Chapitre XIX  

Les derniers jours.

© Wolter SMIT 2009
Chapitre XXI  
   

Rien ne va plus !

Le jour commence à se lever ce matin du treizième jour Lion, la date fatidique. Le vaisseau royal se trouve encore à quai, où Pâris, le roi, semble très occupé avec les derniers partants. Il aime être présent, il se sent responsable de la bonne démarche. Il est, par contre, comme sa femme Séléné, très inquiet. Il craint que sa fille n'arrive pas à les joindre avant qu'ils doivent libérer le quai. Les capitaines de vaisseaux ont en fait décidé de se mettre au large au moment de l'impact ou juste après. Pour surveiller ce moment fatidique, les opérateurs radio du vaisseau royal vérifient les communications en permanence, car ils savent, grâce à les informations fournies par Angélique, que les communications avec les pays amis à l'ouest seront les premiers à être coupées à ce moment là. Pâris est allé voir un responsable de la gare maritime, pour savoir s'il y a une chance que le train arrivera bientôt. L'employé fait ce qu'il peut et l'informe que le train vient de quitter la gare d'Osuo. Le roi sait que le trajet fait, même si les employés font ce qu'ils peuvent, une bonne demie heure jusqu'au la zone portuaire de Amaki. Il est, comme d'autres lont fait entre temps, remonté à bord de son bateau, où Séléne lui attend. Elle est très anxieuse, beaucoup plus que son mari. Le médecin lui a bien prescrit des calmants et a voulu même lui donner de quoi dormir. Elle n'était cependant pas d'accord, se mémorisant ce que la petite gauloise leur a dit : de venir vers eux avec les bagages dès qu'ils auront vu leur voilier. Elle décide de se ressaisir et faire ce que Angélique lui ait demandé : préparer les bagages de sa fille. Elle pourrait garder ces bagages si jamais elle arrive à joindre leur bateau. Dans le cas qu'elle joindra Angélique et sa famille, elle pourrait lui remettre ce qu'elle aura besoin dans sa nouvelle vie. Elle sait que les adieux seront sûrement émouvants et qu'il ne faut pas se laisser aller. Tout à coup elle se demande ce qui pourrait bien faire Leith. Elle regrette, qu'ils soyent restés sans nouvelle de sa part. Elle met les deux valises bien en évidence sur le lit et monte sur le pont, où se trouve déjà Pâris, son mari, aussi anxieux qu'elle, même s'il le ne montre pas.

— Pâris, mon cher, a-t-on des nouvelles de Leith ? Je croyais qu'il comptait nous joindre ?

— Non, ma chère, il avait cependant prévu de venir vers nous avec la barque de pêche à Pénélope.

— On va les emmener avec nous, n'est-ce pas. Aussi Pénélope, non ?

— Bien sûr ma chère, mais il faut bien qu'ils arrivent d'abord. Je ne les vois nulle part. Je ne sais même pas où est leur port d'attache. Je crois que c'est plus au sud et qu'ils voulaient faire le chemin à cheval pour ne pas être embêtés par la circulation. Ils avaient prévu de partir entre six et sept heures. Ils peuvent donc logiquement passer à n'importe quel moment.

— Sire ! Sire ! Lui dit une employée radio, on a perdu contact avec les pays d'Oz, Yuk et Om. On vient d'informer le capitaine et il veut probablement quitter le port dans les dix minutes qui suivent.

— Bon sang, ne me dites pas ça. Où est ma fille ? Où est le train ?

— PÂRIS ! Dit Séléné qui voit que son mari s'apprêtait à descendre la passerelle, tu ne descends pas. Laisse à eux de s'en occuper de l'arrivée de Ussa. Elle pourrait venir à bord en utilisant un transbordeur. C'est ce qu'on avait prévu initialement de toute façon.

— Je vais voir le capitaine. On doit décider ce qu'on va faire maintenant. C'est bien de continuer à évacuer un maximum de gens, mais on ne peut pas mettre en danger ceux qui se trouvent déjà sur les bateaux. En plus, il faut avertir la capitainerie, qu'ils envoient un message aux navires de rester éloigné de la côte pendant le choc initial. Après on peut voir et évaluer les dégâts.

— Ne faut-il pas envoyer un message aux gens à quai d'aller vers l'intérieur des terres, lui demande Séléné, on pourrait les secourir plus tard, n'est-ce pas ?

Hector est fâché contre lui même et l'est surtout contre les responsables des gares. Ils ont en effet tous reçus une communication qu'il ne fallait surtout pas retarder le dernier convoi, aussi douloureux que c'est pour ceux qui restent derrière. Maintenant il se trouve avec un retard tellement dangereux, qu'en cas de problèmes, les passagers ne pourront plus être secourus. Il sait que depuis le départ de Ozin, qu'il a la princesse Ussa à bord et qu'il faut impérativement la sauver et coût que coût, il doit ça au roi. Ça a été énervant de devoir attendre l'ajout des wagons à cette gare de campagne pas loin de la ville Osuo. Le convoi c'est devenu inutilement long et difficile à conduire maintenant, car les vieux wagons ajoutés ne supportent pas une vitesse élevée. Il se trouve de ce fait avec un retard de trente minutes, ce qui est vingt minutes trop tard pour arriver en sécurité à la gare maritime de Amaki. Il sait que les militaires et les vaisseaux d'évacuation n'attendront pas au-delà de ce délai, car la colision de la terre avec la comète est attendu d'une minute à l'autre. Les spécialistes l'ont dit qu'il y aurait à peu près de vingt minutes entre le moment de l'impact et les premiers tremblements de terre ici. Il commence à percevoir la zone portuaire de la ville qui se rapproche rapidement, tandis le train longe le port en direction de la gare maritime, avec sa cohue de gens et leurs bagages attendant leur embarquement. Soudainement il sent une secousse sismique, puis une autre plus violente. La locomotive vient de tanguer dangereusement. Hector tente de freiner son convoie, mais le sol semble se dérober dessous et malgré ses tentatives désespérées de le stopper, le train accélère et déraille. Pendant le déraillement, il court vers l'arrière et entre dans le compartiment où se trouve la princesse. Cette dernière se cramponne déjà aux structures du wagon. Il la prend par le bras et tente la sortir de là. C'est en ce moment que le wagon se désintègre. Hector a juste le temps de hisser la princesse sur une des parois du premier wagon désintégré, qui est rapidement emporté par un courant marin vers le large. Hector tente lui-même d'aller vers l'arrière du train en se tenant aux structures restantes, pour essayer de sauver un maximum d'autres gens. Il est sûr que les militaires feront le maximum pour les évacuer. Même si les grands navires ont déjà quitté le port par précaution, il y a de nombreux petits embarcations qui font la navette entre la zone sinistrée et les vaisseaux d'évacuation. Hector lui même se ne pose même pas la question s'il sera sauvé ou non, il met, comme beaucoup d'autres croyants le font, son destin aux mains de Ra.

Leith, qui tient Pénélope pas l'épaule, regarde le triste spectacle de la côte de son cher pays s'éloigner. Abdubu, qui pilote le bateau, lui a expliqué le chemin à prendre et pourquoi s'éloigner d'abord de la côte. Pénélope a toujours des larmes aux yeux. Elle se sent terriblement désolé et craint qu'elle ait bien du mal de pays, comme Ussa. Séléné l'avait dit comment Ussa se sentait lors de son séjour d'études en Égypte. Le dépaysement, le sentiment d'être abandonné, ses périodes de nostalgie et encore d'autres maux moins biens définis.

— Viens dit-elle à Leith, on va dans la cabine. Je prendrais volontairement un rafraîchissement, puis toi ?

— Oui, c'est une bonne idée. Je dois de toute façon préparer une table de conversion pour les marins.

— Table de conversion ? Pourquoi donc ?

— Eh ! Bien ! D'ici un jour tout au plus, ils vont se trouver avec un pôle déplacé de treize degrés plus au sud sur l'axe du vingt et unième longitude ouest1. Il faut bien que Abdubu et tes neveux puissent corriger leur position, non ? Tu ne veux quand même pas qu'ils se trouvent à six cents miles nautiques à côté de leur position voulu, n'est-ce pas ?

— T'as raison, lui dit Pénélope, j'en n'avais plus pensé.

Félicité, qui monta en moment au pont, descend après un moment et leur dit que le vaisseau royal a quitté le port. Soudainement le grondement de tout à l'heure s'amplifie. Ils sentent tous comment leur bateau est pris par une grosse vague. Ils doivent se tenir aux parois. Une fois finie, c'est Félicité qui remonte au pont pour voir ce qu'il se passe. Leith et Pénélope montent également et ils voient tous ce horrible spectacle. Au loin, au port de Amaki il y a un train qui a déraillé lors ce tremblement, et pas seulement, il y a eu un tsunami balayant tous sur son passage. De l'avant du train, il ne reste plus que un tas de débris porté au large par le vague. Ils constatent que les gros navires ont déjà quitté le port et qu'il n'y a que des petites embarcations qui essayent faire le mieux. C'est un spectacle de désolation et beaucoup de gens sont emportés au large, criant au secours. Les animaux qui se trouvaient à l'arrière du train, se sont libérés et cherchent à se sauver vers l'intérieur des terres. C'est Abdubu, ayant gardé un oeil sur l'étrange banc de brouillard, qui voit en premier le voilier blanc. C'est Félicité qui le voit également, les dit :

— Écoutes bien ! Il y a quelqu'un qui appelle Leith désespérément. Je crois que ça vient de là, dit -elle en montrant le voilier du doit.

— Oui, je l'entends aussi, lui dit Abdubu. Où est-il le Leith ? Je suis sûr que c'est ça copine là sur la proue du voilier. Elle regarde dans la mauvaise direction. Elle le croit entrain de se noyer.

— T'as où ta longue vue, lui demande Pénélope ? J'ai l'impression qu'ils ont repêché notre Ussa.

— Tiens, la voilà.

— Mais oui, c'est elle, dit Pénélope en regardant avec la longue vue. Elle est dans les bras de son fiancé. Abdubu, mets le cap sur eux, on va les joindre. N'est-ce pas Leith, dit-elle en se retournant vers lui ?

Ce qui est curieux, qu'il n'y a personne du voilier qui a vu le bateau des Axarz se rapprocher. C'est Cécile, la maman de Angélique qui les voit en premier et essaye en vain d'appeler sa fille, qui continue à crier comme écorchée vive sur la proue. Seulement quand le bateau de pêche, aux allures d'un terre-neuve en plus petit, est déjà très proche, que Angélique, intrigué par le bruit, se retourne et voit son Leith sur ce bateau. Elle saute d'un bateau à l'autre sans se soucier de la relatif grand distance qui les sépare encore et cours vers Leith, l'embrasse en lui murmurant des, pour lui incompréhensibles, petits mots. Tous ce qu'il comprend, c'est qu'elle est follement amoureuse. Elle procède ensuite avec sa présentation à l'équipage en serrant la main à chacun et chacune. Une fois les bateaux abordés, Leith et Angélique transbordent avec ces valises sur le voilier et c'est Pénélope qui veut les suivre avec les dernières valises appartenant à Ussa et lui dire bonjour. C'est Angélique qui réagit, comme elle a la coutume de faire, avec un réflexe d'une chatte sauvage, car elle a entendu, comme tout le monde : un boum. C'est Pénélope qui vient de glisser sur bord et est tombée à l'eau en heurtant violemment sa tête contre le bord et disparaît sous les flots avec une des valises.

— MERDE ! MERDE, dit-elle. JULIEN, VIENS VITE.

Leith, qui n'a rien remarqué, se retourne et voit Angélique disparaître sous les flots à son tour. Il se précipite vers le bord en criant son nom et regarde catastrophé les bulles qui remontent. C'est Ussa, encore un peu abasourdi par l'accident du train, qui lui met la main sur son épaule et lui dit :

— Ne crains rien Leith, elle sait nager. Ils essayent de sauver Pénélope. Tu vois, sa mère a déjà sorti sa trousse de secours.

C'est maintenant que Armand, le papa de Angélique, leur fait signe de s'éloigner du bord, car ses deux enfants viennent de remonter Pénélope avec la tête ensanglantée. Tandis les deux montent à bord, Cécile fait du bouche-à-bouche à Pénélope pendant que Armand lui fait en alternance avec sa femme du massage cardiaque. Soudainement, Ussa gémit quelque chose. Elle voit sa valise s'éloigner du bateau, car Pénélope venait avec les siens. Elle essaye d'expliquer à Angélique que cette valise est le sien et Angélique, qui ne comprend que dalle de ce que Ussa lui dit, a pigé, que le continue est très important pour elle. Elle fait donc un nouveau plongeon et laisse comme une torpille sa trace de bulles en direction de la valise en remontant en surface juste derrière de celle-ci et revient au voilier avec, en le poussant devant elle, créant aisi des regards admiratifs de tout part. C'est Ussa qui dit à Leith :

— Quelle bonne idée que t'as eu pour faire en sorte qu'elle flotte, sinon j'aurais tout perdu.

— Ce n'est pas une idée à moi, mais celle de Angélique.

— Dis doc, lui dit Abdubu à Leith, venu à bord pour dire bonjour à l'assemblé, ta copine réagit comme une chatte sauvage. Je n'avais pas encore compris ce qu'il se passait, qu'elle plongeait déjà pour la récupérer.

— Oui, dit Ussa, sauf que les chats craignent en principe l'eau et ne plongent pas comme elle l'a fait tout à l'heure.

Ussa regarde vers le large, voit une navette qui se rapproche et ajoute :

— Oh ! Mes parents accompagnés du médecin de bord.

— Maman, dit Angélique, revenue à bord avec la valise, on peut la sauver n'est-ce pas ? Ne me dit pas que la pauvre Pénélope va mourir.

— Non ma chérie, elle respire de nouveau, mais elle à un traumatisme crânien assez grave. Elle devrait être transporté à un hôpital dès que possible. Je vais, en attendant, faire ce que je peux, mais je crains qu'ils n'aient plus hôpitaux par ici. Je m'en doute même que le navire là bas, celui du roi, a un service sanitaire assez sophistiqué à bord pour une telle intervention.

— Regarde ! Maman, ce sont Pâris et Séléné qui arrivent avec un autre homme. Il a une sacoche comme toi, c'est sûrement le toubib perso du roi. Peut-être parle-t-il un peu d'ancien grec. Comme ça tu pourrais lui parler un peu. Je suis sûr qu'ils ont vu ce qui est arrivé et ont emmené leur toubib avec.

Pâris de Bel-Ra est très peiné par le fait que le capitaine a refusé d'attendre d'avantage. Les matelots s'apprêtent à larguer les amarres. Selon le capitaine, qui, comme tout le monde le sait, reste seul maître à bord, l'onde de choc pourrait venir chez eux dans les dix minutes qui suivent. La capitainerie a envoyé un message à tous les bateaux de quitter le port et d'attendre au large. Les spécialistes craignent en fait une grosse vague déferlant sur les côtes et c'est pour cette raison qu'ils préfèrent que tous les bateaux quittent temporairement le port. Pâris et Séléné se sentent lasse quand le vaisseau royal quitte le quai pour aller au large. Ils savent bien que c'est pour le bien des gens déjà embarqués. Il ne faut pas les mettre d'avantage en danger. Il est d'ailleurs temps de commencer à ressembler les différentes embarcations en armada de telle sorte que les plus petits se trouveront à l'intérieur et les gros navires de l'armée à l'extérieur, car apte à protéger les autres du gros temps qui va sûrement suivre. Le couple royal scrute l'horizon avec une longue vue pour voir si le train avec leur fille arriva en temps. L'armée à laissée une vedette rapide à proximité du quai pour pouvoir la transborder. Leur vaisseau vient de s'immobiliser là où les eaux sont déjà plus profondes et moins risquées.

— Là, dit Séléné, je vois le train qui arrive.

— Où ça, dit Pâris, je ne vois rien.

— Là, au loin, dit-elle, prend la longue vue et tu verras.

— Mais il est encore loin, lui dit-il, il n'arrive jamais en temps. C'est très risqué ce qu'il fait. Il devrait attendre là où il est maintenant. Les tremblements peuvent commencer d'un moment à l'autre.

— Sire, lui dit une opératrice radio en lui remettant un papier, j'ai un message pour vous en provenance du ouest.

Il l'ouvre et lit en diagonale que les tremblements ont commencé de ce côté là. Le message parle d'une vague montant jusqu'au ciel. Le message disait aussi que l'eau de mer s'est retiré avant de former une grosse vague. Seul ceux qui habitent aux hauteurs ont été épargnés, ainsi que les vaisseaux déjà au large ayant cherché les profondeurs.

— Mon cher, demande Pâris à son homme de science en lui montrant le message reçu, combien de temps nous reste-t-il.

— Cinq minutes tout au plus, sire.

— Mais c'est horrible, dit Séléné, le train n'est pas encore à la gare et je crains pour la vie de notre fille.

— N'oublie surtout pas celle de tous ces autres pauvres gens dans le même train, lui dit le roi, ils ont aussi droit de vivre. Mais le mal est fait et il faut maintenant essayer de faire le mieux possible.

— Là, dit Séléne, il arrive. Il entre dans la zone portuaire. Avec un peu de chance il arrivera peut-être à la gare en temps.

Mais elle n'a à peine exprimée ses souhaits, que la locomotive commence à tanguer dangereusement. On peut facilement attendre le crissement des freins. Le mécanicien a bien essayé d'effectuer un freinage d'urgence, mais une nouvelle secousse le fait dérailler. En même temps le sol semble se dérober dessous le convoi et la locomotive, ainsi que les premiers wagons se fracassent dans l'eau de mer. Pâris doit tenir sa femme, choquée par aspect du désastre.

— Oh ! Pâris que fait-on sans notre fille, dit elle entre deux sanglots ? Regarde, son wagon est totalement détruit. Ils ne restent que des parois.

— Calme ma chérie, il y un homme courageux, je suis sûr que c'est le mécanicien, qui a sauvé des gens du premier wagon et les a mis sur les parois. Passe moi la longue vue, je crois voir notre fille sur une d'entre elles.

Le reflux précédant la grosse vague n'a pas eu lieu. L'eau a monté très haut, comme une vague, sur le pays et c'est aussitôt retiré, emportant avec elle les débris divers. C'est sur un de ces débris, une paroi de wagon, que se trouve effectivement Ussa. Il y a parmi ces débris aussi des gens, certains morts, d'autres accrochés à une poutre et certains à leurs bagages. Ce sont des petits bateaux, épargnés par ce mouvement d'eau, qui essayent de les sauver et les emmener vers les gros navires en dehors attendant au large. C'est Sénélé, en regardant avec la longue vue en direction d'un banc de brouillard, qui dit :

— Pâris, regarde là. T'as vu ce beau voilier ? Je crois bien qu'il fait demi-tour.

— Oui, je le vois, répond-il, je suis sûr que c'est la gauloise et sa famille qui est venu. Je ne les ai pas vu venir d'ailleurs. Ils est venu de nulle part.

— Non, dit sa femme, ils sont sorti de ce banc de brouillard bizarre, là bas. Je les ai vu sortir de là. Mais, ils ont repêché notre fille ! Vite qu'on prépare une navette rapide, on va les joindre avec ses bagages. N'oublie pas de prendre le médecin de bord avec, car je crois qu'elle est inconsciente.

— Tu as encore fait des bagages pour elle, demande Pâris ?

— Oui, surtout des petites choses à lesquelles elle tient terriblement, ces vêtements de petite fille, des bijoux, bibelots et autres souvenirs. J'en ai gardé quelques uns pour nous, pour garder un souvenir d'elle. Mais c'est elle qui aura besoin dans sa nouvelle vie.

— Tiens, dit le roi, il y a un autre bateau va vers eux, je crois bien que c'est celui de la famille à Pénélope avec Leith à bord.

Pendant qu'ils s'approchent le voilier de la famille Leblanc, ils assistent impuissant à l'accident de Pénélope et la réaction courageuse de Angélique, surtout quand elle remettra ça pour repêcher une valise, que Séléné reconnaît à être celle de Ussa.

— T'as vu comme elle nage cette fille, dit Séléné ?

— Oui, j'ai vu. Le pauvre Leith croyait qu'elle allait se noyer aussi. Mais, remarque qu'ils nagent très bien tout les deux. De plus son frère connaît les gestes qui sauvent. Ils passent sûrement le gros de leur temps libre au bord de la mer et sont habitués à ces types de tâches.

Angélique et Cécile, sa mère, ont porté Pénélope délicatement dans la cabine où Cécile, qui est infirmière, effectue les premiers soins. Pénélope, seulement inconsciente et non pas en coma comme ils ont d'abord craint, gémit de temps à autre des petits mots incompréhensibles. Cécilé profite de ce fait pour essayer ses réflexes.

— Pourquoi tu fais ça, maman ?

— Pour voir si la colonne vertébrale n'est pas cassée, elle n'aurait pas réagit sur une piqûre aux pieds si cela est le cas.

— Je vois, heureusement pour elle. Mais la tête, elle doit avoir une fracture crânienne, n'est-ce pas.

— Oui, c'est ça, ce n'est pas cassé complètement, mais une intervention chirurgicale doit intervenir très rapidement. Pendant qu'on est en mer, on doit le maintenir dans cette position et laisser dormir. Je vais la mettre sur perfusion. Une fois à terre, on doit la transporter d'urgence dans un hôpital.

Leith, qui les a suivi, essaye, en faisant des signes avec ses mains, de les demander si c'est grave. Il s'approche de sa copine de bistro et le caresse délicatement les cheveux. Il pointe avec un doit vers l'endroit ensanglanté et fait avec un regard intérogatif AI ? Cécile essaye de lui faire comprendre, que c'est délicat. Ils sortent ensuite de la cabine, intrigué par un bruit de moteur, suivi par des éclats de voix. C'est Cécile qui réagit en premier :

— Encore des valises ? C'est un déménagement !

— Voilà maman, lui dit Julien, je te présente Pâris et Séléné de Bel-Ra, les parents de Ussa en chair et en os. Ce monsieur là est toubib, essaye-lui parler en ancien grec, peut-être le comprend-il. À propos déménagement, cette valise contient apparemment des souvenirs de Ussa à lesquelles elle tient, et puis ceux-là ce sont ceux de Pénélope, car je crois qu'ils ne peuvent pas l'emmener dans l'état qu'elle est. On a assez de place pour les caser, ne t'inquiètes pas.

— Alors Ussa, Leith, leur dit Pâris, vous ne venez pas avec nous j'imagine ?

— Non papa, lui dit Ussa, je vous aime et je ne vous oublie jamais, mais ma place est à côté de Julien. Pour se parler on se débrouilla bien. Utilisez le Biovoix si vous voulez nous parler. Je crois que Julien et Angélique ont prévu d'aller de temps à autre chez cette Monique pour pouvoir vous parler.

— Bonjour, leur dit Leith, je pense rester avec Angélique. Je pense qu'on ne va pas tarder à essayer de retourner chez elle. Ils vont sûrement vers l'endroit où ils sont venus tout à l'heure. J'ai hâte de découvrir leur pays, même si j'ai de la peine à quitter le mien. Je pense, en regardant l'allure que la terre descend, qu'il ne reste qu'une demie journée avant que le tout soit en dessous le niveau de la mer.

Julien, venu entre temps, jette un regard interrogatif, car il ne comprend rien aux paroles exprimées, même si la langue lui semble familière. Il commence à tendre la main à Pâris et lui demande quelque chose, que le roi ne comprend pas. Ensuite il répète la même geste envers Séléné et faisant des gestes en direction de Ussa.

— Pâris, dit Séléné, j'ai compris ce qu'il veut dire ; il demande la main de Ussa !

— C'est bien Séléné, acceptons le. A-t-on quelque chose sur nous pour le lui offrir ?

— Donne-lui ta bague de nos fiançailles.

— Mais tu n'y penses pas quand même, lui dit Pâris !

— Si ! Tu l'as eu toi même de mon père. C'est à toi maintenant de le retransmettre. Ussa l'expliquera bien que ce geste veut dire.

Le roi enlève la bague de son doit, prend la main de Julien et le lui met, en ajoutant des paroles que Julien ne comprend pas, mais se doute de la signification. C'est Ussa qui merci ses parents à sa place :

— Merci papa, merci maman, je vais faire de même avec ses parents, mais je me doute qu'ils pourront m'offrir une bague maintenant.

Il suit ensuite des longues accolades d'adieu entre fille et parents. C'est Séléné qui prend l'initiative de prendre Julien dans ses bras et lui souhaiter bonne chance. Pâris suit son exemple.

— Attention, dit Leith revenu les voir, les gaulois ont l'habitude de s'embrasser entre amis, à l'exception des garçons, donc seulement fille-fille et fille-garçon. Une bise sur chaque joue, deux fois entre bon amis.

C'est en ce moment que le médecin sort de la cabine accompagné de Cécile et exprime des réserves sur le sort de Pénélope :

— Ussa, Leith, vous êtes les deux seuls à me comprendre. Cette femme ne peut pas venir avec nous, on n'a pas des instruments chirurgicaux nécessaires pour une opération. Si elle va avec sa famille, ce sera pour son enterrement. La maman de Angélique est très capable et on a pu se comprendre. Elle saurait le maintenir en vie durant les cinq jours de mer. Il sera mieux qu'on pourrait le transporter rapidement à un hôpital, mais elle a une chance de survie si on le soigne bien durant le voyage. Il faudra cependant que ceux qui naviguent veillent en permanence sur elle.

— Leith, mon garçon, veille bien sur Ussa et ta petite tigresse, lui dit Séléné. Bonne chance dans ta nouvelle vie. Je crois, en regardant l'anxiété de Angélique, qu'il est temps pour eux de partir. Et elle continue en s'adressant à sa fille : Ussa mon enfant, veille bien sur les tiens et bonne chance dans ta nouvelle vie. Ne te cache pas dans un placard quand ça va mal, ils t'aideront.

« Armand, Cécile, » lance-t-elle en direction des parents de Angélique et Julien en leur faisant signe de la main de venir vers elle et son mari. Il suit des accolades timides entre les parents et c'est Séléné qui ose faire la bise en premier. Pâris suit son exemple. Par contre, les paroles échangées par les quatre ne sont pas très bien compris, mais ça reste sans importance. De l'autre côté du voilier, les mêmes cérémonies ont lieu entre les amis de jadis. Leith et Ussa promettent de garder contact par Monique interposé. Ils promettent de donner des nouvelles concernant Pénélope, car c'est sûrtout Félicité qui a beaucoup de peine à cause de l'accident de sa nièce. Abdubu, car plus optimiste, cherche à lui consoler en lui disant qu'elle va à coup sûr vers un monde meilleur, mais se garde, par contre, bien de dire ce qu'il entend par « monde meilleur ». C'est Angélique qui met fin à ce rendez-vous pas comme un autre en mettant le foc et la grande voile en position. Elle semble bien pressée, car en plus de voiles elle a démarré, à l'étonnement de tous, le moteur et s'apprête à le mettre sur la position « avant-tout ».

— Eh ! Les mecs, c'est l'heure du départ. Larguez les amarres.

— Mais qu'est ce que tu fous, dit son père, pressé tout à coup ?

— OUI ! Regarde là, dit elle en pointant de la main le banc de brouillard, notre fenêtre c'est en train de se fermer. J'aime biens ce pays, j'aime bien ces gens, mais je veux rentrer chez moi.

Elle n'attend pas le reste, ni que ça plaise aux autres et met le moteur en pleine puissance, faisant frémir Ussa, inquiète par l'étrange bruit venant du ventre du voilier. Les deux autres embarcations essayent en vain de les accompagner jusqu'au banc de brouillard, mais doivent reconnaître que ce bel oiseau blanc prend bien une vitesse au-delà la capacité de leurs moyens de propulsion. C'est surtout Abudubu qui est plein d'admiration. Il dit aux autres et au roi tout près d'eux son dans son embarcation, dont les matelots essayent en vain, comme Abdubu, de suivre le voilier :

— Ça alors ! Vous avez vu ça ? Il fait au moins vingt noeuds, si pas plus. Je suis au maximum de la puissance et pas moyen de faire plus que la moitié de sa vitesse. Ce n'est pas un voilier ordinaire. C'est sûrement un avec lequel qu'on fait de la course.

— Je pense que cette fille a raison, dit Pâris, elle ne compte pas rester ici. Elle veut rentrer chez elle par là où ils sont venus.

C'est après les dernières salutations de tout le monde que le voilier disparaisse dans le banc de brouillard tel qu'il est venu une heure et demie plutôt. Quoique personne n'ait prêté attention aux éclairs sortant d'un petit boîtier de Julien. C'est Ussa qui a finalement compris ce que Cécile et Julien ont fait et elle le dit à Leith en désignant Cécile de doit :

— Tu vois Leith, elle fait comme Julien, elle prend des images dans avec ce boîtier. Nous aurons de souvenirs des nôtres.

Quand ils regardèrent à nouveau derrière eux, leur pays a disparu, ne laissant la place qu'à l'océan et de l'eau à perte de vu. Tout à coup c'est le silence, Angélique vient de couper le moteur et seuls les vagues contre la coque demeurent audibles.

1Ancienne emplacement du pôle nord, 77° Nord, 50° Ouest. Pour en savoir plus ; lisez « Était-elle l'Atlantide » du même auteur. (On imaginant que leur méridienne « Zéro » était sur leur montagne sacré, notre mont « Pico »).

Chapitre XXI


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