au petit matin.

— Dans deux jours, lui demande Ajax, mais c'est le jour même de la catastrophe annoncée.

— On n'a pas pu partir avant, on a trop de choses à organiser.

Soudainement c'est Laïos qui entre leur dire bonjour avec un journal sous le bras. Il salue les et jette le journal sur la table et dit :

— Vous avez vu ça ? Ils ont trouvé une demie douzaine de types, tous mutilés comme l'autre qu'on a repêche du port il y a quelques jours. As-tu les dessins sur toi, Ajax. J'aimerais comparer les clichés du journal avec les tiennes.

Pénélope, en jetant un coup d'oeil dans le journal, y perçoit un cliché qui pourrait, selon elle, correspondre à une des personnes qui logeaient au “Bel Horizon”.

— Tu as vu ça, dit-elle, ils ont zigouillé un chef des Bezlebubs. Ça promet ! Je suis sûr que les lieutenants vont se fâcher et essayer de faire quelque chose.

— Tu crois, lui demande Laïos, qu'ils vont accuser la garde royale et essayer de se venger en capturant la princesse Ussa ?

— Je ne sais pas, dit Pénélope, mais c'est juste une hypothèse. Mais, continue-t-elle en s'adressant à Ajax : tu les connais n'est-ce pas ?

— Je pense qu'ils vont essayer d'extorquer un sauf-conduit pour le plan d'évacuation. Il convient d'être prudent en ce moment. Je crains moins pour Leith que pour Ussa. Il vaut mieux qu'elle ne sorte pas seule. Tu peux assurer qu'elle ne sort qu'accompagnée des gardes de corps, demande-t-il à Laïos ?

— Ça nous complique les choses, ils, Ussa et Leith donc, avaient prévu de venir récupérer leurs affaires chez lui et chez Amilius demain matin. Il faut que nous soyons sur nos gardes. Ajax, on peut te demander d'intervenir s'il y a problème ?

— Demande les moines du temple d'Ozin, ils ont promis de surveiller un ancien monastère où les Bezlebubs ont un repère. S'ils cachent quelqu'un, ce sera probablement là, car ils savent la ville trop surveillée par les militaires et ceux-là ont reçu l'ordre de tirer sans sommation sur tous les voyous, pilleurs et voleurs.

Tout le monde prend ensuite une petite chose à manger dans le bistro quasiment désert. Même Abdubu est triste de voir si peu de monde et se rend compte qu'il vaut mieux fermer et partir avec Pénélope dès le soir venu.


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Le roi a, après avoir dîné chez lui, convoqué les dirigeants militaires, le préfet Assen-Ni et le chef de la police Ax-Tell dans la salle de réunion ayant déjà servi le matin pour la réunion des chefs religieux. Il a mis sur chaque place un document préparé par lui les jours précédents et y ajoute le document que Leith et son maître ont préparé il y a quelque temps déjà. La réunion ne devrait pas prendre très longtemps, car il doit encore rejoindre sa femme, sa fille et Leith au temple d'Ozin. Les militaires n'ont pas beaucoup de temps non plus, même si le pays reste, contrairement au pays d’Altla, tranquille, il convient de surveiller la ville pour éviter les pillages. Car beaucoup de gens ont, à ce qui paraît, déjà rejoint leur famille vivante à la campagne, laissant ainsi leurs demeures vides. Le bureau mis en place dans l'ancienne demeure de Amilius attire moins de monde que prévu. On s'attendait à une ruée de demandes à l'exil, mais la plupart des habitants vivant au centre-ville sont soit partie à la campagne soit ne désirent pas partir. Ils se sentent, pour une raison ou une autre, plus en sécurité chez eux, chez la famille qu'en ville. Les seuls à rester sont des personnes âgées, les étranges n'ayant pas de famille au pays et encore ceux dont la famille vit depuis des générations à Osuo et refusent de la quitter. C'est dans ce contexte que la réunion peut commencer.

— Soyez bienvenu, leur dit Pâris de Bel-Ra, vous savez sans le moindre doute la raison de cette réunion. Je vous laisse consulter les documents qui se trouvent devant vous et nous pouvons discuter les points ensuite. J'ai mis des rafraîchissements à votre disposition sur ce buffet-là, prenez-en. N'hésitez pas à poser des questions. Si vous trouvez qu'il vaut mieux modifier un point, dites-le moi. Personne n'est infaillible et il se peut que j'aie oublié quelque chose d'important.

— Laquelle est notre rôle, demande un membre de l'armée de terre ?

— Avant tout la surveillance ! Lui dit le roi, puis continue : et éventuellement assister les gens, ainsi que la logistique. Placez les soldats là où ils sont familiers avec le terrain et connaissent la population. Cela évitera des complications avec des badges et des laissez-passer. Rien de mieux que les gens qui se connaissent entre eux.

— Qui va avoir le rôle de coordination, demande un capitaine de la marine.

— J'ai nommé notre chef de la police, Ax-Tell, ici présent, comme coordinateur et commandant en chef. C'est le préfet, il l'apprend lui-même à cet instant, qui va prendre la coordination du suivi de la sélection des personnes à l'exil. Cette sélection est essentiellement conduite par les chefs religieux. Ce sont eux les mieux placés pour pouvoir sélectionner des gens destinés à l'exil. Ils sont pour la plupart également volontaire pour accompagner dans leur peine ceux qui ne peuvent pas partir.

— Devrons-nous faire une sélection parmi nos soldats, si jamais il y en a qui préfèrent rester au pays. Il me semble qu'il y a beaucoup qui croient que nous allons nous en sortir comme les deux cas précédents, lui demande le chef des armées de terre.

— Vous êtes vous-même le mieux placé pour le savoir, lui dit le roi. Nous n'avons effectivement pas besoin d'autant de soldats dans notre lieu d'exil. S'il y a des volontaires pour accompagner ceux qui restent, laissez-les.

— Que ferons-nous de membres du mouvement des Bélials, demande un membre de la police. Ils ne croient plus rien pour la plupart. C'est assez dramatique pour eux. Ne vaut-il pas mieux les surveiller ?

— Leurs dignitaires religieux ont déjà évoqué ce problème et vont mettre le maximum de leurs volontaires sur le coup, lui répond le roi. Mais gardez un oeil sur eux, on ne sait jamais.

— Ne vaut-il pas mettre toutes les capacités de transport de l'armée à disposition, demande le chef de l'armée de terre.

— Je voulais en revenir, lui dit le roi. L'essentiel sera transporté par la compagnie des chemins de fer. Vous, l'armée de terre, vous fournissez la logistique locale et aux zones portuaires.

— Sans être indiscret, demande le chef des armées, où avez-vous pu obtenir les détails figurant dans ce document ? Ce que vous prétendez n'a pas pu être calculé par nos scientifiques, vous avez donc une autre source d'informations.

— Vous avez parfaitement raison, lui répond le roi, mais j'hésite un petit peu de le relever. Il se peut, en effet, que je me couvre de ridicule. Comme vous le savez, j'ai une fille et elle et son compagnon d'enfance sont rentrés en contact avec des jeunes gens, une fille et son frère, de leur âge vivant dans le lointain avenir. Leur contact a eu lieu au temple d'Ozin, où Leith, c'est comme ça qu'il s'appelle le compagnon de ma fille, a voulu chercher contact avec la fille de ses rêves, qui savait apparemment beaucoup de choses sur notre pays et ce qui va arriver. Les informations qu'il a obtenues concordent hélas avec les nôtres et c'est mon astrologue et astronome personnel qui l'a validé. Je peux vous garantir que l'événement va se dérouler comme décrit dans les sept fléaux. Vous voyez que l'essentiel de l'opération doit se dérouler dans les trente-six heures qui précèdent la collision, prévu pour après demain au petit matin. Nous possédons peut-être encore quelques heures le matin même de l'événement, mais cela n'est pas une garantie.

— Avez-vous pu savoir en combien de temps le pays va sombrer, demande un capitaine d'un vaisseau ?

— Le récit de la gauloise, car l'amie de Leith en est une, parle d'un terrible jour et une terrible nuit, ce qui laisse guère le temps pendant la journée. Pour vous donner une idée de la force de la collision, ils, chez la gauloise donc, ont neuf jours de plus sur leur calendrier annuel. L'impact causant cette accélération de la rotation terrestre correspond, selon mon astronome, à quarante milliards de notre bombe la plus puissante39.

— Mais cela détruit la terre complètement, lui dit chef de section des polices. Comment a-t-il pu calculer cela ?

— C'est simple, lui dit le roi, vous multipliez la masse de Arcturus avec le carré de sa vitesse et à l'aide de quelques tables de conversion vous y êtes.

— La collision va avoir lieu où, demande le préfet, le sait-on ?

— Non, lui répond le roi, sûrement quelque part dans l'océan Atlantique, entre la côte ouest de notre pays et la côte est du pays d’Om. Mais ne perdons pas le temps avec les théories de scientifiques, examinons le document pour voir si un d'entre vous a encore des questions. Je possède encore une demie heure avant que je doive partir. Je reviens au début de la soirée, si quelqu'un a encore des choses à voir. N'hésitez surtout pas à me déranger, même pas ce soir. Il y a urgence. Monsieur Ax-Tell, pouvez-vous faire remettre un libre-conduit à mademoiselle Pénélope Axarz ? Elle en aura besoin.


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Le roi Pâris de Bel-Ra s'est mis en route au moyen d'un véhicule individuel vers le temple en compagnie de son astronome, astrologue et homme de science à tout faire, car sa femme Séléné, sa fille Ussa et Leith s'y trouvent, en principe, déjà. Pâris ne s'attend pas à de grands découvertes, car il sait qu'Angélique n'a pas pu avoir beaucoup plus de renseignements utiles. Pour lui, le fait de savoir où la comète tombe n'a guère l'importance, surtout qu'il est devenu pratiquement clair que le pays n'a, contrairement aux deux cas précédents, aucune chance de s'en sortir cette fois. Il est déjà très peiné par le fait qu'il doit laisser derrière lui le gros de ses citoyens. C'est pour lui très pénible de savoir que la capacité de transport d'à peu plus de deux cents bateaux ne représentent guère un demi pour-cent de la population. En passant devant le domaine des Ajahel, la famille de Leith, qu'il se promet d'y s’arrêter sur le chemin de retour. Il compte en fait prendre un voyage de jeunes arbres et autres plantes avec lui, y compris les gens qui savent les soigner. Il sait que la famille de Leith est très pieuse et qu'ils refusent de quitter leur terre, quitte d'y mourir. Il sait que ce sera dur de convaincre quelques-uns à venir avec lui en exil. Quand il arrive au temple, les autres se trouvent déjà dans la salle centrale, où il se trouve l'écran de communication, et bavardent là avec ses beaux parents, les grands parents d'Ussa. Ces derniers essayent de convaincre Ussa et Leith de ne surtout pas perdre l'espoir quand tout semble être perdu, car une très dure épreuve les attend le lendemain.

— Bonjour Pâris, disent-ils quand le roi fait son entré au saint des saints du temple.

— Bonjour tout le monde, dit-il, en grande conversation je vois. Mais je crains, que ce sera la dernière fois, n'est-ce pas.

— Oui mon cher Pâris, dit son beau-père, car là où vous allez, il n'y aurait plus de temple comme ceci. Nous n'aurons plus que vos rêves pour vous parler, faites donc très attention à ce que vous rêvez. Les seules personnes à qui vous pourrez encore parler, c'est à Ussa et ses amis, car son dispositif bricolé, que vous devez impérativement prendre avec vous, communiquera avec l'endroit où elle, Leith et encore une autre amie s'en vont.

— C'est où, cet endroit, lui demande Séléné, êtes-vous autorisée de le communiquer ?

— Non, nous ne sommes pas autorisés de le communiquer. Nous le savons, bien sûr, et nous veillerons sur notre petite chérie et ses amis, mais nous ne pouvons vous communiquer que des indications sur le chemin de la vie à suivre. C'est pour cela que nous insisterons sur le fait de ne pas perdre espoir. Un point à ne pas oublier, c'est qu'il faut impérativement confier le bagage d'Ussa à Leith, qui ne doit sous aucun prétexte le quitter. Oui Leith, mon enfant, cela te semble bizarre, surtout que ton bagage et celui d'Ussa pèse lourd. Tu aurais de l'aide. Te n'en fais pas ! Tu l'as promis à Angélique de toute façon, n'est-ce pas ?

— Oui, c'est ça, lui répond Leith.

— Alors, mes enfants, disent-ils, nous allons vous quitter, car je vois qu'il y a des impatients qui vous vous attendent. Alors, au-revoir mes chers, faites attention à vos rêves, nous reviendrons vous revoir.

Après que les grands parents d'Ussa disparaissent de l'écran, l'intérieur du voilier, loué par la famille Leblanc, devient lentement visible. La seule personne manquante est Armand, le papa d'Angélique et Julien, qui tient la barre en ce moment. Angélique et Julien sont penchés sur une carte de navigation et cherchent visiblement quelque chose de l'autre côté de l'atlantique. Cécile, leur mère, est comme d'habitude plongé dans sa lecture et ses mots croisés. C'est Angélique la première à entendre les quelques petits bruits derrière elle qui lui indiquent que la famille d'Ussa et Leith ont tenu leur promesse. Elle se retourne et dit :

— Salut Pâris, salut Séléné, salut Ussa et continue en s'adressant à Leith : grosse bise mon amour. Bonjour monsieur, dit-elle à l'astrologue et astronome. Merci d'être venu nous voir.

— Bonjour et grosse bise mon amour, dit Julien à Ussa, Salut tout le monde et un grand merci de ma part d'être venu nous voir.

— Maman ! Tiens maman, Pâris et Séléné de Bel-Ra, leur fille Ussa et Leith, dis les bonjour quand même ! Je te présente, continue-t-elle à sa maman qui, surpris, interrompe sa lecture, Séléne et Pâris de Bel-Ra et leur fille Ussa, l'amour de Julien. L'autre fois tu n'as pu qu'entendre leur voix, maintenant tu peux les voir. Ce garçon-là, c'est mon amour, Leith Ajahel. Par contre, l'autre monsieur, je ne le connais pas.

— Bonjour, dit Cécile un peu gêné, ça me surprend comme la dernière fois, que ma fille ose vous traiter comme des copains de lycée.

— Vous n'en faites pas ma chère dame, lui dit Pâris, nous aimons bien sa spontanéité. Nous sommes ici au titre de parents d'Ussa, j'ai laissé le roi au palais, c'est là qu'il reçoit ses citoyens en audition. Laissez-moi vous présenter ce monsieur. Il est mon astrologue, astronome et homme de science à tout faire. Je crois qu'il aimerait bien poser quelques questions à Angélique qui semble justement étudier une carte concernant cette question.

— Bonjour madame, mademoiselle, monsieur, avez-vous pu trouver l'endroit que votre ami vous a demandé il y a quelques jours ?

— Je crois. Est-ce que vous pouvez voir notre carte ? Ici ? Julien et moi avons trouvé un endroit susceptible à être un cratère et qui se situe par rapport à votre plus haute montagne, notre “Mont Pico”, à onze degrés sud et à quarante degrés ouest. La taille approximative est de deux cent quarante miles nautiques. Ça vous va ? Est-ce que cela correspond à ce que vous attendiez.

— Hélas, oui ! Lui dit l'astrologue, nous attendions à peu près cette valeur, vu de la taille de Arcturus. Ça va faire un trou de trois mille six-cents stades au fond de l'océan, dit-il au roi, c'est énorme. Notre pays n’aura aucune chance de s’en sortir. La distance, par contre, nous laisse à peu près vingt minutes de répit entre l’impact et les premiers tremblements chez nous.

C'est en ce moment que Armand, curieux à entendre des voix qu'il ne connaît pas, entre dans l'habitacle et reste bouche-bée devant la scène qui se présente à lui.

— Que se passe-t-il ici ? Demande-t-il sans s'adresser à quelqu'un en particulier.

— Papa, lui dit Angélique, je te présente les amours de Julien et moi : Ussa de Bel-Ra et Leith Ajahel, et puis les parents d'Ussa, le roi Pâris de Bel-Ra et sa femme Séléné, l'autre homme est un savant, un astronome et physicien. Tu n'as pu qu'entendre leur voix il y a quelques jours, maintenant tu vois à quoi qu'ils ressemblent physiquement.

— Bonjour à vous, leur dit Armand.

— Les zones blues là sur votre carte, dit l'homme, ils représentent quoi ?

— Ce sont les zones à moins de deux cents mètres, lui répond Armand. Ce sont ces zones qui ont été au-dessus le niveau de la mer à votre époque.

— C'est quoi un mètre, demande le roi ?

— Un peu plus que trois pieds, lui répond le physicien, j'ai fait le même réflexe quand Leith me parlait de mètres. Ce sont leurs mesures, ils ont ramené le tout en unités de dix.

— Votre niveau de la mer est à peu près cent vingts mètres plus bas que le nôtre, ajoute Angélique, la mer va donc forcément monter d'autant. On croit que c'est sur une centaine d'années, mais je n'en suis pas sûre. Tenez-en compte si vous construisez vos nouveaux cités.

— Comment sais-tu ça, lui demande son père ?

— Mais, c'est simple, lui dit sa fille, tu te souviens de l'accident de l'Erika ? Toutes les plages pollué par le pétrole ? Alors pour remettre du sable neuf sur la plage, ils l'ont cherché entre cent et cent trente mètres de profondeur. S'il y en a du sable de plage là en dessous, signifie automatiquement qu'il y a eu une plage et donc une côte. La différence correspond donc à la montée des mers. Ce qu'on ne sait pas, c'est en combien de temps. Ce monsieur Otto H Muck parle dans son bouquin d'une centaine d'années, mais il n'y a aucune preuve de cela. C'est une estimation raisonnable de sa part, mais c'est tout.

— Tu es encore loin de chez nous, demande Ussa à Angélique ?

— Non, ça va, on est là et vous êtes là, dit-elle en désignant les endroits sur la carte de navigation.

— Un jour et demi, deux tout au plus, dit Armand, on a bien avancé. On sera symboliquement chez vous à l'heure “J”, même si j'ignore comment Angélique compte faire le reste. Elle est convaincue que ce sont nous qui viendrons chercher Ussa et Leith. J'ignore comment, mais je connais ma fille assez bien pour savoir si elle dit que quelque chose va arriver, ça arrivera à coup sûr. N'est-ce pas ma chérie ?

Mais Angélique s'est éclipsé pour aller chercher quelque chose dans sa cabine et revient avec une carte d'identité. Avant que quelqu'un a pu lui demander la raison, c'est elle qui s'adresse à Pâris et lui demande :

— Eh ! Pâris, ceci s'appelle une carte d'identité. En faites un pour Leith, Ussa et Pénélope. Ils en auront besoin.

— Quelle langue veux-tu qu'on y met ? Car je crains que notre langue ne soit pas comprise par les autorités de ton pays, car c'est bien pour eux que tu veux cette carte, n'est-ce pas ?

— Oui, c'est ça, lui répond Angélique, il vaut mieux avoir des papiers d'identification avec soi par ici.

— D'après que j'ai pu comprendre les récits de ma fille, lui répond Cécile toujours surprise que le tutoiement est mutuel, ce sont probablement l'hébreu, les hiéroglyphes égyptiens et le grec.

— Le grec, interroge Pâris, vous voulez dire la langue des helléniques peut-être.

— Oui, c'est ça, lui répond Cécile, nous disons les grecs.

Les discussions deviennent ensuite, malgré les hésitations des parents d'Angélique et Julien, un peu plus familier. Les jeunes discutent entre eux, pendant leurs parents échangent des informations concernant leurs sociétés respectives, leurs activités professionnelles et autres. L'astrologue a, surpris que l'astrologie n'est utilisée qu'en tant art divinatoire, commencé à prendre de renseignements auprès Angélique, qui a allumé son ordinateur entre temps. Leurs dialogues continuent ainsi jusqu'au moment qu'il est temps de quitter le temple. C'est Angélique qui leur lance un dernier au-revoir en disant :

— À après-demain-matin, c'est là qu'on se verra une dernière fois. N'oubliez pas de préparer une valise pour Ussa ! Elle ne pourrait pas le faire elle-même. Dès que vous nous voyez, venez vers nous et amenez tout ce qu'elle à besoin dans sa nouvelle vie. À Plus !

C'est sur ces mots que l'apparence d'Ussa, Leith, le couple royal et l'astrologue disparaît, laissant la place aux parois du voilier.

— Eh bien ! Dit Angélique, la prochaine fois la rencontre sera sûrement en chair et en os, et puis la compréhension sera probablement plus difficile.

— C'est navrant, mais ce sera la dernière fois qu'Ussa verra ses parents vivants, ajoute Julien.


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Abdubu a bien pris soin d'afficher un panneau qu'il fermera pour une période indéterminée et qu'un pot d'adieu sera offert à tout le monde dès le soir venu. À sa surprise et malgré le fait qu'il n'y a eu que peu de clients durant l'après-midi, son estaminet commence à se remplir. Beaucoup font triste mine, car la plupart d'entre eux savent très bien ce qui risque arriver et le sujet du jour est évidemment la possible collision de la comète avec la terre. Même si beaucoup pensent qu'ils vont s'en sortir, ils commencent à le douter. Les journaux ont bien publié une analyse des faits, mais ignorent ce qu'un petit groupe d'initiés sait. Beaucoup d'entre eux pensent, comme les journaux l'affirment, que ce soit comme les deux dernières fois et qu'il suffit de chercher les hauteurs. D'autres pensent que partir ne sert à rien, car, selon eux, toute la terre sera détruite. Les commerçants du quartier, clients réguliers de Abdubu, sont pour la majorité venue avec un petit cadeau et insistent à payer un tourné générale de leur part. Beaucoup de ces boutiquiers font comme Abdubu et Pénélope le font : ils ferment dès ce soir. Abdubu voit soudainement un transporteur, servant d'ordinaire au transport des chevaux, s'arrêter devant son bistro et y descendre Pénélope. C'est ce qu'il croit en tout cas.

— Bonjour mesdames, bonjour messieurs, dit-elle et jette un regard circulaire pour s'adresser à Abdubu : c'est toi Abdubu, n'est-ce pas ? Ma cousine t’a bien décrit, on ne peut pas se tromper. Pour décrire des beaux mecs, elle ne se goure jamais. Oh ! Avant que je l'oublie, je m'appelle Félicité. Je suis sa cousine et je viens te chercher après ce verré. Tu peux charger ton fourbi dans le transporteur et ne crains rien, je l'ai nettoyé. Elle n'est pas encore là ? Ma cousine ?

— Bonjour, lui dit Abdubu le regardant attentivement de la tête aux pieds et répond : Pénélope peut venir d'un moment à l'autre. Elle vient de fermer sa boutique, car je l'ai aidé à mettre ses panneaux de protection.

— Je n'ai rien vu, quand je passais tout à l'heure chez elle. C'était fermé et elle ne répondait pas à la sonnette.

— Elle est peut-être dans l'appartement de Leith, dit Abdudu, il va aussi déménager. Je crois qu'ils ont prévu de revenir chercher ses trucs demain matin.

— Oui c'est ça, lui répond Félicité. Elle veut tout mettre en sécurité chez nous. Elle a raison, on ne sait jamais. On partage avec quatre familles un ancien bunker militaire, c'est là qu'on entrepose nos matériels. Ce soir on va prendre chez toi tout ce que tu veux prendre avec. Car j'imagine que t'en as des choses à prendre. Tu ne veux quand même pas laisser tes bonnes choses ici. On risque d'en avoir cruellement besoin.

Ils entendent la porte qui s'ouvre, regardent et voient Pénélope entrer accompagné de Leith.

— Salut tout le monde, dit Pénélope.

— Salut à tous et toutes, ajoute Leith.

— T'étais où, demande Félicité à Pénélope, je t'ai cherché à la boutique, mais tu n'étais plus là. On te croyait chez Leith pour ranger ses affaires.

— Non, lui répond-elle, je suis parti le chercher au palais. Il fait partie de l'équipe et voulut bien venir prendre un pot avec nous.

— Et Ussa, tu ne l'as pas pris avec toi, demande Abdubu à Leith ?

— Non, elle serait venue si j'insistais, mais c'est peut-être trop dangereux. Il y encore des zozos appartenant au Bezlebubs dans la nature et on ne sait qu'ils sont capables. Déjà pour demain elle a insisté à venir chercher nos affaires. Moi je ne suis pas d'accord qu'elle vient, même avec la protection de la garde royale, mais elle y tient.

— Tu pars où, lui demande Pénélope, est-ce que tu viens avec nous, ou pars-tu avec la famille royale. Tu es apparemment toujours convaincu que tu vas rejoindre ta belle gauloise, n’est-ce pas?.

— Oui, lui répond-il, même si j'ignore comment. Je vais sûrement rejoindre le vaisseau royal avec Ussa si le voyage ne se fait pas, je lui dois ça.

— Tu as de la chance, toi. D'en plus qu'Ussa semble très entiché de son frère, n'est-ce pas ? Mais dit-moi, si ce voyage ne se fait pas ou s'il y a un raté, tu t'en occuperas d'Ussa ?

— Mais bien sûr. C'est d'ailleurs ce que j'ai dû promettre à Angélique, lui répond Leith.

— C'est quoi cette histoire de voyage, lui demande Félicité ?

C'est alors que Leith lui narre ce qu'il est arrivé. Le contact initial par rêve interposé, puis l'entrevue dans le temple d'Ozin, jusqu'au celui de tout à l'heure. Pénélope juge utile d'y ajouter des commentaires et de narrer son rêve où elle se réveillait en piteux état dans un hôpital ayant des appareils inconnus. Elle est sûre que ce rêve se situait au pays de la gauloise, mais est beaucoup moins sûr que ce rêve se réalise vraiment. Ce qu'il lui enchante moins, c'est le fait que cette hospitalisation est sûrement précédée d'un accident grave. Elle espère que ce rêve ne signifie rien, comme d'habitude. Elle garde cependant en arrière tête la description d'un bel homme, le papa d'une copine à Angélique, faite par elle, mais se garde bien de le dire. Pénélope et Leith vont ensuite dire, chacun de son côté, bonjour aux différents habitants et commerçants du quartier, qu'ils connaissent bien. Beaucoup de gens se souhaitent bonne chance et bon voyage. Il s'avère que beaucoup d'artisans figurent sur le plan d'évacuation. Les personnes âgées, par contre, ne veulent plus partir. Pour la plupart attachée à leur ville. D'autres vont rejoindre leur famille à la campagne. Leith et Pénélope ne se sont pas aperçus que Félicité a commencé entre temps à donner un coup de main à Abdubu. C'est Leith qui remarque tout à coup que Abdubu à une aide qui ressemble à méprendre à Pénélope et dit à voix basse :

— Tiens Pénélope, regarde, ta cousine a réussi à séduire Abdubu. Elle l'aide à faire le service.

— T'en mieux pour les deux, répond-elle.

Plus tard, quand la salle commence à se vider, Leith et Pénélope proposent à Abdubu de l'aider à charger le transporteur. Pendant que Félicité continue de s'occuper des derniers clients, Leith et Pénélope commencent à charger les biens de Abdudbu dans le transporteur à chevaux des Axarz. Un peu plus tard, c'est Leith qui, ne voulant pas trop tarder, car il compte rejoindre Ussa et ses parents pour passer la soirée avec eux, prend congé de Pénélope, sa cousine Félicité et Abdubu en donnant rendez-vous pour le lendemain devant la maison de Amilius.


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La nouvelle disparition d'Ussa.

Ussa et Leith se sont levés plus tôt et se trouvent seuls dans la salle à manger. Séléné, la maman d'Ussa, est déjà partie rejoindre une association caritative qui a voulu s'occuper dans le cadre du plan d'évacuation des cas difficiles. Spécifiquement ceux qui ne peuvent pas partir. Elles, car cette association est composée presque uniquement de femmes, se chargent du suivi de ceux qui ne croient plus rien et ont perdu confiance en leur religion, ainsi que ceux qui n'appartiennent à aucune religion. Ussa est assez contente de se trouver avec son faux frère et vrai compagnon de toujours. Ils ont projeté d'aller chercher les affaires de Leith et ceux qui restent au grenier de la demeure de Amilius, appartenant maintenant à Leith. Ils attendent en fait l'arrivée du transporteur avec chauffeur, pour se rendre ensuite accompagnés de deux gardes au bureau de Amilius. C'est Leith le premier à rompre le silence qui s'est installé pendant qu'ils prennent leur petit-déjeuner.

— Je ne suis toujours pas d'accord que tu viennes avec. C'est trop dangereux. On ne sait jamais. Je suis d'accord avec le préfet, qui croit que tu cours un danger de rapt. Ils peuvent essayer de te capturer pour extorquer un sauf-conduit. Tu devrais rester ici.

— Mais Leith, l'homme courageux de l'autre jour, a-t-il tout à coup peur ? On ne risque rien ! Il y a des gardes avec nous et il y en a au bureau.

— Je ne sais pas, mais j'ai un étrange pressentiment. Je n'oserai plus me présenter devant tes parents s'il t'arrive quelque chose. Je vais sûrement mettre tout en oeuvre pour te libérer, mais je t'avoue que je n'oserai plus me présenter au palais en pareil cas.

— Ne me dis pas ça ! Tu n'as pas droit de faire cela. Ils ont d'autant besoin de toi, que toi d'eux. Promets moi que tu ne fuis pas. Contacte au moins Ajax ou Pénélope si tu es dans la peine. Ils s'en occuperont et s'occuperont de toi.

— Prends au moins un micro-espion avec toi et met le là, dit-il en désignant ses seins. Ça permet le repérage à Ajax. C'est comme ça qu'on peut te repérer en cas de rapt. Tu ne seras sûrement pas en mesure d'appeler au moyen de ton communicateur. Cache-le aussi.

— Prends-en toi-même également, on ne sait jamais. Je vais demander la garde d'en chercher deux.

Pendant qu'un membre de la garde va chercher les deux appareils de surveillance, les deux amis descendent l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée où ils attendent le transporteur avec chauffeur. Les deux gardes censés les accompagner sont déjà là et ont rangé les différentes malles de transport sur le perron du palais. Tout à coup Ussa perçoit que Leith a commencé à trimballer une relatif grosse valise avec lui, qu'elle reconnaît à être le sien.

— Que fais-tu avec ma valise ? Je ne pars pas encore !

— Mais, dit-il, je respecte les consignes, fait aussi bien par tes grands-parents que par Angélique. J'ignore moi-même pourquoi, mais il semble que ce soit important. Tu te ne souviens plus ce qu'ils nous ont dit ?

— Oui, bien sûr. Mais je n'ai pas compris pourquoi.

La discussion ne va pas plus loin, car le transporteur est venu entre temps. Leith trouve le fait, que la garde royale ait loué un véhicule avec chauffeur plutôt qu'utiliser un des leurs, un peu suspect, mais ne veut pas inquiéter Ussa davantage. Les malles, qui contiendront du matériel à être transporté plus tard au port de Amaki, ont déjà été chargées. Ussa et Leith prennent place dans le véhicule, ainsi que les deux gardes. Leith est, en descendant vers le bureau de Amilius, un peu peiné de voir tant de boutiques fermées. Passant devant l'estaminet “Les Jardines”, Leith est envahie d'un étrange sentiment de tristesse en voyant les stores baissés et la grille de protection devant la porte. Les stores de l'appartement de Abdubu sont également baissés, signifiant qu'il est bel et bien parti avec Pénélope et Félicité en direction du haras des Axarz. La boutique de Pénélope, qui se trouve non loin du bureau, a aussi les panneaux de protection confectionnés autrefois par les Macs. Les gardes ont entre temps déchargés les malles et veulent commencer à les charger, car il y a encore du matériel du maître à être transporté au palais et ramené plus tard au port. Leith et Ussa descendent avec leurs valises et vont d'abord dans l'appartement de Leith.

— Qu'est-ce que tu veux prendre, lui demande Ussa, tes fringues ?

— Oui, répond-il à elle, mais aussi ces livres-là. Ce sont mes bouquins d'étude et j'y tiens.

Leith commence entre temps à remplir sa valise à lui et ajoute aussi quelques effets personnels dedans. Des souvenirs surtout.

— Mais qu'est-ce que tu fous avec ses bibelots sans valeur, lui demande Ussa ?

— Laisse-les moi, ils ont une grande valeur sentimentale pour moi. Tu devrais en prendre avec aussi. On ne sait jamais. Si on va vraiment chez Angélique, ce seront les seuls souvenirs que nous aurons.

Une fois terminée à charger les valises, ils descendent vers le bureau d'Amilius, où ils entrent sans soupçonner les changements qui ont eu lieu entre temps. Leith, respectant la consigne de ne jamais quitter les valises, les pose à l'entrée et ce sera la dernière chose qu'il se souvient.


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Quand Leith se réveille, la première chose qu'il voit c'est Pénélope qui est penché sut lui et demande :

— Mais qu'est-ce que tu fous là à dormir devant la porte du bureau de Amilius. À propos, où sont-ils, les gardes ? Je ne les vois pas !

Leith, qui a la tête lourde, ne répond pas. Il regarde tristement autour de lui et commence à pleurer. Pénélope, peiné de voir un grand garçon, presque un homme, pleurer ainsi, se met à côté de lui, met son bras sur son épaule et cherche à le consoler.

— Ne pleures pas mon gars. Je devine, ils ont capturé Ussa, n'est-ce pas. Tu te sens terriblement coupable, n'est-ce pas. Je parie que c'est Ussa qui voulait absolument venir avec. J'en suis sûr que tu as essayé de l'en dissuader. Mais attends, je vais appeler tout de suite Ajax. Il sait peut-être où ils vont avec elle.

Elle monte dans l'ancienne boutique de Amilius et constate que les gardes royales présentes ont tout été neutralisées au moyen du chloroforme. L'odeur y est encore assez forte qu'elle doit sortir de suite pour ne pas sombrer aussi. Elle décide de prendre Leith avec elle et lui demande :

— Ce sont ces valises que tu dois prendre avec toi ?

— Oui, dit-il avec une petite voix.

— Alors, aide-moi à charger ton fourbi de ton appartement et le mien. Ça tombe bien que j'aie un homme pour m'aider. C'est après qu'on part chez nous au haras. Tu pourrais passer la dernière journée avec notre famille et la tienne. On a décidé de la passer ensemble. C'est sûr, hé. Tu viens avec nous ? Non ?

— Je ne sais pas, j'ai dû promettre à Ussa d'aller avec sa famille. Elle est persuadée qu'ils auront besoin de moi, si lui arrive quelque chose de terrible.

— Tu sais Leith, on verra ça demain matin. On les contacte et s'ils y tiennent on va te transborder au vaisseau royal. En attendant, tu viens avec nous passer une dernière journée avec ma famille et la tienne. Tu les dois ça aussi. Ussa a beau te prendre pour son demi-frère, mais toi, tu as encore une famille qui t'aime. Tu as tes parents, tes grands-parents et tous tes neveux, nièces, cousins et cousines. On va faire une fête d'adieu et après on se rend au bateau à cheval en passant à travers champs. Il vaut mieux, car tu verras, toutes les routes seront bloquées dès l'après-midi. Tu sais, je me suis déjà levé très tôt ce matin, car je viens du port où j'ai chargé notre bateau. Tes valises et celles d’Ussa, on les prend avec nous dès minuit. C'est à minuit qu'on va en direction du port. On prend un ou deux chevaux avec pour porter les bagages. Ensuite les animaux rentront tout seuls, ils connaissent le chemin. Alors, tu viens m'aider ? Viens mon garçon, ne regardes pas tes pieds, regarde le ciel. Où il y a de la vie, il y a de l'espoir.

— Oui, dit-il encore avec une petite voix, il faut que je m'y fais. Je l'ai promis.

— Mais, qu'est-ce que tu as foutu avec ces valises ? Elles semblent lourdes, mais ne le sont pas.

— Oh ! Elles contiennent que des vêtements et quelques bibelots. Puis, j'ai reparti les livres les plus lourds sur les trois valises de telle sorte qu'elles flottent une fois tombée à l'eau. C'est ce qu'Angélique nous a demandé, t'en souviens ?

— Ah oui, j'aurai presque oublié. Je m'en souviens maintenant. Mais, demande-t-elle, ce n'était pas la voyante qui disait ça ? Tu sais, comment s'appelle-t-elle déjà. Quelque chose avec Mo.. ou ..ique..

— Monique, lui dit Leith, c'était quand on était chez toi au grenier. Elle travaille avec une boule de cristal, comme celle qu'a bricolé Ussa.

— Bon, tu viens maintenant, j'ai besoin les bras forts d'un homme !

Ils mettent quand même du temps pour tout charger de l'appartement de Leith, car il a pu cumuler, malgré qu'il n'ait eu qu'un appartement meublé, un tas de choses pendant les années qu'il y habitait. Ils montent ensuite à l'appartement de Pénélope où ils déménagent ses objets qui lui tiennent à coeur, ces vêtements, quelques livres et, pour ne surtout pas les oublier, ses échantillons des herbes, de terre et autres nécessaire pour son travail. Elle les met dans une valise spécialement conçue à cet usage, mais, comme elle le dit, cette valise ne flotte pas. C'est après avoir pris ces principaux outils de travail, qu'elle a mis également dans une valise, qu'ils se mettent en route vers le domaine des Axarz, où toute la famille de Pénélope et Leith les attendent déjà. C'est sa mère qui le salut en premier :

— Bonjour mon garçon, merci d'être venu passer la dernière journée avec nous. Nous craignions déjà que tu ailles la passer au palais royal avec Ussa. Où est-elle en fait ? Tu ne l'as pas emmené avec toi ?

En voyant que Leith a de nouveau des larmes aux yeux, elle se doute qu'il s'est passé quelque chose de grave. C'est Pénélope, finissant tout juste une conversation avec Ajax, qui répond à sa place :

— Hélas Hélène, on vient de la ville et c'est là que j'ai trouvé Leith inconscient sur le pas de porte du bureau du Maître Amilius. Il était venu là avec Ussa pour récupérer leurs affaires et je n'ai trouvé que Leith. Les gardes ont été neutralisées. Je viens de parler à notre détective, il va s'en charger. Il informera également le roi.

— Alors, tu passes le dernier jour avec nous, lui demande son père. C'est sympa mon garçon. Mais ? Dit-moi ! Ce voyage, tu y crois toujours ? Tu comptes toujours rejoindre ta gauloise ?

— Oui, lui répond Leith, ce sont trois personnes différentes qui m'ont affirmé que ce voyage se fera.

— J'espère pour toi mon garçon, lui dit sa mère. Tu trouveras sûrement une meilleure condition de vie que ceux qui tenteront de construire une nouvelle société sur le continent.

— Qui sait, dit Félicité, elle est peut-être une lointaine descendante de nous, car c'est bien par là qu'on y va. Abdubu m'a tout expliqué, tenté en tout cas, car je ne me connais pas en navigation. Par contre, ce qu'il ne comprend pas, c'est que l'endroit que tu as décrit existe, tu sais, les falaises de la Gaule tout près d'une grande rivière. Le hic, c'est qu'il est à quatre cents miles nautiques à l'intérieur des terres. D'en plus tu as bien dit qu'elle fait de la natation et de la voile sur une sorte de planche au bord de la mer là où elle habite.

— Ce n'est peut-être pas aussi compliqué, lui dit Ilos, le père de Leith, le climat se chauffe rapidement et dans une centaine d'années le niveau de la mer augmentera de trois cents à quatre cents pieds. Il ne fallait pas tout foutre en air, comme l'on a fait ce dernier demi-siècle. Il fallait continuer à vivre en harmonie avec la nature, la respecter et ce réchauffement ne sera pas arrivé.

Les familles commencent alors à organiser leur petite fête d'adieu, car, à ce qu'il paraît, il y a aussi des membres de la famille à Leith qui joindront les vaisseaux d'évacuation. Ils ont d'ailleurs déjà fait plusieurs voyages de jeunes arbres prêts à planter. Ils attendent maintenant qu'on vient les chercher. Ils partent, si tout se déroule tel que prévu, avec un convoi de l'armée entre minuit et une heure du matin. Ce sont les membres de la famille à Pénélope, les Axarz, qui partent en même temps, mais à cheval et en travers champs. Jusqu'à là, les deux familles fêtent le départ de leurs enfants et il y a même certains voisins qui sont venus leur dire bonne chance. Les membres des deux familles qui ne partent pas affirment de vouloir finir leurs vies en prière au temple d'Ozin.


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Pâris de Bel-Ra a, contrairement à ce qu'on aurait pu croire, beaucoup de travail avec le plan d'évacuation. Assen-Ni, le préfet, et Ax-Tell, le chef de la police, font ce qu'ils peuvent, mais le rôle central reste quand même lui. C'est vers la deuxième moité de la matinée qu'il regarde l'heure et s'étonne de ne pas avoir vu rentrer sa fille et Leith accompagnés de leurs deux gardes. Il tente de les appeler aux communicateurs, mais ces derniers semblent être éteint. Inquiet, il appelle ses gardes et décide de se rendre à l'endroit où elle et son compagnon se sont rendus. En attendant le venu de son véhicule personnel, il fait vite un tour dans les appartements, juste pour voir si les deux jeunes sont rentrés sans qu'il ait remarqué. Ce qu'il n'est pas le cas. Soudainement un étrange pressentiment lui prend et il craint non seulement pour sa fille, mais surtout pour la pauvre Séléné qui s'est à peine remis de la précédente épreuve. Il décide donc d'aller voir son médecin et lui informer qu'il doit se préparer à un suivi psychologique. En descendant la rue avec son véhicule, il regarde le spectacle désolant et peu enviable de la vieille ville où il y a normalement de l'animation avec ses petits commerces. Plus de deux tiers des stores sont baissés. Il voit que même le petit café où Leith avait ses habitudes n'est plus ouvert, ainsi que la boutique de l'esthéticienne. Arrivé devant l'ancien bureau du maître, il constate qu'il y a quelque chose d'anormal. Le transporteur, loué ce matin par la garde royale, n'est plus là. Il voit à l'intérieur quatre gardes allongés par terre, dont certains ont des ecchymoses sur la tête et ailleurs. Il demande à ses gardes, car sortie du bureau en se sentant bizarre, d'appeler immédiatement les services de santé et de la police scientifique. Les malles censées être remplies, ne le sont qu'à moité et toujours là. Les valises à Ussa sont comme elle et Leith ; disparus. Ce qu'il craint surtout, c'est que les ravisseurs ignorent combien de temps qu’il leur reste jusqu'à la catastrophe. Il sait très bien, qu'ils veulent extorquer un sauf-conduit et que l'armée est très bien capable de libérer sa fille. Mais le facteur temps joue contre eux et c'est cela qu'il craint le plus. Il espère que les deux jeunes ne paniquent pas et ne se laissent pas faire. En attendant le venu des services de santé et la police, il commence, aidé par les gardes, de servir les gens venus présenter leurs dossiers pour le plan d'évacuation. C'est là qu'il se rend compte du désarroi de ses citoyens. Beaucoup s'interrogent sur pourquoi et se sentent être lâché par Ra. Puis il y a ceux qui accusent les Sanieds d'avoir modifié la trajectoire de Arcturus et cela pour se venger de la guerre menée par la fédération. Pour le roi, cependant, cet argument ne tient pas debout, car il fallait modifier la trajectoire il y a cent trois ans. Or, à cette époque la fédération avait de bonnes relations avec eux. La guerre date depuis la prise de pouvoir par Ra-Ta et son ambition de vouloir contrôler le monde entier ; militairement et économiquement. C'est pendant qu'il sert ses citoyens, qu'il reçoit une communication de son détective préféré ; Ajax.

— Bonjour votre excellence, je crains avoir une mauvaise et une bonne nouvelle pour vous.

— Dit-moi d'abord la mauvaise, je crois le deviner.

— En effet, sire. Il s'agit d'Ussa, elle a été capturée et se trouve en ce moment non loin du temple d'Ozin.

— Comment le savez-vous ?

— Elle a pris, par précaution, un micro-espion sur elle et c'est lui qui nous a indiqué l'endroit. Mais nous ne pouvons intervenir que soirée venue. C'est un endroit isolé et trop voyant pendant la journée. Ce ne sont que les moines du temple qui l'ont pu visiter. Les ravisseurs ignorent qu'ils travaillent pour nous.

— Et Leith, son compagnon, il est où, lui ?

— Il est en état de choc chez sa famille et celle de Pénélope, l'esthéticienne. Il se fait beaucoup de soucis. Il a de la peine pour vous et se fait pleins de reproches. Je vais le visiter un peu plus tard. Il a prévu de passer une dernière soirée avec sa parenté et celle des Axarz. Ils vont ensuite rejoindre leur bateau. Ils conduisent Leith, si possible à votre vaisseau, avant de partir vers le nord.

— Vous croyez qu'on, ma femme et moi donc, doit les faire une visite ? Je crois qu'on doit ça à Leith. Ça me fait du baume au coeur qu'il se soucie de notre peine à cause d'Ussa et il n'y a aucun reproche à se faire. Il est son ami et non pas garde de corps.

— Sûrement ! Il a lui-même besoin de votre soutien sire, c'est mutuellement.

— À tout à l'heure devant le haras des Axarz.

— À tout à l'heure sire.

Pâris se souvient soudainement de ce qu'Angélique lui a demandé la veille. Il décide d'envoyer un membre de la garde au palais avec la mission de s'en occuper. Il pourra ainsi remettre ces pièces d'identification à Leith et Pénélope, ainsi une pour leur fille. Il se souvient en effet, qu'il fallait remettre tout ce qui est important pour Ussa à Leith, même s'il ne comprend pas la raison. Ce n'est pas seulement Angélique qui a insisté sur ce fait, mais aussi ces beaux-parents. Le service de santé, venu entre temps, a commencé à ventiler les locaux et à transporter les victimes de l'agression à infirmerie du palais. Il n'attend que la relève des gardes qui continuent de prendre en charge les gens venus avec leurs dossiers. Après, il doit aller au palais pour commencer une très dure tâche : informer sa femme Séléné. Il espère qu'elle sera courageuse, ne perd, comme ses parents le lui ont suggéré, pas l'espoir et que tout ira bien en dépit des apparences.


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Ajax a, comme il a promis à Pénélope, rejoint sa famille au haras. Ce n'a pas été simple pour lui de trouver l'endroit. Il s'est trompé plusieurs fois, malgré les explications détaillées de Pénélope et la mention du domaine des Ajahel. Quand il entre au domaine des Axarz, rien ne laisse présager qu'ici les gens se préparent à l'exode. Même si Arcturus n'est qu'une toute petite étoile visible à l'oeil nu, nul se pourra, si on ne le sait pas, se douter que ce petit point dans le ciel, s'avère être une étoile tueuse qui a fixé son rendez-vous pour le lendemain tôt le matin. Ajax regarde autour de lui et voit les différents boxes où on continue de s'occuper des chevaux comme si rien n'était. Il cherche en fait l'endroit où la réunion a lieu, car Pénélope lui a bien dit qu'il y a beaucoup de monde. C'est quand il veut s'adresser à une des personnes qui soigne un cheval dans son box en ce moment-là, que Pénélope vient à son encontre et lui dit :

— Salut mon pot, tu as pu nous trouver ?

— Alors, tes explications ! Je me suis gouré plusieurs fois. J'ai dû demander à des personnes et ils m'ont envoyé en arrière. J'étais beaucoup trop loin. Tu n'habites pas si loin de la ville.

— Mais toi alors, il n'y avait pas plus simple. On est ici sur la route principale en direction de Ozin et il suffit de s'arrêter juste avant le domaine arboricole des Ajahel, ce sont les seuls à tailler les arbres ainsi. Mais viens, ce n'est pas grave. Tu as pu trouver et c'est ça le principal. Viens conforter Leith. Le pauvre se fait des reproches inimaginables. Je suis sûr que tu arrives à libérer Ussa, n'est-ce pas ?

— Oui, c'est bien pour ça que je suis venu. Je compte y aller dès que le soir commence à tomber. Tu sais, l'endroit où elle est, est assez bien dégagé et facile à surveiller. Seul les moines du temple ont pu y entrer sans être suspects. Ils ont pu parler à Ussa et heureusement qu'elle parle l'égyptien. De sorte ils l'ont pu suggérer d'attendre qu'il commence à faire nuit avant d'essayer à s'évader. Cet ancien monastère a, elle le sait, une sortie secrète. Mais elle ne pourrait pas tenter de sortir avant la nuit, sinon elle se fera repérer. La police et l'armée sont dans les environs et dès qu'elle est sortie et en sécurité, l'ordre d'assaut sera fait. Je te garantis qu'il y aura quelques voyages d'un simple-cours vers le royaume de Ra. On sait également qu'ils ont substitué le chauffeur du transporteur que la garde avait loué ce matin. Le véhicule a été d'ailleurs déclaré volé.

— Les types qui logent au “Bel Horizon”, qu'en fait-on ?

— Bon, un est mort et l'autre on vient de l'arrêter avec ses lieutenants. On les a mis au frais pour une période indéterminée, si tu vois ce que je veux dire.

Ils viennent entre temps à l'endroit ou la fête se déroule. C'est une grange qui a été nettoyée et aménagé pour l'occasion. Quand ils entrent par les grandes portes, Ajax voit Leith en compagnie de deux personnes qui sont visiblement ses parents, car la ressemblance est frappante. Il va vers eux et s'assoit à côté de sa mère sur le banc et se présente. Les parents de Leith se présentent à leur tour et déclarent être peiné par ce qu'il est arrivé à Ussa. Ils sont, contrairement à leur fils, plus optimiste et croient à une issue favorable, ce que confirme Ajax. Il continue à bavarder un moment avec Leith et ses parents, qu'une excitation soudaine se répand parmi les personnes présentes et pour cause. Dehors viennent s'arrêter deux véhicules de transport et d'un sort le roi lui-même. Il se dirige d'abord vers la maison d'habitation, mais voit que Pénélope vient à sa rencontre qui le salut :

— Bonjour votre excellence, soyez bienvenue. Votre épouse n'est pas venue avec vous ?

— Bonjour ma chère, répond-il, la voilà.

— Bonjour Pénélope, lui dit elle, comment allez-vous ?

— Moi ça va, c'est Leith qui ne va pas bien. Il se fait en sang d'encre. Il n'a même pas osé vous contacter. Il se sent coupable et responsable de ce qu'il est arrivé.

Ils se dirigent silencieusement en direction de la grange où les convives se trouvent. Une fois entrée, le roi et sa femme saluent tout le monde présent et vont vers l'endroit où il se trouve Leith et ses parents. Il fait signe à Pénélope de les rejoindre et sort de sa sacoche trois documents plastifiés comme Angélique l'a demandé. Il leur dit :

— Voilà les documents indispensables pour rejoindre vos amours. Ma chère Pénélope, ne vous étonnez pas, vous en aurez besoin. Même si j'ignore, comme vous, de la manière dont vous deux allez rejoindre, accompagné de ma fille, le royaume où vit Angélique, ces documents vous y seront indispensables. Cette exemplaire est celle d'Ussa et doit lui être remis par Leith. Ne me demandez pas pourquoi, tout ce que je sais, c'est que cela apparaisse très important aux yeux d'Angélique et de mes beaux-parents qui ne sont, comme les miens, plus de ce monde comme vous le savez.

— Mais, lui répond Pénélope, je n'ai pas la moindre intention de les suivre, même si je meurs d'envie.

— Hélas ma chère, j'ai une information confidentielle, fourni par mes beaux-parents, que vous y allez également.

— Oh ! Ce sera mon rêve qui se réalise, demande-t-elle ?

Ce qu'elle ne voit pas, c'est que Leith change la couleur de son visage et devient tout blanc, car lui, il se rappelle trop bien ce qu'Ussa leur avait narré la veille et se doute d'un accident grave. C'est Séléné qui sauve la situation :

— Mais tu trouverais sûrement un bel homme là-bas. Si Ra t'envoie là-bas, c'est que quelqu'un t'attend. Je suis sûre que tu vas rencontrer quelqu'un, comme Leith et Ussa l'ont fait.

Pénélope voit que certains de ses voisins sont partis avec les gardes venues avec le deuxième véhicule et demande :

— Vous cherchez encore des choses ?

— Oui, lui dit Pâris, on a voulu prendre des semences en sacs étanches. J'ai donné l'ordre aux gardes de faire le tour des paysans et d'en prendre le maximum. Les semences ne seront plus d'aucune utilité ici et les gens le savent bien. J'ignore comment et combien de temps qu'on doit tenir, mais je prends la précaution d'en prendre le maximum avec. On risque avoir plusieurs années très très très difficiles à vivre. Tout sera à recommencer. Je me doute même si notre descendance soit en mesure de transmettre notre savoir et notre sagesse à leurs enfants.

C'est après que le roi va s'entretenir un peu partout et avec tout le monde avant de revenir à table avec les parents de Leith. Il se félicite qu'il n'y a pas trop de problèmes dans son pays, comme c'est le cas dans l'état voisin, Alta. Là il y a des échauffourées un peu partout et la capitale a été, d'après ses informations, complètement mis en sac par des pilleurs. Il a un petit pincé au coeur pour ce prince brave qui fait, envoyé là-bas, ce qu'il peut depuis Ra-Ta a mis les tubes. La preuve ; on a plus d'émissions en provenance de Poseidia au Bioscope. Les émissions de quatre autres sur les dix états ont cessé aussi depuis quelques jours déjà. C'est après avoir discuté un moment, qu'ils se perçoivent que Ajax a disparu. C'est Pénélope qui exclame :

— Ça alors, Ajax s'en va sans dire au-revoir.

— Mais non ma belle, lui dit Ajax, qu'est-ce que tu crois. J'étais dehors avec Félicité et Abdubu pour voir par où on doit se rendre. Je ne suis pas sûr que je puisse venir avec toi. Je vais donc rejoindre Jason avec son yacht et on se met, je sais que c'est très risqué, au milieu du lac et on attend là que le pays sombre. Il suffit de partir après.

— C'est ça, lui dit le roi, j'ai fait circuler un document allant dans ce sens. J'ai invité tous ceux qui ont un bateau de faire cela et de venir rejoindre notre armada après. On aura ensuite à peine une journée pour se protéger contre le gros temps. Selon mon homme de science attitré, on va avoir une quantité de pluie millénaire pendant une à deux semaines seulement.

— C'est aussi grave que cela, lui demande Hélène, c'est inimaginable. Il ne restera rien que de la boue après.

— Hélas oui, chère dame, lui dit Pâris, c'est pour cela qu'on prend des jeunes arbres prêts à planter et des semences avec.

— Alors, dit-elle, les sept fléaux n'ont pas menti.

— Non maman, lui dit Leith, c'est bien ça. D'ailleurs, Angélique le confirme. Tous ces récits en parlent. Elle nous a dit qu'il faudra éviter le bassin méditerranéen et aller plus au nord ou plus au sud.

— Ou en Égypte comme les hébreux l'ont fait, ajoute Séléné.

— Alors, lui dit Pâris, s'ils attendent là leur guide, ils risquent devoir attendre longtemps.

— Comment ça, lui dit Ilos qui avait écouté silencieusement la conversation, ils attendent bien le venu prochain d'un guide qui va les guider vers les terres promises, non ?

— Je crois, lui répond Leith à la place de Pâris, qu'ils doivent attendre huit mille cinq cents ans.

— Comment ça, dit son père, comment sais-tu ça ?

— C'est Angélique qui m'a parlé de ça. Je lui ai narré le récit des hébreux et elle a pu mettre un nom dessus. Il s'appelle, selon elle, Moïse et naîtra mille trois cents ans avant son ère. Puisque nous sommes grosso-modo à neuf mille huit cents ans avant son ère, faites alors la différence.

— Alors, dit Ajax à Pénélope et Leith, je m'en vais et je ne suis pas sûr si je vous reverrai. Je vous souhaite une bonne chance et bon voyage.

Les amis se font de longues accolades et ont des larmes aux yeux pendant qu'ils se saluent et l'accompagnent jusqu'à la sortie. Le roi, lui aussi, doit partir accompagné de sa femme et fait le salut à tout le monde. Il dit un dernier mot à Leith et Pénélope :

— Si vous n'allez pas partir avec Angélique, assurez-moi que vous allez me rejoindre au vaisseau, n'est-ce pas. Je suis sûr qu'Ussa sera libérée d'ici demain. Ne t'inquiète pas Leith, ce n'est pas ta faute. Tu as bien essayé de lui convaincre de ne pas venir. Alors, fais-moi plaisir et viens nous rejoindre. Pénélope, tu t'en occupes n'est-ce pas. Tu viens avec ton bateau vers le mien et on transborde toi et Leith, ainsi vos bagages et ceux d'Ussa. Allez, à demain.

— À demain Pâris disent-ils en choeur.

Ils accompagnent le couple royal jusqu'à leur véhicule où ils les saluent longuement en les voir partir en direction d'Osuo. Tout le monde entre ensuite d'un coeur lourd, car ils savent qu'ils ne se verront peut-être plus jamais de cette vie40. Ils comptent profiter encore les quelques moments qu'ils peuvent rester ensemble, avant que les partants se mettent en route pour le port et les autres pour le temple d'Ozin où ils veulent finir leurs vies en prière.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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La dernière soirée.

Ussa a la tête lourde. Elle pense que ça vient du produit avec lequel ils l'ont endormi. Si on peut l'appeler endormir, c'est plutôt assommer. Ussa ne se souvient pas du tout comment c'est arrivé. Elle se souvient seulement qu'elle est entrée avec Leith dans le bureau de Amilius, mais c'est tout. Quand elle s’est réveillée, elle se trouvait déjà dans cette petite pièce en entre-sol du monastère. Elle a reçu un peu plus tard la visite de deux prêtres du temple d'Ozin. Ces deux prêtres, revenus la visiter il y a juste un moment avec le prétexte d’apporter quelque chose à boire et manger, l'ont promis de rester en discussion avec les ravisseurs pour faire diversion, de telle qu'elle pourrait ouvrir la serrure. Ils l'ont indiqué où se trouve la trappe et quel chemin qu’elle doit prendre une fois dans les sous-sols. Elle voit que la nuit est tombée entre temps et elle est aux aguets. Elle scrute le moindre bruit en provenance des pièces au rez-de-chausse. Heureusement que les cellules de l'ancien monastère à l'entre-sol sont toujours munies des serrures du même ancien type que la plupart au palais. Elle les connaît par coeur. Puisqu'elle n'entend plus de bruit venant d'en haut, elle se met au travail. Elle se félicite que ses épingles à cheveux sont des modèles solides et conviennent parfaitement pour la délicate tâche qu'elle entreprend. « Merde, » se dit-elle, « ils ont laissé la clef dans la serrure. » Elle tourne la clef délicatement en position verticale et la pousse légèrement dehors la serrure, sans la faire tomber qui pourrait alerter les ravisseurs. « Alors, » se dit-elle « si je lève ce loquet, je pourrais libérer celui en dessous. » Après quelques tentatives infructueuses, à cause d'une serrure un peu rouillée, elle parvient à libérer le mécanisme de verrouillage. Après, il lui faut la force des deux épingles pour pousser le loquet dehors l'assise. Une fois dehors la cellule elle écoute attentivement pour savoir s'il y a danger, mais l'ensemble des ravisseurs semblent dormir. Elle est sûre que les prêtres, qui ont emmené du vin et de la nourriture, y ont mis quelque chose pour les faire dormir un peu. Maintenant elle cherche la trappe, caché dans un placard, comme à la bibliothèque et chez Pénélope. Le mécanisme semble fonctionner de la même manière. Tout à coup, elle revint sur ses pas et ferme la porte de sa cellule à clef, car elle se dit : « C'est ainsi comme une disparition miraculeuse. » En revenant sur le lieu, elle croyait que son coeur allait s'arrêter. Elle entendait un bruit. « Merde, » se dit-elle pour elle-même, « je me suis fait piéger ! » Mais au moment même qu'elle le pensait, elle doit se retenir de toutes ses forces pour pas crier fort, car elle vient de croiser un gros rat. Elle reste là, collé au mur avec un visage virant de rouge au pourpre, ayant de plus en plus de mal de se retenir pour ne pas hurler, en attendant que cette bestiole veuille bien continuer son chemin. Mais sa peine ne s’arrête pas là. C’est surtout quand il a eu la mauvaise idée de venir renifler ses chaussures. Qui est cependant sûr, c’est qu’elle sait maintenant d’où venait cette odeur de vêtements mal lavés. Quand ce gros rat, presque aussi grand qu’un chat, se décide enfin de poursuivre son chemin, elle se dit : « Ouf ! » Arrivé finalement de nouveau sur le lieu où se trouve la trappe, elle actionne le mécanisme et libère l'entrée du couloir en sous-sol. Une fois la trappe refermée, faisant quand même assez de bruit, elle se trouve dans le noir complet. Non seulement elle se sent mal à l'aise, mais a, depuis qu'elle était enfant, une peur insensé de se trouver dans le noir. Elle se rend maintenant compte le courage que démontrent Angélique et Leith. Elle se dit : « S'ils n'auront pas peur, pourquoi moi ? » Elle commence alors à suivre la paroi droite, comme les religieux lui l'ont dit. Elle sait qu'elle n'a pas droit à l'erreur, c'est la deuxième à droite. Ensuite il faut suivre la paroi gauche et derrière la troisième porte se trouve un escalier qui finit derrière l'autel d'une chapelle dédiée à Zeus. Mais pour l'instant, elle n'est pas encore là. Le couloir semble interminable jusqu'au premier couloir partant à droite. Elle se dit : « Ceci était le premier, je dois prendre le suivant. » Elle a l'impression que le couloir, qui n'est pas aussi salle, humide et puant que l'autre, celui qu'ils avaient pris en fuyant la bibliothèque en flammes, tourne légèrement à droite. Elle perd à nouveau contact avec la paroi droite et sait qu'elle doit entrer dans ce couloir. Elle suit, comme les hommes de foi l'ont dit, la paroi gauche, jusqu'à la troisième porte. Elle ouvre la porte et sent l'air frais qui vient à sa rencontre. Au-dessus d'elle il y a une autre trappe, elle l'ouvre. Elle se trouve, comme ils l'ont indiqué, derrière l'autel d'une petite chapelle ouverte aux quatre vents. Elle voit, en sortant de la chapelle, qu'elle se trouve sur la route principale qui va du temple à la gare. Il y a, par contre, un bout de chemin à courir jusqu'aux premières maisons et jusqu'à là, elle risque être vu par ses ravisseurs. Elle commence à courir pour autant qu'elle peut. Elle regrette maintenant de ne pas avoir fait ce qu'Angélique a visiblement fait : maintenir une activité physique pour garder la forme. Ussa a bien du mal à avancer. Soudainement elle perçoit un véhicule, qui vient de lui dépasser, revenir sur elle et s'arrêter à côté d'elle. Elle dit pour elle-même : « Merde, ils sont revenus et il n'y a aucun endroit pour me cacher ! ».


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Ajax se félicite que les véhicules sont équipés de la navigation automatique. C'est ce que ne lui permet pas seulement de saluer longuement les convives de la réunion chez les Axarz, mais aussi de se reposer de l'effet que des cafés accompagnés de cette excellente eau-de-vie vieillie des Ajahel l'ont fait, car il n'est pas resté à la fête sans rien manger ni boire. Une fois en route il sort son appareil de détection pour voir si Ussa est toujours au même endroit, ce qui n'est plus le cas. Son appareil lui indique un signal très faible, signifiant qu'elle est dans les couloirs du sous-sol. Mais avant d'aller appeler Ax-Tell, il décide d'aller voir la gare de Ozin pour réserver une cabine pour Ussa et de leur dire d'y mettre la lecture et de la nourriture, ainsi que quelques boissons. Il essaye à plusieurs reprises de contacter le roi sur son communicateur, mais ce dernier ne répond pas, et pour cause, car toujours occupé. Il ne veut, cependant, pas laisser un message au standard du palais, on ne sait jamais. Cette affaire de rapt et l'éventuelle libération d'Ussa doit impérativement rester secret. Il essaye entre temps de rejoindre Ussa au communicateur, mais l'appareil affiche bien qu'elle n'est plus au monastère, mais l'appareil semble toujours en position “stand-by”. Tout ce qu'il indique, c'est qu'elle n'est pas loin de l'endroit où Ajax se trouve à l'instant. Le signal du micro-espion reste faible, mais se déplace. Ajax à beau à chercher, il ne voit rien. Il se rend donc d'abord à la gare de Ozin pour y effectuer les démarches nécessaires pour la réservation de la cabine pour Ussa. Il retourne ensuite en direction du signal, mais toujours sans résultat. Il voit bien une petite chapelle au bord de la route et au milieu de nulle part, mais le signal reste faible, même si l'appareil lui indique un point au milieu des champs. Il regarde la distance entre ce point et le monastère et constate que la fille du roi avance rapidement. Tout à coup il voit qu'elle change la direction. Elle a pris un angle droit, qui semble aller en direction de cette petite chapelle. Il doit, par contre, faire le tour des champs pour rejoindre la route principale et c'est une fois sur la route qu'il vient de croiser Ussa qui court comme si elle est poursuivie par lions. Il fait demi-tour et s'arrête à côté d'elle, sort du véhicule et l'appelle :

— Mademoiselle, Mademoiselle ! Arrêtez-vous, ne craignez rien et montez !

Il doit l'appeler plusieurs fois, car elle semble être affolé, morte de peur. C'est alors qu'elle reconnaît le détective qui avait déjà travaillé pour son père.

— Bonsoir à vous, dit-elle, et merci d'être venu.

Elle monte dans son véhicule et ils vont ensemble à la gare, où le train pour la ville portuaire Amaki l'attend. Là, elle à tout le temps s'installer, car le train n'est pas prêt à partir. De nombreuses gens avec bagages doivent encore être embarqués. Dès que le train s'est mis en branle, il salue bien la princesse et le souhait bon voyage et bonne chance, car il est presque certain qu'ils ne se verront plus jamais. Le voyage lui-même se déroulera telle qu'Angélique l'ait rêvé il y a dix jours, qui s'est d'ailleurs bien gardé de lui le dire. C'est quand Ajax est remonté dans son véhicule, qu'il prend une communication avec Ax-Tell.

— Bonjour mon cher, comment allez-vous à cette heure tardive ?

— Comme vous, je travaille, mais je ne pense pas que vous m'appelez pour un petit bavardage, n'est-ce pas ?

— Non, en effet. J'aimerais vous signaler qu'Ussa vient de partir avec le train en direction du port de Amaki. Je constate que le train à malheureusement beaucoup de retard. J'aurais aimé lui conduire au port moi-même, mais je sais que les routes sont impraticables par là.

— Vous aurez pu la conduire chez la famille de cette Pénélope, les Axarz, je crois qu'ils vont à leur bateau à cheval en traversant les champs.

— J'y avais pensé, mais le temps que je mets pour y aller, les Axarz seront déjà partis depuis une heure.

— J'espère que le train arrivera à l'heure au quai, c'est-à-dire avant que les premiers tremblements commencent. Sinon il risque un déraillement et ce n'est pas cela qu'on a besoin.

— Les zozos, lui dit Ajax, que fait-on d'eux ?

— Je donne ordre d'assaut à l'armée, ils ne risquent pas de partir avec le plan d'évacuation.

C'est sur ces mots que Ax-Tell ferme la conversation. Ajax, essaye à nouveau d'obtenir une communication avec le roi, qui répond cette fois.


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Pénélope est contente que Leith reste avec elle. Ils ont, pour ne pas trop charger ces pauvres bêtes, pris deux chevaux pour leurs bagages et ceux d'Ussa. La réunion solennelle aux allures de fête a continué jusqu'à minuit et c'est à ce moment-là que les convives ont commencé à prendre les longs et émouvantes accolades d'adieu. Ils savent tous qu'ils ne se verront plus jamais, pas de cette vie en tout cas pour les croyants d'entre eux. Les uns se mettent en route pour le temple d'Ozin, tandis que les autres commencent à préparer leurs chevaux. Certains sont déjà partis avec un convoi militaire qui est venu les chercher il y a juste un moment. C'est Pénélope qui prend son vieux cheval préféré, Phébus, et Leith prend son frère, de la même jument et du même étalon, Éphèbes, qui a un an de moins. Leith aide Pénélope pour se mettre en selle, car bu un peu plus que d'habitude, elle a du mal à s'y mettre toute seule.

— Ça va ? Demande Leith. Tu n'as pas trop de mal à rester en selle ? Je n'aimerais pas que tu tombes, car il n'y aura plus d'hôpital demain.

— Non, répond-elle, ça va aller. As-tu vérifié si on a tous les bagages. Il ne faut surtout pas oublier ceux d'Ussa. Elle est où en ce moment ?

— Je ne sais pas, son communicateur indique un déplacement rapide qui signifie qu'elle a pris le train. J'espère que le train ne prend pas trop de retard, car il faut être au quai avant que les tremblements commencent.

— Tu sais l'heure exacte, demande-t-elle ?

— Non, je sais que c'est au petit matin, mais c'est tout. Le roi m'a dit qu'il surveillera les communications avec les pays à l'ouest, Oz, Yuk et Om.41 Il a forte chance qu'elles seront coupées au moment de l'impact et l'onde de choc vient chez nous à peu près vingt minutes après.

— Nous devons donc être loin des côtes à partir de six heures, sept au plus tard, si je t'ai bien compris, non ?

— Oui, c'est ça. Alors, ils sont près ? Les autres ? Demande Leith.

— Oui, je crois. Alors, on y va ? Il faut bien que ce soyons nous qui précédons, car c'est toi et moi qui ont les laissez-passer.

— Laissez-passer ? Pourquoi donc, lui demande Leith ?

— Mais, lui répond Pénélope, depuis ici, il faut passer au nord de la ville et traverser l'Osuo. Les ponts sont gardés par les militaires et seuls toi et moi avons un sauf-conduit pour nous tous, signé par le roi.

— Oui, c'est vrai, je n'y avais plus pensé, lui dit Leith.

Ils vont silencieusement jusqu'à l'entrée de la ville d'Osuo. En constatant que la circulation n'est pas aussi terrible que prévue, ils s'arrêtent et c'est Pénélope qui demande à Leith et aux autres :

— Qu'en dites-vous ? J'ai envie de dire en dernier au-revoir à notre ville. Depuis ici on peut prendre la Grande Rue jusqu'au palais et la gare, descendre par la vieille ville jusqu'au boulevard et traverser le pont à côté du parc. Ça doit être faisable, car il me semble bien que ceux qui ont une voiture ont déjà quitté la ville.

— Moi je suis d'accord, lui dit Leith, qu’en disent les autres ?

C'est après quelques palabres que tout le monde se met d'accord. Ils continuent la route pour rejoindre le centre-ville par la Grande Rue Leith est le premier à se sentir peiné. Il voit, quand ils remontent la Grande Rue en direction de la place royale, à sa gauche dans une rue latérale devant une la place arborisé et joliment arrangée, la bibliothèque en partie détruite par l'incendie volontaire. La Grande Rue elle-même n'est plus aussi accueillante qu'autrefois, car la plupart des stores sont baissés. Devant la salle des fêtes et le grand temple il y a de l'animation. Même si les autorités n'ont pas communiqué le jour et l'heure de la catastrophe, Arcturus est devenu énorme et on peut voir son déplacement vers l'ouest à l'oeil nu. La plupart de la population se doute déjà si jamais le lendemain ne viendra. C'est pour cela que les gens font comme ils l'ont fait les Axarz et les Ajahel, certains finissent la nuit en prière au temple tandis que d'autres sont en réunion solennelle et fêtent un peu tristement le départ des leurs vers un futur plus qu'incertain. La petite rue commerçante, où Pénélope a sa boutique, offre le même spectacle ; stores fermés et çà et là de l'animation. Aussi bien Pénélope que Leith, mais surtout Abdubu qui est aussi du voyage, ont des larmes aux yeux quand ils passent devant l'estaminet “Les Jardines”. Beaucoup de gens et de commerçants qui ne sont pas partis, les saluent, surpris de les voir voyager ainsi, au passage. La boutique de Pénélope offre le même triste spectacle avec ses panneaux de protection devant les fenêtres et les volets fermés à l'étage. La seule autre endroit où il y a du monde est le bureau du Maître Amilius. Là aussi c'est Leith qui a à nouveau des larmes aux yeux, car normalement c'est lui qui aurait continué son travail. Arrivés au boulevard et en passant devant le parc, ils voient que même Mélia a préféré de rester, car il y a de la lumière et de la musique. Seul Pénélope a un doute que ce soit Mélia elle-même, car il se pourrait que ce soit sa mère, elle non-partante. Traverser le grand pont de la rivière Osuo ne pose pas problème non plus. Malgré la présence des militaires, comme ailleurs dans la ville, il n'y a plus d'aucun contrôle, ni circulation d'ailleurs.

— Alors, dit Leith, tout le monde a dit adieu à sa ville ? Je dois avouer que j'ai de la peine, beaucoup de peine. Et toi, Pénélope, que dis-tu ?

— Ce n'est pas de la peine que j'ai, dit elle entre deux sanglots, c'est du chagrin et je n'arrive pas à m'en défaire. Je commence à croire que ceux qui ne veulent pas partir ont raison, mais je suis trop jeune pour mourir sans tenter de m'en sortir. Je suis d'ailleurs toujours persuadé que je viens avec toi. J'ignore pourquoi, mais j'y teins.

— Tiens toi bien, dit Leith à elle et aux autres, le plus dur reste à faire. Il nous reste encore six heures de chemin à faire.

Le reste du chemin se déroule comme n'importe quelle randonnée, sauf que celle-ci est la dernière et de nuit. Quand ils quittent les faubourgs où les maisons s'espacent de plus en plus, ils prennent les chemins des paysans et passent en travers champs. C'est ainsi qu'ils arrivent au petit port où leur bateau est amarré. Tout le monde descend de son cheval et range ses derniers bagages dans la soute du bateau. Pénélope et Leith, par contre, laissent, à l'étonnement de tous, leurs bagages dans la cabine. Une fois finie, ils enlèvent les harnais des chevaux et les laissent libre. Les pauvres bêtes ne comprennent d'abord rien et restent au quai en regardant leurs maîtres embarquer avant qu'ils commencent à rentrer. Les marins, car il y en a, entre eux vérifient une dernière fois le tout et larguent les amarres. Pénélope et Leith, qui sont restés à l'arrière du bateau, regardent un peu tristement le quai s'éloigner pendant que Abdubu fait monter la machine en puissance. Ils se réalisent tous les deux que leur voyage sans retour a commencé et qu'ils ne verront leur pays plus jamais. Abdubu est aussi triste, mais pas pour la même raison, car c'est la deuxième fois pour lui qu'il perd tout et doit fuir vers un destin inconnu. Il sait comment les autres se sentent, mais pour lui c'est du déjà-vu, sauf que cette fois-ci les conditions de survie seront sûrement plus dures.

— Tu as entendu ça, lui demande Pénélope ? Il me semble avoir entendu un grondement.

— Tu as peut-être raison, lui dit Abdudbu, les chevaux sont affolés, ils ne savent plus où aller. Les pauvres.

— Qu'est-ce que tu regardes, lui demande Pénélope au bout d'un moment, c'est comme si quelque chose t'intrigue ?

— Ça ! Là-bas ! Ce banc de brouillard, il n'est pas normal. Il y a une étrange lueur dedans, je n'ai jamais vu ça. Gardons-le à l'oeil !

— Mais, demande Leith à Abdubu, pourquoi mets-tu le cap à l'est ? Je croyais qu'on allait au nord, non ?

— L'impact va sûrement générer un tsunami, lui dit Abdubu, mieux vaut-il être loin des côtes.


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Pâris de Bel-Ra se félicite qu'il n'y a pas plus de problèmes avec l'évacuation. C'est même le contraire à ce qu'il a craint. La seule chose qu'il craint maintenant, c'est que l'impact de Arcturus va sûrement, selon son astrologue, astronome et physicien, créer une grosse vague inondant tout sur la côte. Sa femme Sénléné a pris des calmants et est en ce moment dans sa cabine pour se reposer. Ils sont tous les deux très anxieux pour la vie de leur fille. Ils attendent impatiemment l'appel de leur détective. C’est soudainement qu'il reçoit la communication tant attendue sur son communicateur.

— Bonjour Ajax, lui dit le roi, comment allez-vous ?

— Bonjour votre excellence, excusez-moi pour l'heure aussi tardif, mais j'ai une importante communication pour vous. Votre fille Ussa vient de partir avec le dernier convoi vers le port de Amaki. Ce qui est moins bien, c'est que le convoi a pris du retard et il est à craindre que ce retard s'aggravera. Votre fille se trouve dans un compartiment réservé, juste derrière la locomotive. Les employés de la compagnie des chemins de fer m'ont indiqué que l'arrivée, tenant compte des retards en route, sera entre six heures et demie et sept heures.

— Merci, lui dit le roi, que comptez-vous faire vous-même. Arrivez-vous à me rejoindre, ou est-il trop tard ?

— Non, je n'arriverai plus, je dois encore aller avec un comité d'accueil vers les ravisseurs et ensuite je vais rejoindre Jason et Laïos sur leur yacht. Je ne pourrais même plus aller avec la famille Axarz, voyez-vous. Ils seront partis quand j'arriverai au haras.

— Alors, bonne chance et bon voyage. Mais où allez-vous vous rendre ?

— On avait prévu de rejoindre les familles de Macdonald et Macintosh au nord, ils ont des terres sur le continent. Le grand nord est sûrement inhospitalier, mais plus sûr en ce moment que la partie sud de la Gaulle. Il ne faut pas non plus oublier, sire, que nous allons nous trouver treize degrés plus au sud et nous serons plus au chaud après. Mais avant que je l'oublie, vous et votre épouse, bonne chance et faites un bon voyage.

— Merci beaucoup.

— Encore une chose, sire. Pouvez-vous me faire parvenir des nouvelles d'Ussa et Leith, je suis curieux s'ils s'en sortent et surtout si leur voyage se fait vraiment.


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Angélique, qui tient la barre depuis une heure et demie après avoir été réveillé par son frère, se concentre sur la carte. Elle perçoit qu'ils ne sont qu'à une petite heure de navigation de l'endroit indiqué par Leith. Elle mémorise toutes les manipulations d'urgence que son père leur a appris durant le voyage. Surtout comment faire un demi-tour, s'approcher d'un autre navire et autres. De temps à autre elle scrute l'horizon avec les jumelles, car même convaincu que c'est leur bateau qui va vers eux, elle n'exclue pas de les voir en tant que naufragés. De temps à autre elle pense à, comme elle le dit, son mec et se demande ce qu'il fait en ce moment. Elle le sait très bien que ce “en ce moment” se trouve onze mille huit cents ans dans le passé, mais elle se n'en fait pas. Pour elle dans sa tête c'est comme s'ils étaient à côté et qu'il suffit d'y aller. Elle ne peut pas non plus se défaire de cet étrange sentiment de danger. Elle sent un danger pour un des quatre, probablement Ussa. Elle se décide de se concentrer sur la navigation et de ne pas rêvasser, car l'heure et l'endroit du rendez-vous se rapprochent. Il ne lui reste qu'une dizaine de minutes de chemin à faire pour qu'ils soient là. Elle bloque la barre et descend réveiller son père et son frère, puis remonte. Revenu à la barre, elle voit qu'ils entrent dans une nappe de brouillard. Elle se dit : « Angélique ne t'affoles pas, il y a pire. » C'est en jetant un coup d'oeil sur le GPS, qu'elle constate que quelque chose ne tourne pas rond, l'appareil affiche un endroit correspondant au pôle nord, des zéros partout, et une petite lumière rouge lui indique qu'il n'y a plus de signal satellite. Un autre coup d'oeil sur le compas magnétique lui apprend que ce dernier est aussi affolé qu'elle.

— PAPA ! JULIEN ! À L'AIDE !

Soudainement le brouillard se lève et un spectacle désolant se présente. Elle voit une zoné côtière où il se trouve un train qui a déraillé, des gens en train de se noyer dans les eaux d'un port où des petits bateaux essayent de récupérer ces pauvres gens au milieu des différents débris qui ont été portés au large par un tsunami. C'est en regardant une grande paroi d'un wagon en bois, pas loin à tribord, qu'elle reconnaît la silhouette de la jeune femme, ayant une chevelure noire jais, allongé inconscient dessus. Et elle crie à nouveau :

— PAPA ! JULIEN ! À L'AIDE ! Il y a Ussa à tribord. Elle est en train de se noyer ! Viens vite !

Elle entame entre temps la procédure d'urgence pour retourner le bateau et l'immobiliser, comme son père lui a appris et qu'il faut exécuter quand quelqu'un est tombé à l'eau.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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Rien ne va plus !

Lejour commence à se lever ce matin du treizième jour Lion, la date fatidique. Le vaisseau royal se trouve encore à quai, où Pâris, le roi, semble très occupé avec les derniers partants. Il aime être présent, il se sent responsable de la bonne démarche. Il est, par contre, comme sa femme Séléné, très inquiet. Il craint que sa fille n'arrive pas à les rejoindre avant qu'ils doivent libérer le quai. Les capitaines de vaisseaux ont en fait décidé de se mettre au large au moment de l'impact ou juste après. Pour surveiller ce moment fatidique, les opérateurs radio du vaisseau royal vérifient les communications en permanence, car ils savent, grâce aux informations fournies par Angélique, que les communications avec les pays amis à l'ouest seront les premiers à être coupées à ce moment-là. Pâris est allé voir un responsable de la gare maritime, pour savoir s'il y a une chance que le train arrivera bientôt. L'employé fait ce qu'il peut et l'informe que le train vient de quitter la gare d'Osuo. Le roi sait que le trajet fait, même si les employés font ce qu'ils peuvent, une bonne demie heure jusqu'à la zone portuaire de Amaki. Il est, comme d'autres l’ont fait entre temps, remonté à bord de son bateau où Séléne l'attend. Elle est très anxieuse, beaucoup plus que son mari. Le médecin lui a bien prescrit des calmants et a voulu même lui donner de quoi dormir. Elle n'était cependant pas d'accord, se mémorisant ce que la belle gauloise leur a dit : de venir vers eux avec les bagages, dès qu'ils auront vu leur voilier. Elle décide de se ressaisir et faire ce qu'Angélique lui ait demandé : préparer les bagages de sa fille. Elle est remontée sur le pont entre temps voir son mari, car elle veut y ajouter des cadeaux, non pas seulement pour Angélique, mais aussi pour toute sa famille. Elle pourrait de toute façon garder ces bagages et les cadeaux si jamais Ussa arrive à rejoindre leur bateau ou si Angélique et sa famille ne viennent pas les chercher. Dans le cas qu'elle joindra Angélique et sa famille, elle pourrait lui remettre ce dont elle aura besoin dans sa nouvelle vie. Séléné sait que les adieux seront sûrement émouvants et qu'il ne faut pas se laisser aller. Tout à coup elle se demande ce qui pourrait bien faire Leith. Elle regrette qu'ils soient restés sans nouvelle de sa part. Elle met les valises bien en évidence sur le lit et monte sur le pont où se trouve déjà Pâris, son mari, lui aussi anxieux qu'elle, même s'il ne le montre pas.

— Pâris, mon cher, a-t-on des nouvelles de Leith ? Je croyais qu'il comptait nous rejoindre ?

— Non, ma chère, il avait cependant prévu de venir vers nous avec la barque de pêche à Pénélope.

— On va les emmener avec nous, n'est-ce pas. Pénélope aussi, non ?

— Bien sûr ma chère, mais il faut bien qu'ils arrivent d'abord. Je ne les vois nulle part. Je ne sais même pas où est leur port d'attache. Je crois que c'est plus au sud et qu'ils voulaient faire le chemin à cheval pour ne pas être embêtés par la circulation. Ils avaient prévu de partir entre six et sept heures. Ils peuvent donc logiquement passer à n'importe quel moment.

— Sire ! Sire ! Lui dit une employée radio, on a perdu contact avec les pays d'Oz, Yuk et Om. On vient d'informer le capitaine et il veut probablement quitter le port dans les dix minutes qui suivent.

— Bon sang, ne me dit pas ça. Où est ma fille ? Où est le train ?

— PÂRIS ! Dit Séléné qui voit que son mari s'apprêtait à descendre la passerelle, tu ne descends pas. Laisse-le à eux s'occuper de l'arrivée d'Ussa. Elle pourrait venir à bord en utilisant un transbordeur. C'est ce qu'on avait prévu initialement de toute façon.

— Je vais voir le capitaine. On doit décider ce qu'on va faire maintenant. C'est bien de continuer à évacuer un maximum de gens, mais on ne peut pas mettre en danger ceux qui se trouvent déjà sur les bateaux. De plus, il faut avertir la capitainerie qu'ils envoient un message aux navires de rester éloigné de la côte pendant le choc initial. Après on peut voir et évaluer les dégâts.

— Ne faut-il pas envoyer un message aux gens à quai d'aller vers l'intérieur des terres, lui demande Séléné, on pourrait les secourir plus tard, n'est-ce pas ?


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Hector, le mécanicien du train, est fâché contre lui-même et l'est surtout contre les responsables des gares. Ils ont en effet tous reçus une communication qu'il ne fallait surtout pas retarder le dernier convoi, aussi douloureux que c'est pour ceux qui restent derrière. Maintenant il se trouve avec un retard tellement dangereux, qu'en cas de problèmes, les passagers ne pourront plus être secourus. Il sait que depuis le départ de la gare d’Ozin, qu'il a la princesse Ussa à bord et qu'il faut impérativement la sauver et coût que coût, il doit cela au roi. De devoir attendre l'ajout des wagons à cette gare de campagne pas loin de la ville Osuo a été agaçant. Le convoi est devenu inutilement long et difficile à conduire maintenant, car les vieux wagons ajoutés ne supportent pas une vitesse élevée. Il se trouve de ce fait avec un retard de trente minutes, ce qui est vingt minutes trop tard pour arriver en sécurité à la gare maritime de Amaki. Il sait que les militaires et les vaisseaux d'évacuation n'attendront pas au-delà de ce délai, car la collision de la terre avec la comète est attendu d'une minute à l'autre. Les spécialistes l'ont dit qu'il y aurait à peu près de vingt minutes entre le moment de l'impact et les premiers tremblements de terre ici. Il commence entre temps à percevoir la zone portuaire de la ville qui se rapproche rapidement, tandis le train longe le port en direction de la gare maritime, avec sa cohue de gens et leurs bagages attendant leur embarquement. Soudainement il sent une secousse sismique, puis une autre plus violente. La locomotive vient de tanguer dangereusement. Hector tente de freiner son convoie, mais le sol semble se dérober dessous et malgré ses tentatives désespérées de le stopper, le train accélère et déraille. Pendant le déraillement, il court vers l'arrière et entre dans le compartiment où se trouve la princesse. Cette dernière se cramponne déjà aux structures du wagon. Il la prend par le bras et tente la sortir de là. C'est à ce moment-là que le wagon se désintègre. Hector a juste le temps de hisser la princesse sur une des parois du premier wagon désintégré, qui est rapidement emporté par un courant marin vers le large. Hector tente lui-même d'aller vers l'arrière du train en se tenant aux structures restantes, pour essayer de sauver un maximum d'autres personnes. Il est sûr que les militaires feront le maximum pour les évacuer. Même si les grands navires ont déjà quitté le port par précaution, il y a de nombreux petites embarcations qui font la navette entre la zone sinistrée et les vaisseaux d'évacuation. Hector lui-même ne se pose même pas la question s'il sera sauvé ou non, il met, comme beaucoup d'autres croyants le font, son destin aux mains de Ra.


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Leith, tenant Pénélope par l'épaule, regarde le triste spectacle de la côte de son cher pays s'éloigner. Abdubu, qui pilote le bateau, lui a expliqué le chemin à prendre et pourquoi s'éloigner d'abord de la côte. Pénélope a toujours des larmes aux yeux. Elle se sent terriblement désolé et craint qu'elle ait bien du mal de pays, comme Ussa. Séléné l'avait dit comment Ussa se sentait lors de son séjour d'études en Égypte. Le dépaysement, le sentiment d'être abandonné, ses périodes de nostalgie et encore d'autres maux moins bien définis.

— Viens dit-elle à Leith, on va dans la cabine. Je prendrais volontairement un rafraîchissement, puis toi ?

— Oui, c'est une bonne idée. Je dois de toute façon préparer une table de conversion pour les marins.

— Table de conversion ? Pourquoi donc ?

— Eh bien ! D'ici un jour tout au plus, ils vont se trouver avec notre pôle déplacé de treize degrés plus au sud sur l'axe du vingt et unième longitude ouest42. Il faut bien que Abdubu et tes cousins puissent corriger leur position, non ? Tu ne veux quand même pas qu'ils se trouvent à six cents miles nautiques à côté de leur position voulue, n'est-ce pas ?

— Tu as raison, lui dit Pénélope, je n'en avais plus pensé.

Félicité, qui est montée un moment au pont, descend après un moment et leur dit que le vaisseau royal a quitté le port. Soudainement le grondement de tout à l'heure s'amplifie. Ils sentent tous comment leur bateau est pris par une grosse vague. Ils doivent se tenir aux parois. Une fois finie, c'est Félicité qui remonte au pont pour voir ce qu'il se passe. Leith et Pénélope montent également et ils voient tous ce horrible spectacle. De loin, au port de Amaki, il y a un train qui a déraillé lors ce tremblement, et pas seulement, il y a eu un tsunami balayant tout sur son passage. De l'avant du train, il ne reste plus qu'un tas de débris porté au large par la vague. Ils constatent que les gros navires ont déjà quitté le port et qu'il n'y a que des petites embarcations qui essayent de faire le mieux. C'est un spectacle de désolation et beaucoup de gens sont emportés au large, criant au secours. Les animaux qui se trouvaient à l'arrière du train, se sont libérés et cherchent à se sauver vers l'intérieur des terres. C'est Abdubu, ayant gardé un oeil sur l'étrange banc de brouillard, qui voit en premier le voilier blanc. Félicité, qui le voit également, les dit :

— Écoutes bien ! Il y a quelqu'un qui appelle Leith désespérément. Je crois que ça vient de là, dit-elle en montrant le voilier du doigt.

— Oui, je l'entends aussi, lui dit Abdubu. Où est-il notre Leith ? Je suis sûr que c'est sa copine là sur la proue du voilier. Elle regarde dans la mauvaise direction. Elle le croit en train de se noyer.

— Tu as où ta longue vue, lui demande Pénélope ? J'ai l'impression qu'ils ont repêchée notre Ussa.

— Tiens, la voilà.

— Mais oui, c'est elle, dit Pénélope en regardant avec la longue vue. Elle est dans les bras de son fiancé. Abdubu, mets le cap sur eux, on va les rejoindre. N'est-ce pas Leith ? Dit-elle en se retournant vers lui.

Ce qui est curieux, qu'il n'y a personne du voilier qui voit le bateau des Axarz se rapprocher. C'est Cécile, la maman d'Angélique qui les voit en premier et essaye en vain d'appeler sa fille qui continue à crier comme écorchée vive sur la proue. Seulement quand le bateau de pêche, aux allures d'un Terre-Neuve en plus petit, est déjà très proche, qu'Angélique, intrigué par le bruit, se retourne et voit son Leith sur ce bateau. Elle saute d'un bateau à l'autre sans se soucier de la relatif grande distance qui les sépare encore et court vers Leith, l'embrasse en lui murmurant des, pour lui incompréhensibles, petits mots. Tout ce qu'il comprend, c'est qu'elle est follement amoureuse. Elle procède ensuite avec sa présentation à l'équipage en serrant la main à chacun et chacune. Une fois les bateaux abordés, Leith et Angélique transbordent avec ses valises sur le voilier et c'est Pénélope qui veut les suivre avec les dernières valises appartenant à Ussa pour leur dire bonjour à son tour. C'est Angélique qui réagit, comme elle a la coutume de faire, avec un réflexe d'une chatte sauvage, car elle a entendu, comme tout le monde ; un “boum”. C'est Pénélope qui vient de glisser sur bord et est tombée à l'eau en heurtant violemment sa tête contre le bord et disparaît sous les flots avec une des valises.

— MERDE ! MERDE, dit-elle. JULIEN, VIENS VITE.

Leith, qui n'a rien remarqué, se retourne et voit Angélique disparaître sous les flots à son tour. Il se précipite vers le bord en criant son nom et regarde catastrophé les bulles qui remontent. C'est Ussa, encore un peu abasourdi par l'accident du train, qui lui met la main sur son épaule et lui dit :

— Ne crains rien Leith ; elle sait nager. Ils essayent de sauver Pénélope. Tu vois, sa mère a déjà sorti sa trousse de secours.

C'est maintenant que Armand, le papa d'Angélique, leur fait signe de s'éloigner du bord, car ses deux enfants viennent de remonter Pénélope avec la tête ensanglantée. Tandis les deux montent à bord, Cécile fait du bouche-à-bouche à Pénélope pendant que Armand lui fait en alternance avec sa femme du massage cardiaque. Soudainement, Ussa gémit quelque chose. Elle voit sa valise s'éloigner du bateau, car Pénélope venait avec les siens. Elle essaye d'expliquer à Angélique que cette valise est le sien. Angélique, qui ne comprend que dalle de ce qu'Ussa lui dit, a pigé que le contenue est très important pour elle. Elle fait donc un nouveau plongeon et laisse comme une torpille sa trace de bulles en direction de la valise en remontant en surface juste derrière celle-ci et revient au voilier avec elle, en la poussant devant elle, créant ainsi des regards admiratifs de toute part. C'est Ussa qui dit à Leith :

— Quelle bonne idée que tu as eue pour faire en sorte qu'elle flotte, sinon j'aurais tout perdu.

— Ce n'est pas une idée à moi, mais celle d'Angélique.

— Dit donc, dit Abdubu à Leith, venu à bord pour dire bonjour à l'assemblée, ta copine réagit comme une chatte sauvage. Je n'avais pas encore compris ce qu'il se passait, qu'elle plongeait déjà pour la récupérer.

— Sauf, dit Ussa, que les chats craignent en principe l'eau et ne plongent pas comme elle l'a fait tout à l'heure.

Ussa regarde vers le large, voit une navette qui rapproche rapidement le voilier et ajoute :

— Oh ! Mes parents accompagnés du médecin de bord.

— Maman, dit Angélique, revenue à bord avec la valise, on peut la sauver n'est-ce pas ? Ne me dis pas que la pauvre Pénélope va mourir.

— Non ma chérie, elle respire de nouveau, mais elle a un traumatisme crânien assez grave. Elle devrait être transportée à un hôpital dès que possible. Je vais, en attendant, faire ce que je peux, mais je crains qu'ils n'aient plus hôpitaux par ici. Je m'en doute même que le navire là-bas, celui du roi, a un service sanitaire assez sophistiqué à bord pour une telle intervention.

— Regarde ! Maman, ce sont Pâris et Séléné qui arrivent avec un autre homme. Il a une sacoche comme toi, c'est sûrement le toubib perso du roi. Peut-être qu'il parle un peu l'ancien grec. Comme ça tu pourrais lui parler un peu. Je suis sûr qu'ils ont vu ce qui est arrivé et ont emmené leur toubib avec eux.


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Pâris de Bel-Ra est très peiné par le fait que le capitaine a refusé d'attendre davantage. Les matelots s'apprêtent à larguer les amarres. Selon le capitaine, qui reste, comme tout le monde le sait, seul maître à bord, l'onde de choc pourrait venir chez eux dans les dix minutes qui suivent. La capitainerie a envoyé un message à tous les bateaux de quitter le port et d'attendre au large. Les spécialistes craignent en fait une grosse vague déferlant sur les côtes et c'est pour cette raison qu'ils préfèrent que tous les bateaux quittent temporairement le port. Pâris et Séléné se sentent lasse quand le vaisseau royal quitte le quai pour aller au large. Ils savent bien que ce soit pour le bien des gens déjà embarqués. Il ne faut pas les mettre davantage en danger. Il est d'ailleurs temps de commencer à rassembler les différentes embarcations en armada de telle sorte que les plus petits se trouveront à l'intérieur et les gros navires de l'armée à l'extérieur, car apte à protéger les autres du gros temps qui va sûrement suivre. Le couple royal scrute l'horizon avec une longue vue pour voir si le train avec leur fille arriva en temps. L'armée a laissée une vedette rapide à proximité du quai pour pouvoir la transborder. Leur vaisseau vient entre temps de s'immobiliser là où les eaux sont déjà plus profondes et moins risquées.

— Là, dit Séléné, je vois le train qui arrive.

— Où ça, dit Pâris, je ne vois rien.

— Là, au loin, dit-elle, prend la longue vue et tu verras.

— Mais il est encore loin, lui dit-il, il n'arrive jamais en temps. C'est très risqué ce qu'il fait. Il devrait attendre là où il est maintenant. Les tremblements peuvent commencer d'un moment à l'autre.

— Sire, lui dit une opératrice radio en lui remettant une feuille de papier, j'ai un message pour vous en provenance de l'ouest.

Il l'ouvre et lit en diagonale que les tremblements ont commencé de ce côté-là. Le message parle d'une vague montant jusqu'au ciel. Le message disait aussi que l'eau de mer s'est retiré avant de former une grosse vague. Seul ceux qui habitent aux hauteurs ont été épargnés, ainsi que les vaisseaux déjà au large ayant cherché les profondeurs.

— Mon cher, lui demande Pâris à son homme de science en lui montrant le message reçu, combien de temps nous reste-t-il.

— Cinq minutes tout au plus, sire.

— Mais c'est horrible, dit Séléné, le train n'est pas encore à la gare et je crains pour la vie de notre fille.

— N'oublie surtout pas celle de tous ces autres pauvres gens dans le même train, lui dit le roi, ils ont aussi droit de vivre. Mais le mal est fait et il faut maintenant essayer de faire le mieux possible.

— Là, dit Séléne, il arrive. Il entre dans la zone portuaire. Avec un peu de chance il arrivera peut-être à la gare en temps.

Mais elle n'a à peine exprimée ses souhaits que la locomotive commence à tanguer dangereusement. On peut facilement entendre le crissement des freins. Le mécanicien a bien essayé d'effectuer un freinage d'urgence, mais une nouvelle secousse le fait dérailler. En même temps le sol semble se dérober dessous le convoi et la locomotive, ainsi que les premiers wagons se fracassent dans l'eau de mer. Pâris doit tenir sa femme, choquée par aspect du désastre.

— Oh ! Pâris que fait-on sans notre fille, dit elle entre deux sanglots ? Regarde, son wagon est totalement détruit. Ils ne restent que des parois.

— Calme toi ma chérie, il y a un homme courageux, je suis sûr que c'est le mécanicien, qui a sauvé des gens du premier wagon et les a mis sur les parois. Passe moi la longue vue, je crois voir notre fille sur une d'entre elles.

Le reflux précédant la grosse vague n'a pas eu lieu. L'eau a monté très haut, comme une vague, sur le pays et s'est aussitôt retiré, emportant avec elle les débris divers. C'est sur un de ces débris, une paroi de wagon, que se trouve effectivement Ussa. Il y a parmi ces débris aussi des gens, dont certains sont morts, d'autres accrochés à une poutre et certains à leurs bagages. Ce sont des petits bateaux, épargnés par ce mouvement d'eau, qui essayent de les sauver et les emmener vers les gros navires en dehors attendant au large. C'est Séléné, en regardant avec la longue vue en direction d'un banc de brouillard, qui dit :

— Pâris, regarde là. Tu as vu ce beau voilier ? Je crois bien, qu'il fait demi-tour.

— Oui, je le vois, répond-il, je suis sûr que c'est la gauloise et sa famille qui sont venues. Je ne les ai pas vu venir d'ailleurs. Ils sont venus de nulle part.

— Non, dit sa femme, ils sont sortis de ce banc de brouillard bizarre, là-bas. Je les ai vu sortir de là. Mais, ils ont repêché notre fille ! Vite, qu'on prépare une navette rapide, on va les rejoindre avec ses bagages. N'oublie pas de prendre le médecin de bord avec nous, car je crois qu'elle est inconsciente.

— Tu as encore fait des bagages pour elle, lui demande Pâris ?

— Oui, surtout des petites choses auxquelles elle tient terriblement, ces vêtements de petite fille, des bijoux, bibelots et autres souvenirs. J'en ai gardé quelques-uns pour nous, pour garder un souvenir d'elle. Mais c'est elle qui aura besoin dans sa nouvelle vie. Et pour ne les pas oublier, les cadeaux que je t’ai parlés tout à l'heure.

— Ah ! Oui, j'allais l'oublier, dit le roi. Tiens, continue-t-il, il y a un autre bateau va vers eux et je crois bien que c'est celui de la famille à Pénélope avec Leith à bord.

Pendant qu'ils s'approchent le voilier de la famille Leblanc, ils assistent impuissant à l'accident de Pénélope et la réaction courageuse d'Angélique, surtout quand elle a remis ça pour repêcher une valise que Séléné reconnaît à être celle d'Ussa.

— Tu as vu comme elle nage cette fille, dit Séléné ?

— Oui, j'ai vu. Le pauvre Leith croyait qu'elle allait se noyer aussi. Mais, remarque qu'ils nagent très bien tous les deux. De plus son frère et son père connaissent les gestes qui sauvent. Ils passent sûrement le gros de leur temps libre au bord de la mer et sont habitués à ces types de tâches.


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Angélique et Cécile, sa mère, ont porté Pénélope délicatement dans la cabine où Cécile, qui est infirmière, effectue les premiers soins. Pénélope, seulement inconsciente et non pas en coma comme ils ont d'abord craint, gémit de temps à autre des petits mots incompréhensibles. Cécilé profite de ce fait pour essayer ses réflexes.

— Pourquoi tu fais ça, maman ?

— Pour voir si la colonne vertébrale n'est pas cassée, elle n'aurait pas réagi sur une piqûre aux pieds si cela était le cas.

— Je vois, heureusement pour elle. Mais la tête, elle doit avoir une fracture crânienne, n'est-ce pas.

— Oui, c'est ça, ce n'est pas cassé complètement, mais une intervention chirurgicale doit intervenir très rapidement. Pendant qu'on est en mer, on doit le maintenir dans cette position et laisser dormir. Je vais la mettre sur perfusion. Une fois à terre, on doit la transporter d'urgence dans un hôpital.

Leith, qui a suivi, essaye, en faisant des signes avec ses mains, de les demander si c'est grave. Il s'approche de sa copine de bistro et le caresse délicatement les cheveux. Il montre du doigt l'endroit ensanglanté et fait avec un regard interrogatif; AI ? Cécile essaye de lui faire comprendre, que c'est délicat. Ils sortent ensuite de la cabine, intrigué par un bruit de moteur, suivi des éclats de voix. C'est Cécile qui réagit en premier :

— Encore des valises ? C'est un déménagement !

— Voilà maman, lui dit Julien, je te présente Pâris et Séléné de Bel-Ra, les parents d'Ussa en chair et en os. Ce monsieur-là est toubib, essaye-lui parler en ancien grec, peut-être te comprend-il. À propos déménagement, ces valises-là contiennent apparemment des souvenirs d'Ussa auxquelles elle tient, et puis ceux-là ce sont ceux de Pénélope, car je crois qu'ils ne peuvent pas l'emmener dans l'état qu'elle est. On a assez de place pour les caser, ne t'inquiètes pas.

— Alors, Ussa, Leith, leur dit Pâris, vous ne venez pas avec nous j'imagine ?

— Non papa, lui dit Ussa, je vous aime et je ne vous oublie jamais, mais ma place est à côté de Julien. Pour se parler on se débrouilla bien. Utilisez le Biovoix si vous voulez nous parler. Je crois que Julien et Angélique ont prévu d'aller de temps à autre chez cette Monique pour pouvoir vous parler.

— Bonjour, leur dit Leith, je pense rester avec Angélique. Je pense qu'on ne va pas tarder à essayer de retourner chez elle. Ils vont sûrement vers l'endroit où ils sont venus tout à l'heure. J'ai hâte de découvrir leur pays, même si j'ai de la peine à quitter le mien. Je pense toutefois, en regardant l'allure que la terre descend, qu'il ne reste qu'une demie journée avant que le tout soit en dessous le niveau de la mer.

Julien, venu entre temps, jette un regard interrogatif, car il ne comprend rien aux paroles exprimées, même si la langue lui semble familière. Il commence à tendre la main à Pâris et lui demande quelque chose, que le roi ne comprend pas. Ensuite il répète le même geste envers Séléné et faisant des gestes en direction d'Ussa.

— Pâris, dit Séléné, j'ai compris ce qu'il veut dire ; il demande la main d'Ussa !

— C'est bien Séléné, acceptons-le. A-t-on quelque chose sur nous pour le lui offrir ?

— Donne-lui ta bague de nos fiançailles.

— Mais tu n'y penses pas quand même, lui dit Pâris !

— Si ! Tu l'as eu toi-même de mon père. C'est à toi maintenant de la retransmettre. Ussa l'expliquera bien, que ce geste veut dire.

Le roi enlève la bague de son doigt, prend la main de Julien et le lui met, en ajoutant des paroles que Julien ne comprend pas, mais se doute de la signification. C'est Ussa qui remercie ses parents à sa place :

— Merci papa, merci maman, je vais faire de même avec ses parents, mais je me doute qu'ils pourront m'offrir une bague maintenant.

Il suit ensuite de longues accolades d'adieu entre fille et parents. C'est Séléné qui prend l'initiative de prendre Julien dans ses bras et lui souhaiter bonne chance. Pâris suit son exemple.

— Attention, dit Leith revenu les voir, les gaulois ont l'habitude de s'embrasser entre amis, à l'exception des garçons, donc seulement fille-fille et fille-garçon. Une bise sur chaque joue, deux fois entre bons amis.

C'est en ce moment que le médecin sort de la cabine, accompagné de Cécile, et exprime des réserves sur le sort de Pénélope :

— Ussa, Leith, vous êtes les deux seuls à me comprendre. Cette femme ne peut pas venir avec nous, on n'a pas des instruments chirurgicaux nécessaires pour une opération. Si elle va avec sa famille, ce sera pour son enterrement. La maman d'Angélique est très capable et on a pu se comprendre. Elle saurait la maintenir en vie durant les cinq jours de mer. Il sera mieux si on pouvait le transporter rapidement à un hôpital, mais elle a une chance de survie si on le soigne bien durant le voyage. Il faudra cependant que ceux qui naviguent veillent en permanence sur elle.

— Leith, mon garçon, veille bien sur Ussa et ta petite tigresse, lui dit Séléné. Bonne chance dans ta nouvelle vie. Je crois, en regardant l'anxiété d'Angélique, qu'il est temps pour eux de partir. Et elle continue en s'adressant à sa fille : Ussa, mon enfant, veille bien sur les tiens et bonne chance dans ta nouvelle vie. Ne te cache pas dans un placard quand ça va mal, ils t'aideront.

Armand, Cécile, lance-t-elle en direction des parents d'Angélique et Julien en leur faisant signe de la main de venir vers elle et son mari. Il suit des accolades timides entre les parents et c'est Séléné qui ose faire la bise en premier. Pâris suit timidement son exemple. Les paroles, par contre, échangées par les quatre ne sont pas très bien compris, mais ça reste sans importance. De l'autre côté du voilier, les mêmes cérémonies ont lieu entre les amis de jadis. Leith et Ussa promettent de garder contact par Monique interposé. Ils promettent de donner des nouvelles concernant Pénélope, car c'est surtout Félicité qui a beaucoup de peine à cause de l'accident de sa cousine. Abdubu, car plus optimiste, cherche à lui consoler en lui disant qu'elle va à coup sûr vers un monde meilleur, mais se garde, par contre, bien de dire ce qu'il entend par “monde meilleur”. C'est Angélique qui met fin à ce rendez-vous pas comme un autre en mettant le foc et la grande voile en position. Elle semble bien pressée, car en plus de voiles elle a démarré, à l'étonnement de tous, le moteur et s'apprête à le mettre sur la position “avant-tout”.

— Eh ! Les mecs, c'est l'heure du départ. Larguez les amarres.

— Mais qu'est-ce que tu fous, dit son père, pressé tout à coup ?

— OUI ! Regarde là, dit elle en pointant de la main le banc de brouillard, notre fenêtre c'est en train de se fermer. J'aime bien ce pays, j'aime bien ces gens, mais je veux rentrer chez moi.

Elle n'attend pas le reste, ni que ça plaise aux autres et met le moteur en pleine puissance, faisant frémir Ussa, inquiète par l'étrange bruit venant du ventre du voilier. Les deux autres embarcations essayent en vain de les accompagner jusqu'au banc de brouillard, mais doivent reconnaître que ce bel oiseau blanc prend bien une vitesse au-delà la capacité de leurs moyens de propulsion. C'est surtout Abdudu qui est plein d'admiration. Il dit aux autres et au roi tout près d'eux dans son embarcation, dont les matelots essayent en vain, comme Abdubu, de suivre le voilier :

— Ça alors ! Vous avez vu ça ? Il fait au moins vingt noeuds, si pas plus. Je suis au maximum de la puissance et pas moyen de faire plus que la moitié de sa vitesse. Ce n'est pas un voilier ordinaire. C'est sûrement un avec lequel qu'on peut faire la course.

— Je pense que cette fille a raison, dit Pâris, elle ne compte pas rester ici. Elle veut rentrer chez elle par là où ils sont venus.

C'est après les dernières salutations de tout le monde que le voilier disparaisse dans le banc de brouillard tel qu'il est venu une heure et demie plus tôt. Quoique personne n'ait prêté attention aux éclairs sortant d'un petit boîtier de Julien, c'est Ussa qui a finalement compris ce que Cécile et Julien ont fait et elle le dit à Leith en désignant Cécile de doigt :

— Tu vois Leith, elle fait comme Julien, elle prend des images avec ce boîtier. Nous aurons de souvenirs des nôtres.

Quand ils regardent à nouveau derrière eux, leur pays a disparu, ne laissant la place qu'à l'océan et de l'eau à perte de vu. Tout à coup c'est le silence, Angélique vient de couper le moteur et seuls les vagues contre la coque demeurent audibles.


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11 800 Ans plus tard.

Angélique, qui tient toujours la barre, regarde un peu incrédule l'affichage les instruments de navigation. Elle essaye à, en faisant les gestes accompagnés de petits mots, expliquer à Leith comment garder le cap. Elle descend, pendant Leith fait, un peu crispé, ce qu'il peut, pour chercher la carte maritime dans la cabine. Son père, surpris de la voir descendre, lui demande :

— Tu ne barres pas ?

— Non, mon gars se débrouille très bien. Il est encore un peu crispé, mais il parvient à tenir le cap.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Il y a un truc qui cloche. Tu sais vérifier une position à l'aide du sextant ?

— Pourquoi ?

— J'ai impression que le GPS déconne. Il affiche une autre position et quatre jours plus tard qu'on est censé être.

— Je le vérifierai, je dois de toute façon prendre contact avec les navires dans les alentours. Je me demande d'ailleurs qu'il ne vaut pas mieux appeler au secours à cause de Pénélope.

Pendant qu'Angélique remonte avec la carte, son père cherche contact avec les navires dans le voisinage en utilisant le VHF sur les canaux six, huit, soixante-douze et soixante-dix-sept, prévus à cet usage. Leith, qui tient stoïquement la barre, suit d'un regard amoureux tous ce sa copine fait. Il comprend soudainement qu'elle cherche à se repérer sur une carte maritime à l'aide de ce petit appareil affichant des chiffres43 ressemblant à ceux que les Sanieds utilisent. Tout à coup Leith comprend, même s'il n'arrive pas à lire les hiéroglyphes gaulois, ce que signifient les deux noms à côté d'une petite croix. Il la demande :

— Leith ? Ussa ?

Elle lui fait oui de la tête et voit que son ami a des larmes aux yeux, car la petite croix est au milieu de nulle part. Pendant qu'elle explique aux mieux où ils se trouvent et où ils doivent se rendre, la carte à l'appui, son père monte pour voir le système de navigation.

— Alors ma fille, ton GPS ne déconne pas. On est bel et bien à la position indiquée. De plus, l'appareil s'est mis à jour avec l'heure et la date. Nous sommes décalés de quatre jours. C'est le capitaine du Charles de Gaulle qui me l'a dit. On est à notre recherche depuis ce temps, car déclaré disparu en mer. C'est un de leur avions en exercice qui nous a vus disparaître et c'est lui qui a donné l'alerte, depuis ils sont restés sur zone pour nous rechercher. En ce qui concerne Pénélope, ils envoient un hélico avec un toubib, car ils comptent la récupérer et la mettre sur une navette en direction de Paris-Villacoublay et depuis là au centre hospitalière de La Pitié Salpétrière. Avec un peu de chance elle sera sur le billard avant ce soir.

— Ils viennent en combien de temps, lui demande Angélique.

— Dans une demie heure, à peu près. Ils se trouvent plus nord et c'est cela le temps de vol. Je crois bien, qu'ils veulent retarder la navette pour Paris en attendant le retour de l'hélico avec Pénélope.

— Mais papa, s'il manque quatre jours, on va venir quatre jours plus tard chez nous. A-t-on encore le temps ? Il faut bien rendre ce bateau non ?

— Ça va, on avait prévu de rester quelques jours sur zone, souviens-tu. On aura assez de temps pour renter mollo, si on rentre tout de suite. Sais-tu si nos deux enfants supplémentaires ont le mal de mer ?

— Pas la moindre idée papa. J'ai par contre un autre truc à te dire ; Julien a reçu une bague de fiançailles de son beau-père. Je crains que ce soit à maman maintenant de remettre une à Ussa et à toi de remettre une à Leith au moment venu. Je suis d'ailleurs sûre que la maman de Leith a chargé soit Ussa soit Pénélope de remettre la sienne à moi. Il me semble que c'est une habitude chez eux de le faire ainsi.

— Tu ne veux quand même pas te fiancer à seize ans ?

— Je l'aime et il m'aime aussi.

— Tu es quand même un peu jeune, mais je te connais assez bien pour savoir que je ne peux pas t'empêcher de faire ce que tu as mis en tête. Je crois bien, que je dois me préparer à un temps orageux. Je prévois déjà la réaction de Cécile. Va mollo ma fille.

Pendant qu'ils se concentrent sur la navigation et la route à prendre sous le regard de Leith qui cherche à comprendre, un bruit d'hélicoptère se fait entendre. Ils s'apprêtent alors à manoeuvrer leur bateau en position neutre et d'écarter les voiles de sorte que l'hélicoptère peut hélitreuiller un brancard avec le médecin. Ussa, catastrophée par le bruit, vient sortir de la cabine, où elle avait veillé sur Pénélope, pour voir de ce qu'il se passe. Elle demande, en regardant anxieusement l'hélicoptère, à Leith : « Machine de guerre des Saneids ? »

— Non, ne t'inquiètes pas, lui dit Leith, ce sont les leurs. Ils viennent chercher Pénélope pour l'emmener à un hôpital. C'est ce que j'ai pu comprendre en tout cas.

Pendant qu'un des hommes, le médecin, soigne Pénélope et le met, aidé par Cécile, Armand et Julien, sur le brancard, l'autre homme écoute attentivement Angélique qui lui narre toute l'aventure qu'ils ont vécue. Elle lui demande aussi si c'est possible de prendre une prise de sang chez les deux autres pour une recherche d'appartenance ethnique et de transmettre le résultat à la douane de Fécamp. Son père intervient dans la conversation et lui dit : « Si ma fille dit que c'est important, croyez-moi, ce sera important. Elle ne se goure jamais avec ces genres de trucs. » Ce que l'homme ne comprend pas tout de suite c'est qu'elle demande d'inclure les ossement de huit à dix mille ans avant Jésus Christ, trouvés dans les Pyrénées, dans la comparaison, mais il promet de faire quand même la démarche.

— Alors, dit Armand, dit au-revoir à Pénélope. On va la remonter à bord du Charles de Gaulle et depuis là on l'amène à un hôpital parisien. Ils nous contacteront dès qu'on est revenu de notre voyage. Je crois que les diagnostics sont réservés. Je sais maintenant, qu'elle n'aurait pas survécu le voyage sans séquelles durables. Soyons heureux que notre porte-avions se soit trouvé à proximité.


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Cécile, qui est dehors, n'a pas remarqué que sa fille Angélique a commencé, aidé par Ussa, à ranger les différentes valises. Ussa qui n'a d'abord rien soupçonné, comprend tout à coup les intentions de sa belle-soeur et devient tout rouge quand elle se réalise qu'Angélique veut qu'elle partage la cabine avec Julien. C'est quand Angélique commence à ranger les affaires de Leith dans la sienne, que sa maman, Cécilé, vient dans l'habitacle et s'y oppose :

— Tu n'y penses quand même pas ! Dès que tu vois un garçon, tu couches avec lui. T'es trop jeune ! Range moi ça ailleurs !

— NON !

— Comment NON ? OUI !

— Maman arrête de me.....

— Tu dois....

— MAMAN ! Arrête tes “il faut” et impératifs !

Ussa, qui est resté là sans rien dire, les regarde se disputer et pense pour elle-même : « Eh! Bien ! Deux tigresses qui s'affrontent. Elles ne prennent même pas le temps de s'écouter ». Armand qui se trouve avec Julien et Leith au poste de pilotage, dit, en entendant les éclats de voix, à son fils :

— Je crois qu'on a un temps orageux en bas. Je n'arrive pas à faire comprendre à Cécile qu'elle ne doit plus parler à Angélique comme à un enfant et ne surtout pas lui parler à l'impératif. Elle réagit au quart de tour quand on le fait.

Leith a rejoint Ussa entre temps pour essayer de comprendre pourquoi elles se disputent. Ussa lui explique ce qu'elle a compris concernant la partage des cabines et ajoute :

— Elle veut s'assurer de ton amour. Elle craint sa copine Alice. Elle croit de te perdre et veut au moins passer les jours de mer avec toi. Rassure la ! Elle a besoin de toi.

Rien le fait qu'Ussa ait prononcé le mot “Alice” suffira pour déclencher une crise d'hystérie chez Angélique. Ussa juge que ce dialogue de sourds a assez duré et vient en charge.

— Tiens, dit Armand à Julien, regarde la tienne. Elle a fini d'être une jolie jeune fille gentille. Elle s'est transformée en lionne qui charge.

Ussa se place devant elles, en se mettant droit, le regard dur et en leur parlant comme un sergent de l'armée le fait aux nouveaux recrus ayant baissé le timbre de sa voix en homme. Elle fait d'abord comprendre à Cécile, en mettant le doigt sur la bouche suivie du geste en le pointant vers l'oreille, d'écouter et de ne pas parler. Elle fait ensuite comprendre à Angélique de parler.

— Je ne suis plus une petite fille maman. Ta petite fille est morte maman. Morte ! Morte ! Morte !

— Mai... Cécile n'arrive pas plus loin, elle se fait couper à nouveau la parole par un regard furieux d'Ussa, qui fait signe à Angélique de continuer.

— Je suis devenue une jeune femme maman, pourquoi n'as-tu rien vu ? Tu n'as pas vu grandir ta petite fille ? Elle est morte maman ! Elle n'existe que dans tes souvenirs ! Eh ! Je te montre quelque chose qui vas t'étonner.

À l'étonnement de tous, elle va dans la cabine de Julien et revient avec une valise d'Ussa qui fait des gros yeux, mais ne dit rien. Elle l'ouvre et l'y sort une robe de petite fille et continue en disant :

— Tu vois maman, la maman à Ussa, elle a tout gardé ! Tu vois comme elle est mignonne sa robe de petite fille ? Pourquoi n'as-tu pas fait ça ? J'aurais tant aimé en avoir quelques souvenirs de mon enfance, mais j'en ai que quelques photos.

— Mais.... Célcile se fait à nouveau couper la parole par Ussa, qui veut qu'Angélique continue.

— C'est vrai, maman, que j'ai filé toutes mes amourettes à Alice. Elle ne fait pas le cas. Elle les prend et les jettes après usage, comme des mouchoirs en papier. Moi je ne peux pas. J'ai toujours cherché quelqu'un qui m'aime. Il y a un peu moins de deux ans, j'ai cédé à la demande d'un pour coucher avec lui. Ça m'a fait horriblement mal. Je me suis senti sali et j'ai eu une peur bleue d'être enceinte. D'en plus il était assez brutal. Le tout ne m'a pas servi quand même, car il est reparti le lendemain avec quelqu'un d'autre. Ils sont dégueulasses ces petits mecs, dès qu'ils ont eu ce qu'ils veulent ; ils te jettent comme un vulgaire papier grasse. J'ai ensuite largué tous les garçons qui ne voulaient que coucher. Il n'y avait point qui m'aimaient vraiment. Tu te souviens bien de ma déprime, mais tu n'as jamais voulu savoir pourquoi. C'était comme d'habitude, te ne m'écoutes pas. Te me coupe la parole et tu commences avec tes ‘il faut’ et impératifs. De plus, tu ne trouves pas mieux, que m'envoyer chez ce con de psy. Maman, pourquoi tu te ne comprends pas que je suis aussi une femme qui a besoin de parler à une autre dans laquelle elle a confiance. Il y a des choses que je peux ni discuter avec Papa ni avec Julien ni avec ce psy, car lui aussi est un homme. Je ne veux surtout pas les discuter avec Alice ou d'autres filles. Je n'ai que toi maman, alors écoute-moi quand j'ai besoin de toi. Maintenant j'ai Leith et je ne le partage pas. Si Alice ose le toucher, JE LA TUE ! Laisse-le moi maintenant. Quelle importance si je passe la nuit avec lui ici ou ailleurs. Alors maman, traites moi comme une jeune femme et non pas comme une petite fille.

— Viens, dit Ussa à Leith et Julien, on va sur le pont et on les laisse entre eux. Elles ont besoin de se parler.

Ussa doit répéter ce qu'elle a dit en utilisant les gestes pour faire comprendre à Julien qu'il doit laisser ses parents et sa soeur seuls un moment entre eux. Elle a saisi la carte maritime, prend Julien par le bras et va vers le poste de pilotage. Elle fait un cercle avec son doigt en air, pour le pointer ensuite sur la carte d'un regard interrogatif. Leith a voulu intervenir, mais comprend soudainement qu'Ussa veut que ce soit Julien qui l'explique et il se tait. Elle est étonnée de voir que le chemin parcouru n'est à peine que quelques doigts, leur centimètre.

— Leith, dit-elle en se retournant vers lui, ces hiéroglyphes, signifient-ils nos noms ?

— Hélas oui, on aura des choses à apprendre. Ce signe-là, la croix là, n'est pas une de leurs lettres, c'est là où notre pays était. On est ici en ce moment, continue-t-il en désignant un endroit au milieu de nulle part sur la carte. Cet appareil là indique notre position, tu vois.

Julien, en essayant de suivre les paroles, voit que sa belle a des larmes aux yeux et comprend qu'elle à du chagrin à cause de son cher pays disparu. Il cherche à la réconforter en lui murmurant des mots doux à son oreille. Il lui montre ensuite, pour faire diversion, comment tenir le cap et lui montre l'itinéraire qu'ils comptent prendre. Armand qui vient de remonter, fait signe de sa tête à Ussa de descende dans la cabine pour rejoindre les deux autres femmes, car elles ont commencé à regarder sa garde robe et ses souvenirs de petite fille et ont besoin de sa présence. Armand va vers l'avant du bateau et fait signe à Leith de lui suivre. Il veut lui monter comment ajuster le foc et la grande voile par rapport au vent, car il a vu que le garçon s'y intéresse.


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Le soir venu presque tout le monde, sauf Cécile qui est restée en bas pour regarder la télé, voit apparaître une image qui semble flotter en air à côté d'eux. C'est Leith qui la reconnaît en premier et pour cause, c'est sa maman.

— Bonjour Leith, bonjour tout le monde, me laissez-moi présenter. Je m'appelle Hélène Ajahel et je suis la maman de ce garçon-là.

— Bonjour maman, gentil d'être venu nous voir. Dit-moi, où te trouves-tu en ce moment ? J'ai cru que vous vouliez tous aller au temple finir vos vies en prière ?

— Oui, c'est ça, mais les prêtres ont déménagé une partie de l'écran qui n'était pas endommagé par le premier tremblement et le générateur en sous-sol en dessous le temple. On se trouve donc toujours enfermés dans ses catacombes. Je crois bien, car les tremblements ont cessé, que nous nous trouvons au fond de l'océan en ce moment. On a, par contre, encore assez à manger et on ne manque étrangement pas de l'air frais. Il y a ici un véritable labyrinthe44 qui parcourt, à ce qu'on dit, tout le pays. Leith mon cher, mais dit-moi, où tu es maintenant, n'est pas le pays des morts, n'est-ce pas ?

— Non maman, je te présente : voici Angélique, ta belle-fille. Julien son frère, le fiancé d'Ussa. Voilà Armand Leblanc, le père d'Angélique et Julien. Mais maman, dit-moi, comment a-tu pu nous voir ? Y a-t-il quelque chose de spécial ?

— Oui mon garçon, j'ai voulu voir ma prochaine ré-naissance, car la fille que t'aimes tant et tu tiens à côté de toi, mon garçon, n'est d'autre que moi !

— Ça alors, dit Angélique. Bonjour moi-même, tu vas bien ?

— Oui, ça va, répond-elle et continue avec son sujet précédant : je finirai cette vie ici en bas comme le font des moines. Prends le relais Angélique et prends bien soin de mon fils. Leith mon garçon, prends bien soin d'elle.

Entre temps un autre visage se présente et compte aussi dire quelque chose :

— Bonjour tout le monde, bonjour Leith. Je me présente ; je m'appelle Ilos Ajahel et je suis le papa de Leith. On n'a malheureusement pas l'occasion de faire connaissance en chair et en os, comme les parents d'Ussa l'ont pu faire, mais je pense que cette présentation fait aussi l'affaire.

— MAMAN ! VIENS VITE ! Ce sont les parents de Leith qui sont là pour un moment, crie Angélique. Voici Cécile Leblanc, notre maman, ajoute-t-elle une fois que sa maman est remontée au pont et continue : Voilà maman, Hélène et Ilos Ajahel, les parents de Leith.

— Enchanté, dit Cécile.

— Enchanté, répondent les parents de Leith.

— Puisqu'on est tous là, dit Angélique et continue en s'adressant aux deux personnes flottant en air à côté de leur voilier, puis-je vous demander officiellement la main de Leith ?

— Avec notre bénédiction et celle de Ra mon enfant, lui répond Ilos.

— Ussa, dit Hélène, où est Pénélope ? Je lui avais confié la bague pour Angélique.

— On a pris son bagage avec nous, répond-elle, mais Pénélope elle-même a dû être transporté dans un hôpital spécialisé avec une grave blessure à la tête. On va regarder dans ses valises. Elle sera certainement d'accord, n'est-ce pas Leith.

Ils passent ainsi encore un moment à bavarder ensemble. C'est surtout le fait que Hélène et Angélique ne soient qu'une et même personne qui n'est pas bien compris par tout le monde. C'est avant tout Armand avec son esprit cartésien qui a du mal à l’accepter. De savoir, qu'il a existé avant et existera après, ailleurs et dans la peau de quelqu'un d'autre, a sur lui un effet bizarre qu'il a du mal à admettre.

— Ussa mon enfant, lui dit Hélène, veux-tu bien passer la bague au doigt d'Angélique à ma place au moment voulu ? Je te remercie. Vous voyez, continue-t-elle en s'adressant à l'assemblée, nous avons chez nous cette coutume. Cette bague m'était transmise ainsi, de belle-mère en belle-fille.

— Vous ne trouvez pas qu'ils sont encore un peu jeunes pour se fiancer, leur demande Cécile.

— Non, lui répond Ilos, nous avions nous-même cet âge là quand nous sommes nous fiancés.

— Je crains, qu'on doit s'y mettre aussi, dit Armand à Cécile, on a encore des bagues de nos parents. Ne t'y oppose pas, dit-il à sa femme qui a voulu protester, on leur doit ça. Tu ne vois pas comment ils sont heureux ?

— Excusez-nous, leur disent les Ajahels, on doit céder notre place à d'autres. On vous souhaite une bonne chance et bon voyage.

C'est sur ces mots que leur image disparaît, mais pas sans avoir fait les dernières salutations de la main.

— Tu te rends compte ce que tu as fait en acceptant qu'Ussa te remet cette bague, demande Cécile à sa fille ?

— Oui maman ! Je suis heureuse. Je comprends maintenant pourquoi on se sentait tellement attiré l'un vers l'autre.


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Ussa s'est à moitié réveillé et sente qu'elle n'est pas toute seule. Elle ne se réalise pas tout de suite où elle est et croit que c'est Leith qui dort à côté d'elle. C'est quand elle s'apprête à lui demander : « Mais qu'est-ce que tu fous dans mon lit ? », qu'elle se réalise, que l'homme à côté d'elle, qui la tient dans ses bras, dans cette petite couchette serrée de la cabine du voilier, est Julien et non pas Leith. Elle se souvient tout à coup la soirée qu'ils ont passé ensemble sur le pont sous le ciel étoilé. C'est Armand qui a barré jusqu'à minuit et ce sont Angélique et Leith qui ont pris le relève. Ils auraient dû réveiller Julien vers trois heures, mais l'ont visiblement oublié. Quand elle lève la tête, elle voit Angélique qui se tient dans l'encadrement de la porte avec un grand sourire et les demande :

— Alors les amoureux ? Bien dormi ? Vous venez pour un petit-déjeuner ?

— Qu'est-ce qu'il se passe, demande Julien encore à moitié endormi, tu t'es endormi à la barre ? Tu as oublié de nous réveiller ?

— Non, pas du tout. C'était tellement mignon de te voir avec Ussa dans la même couchette, qu'on t'a laissé dormir. Tu méritais bien ces quelques heures de bonheur. Tu dormais si bien que tu n'as même pas remarqué qu'on t'a pris en photo.

— Tu as pris une photo de nous ? Quand on dormait ? Tu n'y penses quand même pas !

— Si, tu peux venir la voir. Ce sera un bon souvenir tu sais. Tu viens alors, on t'attend au petit-déjeuner.

Cécile, qui vient de se lever aussi, regarde les petits yeux d'Angélique et Leith d'un air interrogatif et s'apprête à dire quelque chose, mais c'est Angélique qui est plus vite et lui dit :

— NON MAMAN ! Ce n'est pas ce que tu penses ! Leith et moi avons veillé toute la nuit. On a laissé dormir Julien et Ussa, ils étaient tellement mignons les deux. Tout heureux ensemble. Leith m'a montré, l'a essayé en tout cas, les étoiles et même son astrolabe. Il l'utilise comme un sextant.

— Il faut qu'il me le montre aussi, dit Armand. Il n'existe plus un au complet et ceux des musées sont tous en miettes dont personne ne sait comment s'en servir. On sait maintenant que les marins d'antan s'en servaient pour se repérer avant l'invention du sextant.

— Et l'heure précise, ajoute Angélique, car je crois savoir qu'un sextant ne vaut pas grande chose si on n'a pas l'heure GMT correcte. On pourrait déterminer la latitude, mais jamais la longitude sans heure précise. C'est ce que tu nous as appris en tout cas.

Ils continuent encore à discuter ainsi pendant le petit-déjeuner et montent ensuite au pont. Il n'y a pas grande chose à faire pour la navigation, car ils peuvent maintenir le même cap pendant au moins une journée. Ce qui laisse le temps pour d'autres occupations. Angélique redescend dans la cabine où Cécile essaye d'expliquer à Ussa ce qu'elle fait. Qu'il ne faut avoir qu'une seule fois la même chiffre dans une case, dans une colonne et dans un rangé.

— Maman ? As-tu un moment ?

Elle fait signe à Ussa qui voulait partir, qu'elle peut rester et continue :

— Ussa veut sûrement demander à toi et à papa officiellement la main de Julien. Tu devrais peut-être chercher une bague pour elle. T'en as encore des bagues de grand-mère et tu les as pris avec toi.

— Tu veux que je cherche une pour Leith en même temps peut-être ?

— Non, on peut attendre un petit peu. Ça ne presse pas, il sait attendre. J'ai de toute façon besoin de te parler et tu sais maintenant pourquoi.

— Oui, répond Cécile, la première fois n'était pas la bonne et tu as peur maintenant. Reste un moment avec Ussa, je vais regarder ce que j'ai pour elle.

Ussa rougit quand elle voit Cécile revenir avec sa boîte à bijoux et elle a tout à coup compris le contenue de la conversation d'Angélique et sa mère. Angélique lui fait oui de la tête et va chercher Julien et son père.

— Papa, Julien, il faut descendre, car Ussa veut vous demander quelque chose de très important. Leith et moi tiendront la barre en attendant.


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La nuit suivante, c'était le tour à Julien et Ussa d'oublier de réveiller Angélique et Leith. Ussa, ravi de la bague reçue de sa belle-mère, a réussi à expliquer à Julien et Armand que Leith n'avait pas dormi deux nuits de suite et qu'il vaudra mieux le laisser tranquille jusqu'au lendemain. Ils dormaient, à l'étonnement de Julien et Ussa, qui voulaient les réveiller comme ils l'ont fait à eux le jour d'avant, chacun sagement dans une couchette. Ils ont donc refermé la porte et les laissé dormir.

— Leith et Angélique, ne viennent-ils pas pour le petit-déjeuner, demande Cécile ?

— Laisse-les dormir, dit Julien, ils ont l'air fatigués tous les deux. Ils n'ont d'ailleurs même pas osé dormir ensemble. Ils dorment chacun sagement dans une couchette.


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Le chemin de retour ne se fait pas aussi vite que l'aller. Ils ne sont pas pressés et même Cécile a, malgré les nuages, pu se bronzer. Surtout qu'un tempo plus mollo permet-la de regarder la télé, même si la réception laisse, à cause des mouvements du bateau, à désirer. Durant le voyage aller, le voilier bougeait trop pour une bonne réception satellite et Cécile a dû se rabattre sur ses mots croisés. C'est donc ce matin qu'une Angélique et son Leith, venant pour le petit-déjeuner, constatent très étonnés que les autres sont déjà prêts pour le dîner.

— Alors, bien récupéré, leur demande Armand ? On vous a laissé dormir. Faim ? Il reste un peu de café dans le thermos, si t'en veux. Il faut, par contre, mettre une croix sur les croissants frais, on n'a pas eu le temps d'aller à la boulangerie.

— Il nous reste assez de craquottes et de la confiture, non ? Lui demande Angélique. J'en avais prévu pour plusieurs.

Ussa, qui ne voit pas remonter ses deux amis, descend dans cabine et voit à son étonnement un mélange de choses hétéroclites sur la table. Angélique a sorti en fait son ordinateur portable et saisisse fur à mesure les données de Leith dans un tableur, dont elle tente de lui expliquer le fonctionnement.

— Tiens Ussa, dit Leith, on met mes coordonnées dans son engin. Cette machine sait faire des millions de calculs avant que nous ayons le temps de faire un clin d'oeil. L'impact a modifié la précession et j'ai des erreurs si j'utilise mon astrolabe. Viens voir, elle a une image superbement nette d'Andromède.

— Eh ! Leith, dit elle en regardant l'image et sans y prêter davantage d'attention, as-tu essayé d'apprendre des mots de leur langue. Moi, je commence à connaître quelques-uns.

— Oui, on s'est amusé à désigner les parties du corps. Du visage et d'autres si tu comprends ce que je veux dire.

— Oui, dit Ussa avec un sourire, c'est pareil pour nous deux. Mais, dit-moi, tu n'as pas partagé la couchette avec elle, pourquoi donc.

— Je n'ai pas osé lui demander et elle a, je crois, peur. Je pense que je dois avoir un peu de patience. Je n'ai pas compris pourquoi, mais elle a besoin de temps. Elle sait maintenant qu'elle n'a rien à craindre de sa copine Alice. Le reste viendra quand ça viendra.


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Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. La veille à la barre vient par contre plus délicat, car ils se rapprochent la zone de La Manche avec son trafic maritime intense. Les Leblanc ont décidé d'avoir de quarts plus courts de sorte qu'il y ait un qui tient la barre et l'autre qui veille. Armand et Cécile se sentent heureux que leurs enfants s'occupent de la veille de la nuit. Ils sont jeunes et supportent mieux les nuits blanches, mais c'est surtout Cécile qui ne se sente ni assez bon marin pour tenir la barre ni pour faire la veille. Pendant la journée, ça va. On voit les bateaux de loin. C'est une soudaine excitation de Leith qui attire l'attention de Julien. Il vient en fait avec la carte maritime qu'il montre à Ussa et lui explique qu'ils ne sont pas loin d'où la famille à Pénélope voulut se rendre.

— Mais mon cher Leith, dit Ussa en faisant un geste circulaire autour d'elle, il n'y a pas ombre d'une terre par ici. Il y a de l'eau, de l'eau et encore de l'eau. Où veux-tu chercher une terre par là ?

Julien, qui commence à comprendre un petit peu, saisisse la carte et le montre à sa copine. Il essaie lui expliquer que cette zone bleue sur la carte est là où a été jadis le continent.

— Papa, dit-il en se tournant vers Armand, je crois comprendre ce que Leith veut nous dire. Nous sommes à l'endroit où la famille de Pénélope voulait se rendre.

— Oui terre, dit Leith et désigne des zones en pleine mer ainsi qu'à côté de Cornailles.

— J'ai pu comprendre, que ces terres appartenaient à deux de leurs amis, des celtes, dit Angélique. Ils croyaient avoir une plus grande chance de survie là que plus au sud, à cause du déluge qui allait suivre à coup sûr.

— Nos irlandais et écossais sont des descendants de leurs amis et leur concitoyens alors, lui demande Armand.

— Oui, sûrement, lui répond Angélique, et nos basques sont sûrement les descendants du plan d'évacuation de Pâris et Séléné, car c'est bien dans les Pyrénées qu'ils voulaient se rendre.

Armand les explique qu'il compte aller au nord jusqu'aux Îles de Scilly et prendre ensuite la direction est en suivant la côte sud de l'Angleterre. Il commence à changer le cap, pour le mettre en direction nord-est. Il leur dit que ça ferra encore neuf heures avant qu'il faille mettre le cap sur l'est. Il leur dit que cette route n'est, à cause du vent, pas aussi vite que celui de maintenant, mais plus sûr.

— Si tout va bien, dit-il aux autres, nous serons à Fécamp demain à la fin de l'après-midi.


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Ussa qui a passé l'essentiel de son temps à regarder la côte anglaise avec les jumelles d'Angélique, descend dans sa cabine et ouvre par hasard une autre de ses valises que sa mère lui a confiée. À sa surprise, elle y voit un paquet cadeau avec la remarque « Pour les parents d'Angélique ». Elle remonte avec ce paquet et le montre à Leith et lui dit :

— Mes parents m’ont mis un paquet cadeau pour mes beaux-parents. J'ai honte de ne pas l'avoir trouvé tout de suite il y a cinq jours. Tu crois qu'ils m'en veulent de l'avoir gardé si longtemps ?

— Non, lui dit Leith, donne le les tout de suite. Ça leur fera plaisir. Mais regarde bien s'il n'y a pas un pour Angélique et Julien. Ça m'étonnerait s'ils les ont oubliés. Il y a sûrement d'autres paquets pour eux.

Pendant que Armand et Cécile déballent le paquet, Ussa redescend à nouveau et trouve effectivement deux autres pour Angélique et Julien. Quand elle revient avec les deux autres paquets, les parents ont déjà déballé les leurs et regardent un peu incrédule les deux appareils ressemblant à un téléphone mobile, mais presque dépourvu de boutons et ayant un large écran scintillant comme du cristal. Le paquet de Julien contient également un même dispositif, dont il s'imagine l'usage. Angélique, en déballant le sien, constate qu'il y a deux boîtes à l'intérieur. L'un d'eux deux contient également ce qu'Ussa appelle un communicateur, mais l'autre contient une boîte avec un superbe collier de perles à trois rangées et une lettre de remerciements, muni du cachet officiel du roi Bel-Ra.

— Alors, que dis-tu maintenant, lui dit Cécile. Son père a été généreux avec toi.

Angélique regarde, en devenant tout rouge, abasourdi par le cadeau, un moment silencieusement l'assemblée, se lève, va vers Ussa et lui donne une bise sur chaque joue en lui disant que c'est pour son père. Julien, monté voir au pont si tout va bien, vient de redescendre dans la cabine et voit le collier et lui dit :

— Pâris a été généreux avec toi, tu dois maintenant t'acheter une belle robe qui va avec ce collier. Tu ne comptes tout de même pas le porter avec un jean et un T-shirt, n'est-ce pas ?

— Ce boîtier, comment fonctionne-t-il, demande Armand ? Il n'y point de boutons pour faire un numéro, car c'est visiblement une sorte de téléphone.

— Ça marche avec les pensées, lui dit Angélique, il suffit de mettre les pouces sur ces boutons-là et penser à celui à qui on veut parler. Essaye-le entre toi en celui de maman. Je crois savoir qu'ils marchent partout, même ici en pleine mer. Ce truc n'utilise aucun réseau, il marche à la télépathie.

Pendant que les quatre Lebanc s'amusent à se téléphoner, Ussa fait signe à son compagnon de toujours de la suivre à la cabine vide où se trouvent les autres bagages. Elle ferme la porte et lui demande :

— Pourquoi attends-tu pour demander la main d'Angélique à Cécile et Armand ?

— Elle voulut attendre, non ?

— Écoutes Leith, c'est bien d'essayer d'être sage, mais Angélique attend que tu prends l'initiative. C'est à toi maintenant d'agir. Tu verras, elle sera toute heureuse. Elle à besoin de toi. Elle a besoin de pouvoir s'appuyer sur toi. C'est toi l'homme de sa vie. Je sais que tu n'as jamais eu quelque chose avec une fille et tu ne te sens pas assez assuré, mais n'oublies pas qu'elle n'a qu'une seule expérience qui ne s'est pas bien passé. Alors, ne le fais pas attendre davantage. Elle a confiance en toi. Aide-moi maintenant, je veux chercher la bague de ta maman, car je dois la remettre à Angélique, rappelles-tu ?

Ils fouillent un moment les valises de Pénélope et tombent effectivement sur un paquet sur lequel Leith reconnaît l'écriture de sa mère : « À remettre à la gauloise de Leith, offert par sa maman. » Ussa remonte avec la petite boîte contenant la bague destinée à Angélique, l'appelle et lui dit, même si elle sait que ses paroles ne sont pas toutes comprises :

— Angélique, je te remets cette bague de la maman de Leith. Ça signifie qu'elle a accepté ta demande et te considère comme sa belle-fille.

Ussa prend la main d'Angélique et la bague lui va, à son étonnement, très bien. Ni trop grande ni trop petite. Elle donne un petit coup de coude à son compagnon pour lui signifier que c'est à lui de jouer maintenant. Armand, qui est monté voir Julien à la poste de pilotage, est surpris qu'Ussa l'appelle pour venir dans la cabine. Ussa elle-même reste avec Julien à la barre pendant Leith prend tout son courage et demande solennellement la main d'Angélique à ses parents comme la coutume de son pays le veut. C'est Julien qui voit en premier que sa mère a donné une bague de son papa à elle à Leith. Angélique, qui le suit, est visiblement aux anges, une chose qui n'est pas échappée à Ussa.

— Tu vois, dit-elle à Leith, comme elle est heureuse ? Elle n'attendait que ça !


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À Terre.

Ilrègne une certaine excitation à bord du voilier. Ussa et Leith, en se partageant les jumelles d'Angélique, ont constaté que la côte anglaise s'éloigne après avoir changé le cap et qu'ils croisent de nombreux navires divers. C'est surtout Leith qui cherche à se repérer sur la carte maritime pendant Angélique tient la barre. Il a pris sur lui la tâche de veiller sur le trafic maritime. Il est en fait conscient que les gros bateaux ne peuvent pas s'arrêter facilement et qu'il vaut mieux les éviter. Il a compris maintenant pourquoi Angélique et son père n'ont pas voulu traverser La Marche en ligne directe. C'est ce qu'il tente d'expliquer à Ussa.

— Tu vois, dit-il en désignant un endroit sur la carte côtière à une Ussa moyennement intéressée, on a évité ce secteur ici. Tu vois toi-même maintenant que la circulation des navires est particulièrement élevée par ici. On a quitté cette côte ici et on va par là. On va tantôt prendre la direction sud-est. Tu vois que Armand et Julien sont en train de changer l'orientation des voiles. On traverse pendant les quatre heures qui suivent ce secteur avec un trafic maritime assez intense. C'est pour cela je garde cette double longue vue avec moi pour veiller sur les bateaux qu'on croise.

— Ces falaises de la côte qu'on a vues là au nord, lui demande Ussa, ce sont-ils les falaises du pays des celtes ?

— Oui ma chère, lui dit Leith, ils appellent ce pays l'Angleterre, dont on vient de quitter la côte D'après ce que j'ai pu comprendre, on met le cap sur la ville qu'ils ont quittée deux semaines plus tôt.

— Nous serons donc là-bas à la fin de l'après-midi alors, puisqu'on vient de manger.

— Oui, Armand a déjà contacté un copain, c'est lui qui vient nous récupérer au port. C'est le père de Alice, il viendra avec un véhicule assez grand pour nous tous.

— Il l'a contacté comment. Avec ce petit boîtier à eux ?

— Oui, lui dit Leith, ce sont leurs communicateurs qu'ils appellent téléphone mobile. Ils ne peuvent, par contre, que l'utiliser à condition à être assez près d'une station relais. Armand était tout à l'heure assez près de la côte pour pourvoir utiliser le sien et c'est là qu'il a pu contacter son copain.

— J'ai vu, lui dit Ussa, qu’Angélique trafiquait aussi son appareil. Il me semble qu'elle a pris un cliché de toi. Ils peuvent, d'après ce que j'ai compris, non seulement se parler, mais aussi s'envoyer des textes et des images. Je soupçonne que toutes ses copines savent maintenant qu'elle s'est fiancée avec toi.

— J'ai pu comprendre aussi, lui répond Leith, que ce ne sont pas seulement les amis d'Angélique et Julien qui sont au courant, mais aussi la presse. Le fait de leur disparition pendant quatre jours en plein mer n'est pas passé inaperçu. D'après Angélique, qui a parlé à sa copine Alice, nous serons attendus par la presse. Tu as intérêt mettre ta plus belle robe de gala tout à l'heure avant d'accoster, parce qu'ils savent déjà que la famille Lebanc a repêché une reine d'Atlantide en chair et en os.

— Comment sais-tu tout ça ? Tu as pu parler avec Angélique ?

— Mais oui, dit Leith, c'est tout bête. J'ai voulu lui montrer le fonctionnement du communicateur et c'est en mettant nos pouces simultanément sur les touches, qu'on c'est aperçu qu'on pouvait se parler normalement.

— Tiens, lui répond-elle surprise, je n'y avais pas pensé de le faire ainsi. Mais dit-moi, continue-t-elle, j'ai un truc à te demander. Tu n'as pas impression que les jours sont plus courts ? J'ai envie de me coucher plus tard et de me lever plus tard.

— C'est normal, lui dit Leith, ils ont, souviens-tu, neuf jours de plus sur leur calendrier, qui fait à peu près de trente-cinq minutes en moins par jour. C'est pour cela que tu es perturbé dans ton rythme journalier. Je l'ai remarqué aussi, mais on doit s'y faire. Ce n'est pas énorme et on s'habituera.

Ussa est descendu et remonte avec un deuxième paire de jumelles, ceux de Armand. Elle se met à scruter l'horizon où une fine ligne commence à se dessiner. Elle devine là, tout excitée, son nouveau pays. Armand a dit à Angélique de modifier légèrement le cap, telle qu'ils passent devant Étretat. Ils peuvent, de cette façon, commencer à ranger les voiles pendant que Leith et Ussa peuvent admirer la Côte d'Albâtre et voir leur nouvelle ville depuis la mer. Ussa commence à distinguer à sa droite, Leith lui à dit que les marins d'ici disent tribord, l'embouchure d'une grande rivière et s'étonne qu'on ne se dirige pas en cette direction, car elle a bien vu de grands navires aller par là et en déduit qu'il s'y trouve un port maritime. Leith, par contre, qui essaye de suivre ce que fait sa copine, s'est bien rendu compte de la modification de la direction. Il va avec la carte côtière vers Ussa et lui dit :

— Tu vois ! Ils vont par là, dit-il en désignant un endroit sur la carte côtière, il n'y a pas de port par là, mais c'est la ville où on va habiter. Puisque tu as les longues vues sur toi, regardes bien droit-devant, on commence à la voir. Le port où on va amarrer est un peu plus sur la gauche.

— Je crois savoir, dit-elle à Leith, qu'ils disent ici bâbord à la place de gauche. C'est ce que tu m'as dit en tout cas. Mais dit-moi, comment appelle-t-elle cette ville où on va habiter ? Je n'arrive pas encore à lire leurs hiéroglyphes.

— Elle s'appelle Étretat, si je prononce bien son nom.

Armand et Julien ont entre temps commencé à descendre les voiles pour les ranger, tandis Angélique a démarré le moteur pour prendre le relais. Ils sont à présent tout près de la côte et leur ville est bien visible, même sans jumelles. Ussa est particulièrement enchanté par le charme de cette petite ville avec sa plage en forme de diadème, renfermé entre ses hautes falaises mêlant le vert des landes avec le blanc de la craie. Elle y distingue nettement les petits bateaux de location et ces planches munies de voiles, l'occupation principale d'Angélique et Julien en période estivale. Elle continue à admirer la côte jusqu'à une plus grande ville ayant un port devient visible. Elle se doute que c'est bien dans ce port de cette ville qu'ils vont amarrer. Leith, qui porte toujours le vieux jean coupé au ras des genoux et un T-shirt d'Angélique, fait signe à sa compatriote qu'ils doivent s'habiller pour l'accueil.

— Ussa, dit-il, il est temps de nous préparer. J'ignore comment les services officiels de ce pays vont réagir, mais une chose est sûre ; ils te croient reine, alors habilles et comportes toi en tant que telle. As-tu vérifié, si tu as assez de moyens de payement si jamais ils te réclament un droit d'entrée, comme certains pays de notre époque le font ?

— Je vais regarder ce que j'ai, dit-elle à Leith, je n'ai même pas vérifié toutes mes valises, car j'en ai un voyage. Celles que tu as emmenées en plus de celles que mes parents m'ont remis.

C'est quand ils entrent dans le port de pêche et plaisance de Fécamp, qu'Ussa remonte, accompagné de Leith, habillée en robe de gala ressemblant ainsi à méprendre à la dernière reine d'Égypte. La réaction d'Angélique ne se fait pas attendre :

— Tiens, dit-elle, César et Cléopatre.

— Non, dit son père, César n’a jamais porté un toge, il avait le coutume de porter des habits militaires romains. Leith ressemble plutôt à Socrates ou Platon.

— Il me semble, dit Cécile en regardant Ussa attentivement, que notre petite reine est bien nerveuse. Elle a peut-être peur de débarquer chez nous ? Craint-elle les douanes ?

— C'est sûrement la première fois qu'elle doit représenter son pays, lui dit Armand.

Armand, à la barre depuis un certain temps, dirige le voilier vers la place qui leur été attribué jusqu'à demain. Au quai se trouve déjà tout un comité d'accueil, y compris ce vieux bonhomme mieux connu en tant que “le capitaine”. C'est lui qui attache les amarres du voilier et salut l'ensemble.

— Salut mon pote, tu as emmené deux enfants supplémentaires avec toi ? On a parlé de long en large de toi. Ta disparition mystérieuse n'est nous pas échappé. La troisième personne que tu as repêchée, où est-elle ?

— Salut capitaine, tout ça est une longue histoire, mais je crois qu'on doit rendre une petite visite chez ces messieurs-là, dit il en désignant les douaniers. De plus je crois bien que ces messieurs de la presse aimeront aussi nous poser quelques questions. Tu peux aider Bernard de tout mettre dans la voiture ? Je te remercie. Je viendrai plus tard te payer un pot, on pourrait discuter de ce que nous est arrivé. Je crois que Julien et Angélique ont pris des photos et ont filmé une partie avec le camescope.


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L'interrogatoire au bureau des services des douanes n'a pas été aussi terrible que craint. L'employé d'accueil s'est comporté certainement d'une façon un peu désagréable, mais rapidement remplacé par un de ses collègues qui, à la surprise de tous, a compris partiellement les paroles des deux rescapés. Leith, n'a eu d'autre chose à déclarer que ses vêtements, ses bouquins, et puis un peu de bric et braque consistant ses souvenirs. Le bagage d'Ussa, qui a pris un voyage de valises avec elle, est déclaré courrier diplomatique, car appartenant à une souveraine d'un pays, même disparu. À la surprise générale, un autre employé vient entre temps avec un document attestant leur appartenance ethnique.

— Bonjour monsieur, bonjour votre altesse ; vous avez demandé une recherche d'appartenance ethnique le jour où l'hélicoptère de la marine a récupéré une personne blessée à la tête.

— Non, l'interrompe Angélique, c'était moi qui l'avait demandé ça.

— Bon, continu-t-il, peu importe qui l'a fait. C'est le résultat qui compte. Il atteste en fait que vous êtes tous d’origine européenne, même très ancienne. Le dénommé Pénélope Axarz a un code ADN très proche des Irlandais. En ce qui concerne mademoiselle Ussa de Bel-Ra, on a pu trouver les ossements de ses parents. Elle est apparentée à des basques, de pur sang, ainsi est le dénommé Leith Ajahel. Ce qui est important, c'est que cette teste confirme que vous êtes bien ceux que vous prétendez être. Ceci me confirme également ce que j'ai toujours cru savoir ; c'est que mon peuple est de provenance de l'Atlantide.

Angélique qui a traduit les paroles au mieux en utilisant son communicateur, regarde sa future belle-soeur qui reste planté là et prend un moment avant de réagir.

— Mes parents, balbutie-t-elle ? Vous avez trouvé leurs ossements ?

C'est à nouveau Angélique qui doit faire l'interprète, avant que l'homme puisse répondre.

— Oui votre altesse, c'est un musée qui les a. Ils seront ravis de faire votre connaissance. Voulez-vous bien nous excuser avoir dérangé le sépulcre de vos parents. On ne le savait pas, on ne savait pas plus que c'était une tombe d'un couple de gens très importants âgés de quatre-vingts à quatre-vingt-dix ans enterrés quelque part dans les Pyrénées. C'est tout ce qu'on savait.

— Êtes-vous sûr que ce soient mes parents, demande-t-elle par Angélique interposée ?

— Oui, votre altesse, avec une marge d'erreur d'un sur un milliard. C'est bien pour cela que ça me fait un effet bizarre de vous voir ici en chair et en os. Pouvez-vous nous communiquer les noms complets de vos parents ? Le musée aimerait les avoir. Je crois qu'ils ont prévu quelque chose de spécial, mais il vaudra mieux que ce soit vous qui va vers eux pour le discuter.

L'employé se lève et prend congé de ses invités en leur souhaitant bienvenue au nom de la République. C'est en sortant du bureau des douanes qu'Ussa, Angélique et Cécile voient tout ce comité qui se retourne aussitôt vers eux. Mais avant que sa belle-soeur et sa belle maman aient pu dire quelque chose, c'est Ussa qui leur dit :

— Ne crains rien, je suis habituée à ça. Angélique, dit-elle à sa belle-soeur, tu peux leur dire que je leur accorde cinq minutes. Par la suite, ils doivent demander une audience par écrit.


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Armand, en les attendant dehors, est en grande discussion avec les gens de la presse et le capitaine qui les attend aussi, car il a chargé, aidés par Julien et Leith, toutes les valises dans sa vieille 4L. Il avait dit à Armand qu'il n'arrivera jamais caser le tout dans la voiture de Bernard. Ce qu'il ne dit pas, c'est qu'il compte boire un pot chez Armand et Cécile et discuter un peu. Il est curieux comment le voyage s'est déroulé. Soudainement c'est le téléphone d'Armand qui se met à sonner.

— Bonjour, Armand Leblanc à l'appareil, je vous écoute.

— Pardon ?

— Réveillé dites-vous ? Mais bien sûr, quand ?

— D'accord, chambre 68945. Oui, j'imagine que vous avez besoin d'un interprète. Elle parle une langue qui n'est pas très courante par ici. Ce sont les basques qui arrivent à les comprendre, je crois. Vous avez peut-être un qui a appris la langue de sa grande-mère, non ? Ça vaut le coup d'essayer en tout cas. Vous en avez bien un, non ?

— Ok, je vous rappelle sur ce numéro, d'accord ?

— Oui, vous aussi, au-revoir.

Le capitaine, ayant essayé de suivre la conversation, lui demande :

— Qu'est-ce qu'il y a ? Une malade dans la famille ?

— Non, lui dit Armand, c'est notre troisième passagère. Elle s'était blessée gravement à la tête et on l'a transporté dans un hôpital parisien. Ils viennent nous téléphoner qu'elle s'est réveillée et réclame ses amis.

— On peut la visiter, lui demande Bernard ? J'ai congé demain et je pourrais aller à Paris avec la bande. Ça va être juste avec six dans cette voiture, mais c'est faisable.

— Tu oses conduire à Paris, lui demande le capitaine, tu vas te faire tuer là-bas. Ils conduisent comme des sauvages.

— Le problème de Paris, dit Bernard, n'est pas conduire. Ton problème commence quand t'arrêtes de conduite et commences à chercher une place de stationnement. À Paris tu as deux possibilités : interdit et indisponible. Mais restons sérieux, où est-elle, ta Pénélope ? À La Pitié Salpétrière ? Si c'est là, on n'aura pas de problème. Comme ça, on pourrait faire une petite balade pour les montrer Paris.

Armand monte ensuite dans le 4L du capitaine, tandis que les autres vont à Étretat avec la voiture de Bernard. Le capitaine est ravi que Armand vient avec lui. C'est ainsi qu'ils peuvent discuter de l'aventure vécue par la famille Leblanc. Arrivé à leur domicile, Ussa fait comprendre à Julien qu'il fallait ranger ses valises dans “Notre” chambre. Elle fera le rangement final plus tard, laissant le temps à Julien de faire le rangement de ses affaires et faire la place. Leith et Angélique font de même dans “Leur” chambre. Cécile a voulu protester, mais voit qu'ils n'ont pas de chambre supplémentaire et qu'il faudra vire ainsi pendant un moment. Ussa sort de la chambre, cherche Angélique dans la sienne et va dans la cuisine en faisant signe à Cécile de s'occuper des apéritifs et ses invités. Les deux filles viennent de temps à autre rejoindre les autres, pour autant les préparatifs le permettent. C'est Julien qui réagit en premier en voyant sa soeur s'affairer dans la cuisine :

— Je savais qu'Ussa, quoique végétarienne, est un véritable cordon bleu, mais Angélique, je ne l'ai jamais vu faire autre chose que de réchauffer une pizza aux micro-ondes.

— Heureusement qu'elles s'entendent bien, dit Cécile.

Les deux filles ont, avant de continuer avec d’autres préparations, commencé à faire le tour des bouteilles dans le buffet. Tout à coup c'est Ussa, affairé d'ouvrir les bouteilles une à une pour sentir le contenu et goûter un peu avec le bout de son doigt, qui appelle Leith en brandissant une bouteille de Calvados : « Eh ! Leith, viens voir ! Quelque chose que tu connais ! » Il vient vers elle et saisisse un verre, verse un petit peu et déguste en connaisseur. « Mmm, c'est du bon ».

— Dit donc, dit le capitaine, un connaisseur ! Ils en avaient du calva chez eux ?

— Oui, dit Angélique revenue dans le salon entre deux préparations, sa famille avait une arboriculture. Ils avaient toutes sortes de fruits, jus de fruits, du cidre et ça. C'est son arrière grand-père qui l'a inventé ; il avait en fait oublié de l'eau de vie de cidre dans un tonneau, qu'ils ont retrouvé cinq ans plus tard.

— Angélique, viens, appelle Ussa qui veut servir les mets, suivi quelques mots incompréhensibles pour tous sauf les deux filles.

La soirée continue en mangeant les amuses gueules, façon Ussa, jusqu'à une heure tardive, tel que Armand et Cécile craignent pour la sécurité du capitaine qui insiste de vouloir renter. Il a même voulu revenir le lendemain chercher Armand qui doit rendre le voilier à Chérbourg. C'est Cécile qui l'assure que c'est elle qui vient avec lui, car ils doivent encore nettoyer leur voilier. Surtout que c'est elle qui va récupérer ensuite Armand à Chérbourg en voiture. Ce sont surtout Ussa et Leith qui sont excités pour ce qui va suivre le lendemain, car ils vont, accompagné d'Angélique, Julien, Alice et son père, non seulement voir Pénélope, mais aussi la capitale de leur pays d'accueil. Leith et Angélique se sentent aussi anxieux, heureux et excités à la fois et pour une tout autre raison, car même s'ils ont partagé la même cabine pendant le voyage de retour, ils n'ont pas partagé la même couchette et cette nuit sera la première qu'ils partageront également le même lit.


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Comme convenu la veille au soir, toute la famille s'est levée tôt et après un petit-déjeuner vite fait, les parents se rendent à Fécamp pour nettoyer le voilier avant que Armand puisse l'amener à Chérbourg, là où il se trouve la société de location. Les quatre jeunes n'ont pas besoin d'attendre longtemps, car Bernard vient, accompagné de sa fille Alice, déjà assez vite les chercher. Ils décident de partir tout de suite et de faire une halte café-croissants juste avant la station de péage du pont de Normandie à cause de sa splendide vue sur la baie de Seine. Après, cependant, il faudra se dépêcher pour être à temps pour les heures de visite à l'hôpital. Leith et Ussa passent l'essentiel de leur temps de voyage en essayant de se repérer sur la carte routière de Bernard qui connaît le chemin et peut s’en passer. Les deux amis déduisent, vu l'augmentation progressive des habitations et de la circulation, qu'ils s'approchent la capitale de leur pays d'accueil. C'est Leith qui demande un moment donné aux filles où se trouve cette route portant le sigle A14, car il ne le trouve pas. C'est Ussa lui fait le réflexe :

— C'est sûrement une vieille carte, la route est probablement plus récente que la carte.

Fur à mesure qu'ils se rapprochent la cité de La Défense, les hauts bâtiments viennent de plus en plus visibles. Là, c'est surtout Leith qui est intrigué. Il se rappelle bien les conversations qu'il ait eue avec les Macs. Il sait qu'à partir d'une certaine hauteur, les murs d'un bâtiment deviennent trop lourd pour pouvoir bâtir plus haut. Il se promet de se renseigner, car demander une des trois filles ne sert à rien ; elles s'y n'intéressent pas. C'est aussi Ussa qui, en regardant les immeubles, demande sans s'adresser à quelqu'un de particulier :

— Y a-t-il des gens qui habitent là dedans ?

— Non, lui répond Angélique, ce sont des bureaux. Les immeubles où habitent les gens sont bien plus vilains que ceux-ci. Tu dois avoir vu quelques-uns, car on est passé devant tout à l'heure.

Malheureusement pour eux ils entrent dans un tunnel qui passe dessous l'esplanade de La Défense, leur coupant ainsi la vu. Là aussi, c'est Ussa qui ait préféré passer ailleurs, les odeurs et le bruit de la circulation l'incommodent. En sortant ce tunnel ils passent sur un pont d'un grand fleuve et c'est Leith qui demande par communicateur interposé :

— Ceci, est-il le même fleuve qu'on a traversé il y a quelques heures plus tôt ?

C'est Angélique qui lui fait oui de la tête et ajoute : « Il s'appelle La Seine. On va traverser dans un moment ce qu'on appelle la plus célèbre avenue du monde ; Les Champs Élysées. Regardes à ta droite, tu peux y voir au loin une tour de mille pieds, tout en fer. On l'appelle la Tour Eiffel. C'est le symbole de notre capitale. » Elle continue en désignant un monument droit-devant, devenu visible entre temps : « Tu vois droit devant ce qu'on appelle l'Arc de Triomphe, il fut construit par un empereur il y a deux cents ans. »

C'est avant tout Ussa qui est enchanté par aspect de la grande avenue avec ses boutiques de tout genre. Leith, en la voyant regarder partout à la fois, lance :

— Si on fait descendre Ussa par ici, on ne la verra plus pendant deux semaines.

— Oh ! Dit Angélique, ce n'est rien, tu n'as pas encore vue le boulevard Haussmann avec ces grands magasins.

— Eh ! Papa, lui demande Alice qui utilise entre temps le communicateur d'Angélique, on va s'arrêter aux Champs Élysées quand on rentre, non ?

— Bien sûr, dit-il, à condition de trouver une place de parc.

— Là habite notre président, dit Angélique en désignant un palais à leur gauche.

— C'est quoi, lui demande Ussa ?

— Un roi élu par le peuple, lui répond Leith, comme certains états chez nous le font.

— Le faisaient, lui corrige Ussa, n'oublie pas qu'on est onze mille huit cents ans plus tard. Elle continue en désignant l'obélisque droit devant sur la place de la Concorde : tiens, un monument Égyptien !

Entre temps ils sont arrivés aux berges de la seine en direction de la garde de Lyon où Barnard comptait garer sa voiture. Il veut aller visiter Pénélope durant la visite du matin, aller manger quelque chose au quartier latin, revenir pour la visite de l'après-midi et s'arrêter aux Champs Élysées après, sur le chemin de retour. Mais avant tout ça, il faut d'abord garer sa voiture et prendre le métro, une première expérience d'un dispositif que ne connaissent nos rescapés de l'Atlantide. C'est surtout Leith qui s'est étonné, contrairement à Ussa qui est anxieuse dans ses couloirs souterrains. Il exclame :

— Un train souterrain, il fallait y penser !

Bernard a dû leur expliquer qu'ils ont pu aller à pied, mais on n'est pas chaque jour à Paris et il n'y a pas de métro à Étretat, profitons donc. La cohue des gens courant dans tous les sens leur impressionne, ils se demandent où ils peuvent bien aller. Ussa se montre un peu craintive la première fois qu'elle a dû mettre son billet dans le portail automatique donnant accès aux quais.


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P CLASS="western">Après avoir suivi un dédale de couloirs, ils sont quand même parvenues à trouver la chambre 689, celle où est Pénélope. Déjà avant d'ouvrir la porte, ils entendent le cri de joie de Pénélope qui n'entend pas seulement la langue de son pays, mais surtout les voix de ses deux amis.

— Entre ! Entre, s'écrie-t-elle, enfin des gens avec lesquelles je peux parler !

— Salut toi, dit Leith.

— Bonjour ma chère, lui dit Ussa, comment vas-tu ?

— Moi, ça va ! C'est ma tête qui va moins bien. J'ai manqué, à ce qui paraît, tout juste de passer l'âme à gauche. Tu sais, je me suis réveillé ici comme c'était annoncé dans mon rêve, sauf que je n'avais pas la moindre idée où j'étais. Ils ont essayé de me parler, mais notre langue ne correspond à aucune des leurs.

— Tu te souviens de ce que t'est arrivé, lui demande Leith ?

— Non, je me souviens qu'on avait quitté le port avec notre bateau, et puis c'est tout, mais parlons d'autres choses, présente-moi tes amis.

— Avant cela, Pénélope, lui dit Leith, prends peut-être ton communicateur, car on peut se parler par ce dispositif interposé.

— Julien, dit Angélique, passe le tien à Bernard. J'ai déjà prêté le mien à Alice et je partage celui de Leith. Toi tu peux très bien partager celui d'Ussa.

— Alors, continue Leith, ce monsieur-là est Bernard Mercier, notre chauffeur et le papa de cette demoiselle, Alice, une copine d'Angélique, ici à côté de moi. Le jeune homme que tu vois avec Ussa est son fiancé, Julien, le frère d'Angélique.

— Alors Pénélope, lui dit Angélique, enchanté de faire ta connaissance en chair et en os. Ce jeune homme à côté de moi que tu, à ce qui paraît, connais bien, est mon fiancé.

C'est après le tour à Julien, Alice et Bernard de se présenter. Une fois les présentations finies, ils échangent leurs nouvelles et racontent à Pénélope leur périple en mer, mais surtout l'angoisse de son accident. Pénélope raconte à son tour son séjour dans l'hôpital, la rencontre avec une femme de quatre-vingts et quelques ans et qu'elles comprennent un mot sur trois de ce qu'elles se disent. C'est ce qui leur permettent de bavarder un peu. Pénélope les demande de tout raconter sur cette ville où elle se trouve. C'est Bernard qui s'en charge, car le seul à connaître Paris assez bien. Ussa et Leith déclarent être navré de ne pas pouvoir dire plus sur leur nouvelle vie, car arrivés la veille à la fin de l'après-midi. Le temps passe ainsi tellement vite qu'il est déjà temps pour le dîner. Les infirmières font les comprendre qu'il faille revenir cet l'après-midi. Leith a déjà étudié le petit dépliant du RATP Parisien et déclare qu'il faut prendre cette ligne et remonter au quatrième arrêt.

— On dit : descendre, si on sort d'un train dit Ussa.

— Moi je dis remonter, car ces trains circulent tous en sous-sol et il faut ensuite remonter en surface avec ces escaliers automatiques.

— Tu parles de quoi, lui demande Pénélope ? Des trains qui circulent en sous-sol ? Des escaliers qui montent tout seuls ?

— Oui, j'aurais préféré rester en surface, lui dit Ussa, ces couloirs malfamés m'effraient un peu, mais ça vaut la peine de voir cela. Mais on parlera de ça tout à l'heure, les soignantes s'empressent de nous voir partir. On va faire une petite balade dans leur capitale, manger et on revient après te voir et te parler. Tout à l'heure ma chère.

Ils ont décidé de prendre le métro à la station St Marcel et de changer à la Gare Austerlitz au lieu de prendre la ligne dix en allant à pied jusqu'à la gare. C'est ainsi que les jeunes ont pu s'entraîner un peu comment s'y trouver dans ce dédale de couloirs sous-terrains. En route, Bernard leur explique que la Sorbonne, le nom de la station où ils vont, est une université de Paris et que le quartier où ils vont manger est la partie de la ville où ils se trouvent beaucoup d'étudiants. Quand ils sortent la bouche de métro, c'est surtout Ussa qui attire les regards. En partant ce matin, elle avait mis la même robe que la veille, celle qui renforce son allure de reine. Nos deux amis se sentent tous les deux un peu nostalgique quand ils déambulent dans les petites rues à la recherche d'une pizzeria. C'est à Leith de réagir en premier.

— Tiens Ussa, j'ai l'impression qu'on va tomber sur la boutique de Pénélope ou l'estaminet de Abdubu au tournant d'une rue.

— Oui, répond-elle, ça me fait bien de la peine. Mais. Que cherche-t-on ?

— Je crois qu'ils cherchent un endroit qui fait des plats pour nous.

Barnard et Alice ont en fait dit à leurs copains qu'il faille mieux aller manger une pizza, si on veut trouver quelque chose de végétarien pour Leith et Ussa. Ce n'a pas été très difficile d'en trouver un et ils se trouvent rapidement à table. Quand le serveur vient les demander s'ils désirent un apéritif, c'est Ussa qui réclame, comme elle a d'habitude, un vin cuit. Leith suit rapidement son exemple, suivi d'Angélique. Julien et Alice, qui n'ont pas voulu en boire un apéritif, finissent par craquer également. Seul Bernard renonce, la route est encore longue et il veut rester sobre.

— Mademoiselle ressemble beaucoup à la dernière reine de l'Atlantide qui a débarqué hier, leur dit le serveur.

— Non, dit Angélique, ce n'est pas une ressemblance ; c'est elle-même.

— Que votre altesse soit bienvenue dans notre établissement, dit il en faisant une petite courbure, c'est un honneur pour nous de vous recevoir. Il continue en s'adressant à Angélique : comprend-elle le français ?

— Non, pas encore, mais elle a deviné vos propos.

Leith et Ussa ont suivi la recommandation de leurs amis et sont un peu étonnés de voir le serveur venir avec une sorte de galette aux sauce tomates et fromages, visiblement cuit au four. Angélique a dû promettre de rechercher les recettes pour Ussa qui veut évidemment les essayer et sûrement pas du réchauffé aux micro-ondes. Le repas est suivi des glaces, un met dont surtout Ussa se raffole. À son étonnement, certains sont accompagnés de chocolat chaud. C'est pour elle du jamais vu, mais apparemment bon. Elle se promet d'en prendre la prochaine fois, car la sienne est composée la moitié d'une pêche, de la glace et du chantilly. Quant aux cafés à la fin du repas, Ussa et Lilth créent la surprise en réclamant tous les deux que leur café soit accompagné d'un calva, une des seules boissons d'ici qu'ils connaissent. La balade de retour jusqu'à la station de métro se fait par le Boulevard Saint Michel où Ussa se plaint du bruit et de l'odeur de la circulation. Leith fait remarquer que Poseidia n'était pas mieux et que les grandes villes ne dorment jamais.

De retour dans la chambre de Pénélope, qui les attend impatiemment, ils lui racontent comment ce quartier d'étudiants et de touristes se présente. Leith fait remarquer qu'il ressemble au leur à Osuo, sauf que celui d'ici est à plat. Le lit d'à côté de Pélélope est occupé à présent par une autre patiente. Elle déclare de comprendre un petit peu de ce qu'elle lui dit. Même Leith et Ussa parviennent, comme Pénélope l'a fait, à dialoguer avec elle. Elle les explique qu'elle est d'origine du sud-ouest de la France et qu'elle est ravie d'entendre parler deux jeunes comme sa grand-mère.

— Je m'appelle Armelle, dit elle aux autres. Ils m'ont aussi opéré à la tête, comme elle, sauf que j'avais une tumeur. Veuillez bien m'excuser que je parle à sa place, mais le docteur l'a dit qu'elle pouvait sortir la semaine prochaine, si tout va bien. Il faudra peut-être revenir la chercher, n'est-ce pas.

— Vous venez me chercher alors, leur demande Pénélope qui a deviné ce qu'elle disait, on pourra faire une viré en ville avant de rentrer. J'ai hâte de voir cette ville. Je n'ai qu'un petit bouquin pour touristes avec des images. Je n'arrive même pas à lire leurs hiéroglyphes. Tu me les apprends, n'est-ce pas Leith, car si un est capable d'apprendre n'importe quoi, c'est bien toi.

Les discussions durent encore jusqu'à la fin de l'heure de visite où ils prennent congé de Pénélope et de sa compagne de chambre et la promettent de lui parler au communicateur, puisque Pénélope a le sien avec elle.


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Si on fait une promesse, on le tient. C'est la même chose pour Bernard. Même si ce n'est pas facile pour Bernard de trouver une place de stationnement, il a fini d'en trouver une et pas trop loin de la plus célèbre avenue en plus. C'est Ussa qui exprime son étonnement qu'il y a plus de magasins d'un côté que de l'autre. Le temps d'arrêt dans une célèbre boutique de parfums a été long, beaucoup trop long pour Bernard et Julien. Leith, quant à lui, n'a pas pu cacher sa curiosité et est resté avec les filles. Après cela ils sont également arrêtés chez un célèbre disquaire où ils n'ont pas seulement pris un café à la première étage donnant une bonne vue sur l'avenue, mais aussi fait le tour les bacs en écoutant les disques exposés et présentés dans ce but. Hélas pour les cinq jeunes, il commence à venir tard et l'heure de retour a sonnée. Ils regagnent leur voiture après un dernier tour des Champs Élysées. Leith regrette bien qu'ils n'ont pas pu visiter le grand temple qu'il a vu de loin à midi et, pour ne pas l'oublier, la grande tour en fer. Décidément, il faudra revenir et faire un tour touristique entre jeunes. Il veut en parler à Angélique. Il a un pris ses économies avec et même si cette monnaie n'a plus cour, ils risquent être des objets de collection, comme lui en a eu. Le chemin de retour n'est, mis à part l'arrêt à Heudebouville pour se restaurer, pas très excitant. Arrivés chez les Leblanc, ils découvrent que les parents viennent tout juste de renter accompagné du “capitaine” qui a fait le voyage en mer avec Armand. Alice, qui est resté un peu en arrière avec Angélique, lui dit :

— Tu as vu comment mon père et Pénélope se sont regardés ? Je suis contente pour lui. Il est temps qu'il fait à nouveau confiance à quelqu'un. Elle est sympa, je l'aimerais bien comme belle-mère. Mais tu ne parles surtout pas à papa, n'est-ce pas ?

— Ne t'en fais pas, je l'ai vu aussi et il y en a eu d'autres qui l'ont vu.

— Tu sais quel métier qu'elle fait ?

— Le même que toi, mais je crois qu'elle est en plus esthéticienne. Leith m'a dit qu'elle se connaît très bien en produits naturels. Elle sait faire les produits pour ses masques elle-même. Elle a en tout cas toute une valise avec des échantillons avec elle.

— Mais c'est super !

— De plus, sa famille avait un haras, tu pourrais faire du cheval avec elle.

— Était-elle marié ?

— Non, célibataire sans attaches.


Intro 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Remerciéments Remarques

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L'anniversaire d'Ussa.

Leith a bien voulu vendre quelques-uns de sa collection de monnaie, mais c'est Angélique qui s'y est opposée. Pas question non plus pour elle de toucher à l'héritage d'Amilius que Leith a pris avec lui. Le marchand leur avait dit en toute honnêteté, qu'une collection complète rapportera beaucoup plus. Leith et Ussa, regrettant de dépendre de leurs amis et de ne pas avoir leurs propres moyens de paiements, ont donc fait le tour de ce qu'ils possèdent en monnaie de leur pays pour voir s'ils peuvent faire une douzaine de planches avec certificat d'origine et de les vendre aux collectionneurs. Une vente qu'il vaudrait mieux laisser, selon Angélique, à une maison d’enchères publique spécialisée. C'est donc Angélique qui a, une fois de plus, puisé dans son compte épargne pour se payer cette offre promotionnelle d'un séjour à Paris, qu'elle a trouvé dans une publicité. Ussa et son Julien, comme elle le dit, l'ont fait de même. Pour instant, ce sont Angélique et Julien qui avancent donc l'argent nécessaire pour le voyage. Ils ont voulu que Alice vient avec eux, mais ils ont eu du mal à la convaincre, car la pauvre se sent terriblement seule. Le fait que ses proches amis se sont fiancés à l'ancienne, comme au siècle dernier, lui a fait l'effet d'un choc. Elle qui a vu sa meilleure copine se métamorphoser durant les vacances d'été d'une adolescente en jeune femme qui sait ce qu'elle veut. Elle se rend maintenant compte qu'Angélique a bien rangé ses souvenirs d'enfance et d'adolescence dans un carton au grenier de sa vie. Elle n'a cependant pas voulu faire bande à part et a, suggestion d'Ussa, invité André à venir avec elle. L'offre promotionnelle comprend le voyage en train et une nuit d'hôtel à Paris. Ils se sont donc levés tôt ce matin pour se rendre au Havre en car et de prendre le train depuis là. Bernard, le papa de Alice, viendra le lendemain, car il doit chercher Pénélope à hôpital, but ultime de ce voyage. Il a même, la voyant malheureuse, payé le voyage pour sa fille et son copain. André est, à la surprise de tous, venu les voir la veille au soir, car un peu anxieux pour les fringues. Il a voulu demander si Julien n'avait pas par hasard quelque chose pour lui, car il avait vu le nom de l'hôtel et a craint de faire mauvaise impression s'il vient habillé comme il le fait habituellement. À présent ils sont en route. Le train vient de quitter la gare de Rouen et ils étudient le plan du métro Parisien. Cette fois il n'y a pas le père d'Alice pour les guider. Ils savent bien que se tromper est facile. C'est pour cela qu'ils établissent un plan comment aller de la gare Saint Lazare à l'hôtel pour y déposer les quelques bagages, les nécessaires de toilette et quelques vêtements de rechange, qu'ils ont pris avec eux. Bernard leur a averti avant qu'ils partent : « Veillez bien sur vos portes-monnaies et portefeuilles. » Là, c'est Ussa qui lui a fait le réflexe : « Autant de voleurs ici qu'à Poseidia alors ! » Lors l'accueil à l'hôtel, c'est encore l'apparence d'Ussa qui fait miracle. L'agent d'accueil a voulu refuser des adolescents tout seuls, mais un seul regard furieux d'Ussa a été suffisant, car reconnu en tant que la dernière reine de l'Atlantide.

Une fois les bagages déposés et les clefs rendus à la réception, ils prennent à nouveau le métro, où même Ussa commence à surmonter ses craintes concernant les portails automatiques et le fait d'être en sous-sol. Ils vont, comme ils l'ont planifié, aux Champs Élysées et depuis là ils prennent un circuit touristique en bus. Un circuit bateaux-mouches est également prévu, mais le soir, car il y en a eu plusieurs de leurs amis qui leur ont dit que ça vaut la peine. Le circuit touristique a comme avantage qu'on peut en descendre et le reprendre plus tard. C'est ainsi qu'ils ont attiré au boulevard Haussmann, dans les grands magasins. Quand ils ont poussé les grandes portes, c'est Ussa qui lance un regard furieux à Leith quand elle lui entend dire :

— J'ai cru qu’on allait rentrer demain, pas l'année prochaine !

— Te t'en fait pas Leith, lui dit Angélique, ils nous mettent bien à la porte, quand ils ferment à huit heures ce soir.

C'est ainsi que le soir vient beaucoup trop vite à leur goût. Ils ont même renoncé à entrer dans le Louvre et au Tour Eiffel, car l’attente aurait été beaucoup trop longue et il y a tellement de choses à voir à Paris. Il devient temps de gagner les bateaux mouches pour un circuit sur la Seine. Même s'ils ont initialement prévu de prendre le dîner sur le bateau, c'est Angélique qui s'est opposée. Une vérification vite fait sut Internet avant de partir, l'a appris que les tarifs sont bien au-delà de leur budget, mise à part qu'il n'y avait pas de menu végétarien. Ils ont donc décidé de remettre le dîner au plus tard et de chercher éventuellement une pizzeria. Après le tour en bateau-mouche, dont Ussa a été particulièrement enchanté, ils sont, comme beaucoup de jeunes ayant un budget limité, allé dans une grande enseigne américaine, déclenchant chez Leith le réflexe : « Tiens, le même nom qu'un de nos copains Celtes, sûrement un de ses descendants ! » Plus tard le soir, les six jeunes qui ont initialement voulu finir le soir, comme ils disent, en boîte, l'ont fini sur une terrasse d'un café aux Champs Élysées en regardant les passants. Après, ils se sont rendus à l'hôtel à pied, car c'est Ussa qui a absolument voulu voir la ville le soir, même si elle n'a pas été tout à fait à l'aise sur le chemin de retour. Au bar de l'hôtel, Ussa et Leith ont créé à nouveau la surprise quand ils ont réclamé un café-calva, un exemple aussitôt suivi d'Angélique qui a dit au barman : « La même chose, mais sans le café. » Les autres se sont contentés d'un jus de fruits. Le lendemain, ils se trouvent tous au petit-déjeuner et ce sont Alice et André, ayant visiblement peu dormi, à venir en dernier. Ils décident d'amener d'abord les bagages aux consignes de la gare et d'aller depuis là visiter La Notre Dame de Paris. Leith a hâte de pouvoir visiter ce temple. C'est son architecture qui l'intrigue. Après, ils ont prévu de faire une petite balade au même quartier que la première visite il y a un peu plus qu'une semaine. Ensuite, il faut déjà assez rapidement gagner la salle d'attente de l'hôpital où le rendez-vous s'est donné. Quand ils sortent la bouche du métro de la station “Cité”, c'est Ussa qui demande en pointant vers le Palais de Justice :

— Ce sont qui, qui habitent là ?

— Les voyous et leurs juges, lui répond André qui partage le communicateur d'Angélique avec Alice, c'est le palais de justice. C'est là où il y a la police. Il ne vaut mieux pas y être invité.

— C'est quoi ce sigle-là, demande Ussa en désignant une camionnette des CRS.

— Je crois deviner, lui répond Leith, c'est sûrement leur BSI. J'ai vu des mecs y descendre et ils ont la même allure que ceux de Ra-Ta.

— Sauf que les nôtres ne font pas d’opérations secrètes, lui dit Angélique.

— Moi je crois, dit André, qu'il vaut mieux comparer leur BSI et leur BOS avec les SS et la Gestapo des Allemands de la deuxième guerre mondiale.

— Oui, c’est ça, lui dit Alice, et ce Ra-Ta avec Hitler.

— Le temple qu'on va visiter, demande Leith qui n’a pas envie de continuer ce sujet, est-il encore loin ?

— Non, lui dit Angélique, c'est juste à côté, mais on ne dit pas temple par ici, on dit église. Celle-ci en occurrence, on l'appelle une cathédrale.

Quand ils entrent au Parvis Notre Dame au tournant d'une rue, ils regardent tous le spectacle de l'énormité de ce bâtiment. La cathédrale est déjà impressionnante sur photo, mais la voir en réalité est quand même autre chose. Ils décident de la visiter et entrent par une porte lui-même dans un des battants de l'énorme portail. En ce qui concerne nos deux atlantes, l'un est aussi impressionné que l'autre, sauf qu'Ussa a plutôt peur et elle sert très fort la main de Julien.

— Ça doit être une puissante armure à l'intérieur des murs pour tenir tout ça en place, dit Ussa en regardant la hauteur de l'édifice donnant le vertige.

— Non, lui dit André qui a écouté Ussa par communicateur interposé, il n'y a aucune armure. La construction se tient toute seule. Les arcs ne sont pas là pour la décoration, mais pour la solidité.

— Je veux sortir d'ici, balbutie-t-elle anxieusement en regardant le plafond et les colonnes comme ils sont prêts à s'effondrer à tout moment. Ce bâtiment fait au moins un stade de long sur un demi-stade de large. Comment veux-tu que ça tienne ?

Il faut tout le tact et persuasion de Leith et Julien pour le retenir et éviter qu'elle coure en dehors en hurlant. Ce petit ménage ne manque évidemment pas à attirer l'attention d'un prêtre passant par là, curieux de savoir pourquoi Ussa a eu peur.

— Que se passe-t-il, demande-t-il. Mademoiselle à peur ? Mais, dit-moi, dit-il en la regardant un peu plus près, il me semble que votre photo était à la Une des journaux il y a une semaine.

— En effet, lui dit Julien, je vous présente; Ussa de Bel-Ra, fille d'un des derniers rois de l'Atlantide.

— Que votre altesse veut bien m'excuser, mais que craignez-vous.

Il s'installe alors un petit dialogue, par Julien interposé, où le prêtre lui explique de ce qu'il sait de la cathédrale. Sa construction, son architecture et autres. Un récit que suivent attentivement Angélique et Leith qui regarde un peu incrédule les colonnes et arcs tout en haut. Une hauteur qui lui donne le vertige, rien en la regardant. Ils font ensuite le tour du bâtiment accompagné du prêtre, car ce n'est pas chaque jour qu'on reçoit un haut dignitaire à l'improviste. Ussa ne peut, comme à l'hôtel, pas se dérober à signer le livre d'or, qu'elle fait, à la surprise du prêtre, en écrivant en hiéroglyphes Égyptiens. Elle demande ensuite à Julien de mettre la traduction, qu'elle lui dicte, en dessous. En sortant, ils constatent qu'il n'y a plus beaucoup de temps pour s'arrêter dans le quartier des étudiants, mais ils peuvent le traverser pour prendre le métro jusqu'à l'hôpital. Quand ils arrivent finalement à l'hôpital, Bernard et Pénélope attendent déjà au point de rendez-vous. Ils ont pris, comme eux, une carte journalière de RATP et laissent la voiture là où elle est garée. Les six leur racontent ce qu'ils ont fait la veille et ce matin même. Surtout la peur d'Ussa dans le grand temple, qu'ils appellent cathédrale. Arrivés au métro, c'est Pénélope qui hésite devant le portail automatique. Elle a bien vu que les autres y introduisent leur billet, mais elle continue à regarder alternativement son billet et la machine. C'est soudainement Leith qui comprend son hésitation et lui dit :

— Ne te tracasse pas Pénélope, ce machin prend le billet dans toutes les sens. Je l'ai essayé. En dessus dessous, en envers, ça marche toujours. Ne cherches surtout pas à comprendre. Si le billet n'est pas bon, il n'ouvre pas la porte, mais le rend. Ne perds surtout pas celui-ci, car c'est un billet pour la journée et on peut l'utiliser autant de fois qu'on veut.

Ensuite ils prennent la même ligne qu'une semaine plus tôt jusqu'au quartier où ils ont mangé. Cette fois ils ont un peu de temps devant eux et en profitent pour déambuler dans les petites ruelles. Pénélope a la même réaction qu'Ussa et Leith il y a une semaine, elle est sûre de tomber sur le bistro d’Abdubu au tournant d'une ruelle. Pour manger, ils se rendent au même pizzeria que la semaine d'avant où le serveur est très ravi de revoir sa célèbre cliente et ses amis.

— Bonjour votre altesse, vous allez bien ? Bienvenue dans notre établissement, lui dit-il.

Après avoir mangé, ils décident d'aller visiter le quartier de Montmartre. Bernard a leur expliqué que c'est le quartier des artistes, peintres surtout. Quand ils remontent à la surface à la station “Anvers”, sur le boulevard de Rochechouart, il a du expliquer qu'ici, juste en dessous le quartier des artistes et peintres, se trouve le quartier du plus vieux métier du monde. Arrivés en haut, c'est Ussa qui ne peut pas s'empêcher d'exclamer que ce temple est bien plus beau que l'autre. Quand ils finissent enfin de déambuler dans petites rues, il est déjà temps pour les six de prendre le train et laisser Pénélope seule à découvrir Paris accompagnée de son nouvel ami. Ils se rendent ensemble à la gare Saint Lazare, cherchent leurs bagages à la consigne46 et prennent un café en attendant le train en direction Rouen-Le Havre. Bernard sait que c'est un peu juste pour le bus, mais sait aussi que les jeunes se débrouilleront bien.


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— Leith, tu peux me lâcher maintenant, je veux essayer de faire le trajet toute seule.

— Mais, lui dit-il, ça fait la quatrième fois que tu vas toute seule. Je n'ai fait que semblant.

— QUOI ! Tu m'as fait pédaler toute seule sans que je le sache, lui dit-elle en descendant du vélo d'Angélique.

— Oui, ma chère. Tu vois, ce n'est pas aussi compliqué que ça. Ces trucs vont tout droit pour autant qu'on continue de pédaler. Ils sont auto-stabilisant, même si j'ignore pourquoi.

— Tu y arrives ? As-tu déjà fait un trajet ici dans le jardin ?

— Oui, mais j'ai encore du mal à garder l'équilibre. Je pense que c'est une question d'entraînement, lui répond-il.

— Tu ne crois pas, qu'on devrait acheter un casque comme les enfants le portent. Ça nous évite une mésaventure comme la pauvre Pénélope l'a vécu.

— Et ses trucs aux coudes, lui dit Leith. À propos Pénélope, comment va-t-elle ? Ça fait un moment que l'on n'a plus vue.

— Elle donne un coup de main à une association. Elle coiffe des personnes âgées à domicile. Ça lui permet le contact avec des gens. Elle aime bien bavarder, comme tu dois le savoir. Julien m'a dit qu'elle se débrouille déjà pas mal.

— Tiens, lui dit Leith, Julien, le voilà. Va à sa rencontre avec le vélo, ça lui fera plaisir.

— Ussa ! Ça alors, lui dit Julien quand il la voit venir, ça me fait plaisir que tu as réussi à te mettre en selle. Ce n'est pas aussi compliqué que tu croyais, n'est-ce pas ? Tu oseras venir avec moi à la plage cet après-midi ? Tu pourrais faire un peu de planche, car là aussi tu te débrouilles déjà pas mal. Puis il continue en s'adressant à Leith sans attendre une réponse de sa copine : tu pourrais venir avec Angélique à pied, n'est-ce pas ? Comme ça Ussa pourrait utiliser le vélo d’Angélique.

— Je crois bien, répond-il, qu'Angélique veut que je m'entraîne pour la nage. Elle me dit ce que je fais ne s'appelle pas nager, mais patauger. Elle trouve que je nage comme des chiens.

— Tu as déjà fait un bout seul sur la planche ? Lui demande Ussa.

— Non, répond Leith, elle trouve que je ne nage pas assez bien, on n'a fait que des trajets à deux. J'aime bien le faire ainsi. Je me demande d'ailleurs qu'elle ne l'utilise qu'en tant de prétexte pour pouvoir me tenir dans ses bras.

— Qui, c'est peut-être bien ça, lui dit Julien, car Ussa nage comme toi. C'est ainsi que l'on l'apprend chez vous ?

— Oui, c'est ça, dit Ussa.

— Nous appelons cela du Crawl, répond Julien. Toi aussi Ussa, tu dois améliorer ta technique, car tu te fatigues trop comme tu le fais maintenant. Je vais toucher un mot à Angélique, dit-il à Leith, il faudra peut-être mieux que tu améliores ce que tu connaisses.

— C'est ça, leur dit Ussa, il faut, à ce qui paraît, mieux chercher à améliorer ce qu'on connaît bien au lieu de chercher à combler ses lacunes.

— Je suis, ajoute Leith, de toute façon pas un grand sportif et je n'ai aucune intention d'en devenir un. Mais, continue-t-il, c'est tellement agréable à être deux, que je préfère presque continuer à faire la planche à deux. On a bien fait du cheval à deux l'autre jour.

— QUOI ? Du cheval ? Angélique et des chevaux, c'est aussi compatible que l'eau et le feu, lui répond Julien. Comment y es-tu parvenue.

— Oh ! Je n'étais pas seul. Il y avait aussi Pénélope et Alice avec nous. Mais je dois t'avouer que ce n'était pas facile. Il fallait nous trois pour la convaincre. Alors, elle ne voulait pas faire bande à part et elle a fini à monter avec moi sur le même cheval. La pauvre les craint comme s'ils étaient des lions. Qu'est-ce qu'il lui est arrivé pour avoir aussi peur, un accident peut-être ?

— Je ne me souviens plus les détails, lui dit Julien, mais je crois bien qu'elle ait assisté à un accident grave quand elle n'avait pas encore cinq ans. Il y a eu, si mes souvenirs sont bons, un cheval qui a tapé en arrière, blessant quelqu'un très gravement. Ce sont des choses qu'il ne vaut mieux pas voir quand on a que cinq ans. Ah ! Tiens la voilà. Va à sa rencontre avec le vélo Ussa, ça lui fera plaisir.

— Alors Ussa, lui dit Angélique en voyant Ussa venir vers elle, on s'entraîne pour le Tour de France maintenant ? Mais c'est super. Il nous manque juste deux vélos pour faire des balades ensemble.


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Ussa se sente un peu nerveuse ce matin du huit octobre, ou comme elle préfère le dire : le quinzième jour Balance, le jour de son dix-neuvième anniversaire. Elle sait de Leith que ce n'est pas tout à fait juste, à cause de la précession et l'erreur induit par la collision Acturus-Terre. Elle sait que le vrai signe Balance est un mois plus tard, mais elle préfère fêter son anniversaire au moment de leur “Balance”. De même que la transition des onze mille huit cents ans a eu lieu le même jour, celui du treizième jour Lion. Non pas seulement leur “Lion”, mais aussi leur treizième jour. Elle a cependant d'autres préoccupations en ce moment que de se soucier des signes astrologiques. Elle a pris sur elle de préparer le repas qu'il aura lieu plus tard l'après-midi. Ils n'ont pas voulu commencer le repas trop tard, car il y a parmi les convives ceux qui travaillent le lendemain, ainsi d'autres qui doivent, comme Angélique et Julien, reprendre leurs études. Tout le monde pouvait par contre venir plus tôt, vers quatre heures de l'après-midi. Julien est resté un peu plus long à midi pour ranger le salon de telle sorte, qu'on a pu y ajouter une table empruntée à Bernard. Elle essaye de compter et de se mémoriser les personnes invitées : Armand et Cécile, Julien et Angélique, Leith, Bernard, Pénélope et Alice ainsi que le copain de Alice ; André. « Oui, » dit-elle pour elle-même, « je m'oublie moi-même. Ça fait dix en tout. » Elle attend le venu d'Angélique qui a décidé de sécher un cours. Elle a dit que son mec l'explique aussi bien que son prof, si pas mieux. En l'attendant, elle commence à ranger les chaises telles qu'on peut quand même faire le tour des tables, car il faut bien pouvoir servir les invités. Angélique a voulu faire un buffet froid pour les salades et légumes, mais il manque un peu de place avec dix dans le salon. Ils auraient bien pu louer une tente et faire la fête dans le jardin, mais on est quand même octobre et le temps commence à venir assez frais, surtout vers le soir. Ce sont Cécile et Pénélope qui se chargeront de servir les gens pendant le repas. Elles n'ont pas voulu qu'Ussa fasse en plus de la cuisine encore le service. C'est tout de même son anniversaire. Il faut qu'elles s'assoient près de la cuisine, de sorte de ne gêner personne. Entre temps elle a sorti ses derniers gâteaux du four. Ils ne seront pas servis chaud de toute façon et peuvent être mis sur un plateau de service en attendant l'heure des cafés. Elle regarde à nouveau l'heure et commence à préparer le gratin de pommes de terre en gardant le four au chaud. Pendant que le gratin cuit, elle peut préparer ensuite ses beignets spécial Ussa, dont elle détient le secret de la fabrication, consistant, avec d'autres petits biscuits fait la veille et celles de tout à l'heure, les amuse-gueules pour l'apéritif. C'est Angélique, quand elle vient tout à l'heure, qui s'en occupera des légumes.

— Salut la belle, lance Angélique quand elle entre, déjà en pleine préparation je vois.

— Salut Angélique, tu comptes encore une fois rattraper tes cours de math avec Leith ?

— Oui, il m'explique mieux que ce vieux con de prof. Je ne comprends rien de ce qu'il dit, donc autant demander Leith. C'est le résultat qui compte et non pas l'enseignant. Mais parlons des choses sérieuses, où en es-tu avec les préparations ?

— Je commence à préparer mes beignets pour l'apéro pendant le gratin cuit. Peux-tu commencer avec les légumes ?

— Bien sûr, en ce qui concerne tes galettes aux légumes que tu as faits hier, faut-il les chauffer tout de suite ?

— Non, juste avant de les servir. On les met pendant huit minutes au four quand on a sorti le gratin.

Il ne faut pas attendre longtemps avant que Julien montre son nez également. Il n'entre cependant pas tout de suite, mais attend Bernard qui vient avec Pénélope et Alice. Les quatre, une fois arrivés, déchargent quelque chose emballé de papier cadeau, qu'ils mettent dans le garage. C'est visiblement une surprise pour Ussa qui ne se doute de rien. Après avoir range l'objet, ils entrent dans la maison où rien que l'odeur de la cuisine donne déjà faim. Julien met sa tête par le chambranle de la porte de la cuisine et demande les filles :

— Peut-on faire quelque chose ?

— Bien sûr, lui dit Angélique, mets les verres et les bouteilles de l'apéro. Eh ! Pénélope, viens prendre les biscuits et mets-les sur la table.

— Mais ! Est-ce que je peux quand même venir dire bon anniversaire à notre belle princesse, lui dit Pénélope.

— Fait vite alors, lui répond Ussa, je ne peux pas laisser cramer mes beignets. Tu peux prendre en même temps les premiers pour les mettre sur la table. Je serai prête avec les autres en vingt minutes, après, je n'ai qu'à surveiller mon gratin. Le reste est prêt à être servi.

C’est après Pénélope que Bernard et Alice viennent à leur tour vite fait dans la cuisine où ils donnent la bise à Ussa en lui souhaitant bon anniversaire. Julien a commencé, aide par Leith qui vient aussi de rentrer, à mettre les bouteilles et les verres de l'apéritif sur la table. Ils ne restent que Armand, Cécile et André à les rejoindre.

— Tiens, dit Alice, ce bruit-là ne peut être qu'André. Il semble penser que ça va plus vite quand ça fait plus de bruit.

— Ça m'étonne, dit Bernard, qu'il ne s'est pas encore fait arrêter par les flics. Il risque même de se faire confisquer son engin trafiqué.

— Salut la bande, dit André qui vient d'entrer avant de continuer en s'adressant à Angélique : tu as bien fait de ne pas venir, ce prof est vraiment nulle. Tu ne peux pas demander ton mec qu'il m'explique aussi.

— Mais ! Demande lui toi-même.

— Je ne parle pas assez bien sa langue.

— Alors, comment veux-tu qu'il t'explique alors ?

— On ne pourrait pas réviser le cours ensemble ? Toi tu dois le réviser aussi, je pourrais venir aussi donc, non ?

— Pour aujourd'hui c'est foutu, mais tu pourrais venir demain à la fin de l'après-midi. Je te traduit ce que tu ne comprends pas. Mais, continua-t-elle, n'oublie pas Ussa, c'est tout de même son anniversaire.

— Merde, dit-il avant de se rendre à la cuisine pour donner la bise à Ussu, tu as raison, j'allais l'oublier.

— Bonjour tout le monde, dit Cécile qui vient d'entrer, déjà à l'apéro je vois.

— Bonjour maman, lui dit Ussa qui vient de mettre les derniers beignets sur la table accompagnés d'autres petites choses préparés la veille. Tu me verses un verre de vin cuit, demande-t-elle à Julien.

— Oui ma belle, c'est déjà fait. Il t'attend là.

— Alors, dit Cécile, il ne manque qu’Armand. Il ne va pas tarder à renter de son boulot aussi. C'est son assistant qui ferme la boutique aujourd'hui.

Pendant que les invités s'installent à table, Cécile et Pénélope se rendent à la cuisine, car ce sont elles qui prennent le relais d'Ussa à l'instant. Angélique fait comprendre à Ussa que sa place est à la tête de la table et Julien de l'autre côté. Les autres places, elle les attribue telle qu'il y a homme et femme en alternance. C'est Armand qui exclame, en entrant, quand il voit que les autres ont déjà commencé l'apéro :

— Alors, vous n'avez pas pu m'attendre ? C'est moi le dernier servi maintenant ?

— Meunon papa, on n'a pas encore commencé, lui dit Angélique. Je viens de placer les invites et leur verser le premier verre. Prends place et déguste les créations de ta belle-fille.

Après que tout le monde est assis, l'assemblée chante la chanson traditionnelle de « joyeux anniversaire Ussa », suivi d'un « santé. » Ensuite, Julien se lève et demande tout le monde de le suive au garage. Ils sortent de la maison et accompagnent Ussa jusqu'au garage où elle voit un gros paquet difforme avec son nom dessus.

— Déballe-le, lui dit Julien, c'est un cadeau de nous tous.

Elle jette un regard circulaire sur les gens présents sans pouvoir dire un mot. Plein d'émotions elle commence à délicatement enlever le papier. C'est quand les premières structures métalliques deviennent visibles, qu'elle pousse un crie de joie.

— Mais, c'est trop ! Un vélo ! Merci à tous ! Je ne sais que dire. Je n'aurais plus besoin d'emprunter celui d'Angélique. On pourrait même faire des balades ensemble. C'est trop, j'y ne reviens pas, dit-elle avec les larmes aux yeux.

De nouveau à table, elle y trouve un autre cadeau. Un tube en carton, mais elle n'est pas la seule a en l'avoir reçu un. Pénélope en a eu un aussi. Elles l'ouvrent et celui d'Ussa contient un poster montrant ses parents debout sur leur navette. C'est un agrandissement d'une des photos qu'Angélique et Julien ont pris. Le tube de Pénélope contient un où on voit sa cousine Félicité avec Abdubu et un peu plus en arrière sur leur bateau, les autres membres de sa famille. Les deux femmes contemplent silencieusement les énormes photos, puis c'est Ussa qui a de nouveau des larmes aux yeux.

— Merci pour tout, balbutie-t-elle. Je suis très ému par ce geste. On va l'accrocher dans notre chambre, n'est-ce pas Julien ?

Mais avant que Julien puisse répondre, une voix d’homme semblant venir de nulle part, créant la surprise chez Bernard, Alice et André, leur dit :

— Bon anniversaire ma fille. Je suis heureux que tu vas bien. Pour ceux ici présent qui ne me connaissent pas encore, je m'appelle Pâris de Bel-Ra, un des derniers rois de la fédération Atlantique, mieux connue chez vous en tant que l'Atlantide.

— Bon anniversaire ma fille, dit une voix de femme. Pour les autres, je m'appelle Séléné de Bel-Ra et je suis sa maman. Nous sommes également heureux que Pénélope s'en est sortie indemne de son accident.

C'est ensuite que chacun se présente à son tour avant un dialogue s'installe. C'est pendant ces dialogues que Pénélope et Cécile commencent à servir les entrées. Le couple Bel-Ra raconte ce qu'ils ont vécu et que c'est assez bien déroulé malgré la perte de nombreuses embarcations. Il décrit l'endroit où ils se trouvent actuellement et qui s'avère être les Pyrénées, juste dans le coin entre l'actuelle Espagne et la France. Pendant que les conversations continuent, le plat principal est servi de telle que chacun peut se servir de ce qu'il désire. Cécile qui a d'abord craint qu'Ussa ait un peu trop force sur la dose voit qu'il n'y a pas de trop. Décidément, un repas pour dix personnes ne s'improvise pas, mais avant qu'elle ait pu demander à Ussa d'où elle tient ce savoir faire, c'est sa maman qui l'éclaire.

— Oui Cécile, je vois que tu t'étonnes d'où ma fille a ce savoir faire. C'est de chez nous, de notre cuisinière personnelle. Je n'ai jamais pu l'empêcher de faire la cuisine. Pour moi ce n'était pas une tâche pour une princesse, mais Ussa une fois qu'elle a quelque chose en tête, elle ne l'a pas ailleurs.

— Oui, j'en sais quelque chose ma chère, j'en ai aussi une fille comme ça.

— Pâris, lui dit Angélique, encore merci pour le cadeau. C'est trop beau.

C'est avant Pâris a pu dire quelque chose, que Julien lui dit :

— Tu l'aurais pu mettre pour l'occasion de ce soir. Mets-le, montre ce que Pâris tu as offert !

— Oui, Angélique, lui dit Ussa. Je viens avec toi, je te prête une belle robe qui va avec ce collier. T'en as point toi-même.

Quand les filles reviennent enfin, des petits sifflements font s'entendre, car Ussa s'est également changé et a mis sa robe de gala.

— Ne sont-elles pas belles, n'est-ce pas, leur dit Pâris. Angélique, en ce qui concerne ton cadeau, le service que tu nous as rendu a pour nous une valeur inestimable et tu le mérites bien. Tes informations, aussi maigres que soient-ils, m'ont permis à sauver de nombreuses vies. Leith, mon garçon, tu as dû recevoir avec l'héritage du Maître Amilius une lettre pour Ussa, à lui remettre à l'occasion de son dix-neuvième anniversaire. Cette lettre, c'est à toi Ussa que j'adresse la parole, contient une attestation, consigné de tous les rois de l'Atlantide, te déclarant reine survivante. Une telle lettre a été préparée pour tous les princes et princesses héritières il y a déjà très longtemps et elle est à ouvrir par le dernier survivant ou la dernière survivante. Or, ma fille, la dernière survivante, c'est toi. Ouvre la et lise-la à haute voix devant deux témoins.

— Ussa, lui dit Séléné, on doit te laisser, car ici la vie n'est pas de tout repos et nous mettons nous-même la main à la pâte. On se contactera plus tard. Alors, bonne fête ma fille.

— Bonne fête ma fille, lui dit son père, et à plus tard.

L'assemblée a commencé entre temps avec les glaces. Ussa a bien obtenu ce qu'elle a voulu l'autre jour à Paris ; une glace avec du chocolat chaud et de la chantilly. Mais ce que tout le monde ignore, c'est qu'ils les attend une surprise pendant la prise des cafés. Ussa et Leith, ne varient pas leurs habitudes. Ils ont compris que le café existe bel et bien dans leur nouvelle existence ainsi que la boisson découverte par hasard par l'arrière grand-père de Leith, qui se demande d'ailleurs si cette boisson n'a pas été ré-inventée de la même façon. C'est Angélique que fait remarquer qu'il faudra profiter jusqu'à l'année prochaine, car l'alcool sera interdit aux moins de dix-huit ans. C'est André qui lui fait la remarque qu'on peut toujours boire chez soi, ça n'empêche rien du tout. Selon lui, si quelqu'un veut rester raisonnable, il n'a pas besoin de lois. D'autre part les autres trouveront toujours ce qu'ils veulent. La drogue est une preuve ; ce n'est pas une interdiction qui arrête la consommation, mais c'est le suivi de ceux qui ne savent pas se contrôler. Pendant que les discussions continuent à ce sujet, une petite sonnerie se fait entendre. Surpris, certains regardent leur téléphone mobile, mais le signal est assez spécial et semble venir du côté de Pénélope, qui regarde un peu incrédule son communicateur affichant une demande de communication. Elle le prend, lance le mode “répondre” et exclame :

— AJAX ! Qu'est-ce que tu fous. Où es-tu ? J'ai cru que tu allais rejoindre les Macs ?

— Oui, c'est ça, mais il n'y a rien à l'endroit où on est, mais tu es où ?

— Chez les beaux parents d'Ussa et Leith voyons, on fête le dix-neuvième anniversaire d'Ussa.

— TU ES CHEZ DES GAULOIS ?

— OUI !

— Merde !

— Comment ? Merde ?

— C'est pour ça qu'on ne trouve pas terre à l'endroit indiqué. On est censé avoir terre par où on est, mais il n'y a que de la flotte par ici.

— Eh ! Je te passe un marin, il t'explique par où tu dois aller. Mais. Dit moi, tu es combien et avec quel bateau tu es venu. Ne me dis pas que tu es venu avec cette coquille de noix appartenant à Jason.

— Mais oui, ma belle c'est ça, mais dit moi comment vas-tu ?

— Tiens toi bien.

— Quoi ?

— Tu te tiens bien solidement à quelque chose ?

— D'accord, mais je ne comprends pas.

— Tu vas comprendre maintenant. J'ai trouvé par ici un homme gentil avec une fille de dix-sept ans ayant le même métier que moi. Puis ce n'est pas tout, on va se marier !

— QUOI ? J'ai impression que le ciel m'est tombé sur la tête. Tu m'invites à ta fête ?

— Oui bien sûr, ça ne presse pas, mais tu m'as toujours pas dit combien vous êtes dans ce bateau.

— Il y a donc moi, Jason avec sa femme et ses deux fillettes de six et sept ans, puis Laïos avec sa femme et son garçon de huit ans.

— Et Jou-el ?

— Je ne l’ai plus revu, il est resté avec la garde royale. Il a sûrement pu rejoindre l’armada du Roi.

— Tiens, je te passe notre marin de service.

Pénélope se lève et passe son communicateur à Armand qui les explique le cap à prendre. Leith, en comprenant de ce qu'il se passe, a déjà cherché la carte maritime et la donne à Armand. Ce dernier les explique l'itinéraire à prendre et les promet d'envoyer quelqu'un pour les guider jusqu'au port. Armand passe ensuite le communicateur à Leith, qui continue à bavarder avec ses anciens copains, pendant Armand prend le bon vieux téléphone filaire et fait le numéro du “capitaine”.

— Capitaine ? Ici Armand, ON A UN PROBLÈME !


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REMERCIEMENTS

L'auteur voudrait exprimer ses remerciements les plus profonds aux auteurs Jean Louis Bernard et Bernard Duboy et aux Éditions du Rocher, qui ont mis à disposition des informations précieuses lors des préparatifs précédant la rédaction de ce livre.   Ces remerciements ne comprennent ni consentement ni refus de la part des auteurs Jean Louis Bernard et Bernard Duboy et des Éditions du Rocher, concernant les théories avancées par l'auteur.


Éditions du Rocher
101, Boulevard Murat
75116 PARIS


Oeuvre :  « Les Autres Vies et la Réincarnation »
de Jean Louis Bernard et Bernard Duboy
ISBN : 2 268 0130 642


L'auteur voudrait également exprimer ses remerciements les plus profonds à :

NASA Headquarters, Public Communication Office
Suite 5K39
WASHINGTON DC20546-0001

Pour la mise à disposition de l’image figurant sur la couverture.

Ainsi à :

La Médiathèque de Gaillon pour la mise à disposition du matériel informatique et Internet, et puis en particulier Céline et Arnaud de la section Multimédia pour leur soutien et leur patience en répondant à mes questions incessantes du style : “Comment écrit-on .... ?

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Remarques !

1C'est ainsi que, selon le médium Edgar Cayce, s'appelait la capitale de l'Atlantide.

2Vient en réalité du Roi Louis XIV.

3Comme le service d’état d’un dictateur moustachu pendant la deuxième guerre mondiale l’a fait.

4Le groupement polythéiste “Les fils de Bélial” de l'Atlantide.

5Les auteurs du livre “Les Autres Vies et la Réincarnation” de Bernard et Duboy, (Éditions du Rocher) affirment à la page 204, que les Atalntes étaient végétariens.

6Mesure utilisée par les grecs anciens, à peu près un sixième d'un kilomètre.

7Petit clin d'oeil à Amy MacDonald, dont une chansonnette passe en boucle à la radio au moment de la rédaction de ces lignes.

8À Eric, le seul et unique Mac qui marchait à la bière et jouait de la cornemuse sans avoir besoin d'une carte-son cinq-point-machin-truc. (Il était chef de service Software au CERN quand j'y travaillais.)

9Ce sont les auteurs du livre “Les Autres Vies et la Réincarnation” de Bernard et Duboy, (Éditions du Rocher) qui l’affirment dans les pages traitant le sujet de l’Atlantide.

10La ville hollandaise Sneek a conservé une telle porte, passage touristique obligée ! S'il y avait un mur de défense, il y avait forcément une telle porte s'intégrant dans l'ensemble !

11Le mois d'août, les noms romains n'existaient pas à l'époque.

12Mode de torture pratiquée par les Atlantes.

13La planète Mars.

14Béton : on a effectivement trouvé certains de ce type de matériel dans les zones inondées par la montée des mers il y a plus de 12 000 ans.

15La planète Vénus.

16Ce qu'on appelle une supernova de nos jours.

17La Pelote Basque, ancêtre du tennis, à ne pas confondre avec le jeu de cartes “Belote”

18Même s’il y a une location de petits bateaux à Étretat, ne cherchez pas cette cabane, elle n’existe que dans cette histoire.

19Un groupe d’ici, jouant de la musique d’Irlande et de Bretagne. (Voir : www.celtica.fr)

20Les auteurs du livre “Les Autres Vies et la Réincarnation” de Bernard et Duboy, (Éditions du Rocher) affirment à la page 204, que les Atalntes étaient végétariens.

21Les indiens de l'Amérique du Nord le faisaient pour la plupart.

22Ne correspond pas aux heures réelles d'ouverture, veuillez consulter l'office de tourisme ou le site internet d'Étretat pour les connaître !

23Le pays et peuple d'Inde. L'Atlantide était en guerre avec l'Inde au moment de sa disparition. Le nom “Saneid” vient des lectures d'Edgar Cayce.

24Nom inventé par l'auteur, représentant des petits pains grillés.

25C’est en fait Platon qui parle en pluriel, il dit des déluges.

26Guerre contre les gros animaux. (À 50 000 Avant JC selon une lecture de Cayce)

27Pelote Basque, rien à voir avec le jeu de carte au nom similaire, le “Belote”.

28Le plus célèbre est le récit des deux anglaises qui se trouvaient au début du XXème siècle dans le jardin du château de Versailles momentanément en compagnie de Marie-Antoinette.
Un deuxième récit nous vient des années trente d'un journaliste allemand qui assistait au bombardement de Hambourg par des Anglais et qui aura lieu dix ans plus tard.

29Ce que nous connaissons mieux en tant que Dinosaures !

30Nom inventé pour une tour-temple avec un feu éternel au sommet. Edgar Cayce nous a rapporté que les adeptes de “la loi d'une”, une religion monothéiste de l'Atlantide, utilisaient de tels temples, dont ils entretenaient au sommet un feu éternel. Ces genres de tours-temples étaient également utilisés par la première religion monothéiste Perse, à environ 900 ans avant Jésus Christ. Ce sont peut-être les ancêtres de nos phares.

31Un petit clin d’oeil à une chanson des années 60-70, “The house of the rising sun !”, décrivant une maison de passe et de jeux. Mieux connue en France en tant que “Le pénitencier.”

32Un endroit bien connu parmi ceux qui ont, comme l’auteur de ce récit, travaillé au CERN.

33Un terme venant de l’informatique ; signifiant la communication d’un appareil à un autre sans passer par un service central ou serveur.

34Angélique se trompe de nom, c'est la montagne la plus haute des Açores, qui est une île et s'appelle “Pico”.

35Les États Unis.

36La Chine, où certains situent le pays de Mu là où il y a maintenant le désert de Gobi.

37Carte maritime officielle “Route du Rhum” émis par : Établissement principal du Service Hydrographique et Océanique de la Marine – B.P.426 – 29275 BREST cedex

38Mieux connue parmi les Normands en tant que Calvados.

39Comme la bombe “Little Boy”, larguée le 6 août 1945 par un B-29, Enola Gay, sur Hiroshima, faisant 17 000 tonnes de TNT ! Les mythes en provenance de l'Inde nous décrivent en fait l'utilisation de telles armes de 12 000 à 15 000 ans Avant Jésus Crist.

40Une partie des habitants de l'Atlantide, les “Loi d'Une”, croyaient à la ré-incarnation !

41C'est ainsi que les Atlantes appelaient, selon Edgar Cayce, l'Amérique du Sud, L'Amérique Centrale et l'Amérique du Nord.

42Ancienne emplacement du pôle nord, 77° Nord, 50° Ouest. Pour en savoir plus ; lisez “Était-elle l'Atlantide” du même auteur. (On pourrait s'imaginer que leur méridienne “Zéro” était sur leur montagne sacré, notre mont “Pico”).

43Nos chiffres '0' à '9' viennent des arabes, qui l'ont à leur tour hérité des indiens.

44C'est le cas pour les Andes en l'Amérique du Sud, ainsi qu'une partie des États unis. Nul ne le sait pourquoi et quand ces galeries ont été construite. Une partie de cette infrastructure est utilisée par le CIA et est mieux connue sous le non “Zone 51”

45Ne cherchez pas à comprendre, ce numéro ne correspond probablement pas à une chambre existant, mais est choisi pour son symétrie. Écrivez le sur une feuille de papier et retournez le. Vous allez comprendre.

46Veuillez noter que la gare Saint Lazare est, au moment que se déroule ce récit, en travaux est qu’il y a ni consigne ni restaurant à ce moment-là. Ils n’existent que pour cette histoire.